Eclipse Sunset

Durant trois heures, la semaine prochaine, l'Australie comptera une nouvelle merveille de la nature: une éclipse totale de Soleil, aussi attendue des astronomes amateurs que des touristes.

Le spectacle débutera mardi à 21h35 en Suisse, soit mercredi juste après l'aube à l'heure australienne, lorsque notre étoile sera dissimulée à la vue d'une partie des Terriens par la Lune.

C'est dans le nord de l'Australie, son très touristique Etat du Queensland en tête, que cette éclipse totale sera la plus suivie, le phénomène n'étant autrement visible que depuis les vastes étendues dépeuplées du Pacifique Sud.

A l'heure dite, l'ombre de la Lune commencera à s'étendre sur le Parc national de Garig Gunak Barlu, à environ 250 km à l'est de Darwin, selon Fred Espenak, spécialiste mondial des éclipses à la NASA.

L'ombre lunaire filera ensuite plein Est, à travers le Golfe de Carpentarie, avant de retrouver la terre australienne où les traqueurs d'éclipses en tout genre - dont de nombreux Européens ou Américains ayant réservé de longue date - se rassembleront à Cairns et Port Douglas.

Si le temps le permet, ils pourront alors assister deux minutes durant à la totalité de l'éclipse.

Totalement occulté par la Lune, le Soleil sera réduit à un disque noir auréolé d'une couronne dorée: son atmosphère externe, qui s'étend sur plusieurs millions de kilomètres. Les étoiles aussi deviendront visibles en plein jour sur fond de ciel indigo.

La température chutera brièvement tandis que nombre d'oiseaux, désorientés par cette nuit soudaine, chercheront un abri.

Après un périple de 14 500 km à travers l'hémisphère Sud, l'éclipse s'achèvera à 00h48 à environ 800 km à l'ouest du Chili.

Eclispe partielle

Les spectateurs auront droit à une éclipse partielle en Papouasie-Nouvelle-Guinée, dans l'extrême est de l'Indonésie, dans la moitié orientale de l'Australie et la totalité de la Nouvelle-Zélande. Le disque solaire paraîtra aussi grignoté par la Lune en Polynésie, et dans le sud du Chili et de l'Argentine, indique la Société royale d'astronomie britannique.

Dans les mythes des Aborigènes australiens, les éclipses revêtent une énorme importance, explique Duane Hamacher, expert en astronomie aborigène à l'Université de Nouvelle-Galles du Sud. Dans leurs récits, la Lune et le Soleil sont souvent dépeints comme un homme et une femme qui se poursuivent l'un l'autre à travers le ciel, se battant et s'aimant alternativement.

« Dans la culture de la tribu Euahlayi, la femme-soleil, Yhi, poursuit constamment l'homme-lune, Bahloo, qui a rejeté ses avances », explique M. Humacher sur son blog. Comme dans d'autres régions du monde, une éclipse était associée dans les communautés aborigènes à une catastrophe imminente, voire à de la magie noire. Pour parer à cette menace, des hommes-médecine, ou « wirreenuns », entonnaient des incantations ou jetaient des pierres sacrées et des boomerangs en direction du Soleil éclipsé.

L'explication des mathématiciens est plus prosaïque: une série de coïncidences célestes.

Par un heureux hasard, le Soleil est 400 fois plus large que la Lune mais il est aussi 400 fois plus éloigné de la Terre. Ainsi, lorsque la Lune est exactement alignée avec le Soleil et la Terre, elle cache intégralement notre astre aux Terriens qui sont situés dans son ombre.

Les éclipses totales de Soleil sont rares. Elles ne peuvent être observées à partir d'un même point de la Terre qu'une fois tous les 410 ans dans l'hémisphère Nord et seulement tous les 540 dans l'hémisphère Sud.

La dernière éclipse totale de Soleil a eu lieu le 11 juillet 2010, là encore dans le Pacifique Sud. La prochaine est attendue le 20 mars 2015, au-dessus de l'Islande, des îles Féroé et de l'archipel norvégien du Svalbard.