En marchant le long des trottoirs fissurés qui délimitent ma route de la maison à l'Université, ma tête était pleine de pensées à propos de Gaza ainsi que du récent « cessez-le-feu » et du fait que 160 Gazaouis ont été impitoyablement massacrés en huit jours. Alors que je flânais, constatant à quel point j'étais chanceux de ne pas avoir à craindre le bruit des F16 ou une frappe soudaine de missile ou encore d'être brûlé vif par du phosphore blanc, je fus arrêté net par un spectacle inhabituel. Éparpillées sur le sol en face de moi, se trouvaient plein de plumes ensanglantées, et au beau milieu du trottoir, comme si elle avait été placée là par quelqu'un, gisait la tête d'un pigeon. Le sang gouttait toujours de sa moelle épinière sectionnée, juste en dessous de son cou. La lumière brillait encore dans ses yeux. Je demandais à une jeune fille qui se trouvait à côté de moi si elle n'avait jamais vu un mauvais présage. Elle haussa les épaules et s'éloigna.

Le 24 octobre, le Soudan a connu une mystérieuse explosion dans une des installations militaires de sa capitale. Israël a été pointé du doigt comme unique suspect ayant le mobile et l'occasion d'accomplir une attaque aérienne aussi précise dans la région, sans compter qu'ils ont bombardé d'autres pays arabes auparavant en 2007, 2009 et 2011 :

« Les responsables israéliens n'ont ni confirmé ni démenti avoir frappé le site. Au lieu de cela, ils ont accusé le Soudan de jouer un rôle dans un réseau, soutenu par l'Iran, de livraisons d'armes au Hamas et au Hezbollah. »
En détruisant une cargaison d'armes avant qu'elle ne parvienne à Gaza juste avant l'opération « Colonne de nuée » contre le peuple palestinien, le gouvernement israélien espérait neutraliser les Palestiniens avant de leur mettre une balle en pleine tête.

Les analystes de l'ensemble des agences de presse semblaient très enthousiastes à l'idée que, en attaquant l'usine d'armes soudanaise en octobre, Israël pourrait se préparer à la guerre avec l'Iran. Puis survint l'opération « Colonne de nuée » de novembre qui rasa des parties de Gaza.

L'armée de Défense d'Israël ouvrit le bal en tuant deux civils dans la Bande de Gaza, (« la routine »). La date du 14 novembre ne restera pas un jour maudit, parce que tout le monde s'en fiche. Le Hamas riposta en tirant des roquettes sur Israël. Les Israéliens invoquèrent alors leur vieille excuse usée d'« auto-défense » et firent la seule chose qu'ils savent faire : un massacre.

Dans les huit jours de chaos qui suivirent, Gaza fut constamment assaillie par l'armée la plus lâche au monde. Des femmes et des enfants furent assassinés sans discernement. Les journalistes, et la vérité, furent la cible d'éliminations tandis qu'Israël admettait ouvertement les viser. La majorité du reste du monde s'est contenté de s'asseoir et de regarder, zombifié, pacifié, ou tout simplement mort à l'intérieur.

Selon NBC News, les dirigeants israéliens apprirent de « précieuses leçons » au cours de ce dernier soulèvement du camp de concentration. Des leçons comme à quel point leurs citoyens étaient psychologiquement prêts, dans quelle mesure le « Dôme de Fer » [système de défense aérienne mobile israélien - NdT] était efficace, etc. Et selon The Atlantic :
« Bien qu'il soit difficile d'imaginer qu'Israël ait lancé son offensive actuelle essentiellement pour jauger ces facteurs comme un coup d'essai en vue d'une attaque envers l'Iran, cela offre certainement d'importants avantages annexes en vue de cet objectif. »
Même s'ils ne le disent pas explicitement, il est facile de sentir l'admiration béate implicite de ces prostituées de grands médias détenus par les « grands et puissants » dirigeants. Ces mêmes journalistes ne furent ensuite que trop heureux de claironner le « cessez-le-feu », afin que le monde puisse se rendormir. Cependant, comme l'a rapporté SOTT.net, un cessez-le-feu entre Israël et la Palestine signifie simplement la révision à la baisse des assassinats israéliens ciblés :
Le chef d'état-major israélien, Benni Gantz, a déclaré mercredi que l'armée israélienne poursuivra son offensive contre la Bande de Gaza, « comme s'il n'y avait pas d'efforts de médiation en cours », et a ajouté que l'armée « suit un programme qui sera mis en œuvre en dépit de ce qui se passe sur l'échiquier politique ».
C'est une telle claque infligée à tout être humain décent, à la vie elle-même, que ça me coupe le souffle. Le Chef de l'armée Benni Gantz a fait suivre sa gifle à l'humanité d'un coup de pied dans les testicules en approuvant l'arrestation de 55 militants en Cisjordanie, la nuit même où le cessez-le-feu était déclaré. Parmi les personnes arrêtées jusqu'à présent, cinq sont des parlementaires palestiniens, dont certains sont liés au Hamas (quand verrons-nous des individus arrêtés pour avoir des liens avec Netanyahou ?). Donc, juste parce qu'un cessez-le-feu a été déclaré, cela ne signifie pas que nous avons réinitialisé notre descente dans l'abîme. Rappelez-vous que M. « chaînon manquant » George « dubya » Bush est toujours en liberté, et que ce bon vieux Cœur de Pierre de Cheney est toujours « homme d'État ». En fait, je n'arrive pas à trouver un seul criminel de guerre connu qui ait été tenu pour responsable des massacres qu'il a commis à notre époque moderne.

Il est difficile de savoir ce que le gouvernement israélien a appris sur la « préparation psychologique » du peuple israélien à la suite de cette dernière série de massacres des Palestiniens, mais si la presse israélienne est d'une quelconque manière révélatrice de l'opinion publique, alors les résultats s'y trouvent. Selon la BBC :
« Un commentaire de Sima Kadmon dans le journal à grand tirage Yediot Aharonot déplore que le gouvernement n'ait pas tenu sa promesse électorale d'« écraser le gouvernement du Hamas ». « Il n'est pas étonnant que les habitants du sud soient amers et aient le sentiment d'avoir été trompés s'il y a un tel écart entre ce qu'on leur avait promis et ce qu'ils ont obtenu dans l'accord de cessez-le-feu » dit-il.
Alors que les conditions du Hamas pour le cessez-le-feu étaient « arrêtez de nous tuer et laissez entrer la nourriture dans la bande de Gaza », les Israéliens n'auraient exigé rien de moins que l'« écrasement » du Hamas.

Donc il n'est pas étonnant que :
« Moins d'une heure après l'annonce du Premier ministre publiée sur sa page Facebook, le message engendrât plus de 3 000 commentaires, la grande majorité d'entre eux exprimait la déception et la colère. Parmi les 100 commentaires examinés par The Algemeiner, moins de 10 étaient positifs ou neutres. »
C'est triste, mais soit les occidentaux ne comprennent pas les raisons fondamentales du (des) génocide(s) au Moyen-Orient, la vérité de l'histoire et la vérité à propos de notre présent, soit ils soutiennent tacitement le génocide. Quelqu'un a-t-il compris que Gaza est une prison à ciel ouvert, coupée du monde, et que les personnes qui tentent de s'introduire pour apporter des denrées plus qu'indispensables sont tuées ?

Israël n'a pas le droit de se défendre contre ses propres victimes. Israël n'est pas la victime quand il détruit des fermes, du bétail, des hôpitaux, des écoles, etc. Bien sûr, Israël prétend qu'il « cible des infrastructures terroristes », mais cela ne rend que plus évident qu'Israël considère tous les Palestiniens comme des terroristes et les Palestiniens qui vivent une vie normale comme du « terrorisme ». De toute évidence, nous sommes confrontés ici à un génocide. Tout acte de résistance à Gaza est contre ce génocide. Comprenons ça.

Ce qui semble évident, c'est que beaucoup d'Israéliens sont en colère parce que la violence a été atténuée, car ils ont vraiment, vraiment envie de voir plus d'Arabes morts. Il n'y a pas de mots dans la langue anglaise pour décrire correctement ce niveau d'hypocrisie, ou de pathologie. C'est littéralement une soif démente de sang. Il est plus que temps pour chaque Israélien ayant une conscience en état de marche (zut, rien qu'un cerveau fera l'affaire) d'envisager de quitter l'État d'Israël.

Le négociateur du « cessez-le-feu », le président égyptien Mohammed Morsi fut récompensé de ses efforts en obtenant le statut de héros sur la scène internationale. Le fait que Morsi ait été choisi par les Israéliens et les États-Unis pour « négocier » ce « cessez-le-feu » n'est pas une surprise depuis qu'il a maintes fois joué le jeu de l'Occident dans la destruction de la société syrienne par les mercenaires d'« Al-Qaïda », armés et financés par l'Occident. En guise de paiement supplémentaire, Morsi semble avoir obtenu le feu vert d'utiliser les applaudissements internationaux afin de justifier son positionnement en tant que successeur de Moubarak :
« Les déclarations constitutionnelles, les décisions et les lois émises par le président [égyptien] sont définitives et sans appel, » a ajouté le [porte-parole présidentiel Yasser Ali].
Coïncidence ? Qu'est-il arrivé à la « révolution » égyptienne ? Morsi est maintenant plus populaire auprès des gouvernements américain et israélien qu'auprès de son propre peuple, qui organise des manifestations au moment où j'écris.

Selon CNN, l'Égypte étant désormais le héros aux yeux du peuple palestinien, la force de l'Iran dans la région s'est affaiblie alors que le pouvoir au Moyen-Orient glisse vers l'Égypte.

Pendant que Morsi prend son temps sous les projecteurs, la Chine a déclaré que Pékin continuait à en faire plus pour « équilibrer » le rôle des États-Unis dans le processus, et offrait un million de dollars en aide étrangère à la Palestine. Selon un émissaire palestinien :
« Ils veulent s'impliquer [au Moyen-Orient] et nous sommes intéressés par le fait qu'ils participent plus activement. Un rôle particulier (joué par) la Chine s'en vient. »
Cela arrive à un moment où la demande en pétrole de la Chine a augmenté de 6,6 %. Est-il possible que la Chine elle-même manœuvre pour se positionner sur les champs gazéifères de Gaza ? Cela pourrait certainement être un facteur, avec l'accroissement de l'activité industrielle de la Chine qui « indique une forte demande en pétrole ». Les vautours planent.

Russia Today rapporte que le « cessez-le-feu » arbitré par l'Égypte fut également motivé par la promesse des États-Unis de poster des soldats dans le Sinaï. Si Russia Today a raison, ils seront là-bas la semaine prochaine pour éliminer les contrebandiers iraniens (comme ils les appellent). Cela marquera une autre augmentation violente de la tension si les États-Unis attaquent ouvertement les intérêts iraniens.
« Les tirs israéliens à la frontière de Gaza ont tué un Palestinien et en ont blessé plusieurs autres, disent les médecins, deux jours après qu'un cessez-le-feu entre le territoire du gouvernement islamiste du Hamas et Israël ait pris effet. »
En réponse, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a « appelé la Ligue arabe et le Quartet pour le Moyen-Orient, comprenant la Russie, l'Union européenne, les Nations Unies et les États-Unis, à œuvrer ensemble pour » redémarrer les pourparlers israélo-palestiniens. La première fois que l'on entend cela, après avoir vu tous les transferts de pouvoir mis en place par Israël et les États-Unis, on ne sait pas exactement ce que M. Lavrov espère réaliser avec de tels commentaires. Le processus de paix est évidemment une farce. Mais la Russie a pris les devants et a envoyé des navires de sa flotte de la mer Noire vers Gaza pour « évacuer les Russes » au cas où les violences reprendraient, alors que les États-Unis ont fait la même chose il y a quatre jours.

Ajoutez l'Irak, l'Afghanistan, la Libye et la Syrie à l'équation, et l'on voit que le Moyen-Orient est devenu l'abattoir de l'élite. Comme cela a déjà été dit, le « plus jamais ça se reproduit à nouveau. »

L'Iran proteste ouvertement, par l'intermédiaire de l'ONU, contre les actions hostiles américaines dans le golfe Persique. Avec les États-Unis qui utilisent des drones pour violer l'espace aérien iranien, il est clair que les dirigeants du monde maintiennent les tensions élevées, le plus probablement pour masquer l'arrivée de « frappes aériennes » d'un genre très différent. Avec des météores et des boules de feu qui illuminent la planète comme une discothèque géante, les psychopathes et leurs copains au pouvoir essaient peut-être de s'assurer qu'ils seront les seuls à sortir par la porte de derrière avant que la piste de danse n'explose. La guerre permanente fait cela à la perfection en gardant tout le monde terrifié, soumis ou distrait en permanence. C'est le monde dans lequel nos enfants sont nés.

Donc, vérification de la réalité. Nos économies et nos infrastructures sont détruites, notre argent perdu dans le trou noir de la dette, les gens se mangent littéralement entre eux pendant que la planète se meurt, et la seule chose qui vienne à l'esprit de la majorité des dirigeants du monde est la prochaine guerre, le prochain meurtre, le prochain pays à piller, et les manœuvres politiques typiques pour le pouvoir. Pendant ce temps, Mordor du Seigneur des Anneaux, connu dans la vie réelle sous le nom de Mont Tongariro, est entré en éruption.

N'avez-vous jamais vu un mauvais présage ?

Les gens partout dans le monde ne comprennent pas la différence entre les psychopathes au pouvoir et les êtres humains normaux, et ceux qui choisissent, par petites étapes progressives, de suivre l'un ou l'autre. Les effets de ces choix sont réels (11 septembre, Bush, Cheney, JFK, Martin Luther King et ainsi de suite), et ils jettent carrément le blâme sur chacune et chacun d'entre nous pour ce qui se passe. Selon Jose Grude de Corbett Report :
« Des gens en position de pouvoir, qui perpétuent systématiquement le mal, se comportent comme s'ils étaient une espèce différente de l'homme ; un« para-Homo sapiens, » si vous voulez. Peu importe à quel point la bonne volonté existe dans le monde, il y a toujours beaucoup plus de guerres, de souffrances et d'injustices...

La ponérologie et la psychopathie à « succès » (c.-à-d. pas le genre « tueur en série violent », mais du genre de Staline, Pol Pot, Cheney, Rockefeller, Henry Kissinger, Bill Clinton, ou Donald Rumsfeld) expliquent cliniquement comment les « pathocracies » - le système de gouvernement créé par une petite minorité pathologique qui prend le contrôle d'une société de non-psychopathes - sont générées et dominées par ceux qui possèdent un trait génétique inné (la psychopathie) répandu chez 4 à 6 % de la population et qui les rend physiologiquement incapables de ressentir l'empathie humaine normale. Ils sont sans émotion, égoïstes, froids et calculateurs et dépourvus de toute norme morale ou éthique, toutefois ils sont intelligents, charmants, déterminés, concentrés, et ont donc tendance à atteindre les plus hauts postes de pouvoir en cachant leur véritable nature sous un « masque de santé mentale ». Ce concept s'applique à toutes les structures de pouvoir hiérarchiques existantes. »
C'est là que nous en sommes. Le monde impitoyable de l'autoritarisme, la botte « écrasant un visage humain - pour l'éternité », comme dit George Orwell. Les droits sont un mythe. La liberté est un mythe. Nous sommes tous des esclaves, jusqu'à ce que nous choisissions de ne pas l'être, puis le choisissions à nouveau tous les jours. Dans quel courant de la vie évoluez-vous ? Celui qui est droit et étroit, ou la grande porte qui est actuellement décorée avec les corps des Palestiniens, des Syriens, des Irakiens, des Afghans, et finalement de vos propres enfants ?

On ne sait pas exactement ce qui va se passer dans les prochains mois, avec un changement radical dans l'air et Israël et l'Amérique qui piétinent autour de l'Iran. Israël continue de claironner ses mensonges hystériques qui semblent destinés à garder tout le monde au bord de la dépression ou à les infecter avec la même vision du monde pathologique que celle de l'Israélien moyen. Avec des manifestations qui ont éclaté dans le monde entier, et les photos des enfants palestiniens morts qui inondent les réseaux sociaux, j'espère que ces mensonges commencent à être considérés pour ce qu'ils sont. Je ne retiens pas mon souffle, parce que nous pourrions bien avoir à traverser une longue vallée de la mort quel que soit le chemin.