La lecture des caratères romans et des idéogrammes chinois mettrait en œuvre le même réseau cérébral.
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Les circuits cérébraux impliqués dans la lecture des lettres romanes et des idéogrammes chinois seraient les mêmes... à une différence culturelle près.


On connaît le réseau cérébral impliqué lorsqu'on lit un texte en français : il est localisé dans l'hémisphère gauche si l'on est droitier. Dépend-il de la culture et du type d'écriture ? Certains pensent en effet que la lecture de caractères complexes, tels les idéogrammes chinois, met en œuvre d'autres aires cérébrales en dehors de ce circuit. Mais ce ne serait pas le cas. D'après Kimihiro Nakamura et ses collègues (de l'INSERM, du Centre NeuroSpin au CEA à Gif-sur-Yvette, du Collège de France à Paris, de l'Université Paris XI à Orsay et de l'Université de Taipei à Taïwan), le réseau de la lecture serait universel.

Dans ce réseau, un circuit postérieur occipito-temporal participerait au traitement visuel des unités graphiques statiques et à leur mise en correspondance avec les unités sonores formant les mots. Il s'active quand on voit les mots écrits ; c'est le réseau de la lecture visuelle. Un autre circuit, antérieur et frontal, serait sensible au mouvement et à la direction dans laquelle les lettres sont écrites (vers la gauche ou vers la droite). Ce serait le réseau de la lecture « avec les mains ».

Grâce à l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, les chercheurs ont enregistré l'activité cérébrale de 16 volontaires français et de 16 volontaires chinois (tous droitiers) pendant qu'ils lisaient des caractères d'écriture de leur langue maternelle. Ces lettres étaient présentées en cursive, de façon statique (déjà écrite) ou en mouvement (elles étaient écrites à l'endroit ou à l'envers sous les yeux du participant), et parfois déformées.

Ainsi, le même réseau cérébral de l'hémisphère gauche s'active quelles que soient la langue et la façon dont les lettres sont présentées. Il comprend les deux circuits connus. Toutefois, il existe une légère différence culturelle : dans le cerveau des lecteurs Chinois, le circuit antérieur du mouvement serait davantage activé. Probablement parce que les idéogrammes chinois sont une sorte de dessin pour lequel l'ordre et la direction des traits réalisés ont une importance, tandis que les caratcères romans sont abstraits.

Selon les chercheurs, le réseau de la lecture serait donc universel ; et même s'il s'est développé relativement récemment dans l'histoire de l'homme, il reposerait sur des circuits cérébraux préexistants.

Pour en savoir plus

K. Nakamura et al., Universal brain systems for recognizing word shapes and handwriting gestures during Reading, PNAS, en ligne le 26 novembre 2012.

Y. Chaix et J.-F. Démonet, Des problème de calcul et de lecture, L'Essentiel Cerveau & Psycho n°11, août - octobre 2012.