Le parti communiste Est-Allemand a pendant des années mis en place des essais thérapeutiques secrets sur l'homme pour le compte de sociétés pharmaceutiques de l'Ouest, a révélé il y a quelques jours un documentaire de la chaine de télévision Allemande ARD. Ces essais ont été menés avec la complicité de médecins et d'hôpitaux soumis au régime communiste sans que les patients absorbant les traitements n'en soient informés. L'Etat Est-Allemand a reçu d'importantes sommes d'argent en échange de ces essais thérapeutiques illégaux.

Le documentaire de la chaine ARD réalisé par les journalistes Stefan Hoge et Carsten Opitz, « Test und Tote » (test et mort) a révélé au monde la semaine dernière comment certaines sociétés pharmaceutiques ont accepté de travailler avec une dictature communiste pour mener à bien les essais cliniques indispensables à la commercialisation de leurs innovations thérapeutiques. En effet, depuis le scandale de la thalidomide dans les années 60 (appelle Contergan en Allemagne, laboratoire Grünenthal), la législation régissant les essais cliniques chez l'homme et en particulier la mise en place d'un consentement éclairé des patients avaient semble t-il gêné le développement d'industriels Ouest-Allemands de la pharmacie.

Utilisant des informations retrouvées dans les archives de la police secrète Est-Allemande, la Stasi, le film montre par exemple comment dans les années 1980, les membres du Comité Central du Parti Communiste ont signé des contrats de coopérations avec des sociétés pharmaceutiques comme Sandoz ou Hoechst (aujourd'hui appartenant à Sanofi), pour le développement de molécules du ramipril (un antihypertenseur dorénavant mondialement prescrit) ou du spirapril (également un antihypertenseur)

Le documentaire a retrouvé quelques témoins de ses pratiques, patients et familles de patients, ainsi qu'un médecin qui avait mené un de ces essais. Tous les autres témoins, qui ont eu un rôle plus ou moins actif, ont refusé de témoigner. Selon un historien, c'est d'abord le manque chronique de médicaments à l'Est, témoin de l'effondrement du système sanitaire communiste, qui peut expliquer cette situation. A la fin des années 1970, le ministre de la santé Est-Allemand, Ludwig Mecklinger, écrit directement à Erich Honecker, l'avertissant que de nombreux médecins risquaient de fuir le pays devant la dégradation de l'ensemble du système de santé. La première réaction d'Honecker fut d'ouvrir les réserves stratégiques en médicaments du pays. Puis au cours du printemps 1983, les membres du Comité Centrale du Parti Communiste autorisent certains hôpitaux sélectionnés à mener des essais cliniques sur l'homme en échange de devises ouest-allemandes, sans s'embarrasser d'aucune considération éthique. L'argent ainsi gagné devait être investi dans ces hôpitaux.

L'affaire fonctionne et le nombre d'essais cliniques menés passe de 20 en 1983 à 165 en 1988. Les essais ont pris fin avec la chute du mur de Berlin après que l'état communiste Est-Allemand ait engrangé des millions de Deutsch marks. La société Sanofi a accepté de coopérer avec les journalistes leur permettant l'accès aux archives de la société Hoechst.

Source

Tests und Tote - Pharmaversuche an DDR-Bürgern (Le film documentaire)
Diffusé sur la chaine ARD, le 03 décembre 2012, 23h30

Geschichte im Ersten: Tests und Tote
DasErste.de
3 décembre 2012

Drug firms bought East German patients to use as human guinea pigs