Apophis photographié le 6-7 janvier 2013 par le télescope spatial Herschel
Les données collectées par le télescope spatial Herschel sur l'astéroïde Apophis qui nous rend visite ce 9 janvier montrent qu'il est plus grand que prévu et moins réfléchissant.

Il y a environ un mois, le 12-13 décembre 2012, l'astéroïde portant le nom du dieu celte, Toutatis, s'invitait - comme il en a pris l'habitude tous les 4 ans environ - dans le voisinage de notre planète sans pour autant, et fort heureusement, nous menacer directement ... Long de plus de 4,4 km, (4179) Toutatis est passé ce jour-là non pas à un cheveu de la Terre mais à 6,9 millions de km de distance (18 fois la distance Terre-Lune).

Classé parmi les "objets potentiellement dangereux" (PHO pour Potentially Hazardous Objects), Toutatis est l'un des plus gros connus des astronomes. Bien entendu, il n'est pas le seul dans cette catégorie et plusieurs observatoires dans le monde s'emploient à recenser ces petits corps relativement sombres qui croisent notre orbite. Ils sont paradoxalement petits mais tout de même suffisamment gros (celui-ci équivaut à une montagne) pour causer des dégâts, au mieux à l'échelle régionale, au pire à l'échelle globale.
Grâce aux données collectées à chacune de ses visites, les chercheurs affinent les calculs de sa trajectoire. Tout indique qu'il ne représente pas une menace avant plusieurs siècles.

Ce mercredi 9 janvier 2013, c'est au tour de l'"astéroïde potentiellement dangereux" (99942) Apophis de frôler la Terre. Passant à 14,4 millions de km de nous (soit un peu moins de 10 % de la distance Terre-Soleil), il ne représente aucune menace pour l'instant. Profitant de ce rapprochement, des astronomes l'ont pointé avec le télescope spatial Herschel, sensible au rayonnement infrarouge (et sub-milimétrique) émis par les corps froids.

Température en Kelvin relevé à la surface d’Apophis par Herschel
Leurs observations, même si elles ne permettent pas de distinguer des détails de sa surface, montrent que sa taille serait plus importante qu'il n'était suggérer auparavant. Estimée à un diamètre de 270 m. + ou - 60 m., les dimensions seraient dorénavant de l'ordre 325 m. + ou - 15 m. En outre, les données accumulées durant 2 heures d'observation montrent que Apophis, dieu du Chaos dans la mythologie égyptienne, est moins réfléchissant que les scientifiques ne le croyaient. Son albédo ne serait plus de 0.33 mais de 0.23. Cela signifie qu'il ne réfléchit que 23 % de la lumière solaire, le reste étant absorbé par les roches sombres qui le composent. Loin d'être anodine, cette information est précieuse pour améliorer les calculs de son orbite. Les variations de température peuvent en effet altérer et modifier sa trajectoire.

Des calculs réalisés par la NASA en 2009 prévoient qu'ils frôlent la Terre à seulement 29 470 km le vendredi 13 avril 2029 ! Ce serait alors le passage le plus proche d'un astéroïde au cours des temps modernes (et peut-être même de mémoire d'Hommes ?) ... Une autre visite est annoncée pour le 13 avril 2036. Les probabilités d'un impact dans les cent années à venir ont été révisées en 2009, passant de 1/45 000 (estimation de 2006) à 1/250 000 ... Nul doute que ces estimations seront affinés grâce aux données collectées lors des multiples campagnes d'observations initiées par des amateurs et des professionnels.


Découvert en 2004, Apophis pourrait dévaster toute une région en cas d'impact. Des simulations montrent que l'énergie dégagée par une collision équivaudrait à 510 mégatonnes. Les scientifiques se veulent toutefois rassurant, voyant dans ce gros caillou de la taille de trois terrains de football, un formidable sujet d'étude, très représentatif et d'un grand intérêt pour le programme Near Earth Objets (NEOP) de la NASA.

Pour celles et ceux qui le souhaitent, il est possible de découvrir cette nuit (9 au 10 janvier 2013) Apophis filmé à travers des télescopes, via le site Slooh.com.

Ci-dessous, images d'Apophis capturées au Pic du Midi (Observatoire de Paris).


Lire à ce sujet « Astéroïdes : la Terre en danger : Fin du monde : les vraies raisons« de Jean-Pierre Luminet.

Crédit photos : ESA/Herschel/MACH-11/T.Müller MPE et Observatoire de Paris.