Porc de batterie
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En mangeant de la viande de cochon, on peut voir une image d'Épinal : un beau cochon se roulant dans sa boue au milieu des champs. Ce temps est révolu, la viande de porc étant une des plus consommées dans le monde, sa production est devenue industrielle. Les producteurs tentent toutes les pistes, tous les croisements. Des petits cochons, des gros, des améliorations par croisements, si l'on pouvait croiser un porc avec un mille-pattes, pour faire plus de côtelettes, on le ferait.

La ractopamine, illicite ou pas ?

Un des compléments alimentaires utilisés par les industriels est la ractopamine, elle est surtout utilisée aux États-Unis et au Brésil. Cette substance permet d'augmenter la masse musculaire des porcs pour un même apport nutritif. Les cochons deviennent plus gros juste en ajoutant un peu de cette molécule à leurs aliments. Si des pays ne se posent pas trop de questions sur cette molécule, d'autres, au contraire, voient dans ce médicament un produit illicite. Ainsi des pays aussi différents que la Russie, la Chine, Taiwan, mais aussi tous ceux de l'Union Européenne interdisent l'utilisation de cette molécule pour bonifier les porcs ou les bœufs.

On estime qu'environ 80 pays l'interdisent pour la production de viande, à l'inverse, 27 pays ont considéré son utilisation saine pour la consommation humaine.

Un bêta-agoniste magique

Ce genre de molécules est utilisé pour soigner des maux, mais en les utilisant des producteurs se sont rendu compte que l'animal soigné présentait une viande moins grasse et plus protéinée. On retrouve le clenbutérol ou le salbutamol, dans ces substances illicites en Europe, mais utilisées dans quelques pays producteurs.

Les chercheurs brésiliens ont décidé de chercher quelle dose de ractopamine on pouvait donner à l'animal afin que la viande n'en soit pas trop modifiée et que le goût reste le même. Pourtant le consensus international sur le sujet semble clair : l'utilisation de ractopamine durcit la viande et diminue le jus.

Tester des cochons brésiliens

L'étude faite par les chercheurs brésiliens est parue dans la revue scientifique Journal of Animal Science. 340 porcs ont été élevés dans des conditions classiques de l'industrie. Trois groupes ont été faits à partir de ces cochons. Le premier groupe a eu une dose de 10 mg par kilogramme de ractopamine durant les 28 jours avant leur abattage. Le second groupe a eu, de son côté, 5 mg par kilogramme de ractopamine dans la même période. Le troisième groupe n'a pas eu de ractopamine et est donc présenté comme le groupe de référence.

Après l'abattage des porcs, les scientifiques ont évalué différentes caractéristiques de la viande produite. Ils ont relevé le pH, la température, la couleur de la viande. La couleur est un indicateur important, son changement indique souvent le stress de l'animal. D'autres données plus difficiles à estimer ont été suivies : le suintement de la viande pour le jus, le taux de graisse intramusculaire, la tendreté de la viande.

Des résultats qui tombent bien

Les trois groupes ont présenté des résultats différents sur ces analyses. Le groupe au 10 mg par kilogramme obtient une viande moins foncée et moins tendre que la viande du groupe de référence. Le groupe au dosage de 5 mg par kilogramme, lui, n'a pas de signe le différenciant du groupe de référence. C'est juste parfait !

Les chercheurs du Brésil se félicitent de ces résultats puisqu'ils viennent confirmer que la dose actuelle de ractopamine recommandée au Brésil est sans effet sur la viande porc. Ces résultats peuvent laisser perplexe. Il est assez étonnant que des effets indésirables paraissent à une dose et qu'à une autre dose, tout soit parfait. Tout au plus, on pourrait, au moins, prétendre que les effets ne sont pas mesurables avec les méthodes d'analyse utilisées. On doit rester prudent surtout lorsqu'on sait que la ractopamine modifie l'expression de certains gènes chez le cochon. Une étude de 2007 le démontre.

Les porcs brésiliens partent aussi à l'export

Les Brésiliens continueront donc de prendre leurs porcs pour des athlètes de haut niveau et leur donneront un des compléments alimentaires augmentant leur masse musculaire. Les scientifiques ont promis d'étudier dans le futur les impacts de cette molécule sur l'environnement, le comportement de l'animal et surtout sur la santé du consommateur.

Il faut savoir que le Brésil est un gros producteur de porc et qu'il exporte 15 % de sa production.

Références: N. B. ATHAYDE, O. A. DALLA COSTA, R. O. ROÇA, A. L. GUIDONI, C. B. LUDTKE, G. J. M. M. LIMA « Meat quality of swine supplemented with ractopamine under commercial conditions in Brazil » doi: 10.2527/jas.2012-5102 J ANIM SCI December 2012 vol. 90 no. 12 4604-4610