Grâce au scandale du Médiator, un nouveau prédateur a été découvert, en attendant que l'on en découvre d'autres, car ils sont de plus en plus nombreux à être dépistés.

Les juges parisiens chargés d'instruire l'affaire du Mediator ont convoqué pour la mi-février plusieurs personnalités qui risquent fort d'être enfin mises en examen. En particulier, deux ex-cadres de l'Agence nationale de sécurité du médicament, Jean-Michel Alexandre et Éric Abadie.

Selon TF1 News, dès le mois d'avril 2012, le docteur Éric Abadie, diabétologue à l'hôpital européen Georges Pompidou, président du Comité d'évaluation des médicaments à usage humain (CHMP) à l'agence européenne du médicament (EMA) a démissionné de ce poste qu'il occupait depuis 2007 en avril 2012, avec effet immédiat. L'EMA, basée à Londres, n'a pas fourni d'indication sur les motifs de ce départ.

Quant à Jean-Michel Alexandre, qui a recruté Éric Abadie en 1994, il est professeur de pharmacologie et a été pendant vingt ans l'un des hommes les plus influents en matière de médicaments en France (1980 à 2000). Cet ancien responsable de l'Afssaps (Agence du médicament) est accusé d'avoir eu des liens financiers avec le laboratoire Servier. De 1985 à 1993, il a été président de la commission d'autorisation de mise sur le marché à l'Afssaps, puis directeur de l'évaluation des médicaments de 1993 à 2000, et enfin, président du comité des médicaments de 1995 à 2000 avant de devenir du jour au lendemain consultant pour l'industrie pharmaceutique, alors qu'il n'avait pas le droit de travailler pour une entreprise pharmaceutique pendant une durée de cinq ans.

Dans leur rapport de janvier 2011, les inspecteurs de l'Igas signalaient déjà ce grand professeur de biologie pour ses défaillances et sa proximité avec Servier.

Le 19 décembre 2011, Le Figaro avait révélé que Jean-Michel Alexandre avait touché 1,2 million d'euros de la part de Servier entre 2001 et 2009. Les inspecteurs de l'Igas n'ont trouvé à cet expert émérite de biologie aucune circonstance atténuante. Les gendarmes chargés de l'enquête ont passé au crible des documents qui concernent la société Cris, une entreprise de conseil écran, financée à 25 % par Servier, le reste venant de Sanofi ou Takeda par le truchement de ses filiales allemandes. Elle a été créée par Marlène May Garnier, une ancienne salariée de Servier, recrutée par le laboratoire en 1977, et qui est également convoquée par la Justice dans le cadre du volet « tromperie et prise illégale d'intérêts » du dossier. En effet, comme Cris était une société de conseil, elle a contourné l'interdiction en toute connaissance de cause, avec la complicité des autres accusés.

Reste à confirmer les condamnations de ces individus qui n'hésitent pas entre leur profit et la santé des citoyens, sûrs de leur impunité due à leurs hautes fonctions. Espérons que les juges ne leur feront pas de cadeaux, décourageant ainsi d'autres bandits en cols blancs, à la renommée au-dessus de tout soupçon, qui attendent leur tour pour les copier, puisque depuis des lustres le système marche si bien. Ces grains de sable dans les rouages finiront, à la longue, par prouver que les accusations qui pèsent sur le dysfonctionnement de nos industries de santé, qu'elles soient politiques ou économiques, seront ainsi révélées à tous les citoyens dont certains mettent encore en doute la véracité et persistent à considérer leur propos comme parole d'évangile.