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© Jasinsat

L'histoire de la médecine s'est écrite sur de longs siècles et à travers une grande multitude de civilisations, les unes plus connues que d'autres. Sans vouloir entrer dans une polémique récente autant qu'imbécile sur les civilisations, il faut dire que la médecine a emprunté des voies bien diverses pour parvenir au niveau actuel.

Au fil des siècles et des civilisations, s'est progressivement constitué un savoir commun, pour nous bien souvent européen, mais pour d'autres riche de leur expérience propre. Il est donc impératif, par exigence d'honnêteté et de lucidité, que la suite de l'histoire de la médecine s'écrive en y intégrant les apports essentiels venus d'ailleurs autant que ceux obtenus par les progrès des sciences et des techniques (biologiques, radiologiques, pharmaceutiques, thérapeutiques, psychologiques et sociales).

Pendant longtemps, chaque médecine était l'expression des pratiques et des croyances propres à chaque culture et à chaque localisation d'une civilisation en un point défini du globe. Les pays occidentaux n'ont pas l'apanage des grandes découvertes en médecine, qu'il s'agisse de diagnostics ou de traitements. Bien sûr, ce constat n'est pas agréable compte tenu de l'absolue certitude des Occidentaux d'avoir tout découvert. Rappelons-nous cette phrase terrible de J. de Maistre au XIXe siècle, dans Les Soirées de Saint-Pétersbourg : « Les savants européens sont frappés d'une étrange maladie qui fait que nul ne peut savoir plus ou autrement qu'eux. »

La médecine occidentale a connu une transformation fondamentale tout au long des XIXe et XXe siècles. La lecture des ouvrages rapportant les pratiques antérieures (fin du XVIIIe siècle) montre deux constantes du discours médical académique : Art. 1 - La Faculté sait tout sur la médecine et sur les maladies. Art. 2 - Toute innovation est suspecte et doit être rejetée.

Sans doute, me direz-vous, il n'y a rien de changé de nos jours, mais il faut bien reconnaître que les progrès et les acquisitions scientifiques et techniques se sont progressivement imposés. Au prix de polémiques sans fin, la médecine occidentale s'est progressivement transformée. Si la médecine d'aujourd'hui est progressivement passée sous l'autorité scientifique de nos confrères anglo-saxons, ce serait faire injure à l'histoire que d'oublier le rôle qu'a joué la médecine française au cours du XIXe siècle pour établir les bases d'une médecine encore reconnue de nos jours.

Mais ce succès d'estime n'a guère résisté aux progrès scientifiques en provenance du monde américain qui s'est progressivement imposé comme le dépositaire de la science médicale moderne. La contribution française s'est progressivement intégrée dans un discours occidental, surtout anglo-saxon dans laquelle sa place est conditionnée par sa connaissance de la langue anglaise. Historiquement, c'est un juste retour des choses, scientifiquement, c'est au tour des Américains de devoir reconnaître les points faibles de notre savoir médical.

L'étape la plus importante des aspects positifs de ce développement se situe dans l'apparition des sciences de base de la médecine : anatomie, physiologie, histologie, embryologie, microbiologie, parasitologie et maladies tropicales, anatomie pathologique (le pathologiste anglo-saxon), pharmacologie, thérapeutique et radiothérapie, immunologie...

Et c'est ainsi que se sont caractérisées les grandes spécialités médicales et chirurgicales à l'aide des désordres cliniquement constatés. Ainsi est née la systématisation anatomoclinique de la fin du XIXe siècle où s'illustra l'école française de médecine avant de décliner cinquante ans plus tard. Mais, chemin faisant, le savoir médical se coupa en deux parties avec une violence parfois extrême. Toutes les affections qui ne reposaient pas sur un substratum biologico-clinique confirmé furent progressivement chassées du savoir médical. Toute la psychiatrie, de nombreuses maladies neurologiques, de nombreuses maladies chroniques, les affections congénitales furent sinon bannies du moins rangées dans ces zones d'ombre où attendent tant de malades et d'infirmes sans grand espoir.

Il n'est donc pas choquant qu'en désespoir de cause ces patients (et certains médecins) se soient tournés vers d'autres pratiques médicales sans droit de cité. De nombreuses poursuites professionnelles émaillent la longue histoire de ces praticiens qui cherchaient ailleurs (l'Ordre des médecins s'est ridiculisé avec son concept de pratiques non conformes aux données actuelles de la science). Mais, progressivement, plusieurs pays, et non des moindres (les USA, le Royaume-Uni, la Suisse et même la France) ont fini par reconnaître la validité de certaines de ces pratiques mal connues. L'homéopathie, l'acupuncture et la médecine traditionnelle chinoise, l'ostéopathie, la chiropratique et les médecines manuelles ont cessé d'être harcelées. D'autres sont encore dans les limbes, mais des tournants se préparent. Aux USA, sous la pression et avec l'aide du Congrès, le National Institute of Health a dû mettre en place un département consacré aux médecines alternatives et complémentaires (ACM).

C'est en cherchant comment faire évoluer le système ancien qu'il m'est apparu que la faille de ce système se situait dans le subtil distingo établi entre les maladies organiques, qui se manifestent par de nombreux désordres biologiquement et/ou radiologiquement démontrables, et l'immense fourre-tout que l'on appelle poliment les troubles fonctionnels sans grand intérêt.

Or la bonne connaissance de ces pathologies serait la clef de nombreuses affections pour lesquelles nous sommes démunis de moyens thérapeutiques et qui ne sont soignées qu'avec des médicaments mal adaptés et très chers. C'est donc du côté des maladies fonctionnelles que j'ai entrepris quelques recherches documentaires et c'est ainsi qu'à ma grande surprise j'ai trouvé l'existence d'un traité de médecine fonctionnelle (Textbook of Functional Medicine) édité par l'Institut de médecine fonctionnelle (Institute for Functional Medicine), situé dans l'Etat de Washington, sur la côte Ouest de Etats-Unis.

Je me suis procuré l'ouvrage après avoir vérifié qu'il n'existait pas à Paris. J'ai reçu un superbe traité de près de 1 000 pages en langue anglaise sans traduction en français. Il ne reste plus qu'à me plonger dans sa lecture pour savoir jusqu'où est allé son éditeur, Mr Jones, DS, dans cette tentative de clarification d'une page nouvelle de la médecine.

Votre santé n° 149 - mars 2012