Croquis d'audience en date du 3 décembre 2012 de Marie-Agnes Peleran, Alain Peligat, Philippe van Winkelberg, Christophe Letien, lors de leur procès à Paris
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Croquis d'audience en date du 3 décembre 2012 de Marie-Agnes Peleran, Alain Peligat, Philippe van Winkelberg, Christophe Letien, lors de leur procès à Paris

Ce 12 février 2013, le tribunal correctionnel de Paris a jugé l'affaire dite de L'Arche de Zoé, concernant l'exfiltration en France pour adoption payante (1 400 à 2 200 euros par enfant) d'orphelins du Darfour « en danger de mort » qui n'étaient d'ailleurs ni orphelins ni Soudanais du Darfour, ni en danger de mort. Maître Jean-Claude Guidicelli a caractérisé ce procès comme « un bal des faux-culs et des amnésiques ».

Les audiences ont confirmé le caractère abracadabrantesque de cette opération :
  • pour récupérer des enfants tchadiens, les « humanitaires » proposent leurs services aux chefs de villages sous prétexte de les soigner ou de leur offrir une éducation religieuse ;
  • pour faire sortir les enfants du Tchad en avion, les humanitaires recouvrent les enfants de bandages et de fausses perfusions pour faire croire à une évacuation sanitaire.

  • Ce 12 février 2013, Eric Breteau, 42 ans, et Emilie Lelouch, 36 ans, ont été condamnés à trois ans de prison, dont un avec sursis et 50 000 euros d'amende par le tribunal correctionnel de Paris. Celui-ci les a déclarés coupables d'escroquerie au préjudice de 358 familles d'accueil, d'exercice illicite de l'activité d'intermédiaire pour l'adoption et d'aide à l'entrée ou au séjour de mineurs en situation irrégulière. Quatre autres bénévoles qui avaient participé à l'opération ont quant à eux été condamnés à six mois de prison avec sursis et un an de prison avec sursis.

    Ces peines ne répondent pas à une question centrale : comment une expédition largement financée (700 000 euros) par des institutions publiques françaises (Hopitaux de Paris, Air France...) a-t-elle engagé un tel vol d'enfants ? « Tout le monde savait » que cette opération était en cours, notamment l'armée française qui avait fourni un avion Transall pour acheminer les équipes et le matériel sur place, ce qui pouvait accréditer l'idée chez son client qu'elle était « légale et légitime » (Me Guidicelli). L'armée et autres institutions auraient-ils engagés de tels moyens au service d'un pompier volontaire en mal d'escroquerie sans des protections importantes ? Bien sûr que non.

    Souhaitons que toutes les données de cette affaire soient un jour connues. Il est en effet surprenant et pénible de constater le grand nombre « d'approximations » émanant d'organismes et personnalités voulant aujourd'hui tout faire retomber sur quelques « mégalomanes exaltés » de l'Arche de Zoé.

    En voici un exemple. L'association Arche de Zoé internationale ( Zoe's Arc Ark Foundation Inc, 154, A'Becket Street, Melbourne 3000, Victoria, Australie) a publié un communiqué affirmant qu'elle n'a eu et n'a aucun lien avec l'association française du même nom. Or, elle compte parmi ses membres tous les responsables français de l'Arche de Zoé. Paris Biotech Santé ( sur lequel nous reviendrons) figure sur sa liste fiscale. En 2005, le directeur de Paris Biotech Santé écrit à Eric Breteau, coordonnateur de l'Arche de Zoé, à l'adresse internationale en Indonésie (Zoe's Ark Coordination Center, Jalan Sudirman N°7, Banda Aceh, Sumatra, Indonesia). Bizarre !

    Quels sont les vrais commanditaires de l'opération engagée au Tchad ?

    L'équipe de l'Arche de Noé se composait, pour l'essentiel, de personnes qui s'y étaient fourvoyées pour des raisons humanitaires.

    Eric Breteau, lui-même, président légal de l'association, apparaît comme un homme actif, bon organisateur, beau parleur, « exalté de l'humanitaire » (Libération), « sincère » (Mahor Chiche de l'association Sauvons le Darfour), considérant justifié d'outrepasser la légalité si l'intérêt d'enfants le nécessite mais ne gérant ni les fichiers, ni les comptes, n'ayant pas les relations personnelles permettant de monter une opération aussi importante.

    Qui, par exemple, a préparé le financement de l'expédition ?

    Sur 700 000 euros collectés en quelques mois par l'Arche de Zoé, seulement 60 000 proviennent des 11 000 adhérents, le reste émane de la Fondation des Hôpitaux de Paris, d'Air France (100 000 euros)... Ce ne sont pas des pieds nickelés de l'humanitaire qui auraient obtenu seuls, de telles subventions.

    D'ailleurs, l'Arche de Zoé dispose au Tchad d'un avion privé pour relier Adré et Abéché, mène grand train, loue des 4X4, se paie les services d'un boeing (avec un pilote belge et un équipage de sept Espagnols) pour le rapatriement en Europe...

    Le journal belge Sept sur Sept avait bien posé le problème à l'automne 2007 :

    « L'Arche de Zoé n'est pas une histoire d'amateurs. Ils sont très professionnellement organisés, et ne manquent pas de fonds et de soutiens en tout genre. La soi-disant « petite » association semble avoir préparé cette opération au Tchad avec beaucoup de relations d'influence, de moyens techniques et financiers ». Pour expliquer ces moyens techniques et ces relations, le même périodique avançait les pistes de Paris Biotech Santé et de François Sarkozy (frère du président). De nombreuses enquêtes, parues depuis, ont également avancé ces noms.

    Qui tenait la bourse de l'Arche de Zoé ? Qui centralisait le réseau des familles d'accueil ?

    La secrétaire générale, contact légal de l'Arche de Zoé se nomme Stéphanie Dhainaut-Lefebvre.

    Dans le procès-verbal de son audition par la Brigade des mineurs de Paris, Eric Breteau est très clair :

    Les divers documents liés à l'activité de l'Arche de Zoé se trouvent au domicile de Stéphanie.

    Le listing des familles prêtes à accueillir les enfants se trouve dans l'ordinateur de Stéphanie

    C'est Stéphanie qui tient les comptes de l'association.

    C'est Stéphanie qui a choisi les commissaires aux comptes de l'association.

    C'est Stéphanie qui prend en charge la bonne marche administrative de l'Arche de Zoé.

    Stéphanie Dhainaut dirige donc pendant que « Moi, je suis celui qui va sur le terrain... depuis décembre 2006, je n'ai pas de revenu, par contre mon activité de sapeur pompier volontaire me procure environ 500 euros par mois ».

    Quant à Stéphanie Lebefvre, voici son opinion sur Breteau : « Son moteur c'est l'enfance, la défense des enfants ». Sur la base des informations données par la presse, il semblerait donc que Stéphanie Dhainaut-Lefebvre assumait un rôle décisif au sein de l'Arche de Zoé.

    Quoi qu'il en soit, la direction de l'Arche de Zoé ou des personnes travaillant en lien avec elle disposait de relations de haut niveau. Pour discuter du projet tchadien, l'Arche de Zoé est reçue le 31 juillet par la directrice de cabinet du secrétariat d'Etat aux Droits de l'Homme.

    Quel a été le rôle de Paris Biotech Santé ?

    Paris Biotech Santé est un organisme semi-public du médicament, gérant en particulier 2 500 mètres carrés de laboratoires à l'hôpital Cochin.

    L'Arche de Zoé est déclarée au Journal Officiel comme ayant son siège social dans les locaux de Paris Biotech Santé à l'Hôpital Cochin.

    Dans cette même déclaration, le courriel de l'Arche de Zoé est domicilié par Paris Biotech au nom de Stéphanie Lefebvre : [email protected]

    Les commissaires aux comptes de l'Arche de Zoé sont, d'après les articles repris en complément ci-dessous, les mêmes que pour Paris Biotech Santé.

    Stéphanie Dhainaut-Lefebvre est à la fois dirigeante à titre bénévole de l'Arche de Zoé et directrice adjointe à titre professionnel de Paris Biotech Santé.

    Dans une lettre du 14 avril 2005 adressée à Eric Breteau « coordonnateur de l'Arche de Zoé » , le professeur Olivier Amédée Maresme, directeur de Paris Biotech Santé, écrit :
    « Comme vous le savez, les activités de notre association sont prioritairement tournées vers la création de micro-entreprises dans le domaine de la santé humaine.

    Satisfait de la collaboration entre notre association et votre équipe depuis le début de cette année et soutenant le programme envisagé par les bénévoles de l'Arche de Zoé, je tenais à vous confirmer notre souhait de poursuivre notre collaboration en termes de moyens logistiques et de mise à disposition de réseaux dont vous pourriez avoir besoin dans le cadre de ce programme. »
    Paris Biotech Santé affirme aujourd'hui n'avoir aucun lien avec L'Arche de Zoé. Pourtant, cet organisme a, pour le moins, fait preuve d'un grand manque de prudence dans cette affaire. Vu la tournure prise par le projet tchadien, il aurait été facile de rompre par écrit son partenariat. Or, cela n'a pas du tout été fait.

    Si Eric Breteau et ses proches ont agi sans commanditaire, n'ont-ils pas été confortés par une attitude peu ferme de personnalités et organismes divers ?

    Eric Breteau s'est, paraît-il, souvent prévalu d'une oreille attentive de l'Elysée. Probablement sans raison. Mais alors, pourquoi ne pas avoir vérifié ses dires avant qu'il ne parte au Tchad ?

    Le ministère des Affaires étrangères fait valoir qu'il a diffusé un communiqué mettant en garde les familles le 25 mai 2007.

    Mais alors, pourquoi, par lettre du 13 juillet, Eric Breteau remercie-t-il Laurent Contini, conseiller Afrique au ministère des Affaires étrangères pour l'excellent accueil qu'il a reçu au Quai d'Orsay le 4 juillet. Il ajoute même : « c'est dans cet esprit que nous collaborerons discrètement avec vos services afin que vous disposiez d'un maximum d'informations vous permettant, au besoin, d'intervenir dans les meilleures conditions. »

    Mais alors, pourquoi la principale réunion des parents a-t-elle été convoquée et s'est-elle tenue les 17 et 18 juillet, non clandestinement, mais dans un amphi de l'hôpital Cochin.

    Breteau n'est convoqué pour audition que le 10 août 2007.

    Parmi les bizarreries de cette affaire Arche de Zoé, il est logique de se demander :
  • Pourquoi Eric Breteau comme Stéphanie Lefebvre, convoqués mi-août par la police, refusent-ils de donner des informations sur le financement de leur opération ?
  • Pourquoi vont-ils mettre en oeuvre celle-ci sans avoir eu à donner de précisions sur la question ?
  • Pourquoi l'opération d'enlèvement des enfants est-elle arrêtée par les autorités tchadiennes et non par la France qui intervient dans le secteur concerné comme dans une sorte de protectorat ?

  • Quel lien, même minime, entre l'expédition de l'Arche de Zoé et des personnalités influentes comme Jean-François DHainaut ?

    Dans son procés-verbal d'audition, Eric Breteau affirme que le siège de L'Arche de Zoé se trouve au domicile du père de la secrétaire générale Stéphanie Dhainaut-Lefebre.

    Qui est ce père ? Jean-François Dhainaut :
  • président de l'université Paris V Descartes (Droit, sciences humaines, médecine, odontologie, pharmacie, sciences. STAPS, IUT) ;
  • chef de pôle de Paris Biotech Santé dont il est un des quatre membres fondateurs ;
  • membre du conseil scientifique de la Commission Recherche de l'UMP.

  • La dernière réunion d'information des familles d'accueil s'est déroulée « dans un amphi à la faculté de l'Hôpital Cochin . les 17 et 18 juillet « (audition d'Eric Breteau).

    La moitié des membres de l'expédition tchadienne de l'Arche de Zoé étant actuellement mise en examen pour « escroquerie », « aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France » ou « exercice illicite d'intermédiaire en vue de vue de l'adoption ou d'un placement d'un enfant », Jean-François Dhainaut a, pour le moins, manqué de prudence.

    Quel lien, même minime, entre l'Arche de Zoé et des sociétés intervenant dans la branche du médicament ?

    Voici ce qu'a affirmé l'émission suisse La Planète bleue :
    « L'association l'Arche de Zoé est une initiative d'un organisme français Paris Biotech Santé. Elle est financée par une société de développement de produits pharmaceutiques BioAlliance Pharma, dont le propre frère du président, François Sarkozy, est vice-président du conseil de surveillance... Quelles sont les réelles activités de BioAlliance Pharma, dont fait partie le frère du président Sarkozy ?

    La compagnie développe des médicaments pour traiter des maladies décrites comme mille fois plus virulentes en Asie du Sud-Est et dans l'Afrique subsaharienne que chez nous. Pour développer ces traitements la société pratique des expérimentations sur des patients, comme par exemple pour le Loramic, cinq cent quarante patients répartis sur quarante sites différents à travers le monde. Stéphanie Lefèvre, la secrétaire générale de l'Arche de Zoé, est directrice adjointe de Paris Biotech Santé. Et François Sarkozy, le frère du président, figure avec elle parmi les membres du comité d'évaluation de cet organisme spécialisé dans la recherche bio-médicale. D'où les questions qui enflent sur le web...

    Au printemps dernier, le Nigéria a attaqué devant la justice internationale le géant Pfeizer, qui aurait, je cite : « effectué en 1996, de façon illégale, l'essai clinique d'un médicament, le Trovan, sur deux cents enfants » fin de citation. L'inventeur du Viagra aurait secrètement utilisé des enfants comme cobayes, pour tester de nouvelles molécules, sous couvert d'aides humanitaires. Onze enfants sont morts lors de ces tests. D'autres ont subi de graves séquelles : surdités, paralysies, lésions cérébrales, cécités. Le Nigéria réclame dix milliards de dollars à Pfeizer. C'est le Washington Post qui a révélé le scandale. »

    Le site Voltaire.net affirme lui « Il résulte de ce montage que la finalité ultime de l'Arche de Zoé est de tester des programmes sanitaires sur des enfants en difficulté dans le tiers-monde en vue de leur développement commercial ».
    De telles accusations, reprises ici et là sur internet sont exagérées mais trop graves pour ne pas nécessiter un démenti clair, précis et documenté de la part de l'association comme de l'industrie pharmaceutique.

    Quel lien, même minime, entre François Sarkozy et l'Arche de Zoé ?

    Dans les articles consacrés à l'Arche de Zoé, le nom de François Sarkozy revient assez souvent. La principale question posée est la suivante : A-t-il été informé, comme vice-président du Comité de surveillance de Bio Alliance Pharma et membre du Comité d'évaluation des initiatives et financements de Paris Biotech Santé, de l'expédition organisée au Tchad ?

    François Sarkozy préside la société pharmaceutique AEC Partners dont les deux principaux clients sont :

    Le LEEM ( industrie pharmaceutique française) qui emploie Stéphanie Lefebvre de Paris Biotech Santé et de l'Arche de Zoé. Le géant américain Pfeizer, leader mondial de l'industrie pharmaceutique, cité ci-dessus.

    Le projet de l'Arche de Zoé présente un aspect international gigantesque. Pour quels objectifs ? Avec quels partenariats ?

    Quiconque jette un coup d'œil sur les articles de presse concernant L'Arche de Zoé va de surprise en surprise.

    Dans un communiqué du 28 avril 2007, les dirigeants de l'Arche de Zoé et de l'association Sauvons le Darfour (mondialement connue), précisent leur projet : le transfert d'orphelins « 10 000 vers l'Europe et les Etats-Unis dont 1000 en France ». D'après L'Express, « 10000 orphelins en France, en Belgique et en Amérique du Nord ».

    Dans son audition à la Brigade des mineurs de Paris, Eric Breteau affirme que l'Arche de Zoé est en lien avec d'autres ONG pour l'expédition au Tchad, en particulier Save Childrens : « Nous allons nous appuyer sur des ONG déjà en place. Comme par exemple Save Childrens ; c'est une organisation internationale américaine mondialement connue ». Qu'en est-il ?

    Dans l'introduction de cet article, nous avons signalé les liens entre l'Arche de Zoé française et l'Arche de Zoé internationale dont le siège est en Australie.

    Le Haut Commissariat pour les réfugiés de l'ONU a fourni les tentes nécessaires à l'équipe de l'Arche de Zoé.

    Vu tout cela (plus le financement et l'aide de l'armée française), il est surprenant de voir des journaux présenter l'Arche de Zoé comme une petite association « animée par un groupe de pompiers volontaires et d'amateurs de 4X4 du Val d'Oise » (par exemple Le Monde du 30 octobre 2007)

    Pourquoi, parmi les responsables de l'Arche de Zoé, seuls les baroudeurs du Tchad sont-ils poursuivis par la justice ?

    Fin octobre, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour "exercice illicite d'intermédiaire en vue de l'adoption ou d'un placement d'enfant »

    Alain Péligat, logisticien du groupe, a été mis en examen le 9 janvier pour « aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France ». Depuis le 10 janvier, Emilie Lelouch et Philippe van Winkelberg, sont mis en examen pour « aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France », « exercice illicite d'intermédiaire en vue de l'adoption ou d'un placement d'un enfant » et « escroquerie ». Eric Breteau s'est vu notifier sa mise en examen pour « escroquerie », « aide au séjour irrégulier de mineurs étrangers en France » et « exercice illicite d'intermédiaire en vue de vue de l'adoption ou d'un placement d'un enfant »

    La liste de ses membres déposée au Tchad par Children Rescue début août avec Eric Breteau comme président (afin de disposer d'autorisation de circuler) comptait une vingtaine de membres. Leur audition ne paraît même pas présenter d'intérêt.

    Les familles d'accueil, de surprises en confusion

    Voici un témoignage intéressant publié par Le Monde du mardi 6 novembre :
    « En septembre, Eric Breteau rentre d'un voyage au Darfour. Il organise une réunion à Valence (Drôme) et annonce aux familles que l'opération entre dans sa phase concrète... Les Rieutord sont ravis : "Nous étions près de 600 dans la salle. Nous étions assis à côté d'universitaires, d'un fonctionnaire travaillant au Sénat, des gens sérieux... Sur le ton de la rigolade, (Eric Breteau) a dit qu'une personne ayant ses entrées à l'Elysée se trouvait dans la salle". Certains parents se mettent à échafauder une théorie rassurante : le gouvernement français soutiendrait le projet en sous-main, mais ne pourrait pas faire de déclarations officielles pour des raisons diplomatiques.

    Avec le recul, Jean s'étonne de sa propre naïveté "On imaginait que Sarkozy... avait envie de montrer son grand coeur à l'occasion d'une opération exceptionnelle". Cette croyance est renforcée par la passivité des pouvoirs publics. En bonne fonctionnaire, Claire est persuadée que, si l'Etat était opposé à l'opération, il contacterait les familles pour les mettre en garde. "Or, il n'y a rien eu. J'ai écrit à mon Inspecteur d'Académie pour demander un congé exceptionnel, en expliquant clairement l'opération. J'ai reçu une réponse favorable". Jean va plus loin "Si j'avais reçu... un courrier d'avertissement, j'aurais arrêté immédiatement". Les Rieutord versent d'abord 1400 euros puis... une rallonge de 800 euros. »
    Le gouvernement français a décliné toute responsabilité dans l'expédition Arche de Zoé en faisant valoir qu'elle agissait clandestinement. Bizarre !

    Pendant six mois, l'Arche de Zoé a diffusé des communiqués, tenu des réunions, y compris à l'hôpital Cochin, répété sans cesse sur internet comme à la radio qu'elle voulait « transférer 10 000 enfants du Darfour vers l'Europe et les Etats-Unis dont 1 000 en France ». Le président de l'association a signé une lettre appelant par exemple les députés à l'aider.

    On ne peut donc reprocher à l'Arche de Zoé d'avoir caché son jeu. Quelles initiatives concrètes ont pris les autorités françaises pour bloquer son projet ?

    Le 2 novembre 2007, Arguments pour le socialisme constatait à juste titre « D'abord, on a cette étrange ONG qui "agit clandestinement" selon Yama Rade, au point de solliciter (et d'obtenir !) des entrevues dans les ministères. Au point aussi de recevoir des mises en garde ministérielles, » toujours selon Yama Rade.

    Autre justification du gouvernement :
    « il ressort des explications des autorités françaises qu'en utilisant un nom d'emprunt (Children Rescue) et en prétendant apporter une aide psycho-sociale à des enfants victimes de la guerre, l'Arche de Zoé a réussi à berner tout le monde au Tchad pendant des semaines : les autorités locales, l'armée française et le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU ».
    Cette excuse apparaît aussi peu convaincante que la précédente : Eric Breteau a fait toutes ses démarches au Tchad sans changer de nom. Si effectivement les ministères avaient donné l'alerte contre le projet Arche de Zoé porté au Tchad par un certain Eric Breteau, celui-ci n'aurait pu bénéficier de toute l'aide qui lui a été apportée sur place.

    Quant à l'aide médico-psycho-sociale apportée aux enfants, elle signait depuis le début la spécificité du projet. L'Arche de Zoé ne l'avait pas caché.

    Fin septembre 2007, le gouvernement et son ministère des Affaires étrangères avaient reçu toutes les informations nécessaires sur le projet réel de l'Arche de Zoé. Pourquoi, dans ces conditions, l'Arche de Zoé a pu, non seulement mettre ce projet en application mais bénéficier d'aides diverses, en particulier de l'Armée française ?

    Le Monde du samedi 3 novembre donne les informations suivantes, émanant du gouvernement :
    « Brigitte Collet (directrice de cabinet de Rama Yade) connaissait Eric Breteau pour l'avoir reçu le 31 juillet au Quai d'Orsay... Devant Madame Collet, Eric Breteau ne se démonte pas. Nous savons que les pouvoirs publics ne nous soutiendront pas, donc je ne vous dévoilerai pas ce que nous allons faire. Il ajoute que dans un premier temps, l'Arche de Zoé évacuera les enfants du Darfour vers un camp de transit dans un pays à l'abri du conflit ».
    Si Eric Breteau a bien tenu ces propos fin juillet, comment se fait-il que le gouvernement ne soit pas intervenu auprès des organismes publics bailleurs de fonds comme la Fondation des Hôpitaux de Paris et Air France ?

    Continuons la citation du Monde : « Fin septembre, le Quai d'Orsay disposera d'informations montrant que si un transport d'enfants est tenté par l'Arche de Zoé, cela se produira probablement à partir du Tchad. Le 27 septembre, un député français informe le Quai que, dans sa circonscription, des familles parlent d'accueillir des enfants du Darfour. Il mentionne le Tchad. D'autres parlementaires ont déjà fait remonter de telles informations de leur région. Le service social d'un département a informé le Quai que, lors d'une réunion de familles d'accueil, il a été question de 309 enfants. »

    Si l'équipe de l'Arche de Zoé est un ramassis d'escrocs mégalomanes, pourquoi les autorités françaises, informées par cette association puis par d'autres sources de son projet, n' ont-elles pas bloqué l'expédition ? Pourquoi, au contraire, l'armée française l'a-t-elle largement aidée sur place ?

    Puisque l'opération devait se réaliser au Tchad « avant la fin de l'année 2007 », si les autorités françaises avaient tenu à l'interdire, le minimum était d'en informer l'ambassade à N Djamena et l'armée, très présente dans ce pays.
    « Or, le 19 septembre, vingt personnes de l'association embarquent à bord d'un Transall militaire avec 1,7 tonne de matériel et de médicaments.L'armée assurera un autre déplacement en avion pour l'association. A Abéché, l'association se ravitaille à la supérette de la base militaire. A Abéché, le médecin du camp militaire français leur accorde des consultations médicales. L'Armée fournit du kérosène pour l'avion privé de l'association, un pipper PA 32 qui achemine les enfants depuis Adré ». (source Nouvel Observateur du 8 novembre 2007).
    « L'armée française sur place transporte à trois reprises certains de ses bénévoles » (Le Monde du 30 octobre 2007)
    Libération du 2 novembre écrit : « Ce dernier [Idriss Déby] a aussi évoqué une complicité locale en s'étonnant, sur RFI, que le Boeing affrété par l'ONG ait eu la permission d'atterrir à l'aéroport d'Abéché, dont la piste est trop courte. Or qui controle l'aéroport d'Abéché ? Qui a réalisé l'extension de la piste nécessaire à l'atterrissage du Boeing loué par Children Rescue/Arche de Zoé ? »

    La Planète bleue demande également :
    « Pourquoi et comment l'association l'Arche de Zoé, a-t-elle pu utiliser les avions Transal de l'armée française, pour transporter son matériel de N'Djaména à Abéché ? Pourquoi les services du ministère français de la défense, connaissaient-ils le plan de vol du Boeing affrété par Eric Breteau, le président de l'Arche de Zoé ?

    Le Boeing atterrit à Abéché, un aérodrome sous contrôle militaire tchadien ... et français, certains gradés français étant présents dans la tour de contrôle. C'est depuis Abéché, que, grimés en blessés, les gamins devaient embarquer dans l'avion garé en bout de piste. »
    Si l'expédition de l'Arche de Zoé s'explique seulement par une mégalomanie humanitaire et une escroquerie de familles adoptives, pourquoi l'Arche de Zoé avait-elle prévu dans son contrat, paru sur internet, un suivi médical à long terme des enfants ?
    « Les équipes de L'Arche de Zoé, composées de médecins, d'infirmières, de sapeurs-pompiers et d'autres spécialistes, assureront une prise en charge complète des enfants depuis les zones de guerre jusqu'à leur arrivée dans la famille d'accueil, en veillant tout particulièrement au confort matériel et affectif des enfants. Consciente des traumatismes déjà infligés à ces enfants pendant le conflit (blessures, maladies, villages brûlés, massacres de leur famille, etc...), L'Arche de Zoé assurera un suivi médical et psychologique à long terme afin de minimiser autant que possible l'impact du déracinement et des séquelles de cette guerre ».
    Lors de l'arrestation des membres de l'Arche de Zoé au Tchad, le président Idriss Déby a caractérisé leur action comme « un enlèvement pur et simple » et a évoqué l'idée d' « un trafic d'organes ou de pédophilie ».

    Cette accusation relève à coup sûr de l'affabulation, probablement pour faire monter les enchères dans ses négociations actuelles avec l'Etat français. Reste cependant un point qui mériterait d'être élucidé.

    Interrogée sur cette accusation par Le Parisien, Rama Yade a précisé : « Enlever les enfants comme ça est de mon point de vue illégal et irresponsable. Nous n'avons pas encore assez d'éléments pour (parler d'un trafic d'enfants-NDLR), mais il y a des risques », dit-elle.

    Pourquoi avoir laissé l'Arche de Zoé justifier son action par la situation d'urgence créée par le génocide en cours au Darfour alors que depuis trois ans la situation s'était nettement améliorée dans le secteur ?

    Pour des raisons politiques, les Etats-Unis et diverses associations font comme si la situation au Darfour en 2007 était la même qu'en 2003-2004. Cela permet par exemple une campagne contre la Chine.

    Pour justifier préalablement son opération, l'arche de Zoé a utilisé des informations émanant du Comité International de la Croix Rouge, en leur faisant subir une inflation qui les rendait « grossièrement faux », selon une source du CICR. Ce dernier a obtenu que les manipulations au sujet de ses noms, de ses logos et de ses rapports disparaissent du site de l'Arche de Zoé (Le Monde des 4 et 5 novembre). « Des dérapages de cette sorte ont déjà été sanctionnés par la justice. En août, des organisations regroupées autour de Save Darfur avaient lancé dans la presse, une campagne affirmant que le conflit dans l'Ouest du Soudan avait fait 400 000 morts. Cette campagne a été condamnée par les tribunaux britanniques pour publicité mensongère » (Jean-Philippe Rémy in Le Monde).

    Rony Brauman précise début novembre 2007 : « Sommes-nous aujourd'hui dans la situation de 2003-2004 ? La réponse est non. Il continue d'y avoir des violences disséminées, le gouvernement soudanais fait toujours la guerre aux « rebelles », mais le niveau de violence n'a rien à voir avec ce qu'il était il y a quatre ans. Un indicateur : la mortalité a été divisée par cent. Il y avait en moyenne 10 000 morts par mois contre une centaine actuellement ».

    Les appels pathétiques permanents à « sauver les enfants du Darfour », victimes d'un génocide, n'ont-ils pas influé sur la conviction des membres de l'Arche de Zoé de « faire le bien », de pratiquer une « ingérence humanitaire ».

    Dans la réalité de l'Est tchadien, l'équipe d'Eric Breteau a remplacé des « orphelins du Darfour » par de petits tchadiens non orphelins, confiés temporairement à un centre d'hébergement d'urgence, à un « children center pour enfants en grande vulnérabilité »

    Si l'expédition de l'Arche de Zoé s'explique seulement par une mégalomanie humanitaire et une escroquerie de familles adoptives, comment expliquer la réaction de Nicolas Sarkozy en apprenant leur arrestation au Tchad ?

    Le mardi 6 novembre, soit une semaine après l'arrestation au Tchad de l'équipe de l'Arche de Zoé, alors que l'affaire monopolise les unes des journaux, alors que le gouvernement a eu le temps de faire le point et soigner sa ligne de communication, Nicolas Sarkozy chausse à nouveau les bottes de Zoro et déclare : « J'irai chercher ceux qui restent, quoiqu'ils aient fait (...) Le rôle du président est de prendre en charge tous les Français ». Comment interpréter une telle affirmation totalement contraire aux accords passés entre la France et le Tchad, contraire au droit international...

    Vu la gravité de l'accusation ci-dessous portée par l'émission suisse La planète bleue, l'Elysée aurait dû réagir depuis longtemps et apporter un démenti documenté :
    « Quand la fameuse affaire de l'Arche de Zoé a éclaté, curieusement, le Président Sarkozy n'est pas venu au secours des enfants victimes, ni des familles abusées, mais des voleurs d'enfants.

    Pourquoi ? Pour protéger qui ? Pourquoi Nicolas Sarkozy est-il allé au Tchad chercher les journalistes français et les hôtesses espagnoles ? Pourquoi le président français a-t-il annoncé, haut et fort, qu'il irait chercher lui-même les membres de l'association « Arche de Zoé », quoi qu'ils aient fait, mettant ainsi le feu à un baril qui n'avait pas besoin d'arrogance pour s'enflammer.

    S'agit-il d'une maladresse due à la précipitation, ou l'affaire des illuminés de l'Arche de Zoé cacherait t-elle une autre affaire autrement grave, bien plus glauque, qui aurait conduit le président français à la gaffe internationale ?

    Y aurait-il des imbrications entre l'exfiltration d'enfants tchadiens vers l'Europe, l'industrie pharmaceutique, et les milieux d'affaire ?

    Cette affaire, qui est tout le contraire d'une histoire de pieds nickelés, soulève tellement de questions, que certains se demandent aujourd'hui, si derrière cette bavure humanitaire, ne se cache pas une affaire d'une toute autre ampleur, une affaire d'expérimentations thérapeutiques sur des patients pas du tout volontaires. »
    Cinq jours après sa déclaration fracassante comme quoi il irait chercher l'équipe de l'Arche de Noé, quoiqu'elle ait fait, Nicolas Sarkozy communique officiellement et à tête reposée sur la question. Il rend compte de ses discussions avec le président tchadien pour " le sensibiliser au respect de la présomption d'innocence" et prend le monde à témoin :"Pourquoi ont-ils conduit cette action illégale, avec quel motif ?"

    Nicolas Sarkozy et les services gouvernementaux sont mieux placés que nous pour répondre à cette question, même quatre mois après. Pourtant, nous attendons, attendons encore...

    Jacques Serieys

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    Arche de Zoé : plus qu'un fait divers

    La réaction du président tchadien Idriss Déby, évoquant des réseaux pédophiles ou des trafics d'organes, nous paraît exagérée, infondée et motivée par des raisons de politique internationale (soldats français imposés à la frontière soudanaise). Il n'en demeure pas moins que les propos du président Déby trouvent un réel échos au Tchad et devraient davantage remettre en cause la perception que nous avons de notre présence en Afrique.

    L'affaire de l'Arche de Zoé nous montre à quel point nous avons du travail à faire pour dépasser notre approche simpliste et appréhender la complexité de notre présence en Afrique. N'importe qui ne devrait pas pouvoir s'improviser humanitaire à ses heures perdues. Un journaliste arrêté avec l'Arche de Zoé, et rentré depuis (par les voies aériennes de la République comme chacun sait), a expliqué, il y a quelques jours sur TF1, que le ramassage des « orphelins » dans les villages par l'Arche de Zoé relevaient de l'amateurisme. Une interview de Eric Breteau (président-fondateur de l'association) pendant ses activités au Tchad a été diffusée, dans laquelle il avouait qu'il était prêt à aller en prison pour sauver des enfants de la misère, mais qu'il s'attendait à n'être arrêté ... qu'en France. L'Arche de Zoé aurait-elle sous-estimé la compétence des autorités tchadiennes, ou pensait-elle pouvoir faire quitter l'Afrique à 103 enfants à coups de bakchich ?

    Aussi ignobles que soient les accusations du président tchadien, je peux comprendre sa colère et les questions qu'il peut se poser, tant cette attitude à l'égard des autorités de son pays doit lui paraître insultante.

    Finalement, ne sommes nous pas encore en train d'entretenir le mythe du missionnaire français parti explorer l'Afrique pour apporter aide et assistance aux tribus défavorisées (pour ne pas dire barbares) ? Dès les débuts de la colonisation, c'est ce qui a été colporté à souhait pour justifier la ruée vers les ressources africaines

    Il est vrai que ce mythe présente l'avantage d'être rassurant et déculpabilisant. Il est grand temps d'en sortir ! Mais dans le climat de déni de la France vis-à-vis de son histoire coloniale, j'ai peine à croire que nous puissions y parvenir rapidement.

    Le parlement français a voté récemment une loi pour reconnaître un « rôle positif » de la colonisation. Toutes proportions gardées, je me demande si n'est pas aussi étroit d'esprit que de reconnaître un rôle positif du régime nazi, en arguant qu'il a donné aux russes et aux américains les scientifiques qui allaient permettre la conquête de l'espace vingt ans plus tard...

    © Le Courrier international

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    Zozos, branquignols ...barbouzes ?

    Petit à petit, miette après miette, le puzzle de l'affaire de l'Arche de Noé commence à dévoiler des faits à défaut de révéler l'entière vérité. Pour l'instant, on en est au stade des questions et des hypothèses.

    1) D'abord, on a cette étrange ONG qui « agit clandestinement » selon Yama Rade, au point de solliciter (et d'obtenir !) des entrevues dans les ministères. Au point aussi de recevoir des mises en garde ministèrielles, toujours selon Yama Rade. Mises en garde non suivies d'effet car le grand chef de cette ONG aurait agi tel un gourou borné.

    2) Soupçons ou preuves de trafic d'enfants pour réseau pédophile (tiens, l'accusation semble tombée en route ...), vols d'organes, fraudes à l'adoption, infractions à la législation sur le séjour et l'accueil des étrangers : la moindre de ces infractions aurait du entrainer une action des autorités en France. Alors pourquoi avoir attendu le dernier moment pour filer l'info aux autorités tchadiennes qui ont arrêté les membres de l'équipée sur le point de remplir l'avion d'un premier convoi d'enfants ? Pourquoi avoir laissé l'opération avancer jusqu'au point où des dizaines de familles d'accueil étaient rassemblées à l'aéroport de Vatry pour réceptionner des enfants (on les a vues à la télé, désapointées..) ?

    3) L'ONG a joué sur une double identité. Le label « Arche de Zoé » en France, le sigle Children Rescue au Tchad. Et ce simple subterfuge aurait suffi à obtenir malgré tout une aide logistique de l'armée française. Merveilleuse armée française qui apporte sa modeste contribution à une ONG censée recevoir des mises en garde ministèrielles à Paris ! Bizare que dans une zone de tension, de conflit, où ces derniers mois l'armée française a été engagée dans des actions de soutien militaire au pouvoir tchadien, où la rivalité entre grandes puisssances autour de la crise du Darfour se joue aussi avec la panoplie complète des agents et des agences, il n'y ait pas de service de renseignements observant tout ce qui s'agite sous le soleil ...

    4) Libération du 2 novembre écrit : « Ce dernier [Idriss Déby] a aussi évoqué une complicité locale en s'étonnant, sur RFI, que le Boeing affrété par l'ONG ait eu la permission d'atterrir à l'aéroport d'Abéché, dont la piste est trop courte. »

    Or qui contrôle l'aéroport d'Abéché ? Qui a réalisé l'extension de la piste nécessaire à l'atterrissage du Boeing loué par Children Rescue/Arche de Zoé ?

    De là à imaginer un sérieux problème de souveraineté du Tchad sur cette province... De là à se demander si les autorités tchadiennes n'ont pas fait preuve d'un zéle policier très large en arrêtant tous les protagonistes directs ou indirects de l'affaire (membres de l'ONG, journalistes, équipage de l'avion) justement parce qu'elles n'arrivaient pas à savoir qui était qui, et qui faisait quoi...dans ce qui est devenu un protectorat français.

    5) Et Kouchner ? Avez-vous vu Kouchner ? D'habitude, l'humanitaire, c'est son domaine. Pourquoi Kouchner est-il absent et silencieux ? Pourtant, il bosse sur la mise en place de la grande Euroforce dirigée par la France qui est censée prendre position à coté du Darfour...

    En attendant, les reportages sur l'origine des enfants regroupés par l'ONG sont édifiants sur la misère des populations locales. Ils montrent des parents qui n'hésitent pas trop pour faire le choix : entre l'incertitude de l'inconnu avec un maigre espoir d'aller dans une école et la certitude d'un sort quotidien misérable, la réalité fait pencher la balance d'une façon nette.

    C'est aussi cela le bilan de la Françafrique. Plus de 40 ans après les indépendances, les anciennes colonies restent dans un état de dépendance politique et économique qui poussent les populations locales à tenter toutes les solutions, au risque de perdre ses enfants, au risque de perdre sa vie en affrontant les dangers du désert et des mers.

    © Arguments Pour le Socialisme

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    Arche de Zoé... Arche d'Alliance(s) ???

    Texte diffusé le dimanche 25 novembre 2007 de 12 heures à 13 heures, dans l'excellente émission « La Planète Bleue » sur la chaîne de radio suisse romande Couleur 3.

    Quand la fameuse affaire de l'Arche de Zoé a éclaté, curieusement, le Président Sarkozy n'est pas venu au secours des enfants victimes, ni des familles abusées, mais des voleurs d'enfants.

    Pourquoi ? Pour protéger qui ? Pourquoi Nicolas Sarkozy est-il allé au Tchad chercher les journalistes français et les hôtesses espagnoles ? Pourquoi le président français a-t-il annoncé, haut et fort, qu'il irait chercher lui-même les membres de l'association « Arche de Zoé », quoi qu'ils aient fait, mettant ainsi le feu à un baril qui n'avait pas besoin d'arrogance pour s'enflammer.

    S'agit-il d'une maladresse due à la précipitation, ou l'affaire des illuminés de l'Arche de Zoé cacherait t-elle une autre affaire autrement grave, bien plus glauque, qui aurait conduit le président français à la gaffe internationale ?

    Y aurait-il des imbrications entre l'exfiltration d'enfants tchadiens vers l'Europe, l'industrie pharmaceutique, et les milieux d'affaire ?

    Chaque jour qui passe voit apparaître de nouvelles questions. Pourquoi et comment l'association l'Arche de Zoé, a-t-elle bénéficié de passe-droits au ministère des affaires étrangères, au ministère de la défense, voire au ministère de l'intérieur ? Pourquoi et comment l'association l'Arche de Zoé, a-t-elle pu utiliser les avions Transal de l'armée française, pour transporter son matériel de N'Djaména à Abéché ? Pourquoi les services du ministère français de la défense, connaissaient-ils le plan de vol du Boeing affrété par Eric Breteau, le président de l'Arche de Zoé ?

    Le Boeing atterrit à Abéché, un aérodrome sous contrôle militaire tchadien ... et français, certains gradés français étant présents dans la tour de contrôle. C'est depuis Abéché, que, grimés en blessés, les gamins devaient embarquer dans l'avion garé en bout de piste.

    Est-ce que les moyens tout à fait étonnants dont a profité l'Arche de Zoé, est-ce que la précipitation maladroite du président Sarkozy, à s'impliquer personnellement dans l'affaire, aurait un rapport avec le financement... de l'association l'Arche de Zoé ? Cette affaire, qui est tout le contraire d'une histoire de pieds nickelés, soulève tellement de questions, que certains se demandent aujourd'hui, si derrière cette bavure humanitaire, ne se cache pas une affaire d'une toute autre ampleur, une affaire etc

    L'association l'Arche de Zoé est une initiative d'un organisme français Paris Biotech Santé. Elle est financée par une société de développement de produits pharmaceutiques BioAlliance Pharma, dont le propre frère du président, François Sarkozy, est vice-président du conseil de surveillance. Certains observateurs se demandent si BioAlliance Pharma, qui mène des recherches sur le sida et pratique des essais thérapeutiques, n'aurait pas un lien avec l'affaire des infirmières bulgares, dont la libération avait déjà été négociée par la famille Sarkozy. Quelles sont les réelles activités de BioAlliance Pharma, dont fait partie le frère du président Sarkozy ?

    La compagnie développe des médicaments pour traiter des maladies décrites comme mille fois plus virulentes en Asie du Sud-Est et dans l'Afrique subsaharienne que chez nous. Pour développer ces traitements la société pratique des expérimentations sur des patients, comme par exemple pour le Loramic, cinq cent quarante patients répartis sur quarante sites différents à travers le monde. Stéphanie Lefèvre, la secrétaire générale de l'Arche de Zoé, est directrice adjointe de Paris Biotech Santé. Et François Sarkozy, le frère du président, figure avec elle parmi les membres du comité d'évaluation de cet organisme spécialisé dans la recherche bio-médicale. D'où les questions qui enflent sur le web etc

    Au printemps dernier, le Nigéria a attaqué devant la justice internationale le géant Pfeizer, qui aurait, je cite : « effectué en 1996, de façon illégale, l'essai clinique d'un médicament, le Trovan, sur deux cents enfants » fin de citation. L'inventeur du Viagra aurait secrètement utilisé des enfants comme cobayes, pour tester de nouvelles molécules, sous couvert d'aides humanitaires. Onze enfants sont morts lors de ces tests. D'autres ont subi de graves séquelles : surdités, paralysies, lésions cérébrales, cécités. Le Nigéria réclame dix milliards de dollars à Pfeizer. C'est le Washington Post qui a révélé le scandale.

    Le journal belge Sept sur sept s'interroge lui aussi sur le rôle de Paris Biotech Santé, où travaille Stéphanie Lefèvre, la secrétaire générale de l'Arche de Zoé, et François Sarkozy le frère du président. Je cite : « L'Arche de Zoé n'est pas une histoire d'amateurs. Ils sont très professionnellement organisés, et ne manquent pas de fonds et de soutiens, en tout genre. La soit disant « petite » association semble avoir préparé cette opération au Tchad, avec beaucoup de relations d'influence, et de moyens techniques et financiers. » Fin de citation.

    Pourquoi le président Sarkozy veut-il aller récupérer les militants de l'Arche de Zoé au Tchad ? Pourquoi a-t-il voulu aller récupérer les infirmières bulgares en Lybie ? Est-ce que c'est juste pour faire le beau, pour parader devant les caméras du monde entier, ou est-ce que tout en haut de l'état français, on redouterait que des choses finissent par se dire dans les geôles africaines etc

    Non, non, bien sûr, çà, se serait de la science fiction !

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    Arche de Zoé : des liens avec Paris Biotech Santé et François Sarkozy

    A supposer qu'une mission d'information parlementaire voit le jour sur l'affaire de l'Arche de Zoé, afin que « toutes les données de cette affaire soient connues » comme le demande François Hollande, elle risque de trouver de bien curieux liens entre l'ONG présidée par Eric Breteau, des laboratoires pharmaceutiques et le frère de Nicolas Sarkozy .

    Au lendemain de l'arrestation des membres de l'Arche de Zoé sur l'aéoport d'Abéché, le président tchadien Idriss Déby avait porté une étrange accusation sur la destination finale des 103 enfants kidnappés. etc L'accusation a été brocardée par les médias et responsables politiques français qui y voient surtout une façon de mettre la pression sur la France en vue de négociations plus ou moins secrètes sur le déploiement de la force mixte ONU-Union Européenne dans la région. Sans aller jusqu'à parler de trafic d'organes ou d'expérimentations médicales douteuses sur des êtres humains, il se trouve cependant que certains liens bien réels existent entre l'association l'Arche de Zoé et une société française nommée Paris Biotech Santé (PBS). Mieux, le propre frère de Nicolas Sarkozy, François Sarkozy, est membre de Paris Biotech Santé, et il serait sans doute intéressant d'aller enquêter de ce côté-là pour faire la lumière sur les financements et soutiens divers dont a bénéficié en France l'Arche de Zoé.

    Paris Biotech Santé est un organisme semi-public de biotechnologie agréé depuis 2000 par l'Etat et subventionné par la Ville de Paris. Composé de quatre membres fondateurs : l'Université Paris-V René Descartes, l'INSERM, l'École Centrale de Paris et l'ESSEC, Paris Biotech Santé est officiellement un « incubateur » chargé d'aider à la création d'entreprises dans le domaine de la santé humaine (programmes sanitaires, recherche médicale, production de médicaments, services aux malades, etc). Dirigé par le professeur Olivier Amedée-Manesme, il dispose de locaux et de laboratoires au sein de l'hôpital Cochin à Paris.

    Le site du Réseau Voltaire affirme, documents à l'appui, affirme que la directrice adjointe de cet organisme, Stéphanie Dhaulagiri, est également la secrétaire générale de l'Arche de Zoé sous le nom de Stéphanie Dhainaut-Lefebvre. Stéphanie Dhaulagiri est la fille du docteur Jean-François Dhainaut, président de l'université Paris-V Descartes, chef du pôle « Paris Biotech Santé » et membre du conseil scientifique de la commission Recherche de l'UMP. Sur l'avis de création de l'association L'Arche de Zoé publié au Journal Officiel du 2 juillet 2005, l'adresse e-mail indiquée à la suite de l'adresse du siège social, domicilié chez Jean-François Dhainaut, est clairement [email protected]. Par ailleurs, dans le procès verbal d'un interrogatoire d'Eric Breteau par la Brigade des mineurs de Paris, daté du 10 août dernier et publié aujourd'hui par Le Nouvel Observateur, le président de l'Arche de Zoé déclare que la secrétaire générale de l'association, Stéphanie Dhaulagiri, tient la comptabilité de l'Arche et que les commissaires aux comptes sont les mêmes que ceux de Paris Biothec Santé. Le Collectif des Familles pour les Orphelins du Darfour (COFOD), créé en août 2007 par l'Arche de Zoé pour coordonner son Opération-Darfour de « sauvetage humanitaire » - dite aussi Children Rescue (nom américain utilisé pour tromper les autorités tchadiennes) - aurait par ailleurs tenu en juillet dernier des réunions de familles postulantes à l'adoption dans les locaux de l'hôpital Cochin.

    Dans une brève « Mise au point » publiée sur son site internet, Paris Biotech Santé assure de son côté que « Paris Biotech Santé n'a aucun lien de quelque nature que ce soit, avec l'Arche de Zoé », mais reconnait par ailleurs « qu'un salarié de Paris Biotech Santé à titre professionnel soit également et indépendamment, à titre personnel, membre de l'Arche de Zoé ».

    Il se trouve enfin que le frère cadet de Nicolas Sarkozy, François Sarkozy - médecin pédiatre devenu directeur médical chez Aventis Pharma puis directeur du développement international chez Roussel-Uclaf avant d'être propulsé Vice-président du laboratoire pharmaceutique BioAlliance Pharma et Président d'AEC Partners Inc - fait également partie du Comité d'évaluation de Paris Biotech Santé et est à ce titre habilité à donner des avis, favorables ou non, sur les programmes présentés à Paris Biotech Santé, tels entre autres celui de l'Arche de Zoé. Bio Alliance Pharma est une société biopharmaceutique qui a entre autres pour objet de tester des nouveaux médicaments sur des patients volontaires avant leur lancement sur le marché. Quant à AEC Partners, société de conseil dans le domaine pharmaceutique, ses principaux clients sont l'américain Pfizer, leader mondial de l'industrie pharmaceutique , et le syndicat français de l'industrie pharmaceutique (LEEM).

    © La République des Lettres, jeudi 08 novembre 2007

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    Arche de Zoé : Kouchner savait
    « Nouvel épisode dans l'affaire de l'Arche de Zoé, avec la reproduction d'un document dans Le Canard enchaîné, un « document qui embarrasse Kouchner », affirme le journal. Il s'agit d'une lettre datée du 13 juillet adressée à Laurent Contini, le conseiller Afrique du ministre des Affaires étrangères, et signée de la main d'Eric Breteau, le président de l'association. Eric Breteau qui, peut-on lire, remercie son « cher Laurent » de « l'excellent accueil » qu'il a reçu au Quai d'Orsay le 4 juillet. Dans ce courrier, explique Le Canard enchaîné, « Breteau parle clairement d'une opération d'évacuation des orphelins du Darfour ». Bref, pour l'hebdomadaire satirique, « Kouchner savait ce que mijotait l'Arche de Zoé ».
    © Le Canard enchaîné, relayé par rfi

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    Egalement dans Libération où l'on apprend de plus :
    « Contacté par le Canard, le cabinet de Kouchner se défend en expliquant que Laurent Contini a clairement exposé à Eric Breteau, le 4 juillet, le désaccord et les mises en garde du ministère. Le cabinet dit ignorer pourquoi Eric Breteau écrit en ces termes enthousiates et chaleureux. Pourtant Laurent Contini n'a jamais répondu au courrier de Breteau. »
    Ou encore sur 20 minutes : « L'Arche de Zoé avait promis de collaborer discrètement avec le Quai d'Orsay - Eric Breteau estime dans ce courrier avoir reçu un « excellent accueil » et ajoute : « c'est dans cet esprit que nous collaborerons discrètement avec vos services afin que vous disposiez d'un maximum d'informations vous permettant, au besoin, d'intervenir dans les meilleures conditions. »

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    Arche de Zoé : qui sont les véritables responsables de l'opération ?

    Du président de la République Nicolas Sarkozy à la secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade en passant par le premier ministre François Fillon et le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, tous les membres de l'équipe au pouvoir condamnent comme « illégale et inacceptable » l'action insensée de l'ONG humanitaire française L'Arche de Zoé, dont les membres sont aujourd'hui accusés par le Tchad d'enlèvements d'enfants. Tous également - sauf peut-être Bernard Kouchner, aussi absent de ce dossier qu'il l'était déjà de celui de la libération des infirmières bulgares détenues en Lybie - s'affairent à gérer diplomatiquement et médiatiquement la crise, celle-ci consistant avant tout pour eux à tenter d'esquiver les questions qui se posent sur leur propre responsabilité. Mais, au même titre que celle des organisateurs de l'opération, tous portent dans ce fiasco d'une ampleur inédite une lourde responsabilité, sinon juridique, au moins morale et politique.

    Côté responsabilité directement engagée, de grandes zones d'ombre subsistent sur ce que savait exactement le gouvernement français. Rama Yade était au courant depuis juillet dernier de cette pure et simple opération d'enlèvement de 103 enfants soudanais et tchadiens - dont on sait maintenant que la plupart d'entre eux ne sont pas orphelins et qu'ils ne viennent pas du Darfour (Soudan) mais du Tchad - destinés à être vendus quelques milliers d'euros à des couples français en mal d'adoption. L'Arche de Zoé, qu'elle a reçu elle-même au Quai d'Orsay, n'a jamais caché ses intentions, son but avoué et claironné dans tous les documents qu'elle diffusait étant même de « rapatrier » à titre « humanitaire » 10 000 enfants du Darfour vers l'Europe et les Etats-Unis, dont un millier en France. Hormis quelques réserves verbales de Rama Yade, aujourd'hui mises en avant dans les médias avec tant de vigueur qu'elles finissent par ressembler à une dénégation, rien n'a été tenté concrètement pour empêcher l'ONG d'agir, même si celle-ci a utilisé sur place un autre nom, Children Rescue - ce que les services français concernés ne pouvaient cependant pas ignorer, d'autant plus que le responsable de l'Arche de Zoé, Éric Breteau, était lui clairement identifiable. Au contraire, des moyens logistiques ont été mis à disposition de l'Arche de Zoé par l'ambassade de France à N'Djamena et par l'armée française qui les a transportés, eux et le matériel dont ils avaient besoin, comme par exemple les bandages et pansements dont le commando a recouvert les enfants pour faire croire qu'il s'agissait d'une « évacuation sanitaire ». Le Quai d'Orsay n'a rien fait pour arrêter cette opération de kidnapping d'enfants à grande échelle. Celle-ci n'a été bloquée qu'en dernière minute par les autorités tchadiennes, juste avant que l'avion ne décolle de l'aéroport d'Abéché. Il serait souhaitable qu'une enquête indépendante soit menée afin de déterminer exactement qui, dans les hautes sphères de l'Etat français, savait exactement quoi sur cette affaire dont on a peine à croire qu'elle n'était pas officieusement autorisée.

    Mais à défaut d'être mis en cause sur le plan juridique, c'est sur le plan moral et politique que la responsabilité de Nicolas Sarkozy et de Bernard Kouchner est engagée. Les deux hommes ont fait du conflit du Darfour une cause sarkozyste prioritaire, comme tout dossier international où il est possible de guerroyer contre des islamistes sous couvert de politique humanitaire et de droits de l'Homme, alors que les véritables enjeux sont eux généralement beaucoup plus bassement politiques et économiques. Sur ce dossier (comme d'ailleurs sur tous les autres), Nicolas Sarkozy s'est étroitement aligné sur le discours tenu par Israël et les Etats-Unis - qui ont de nombreuses raisons géopolitiques de faire passer ce conflit pour un génocide, notamment pour contrer les tentatives de prises de contrôle tant chinoises qu'islamistes de la région. Il s'est impliqué directement bien plus que nécessaire au niveau diplomatique pour inciter la communauté internationale à déployer au Soudan une force mixte ONU-Union Européenne - composée du coup d'un fort contigent de soldats français - afin de soi-disant protéger les victimes civiles de cette guerre.

    Quant au « French Doctor » Bernard Kouchner, qui s'est fait une renommée mondiale avec son concept de devoir d'ingérence et ses actions humanitaires d'éclat menées en violation du droit des Etats souverains, il est tout autant responsable de ce genre d'affaires. Son ami et co-fondateur de Médecins Sans Frontières, Rony Brauman, n'a d'ailleurs pas hésité à le mettre en cause, ainsi que d'autres personnalités comme le philosophe Bernard-Henri Lévy et le président de l'association Urgence Darfour, Jacky Mamou.

    Pour lui, ces « justiciers » qui veulent par tous les moyens intervenir dans certains conflits sous couvert d'aide humanitaire diffusent des idées stéréotypées et dangereuses. Ils suscitent des vocations de héros humanitaires chez des personnes naïves qui, loin de la réalité, et en dehors des cadres légaux, agissent en amateurs, le plus souvent sous le simple coup de l'émotion, au risque d'être instrumentalisés ou de générer de nouveaux problèmes dans des dossiers dont ils ne maîtrisent pas la complexité. Pour Rony Brauman, les membres de l'Arche de Zoé « croyaient sincèrement qu'ils allaient sauver des enfants menacés par une guerre génocidaire », or, contrairement à ce que tentent de faire croire les George W. Bush, Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner, Bernard-Henry Lévy et autres Urgence Darfour en dépit de l'avis de la quasi totalité des observateurs sérieux et des organisations humanitaires oeuvrant sur le terrain, « il n'y a pas de guerre génocidaire au Darfour ». « Quand on se complait à dramatiser à l'excès une situation qui est déjà, de fait, dramatique. Quand on raconte que le sauvetage impérieux, le sauvetage immédiat est une nécessité impérieuse... Eh bien il faut pas s'étonner que l'on soit écouté », fustige Rony Brauman.

    Les pieds nickelés de l'Arche de Zoé n'ont finalement fait que mettre en pratique les vertueux concepts d'ingérence humanitaire prônés par Bernard Kouchner et soutenus, ou plutôt instrumentalisés, par Nicolas Sarkozy, avec le résultat que l'on connaît. Le président de la République, qui ne cesse de se renvendiquer responsable de tout, serait ici bien avisé d'assumer sa responsabilité dans cette affaire qui provoque des dégâts incalculables pour les enfants kidnappés, pour les services d'adoption, pour les relations internationales (notamment entre la France, l'Europe et le chef de l'Etat tchadien Idriss Déby, incontournable pour trouver une solution au problème du Darfour), pour l'image de la France et pour l'action humanitaire.

    © La République des Lettres, jeudi 01 novembre 2007

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    Arche de Zoé : questions sur un fiasco

    Avec l'entrée en scène de Nicolas Sarkozy, qui a « condamné » l'opération mise en place par l'Arche de Zoé, la jugeant « illégale et inacceptable », l'affaire des 103 enfants tchadiens s'est politisée. Hier matin, François Hollande, premier secrétaire du PS, a reproché à la diplomatie de ne pas avoir empêché l'opération et de se coucher devant le président tchadien. Retour sur les questions et zones d'ombre qui planent sur cette affaire.

    Quel était le but de l'association ?

    Tous ceux qui ont rencontré Eric Breteau, le président de l'Arche de Zoé et l'organisateur de toute l'opération au Tchad, le décrivent plus comme un exalté de l'humanitaire que comme un trafiquant d'enfants. Un homme très convaincant, un peu « allumé, limite inquiétant » mais « sincère ». « Il était plus motivé par le Darfour que par l'adoption », assure Mahor Chiche, de l'ONG Sauver le Darfour, qui avait cosigné le communiqué de l'Arche de Zoé du 28 avril dernier, annonçant son intention de transférer 10 000 enfants du Darfour vers l'Europe et les Etats-Unis, dont 1 000 en France. « Il voulait faire un coup sur le Darfour », assure un autre humanitaire, qui ajoute, perfide : « Il a pris au pied de la lettre les incantations de Bernard Kouchner sur le génocide en cours au Darfour et sur les nécessaires corridors humanitaires, à l'époque où il n'était pas encore ministre. » C'était le 20 mars dernier, lorsque Kouchner participait au meeting pour le Darfour à la Mutualité.

    Breteau, qui avait fondé son ONG à l'occasion du tsunami de décembre 2004 en Asie, n'avait jamais tenté de rapatrier des orphelins en France. Sur le Darfour, en revanche, il n'a pas hésité à faire miroiter une possible adoption à des centaines de familles. Un texte, mis en ligne le 7 mai dernier sur un forum de discussion d'Aufeminin.com, en témoigne : « Nous considérons également qu'un projet d'adoption est parfaitement compatible avec la démarche d'évacuation d'urgence de ces enfants condamnés à mort, dans la mesure où la famille adoptive et l'enfant bénéficieront de liens extrêmement forts créés par la situation. Sauver une vie est un geste fort, un engagement, un geste rarissime qui créé assurément des liens qui peuvent s'apparenter aux liens familiaux. »

    Après les mises en garde aux familles du Quai d'Orsay et de l'Agence française de l'adption sur l'illégalité d'une telle démarche, l'Arche de Zoé a mis en sourdine toute référence à l'adoption et demandé aux familles de ne pas en parler. Il n'est plus question que d'« opération de sauvetage », d'« évacuation sanitaire » et de « droit d'asile ». La volonté de dissimulation est réelle.

    Pourquoi le quai d'Orsay n'a-t-il pas réussi à empêcher l'opération ?

    Le ministère des Affaires étrangères savait tout, puisque les responsables de l'Arche de Zoé avaient exposé leur projet aux cabinets de Rama Yade et de Bernard Kouchner. A trois reprises, le 25 mai, le 14 juin, et le 3 août, le Quai d'Orsay a exprimé ses réserves sur l'opération, surtout concernant son volet adoption, mais sans la condamner explicitement. Me Gilbert Collard, avocat de l'ONG, assure : « La position de l'Arche de Zoé est très claire : il n'y a eu aucune interdiction émanant du Quai d'Orsay. »

    « On a alerté, on a prévenu, on a mis en garde, se justifiait Rama Yade, dimanche. On a mis dans la boucle les autres ministères, nos postes à l'étranger, tout le monde a été prévenu, nous avons saisi la justice. Que pouvions-nous faire de plus ? » Où se situe le bug, alors ? Le Quai d'Orsay l'impute au subterfuge de l'Arche de Zoé, qui s'est enregistrée au Tchad sous le nom de Children Rescue. Mince couverture puisqu'Eric Breteau n'a même pas pris la peine de dissimuler son identité côté tchadien.

    C'est, semble-t-il, du côté de l'ambassade de France à N'Djamena qu'il y a eu, au minimum, négligence. A deux reprises, les 21 août et 19 septembre, l'armée française a transporté par avion les membres de Children Rescue ainsi que 2 tonnes de matériel. Or la demande de transport doit obligatoirement être faite à l'ambassade, qui dispose des listings de passagers. Personne n'a tiqué sur le nom de Breteau. Plus grave encore, pendant la semaine précédant cette opération d'« évacuation sanitaire » d'une ampleur inédite, l'information circulait au grand jour parmi la communauté expatriée de N'Djamena et plusieurs employés de l'ambassade étaient au courant. Sans réaction. Les membres de l'association ne cachaient d'ailleurs pas leur anxiété : soit on se couvre de gloire, soit on se crame, expliquaient-ils en substance.

    Quant aux Tchadiens, notamment le ministère de la Sécurité publique, chargé de délivrer les autorisations et les permis de circuler aux ONG, ils n'avaient jamais entendu parler de l'Arche de Zoé. Une note détaillée a-t-elle été transmise aux autorités tchadiennes ? Rama Yade promettait dimanche un listing détaillé des démarches entreprises. On l'attend toujours...

    Côté tchadien aussi, il y a des zones d'ombres. Le préfet d'Adré, à la frontière du Soudan, ne pouvait pas ignorer les activités de l'ONG, notamment ses virées dans les villages alentours à la recherche d'orphelins (lire ci-contre). Adré, base avancée de l'ONG, ne dispose d'aucun camp de réfugiés : il n'y avait donc pas grand monde à traiter sur place. Des Tchadiens ont aidé à « recruter » les enfants et à rédiger les actes d'état civil, abusant peut-être de la bonne foi de l'ONG. Et puis, Children Rescue avait obtenu une autorisation d'atterrissage pour un avion gros porteur, en vue d'une « évacuation sanitaire ». Il semble bien, en revanche que le pouvoir central tchadien n'était pas au courant.

    Pourquoi le Tchad réagit-il si violemment et pourquoi Paris accable-t-il l'ONG ?

    Outré par cette affaire, le président Idriss Déby ne s'est pas privé de l'instrumentaliser. Il parle de « trafic pur et simple », de « prélèvements d'organes », de « pédophilie ». Le chef de l'Etat tchadien a quelques comptes à régler, notamment avec Michèle Alliot-Marie, qui lui avait reproché en 2006, à huis clos, de recruter des enfants soldats, comme l'en accusait un rapport documenté de Human Rights Watch. Déby se sait en position de force : dans un mois doit commencer le déploiement de l'Eufor, une force européenne de 3 000 hommes (dont 1 500 Français) censée sécuriser l'Est du Tchad et le Nord-Est de la centrafrique, deux zones affectées par le conflit au Darfour, qui a chassé quelque 250000 Soudanais au Tchad. Idriss Déby, en guerre contre des rebelles tchadiens armés par le Soudan, a lui-même armé des rebelles soudanais et manipulé plusieurs groupes ethniques pour assurer sa sécurité. L'irruption d'un observateur extérieur dans le théâtre d'ombres chaotique qu'est devenu l'Est de son pays, ne l'a jamais enchanté.

    En 2006, déjà, il avait promis à Dominique de Villepin, alors Premier ministre, d'autoriser le déploiement de Casques bleus avant de se raviser, notamment à la demande de son « parrain » libyen, Mouammar al-Kadhafi, qui ne veut pas d'armées occidentales campant dans ce qu'il considère comme son arrière-cour. Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner, qui ont fait du Darfour une des priorités de leur diplomatie, ont donc été obligé de faire profil bas et de désavouer une opération pourtant bien dans leur style, cavalier et médiatique... si elle avait réussi.

    © Liberation

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    L'Arche de Zoé, association humanitaire œuvrant au secours des enfants depuis le Tsunami du 26 décembre 2004, lance une opération d'évacuation des enfants orphelins du Darfour.

    Elle propose aux familles d'accueil qui le souhaitent de venir en aide et de prendre en charge dans leur foyer un enfant orphelin de moins de cinq ans, réfugié de la guerre au Darfour...

    Les équipes de L'Arche de Zoé, composées de médecins, d'infirmières, de sapeurs-pompiers et d'autres spécialistes, assureront une prise en charge complète des enfants depuis les zones de guerre jusqu'à leur arrivée dans la famille d'accueil, en veillant tout particulièrement au confort matériel et affectif des enfants. Consciente des traumatismes déjà infligés à ces enfants pendant le conflit (blessures, maladies, villages brûlés, massacres de leur famille, etc...), L'Arche de Zoé assurera un suivi médical et psychologique à long terme afin de minimiser autant que possible l'impact du déracinement et des séquelles de cette guerre.

    © Arche de Zoé

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    Démenti par Paris Biotech Santé sur ses liens avec L'Arche de Zoé
    « Nous tenons à préciser que Paris Biotech Santé n'a aucun lien de quelque nature que ce soit, avec l'Arche de Zoé. Des propos affabulateurs ont été véhiculés dans certaines communications écrites et n'ont aucune réalité. Nous rappelons en effet que les activités de Paris Biotech Santé sont entièrement dédiées à l'aide à la création d'entreprises dans le domaine de la santé humaine.

    Les projets accompagnés et soutenus par Paris Biotech Santé sont scientifiques, dans le domaine du médicament, du dispositif médical et du service aux patients et ce en France. La liste de ces projets ainsi que des différents partenaires et soutiens de Paris Biotech Santé est publique et consultable sur le site Internet de Paris Biotech Santé.

    Les dépenses engagées ne concernent que les projets choisis par un comité d'évaluation, composé de membres indépendants qui évaluent les projets soumis à titre gracieux.

    Dans le cadre du dispositif légal, les comptes de Paris Biotech Santé sont audités par les autorités de tutelle. Ils sont contrôlés par un expert comptable et un commissaire aux comptes.

    On ne peut que regretter ces propos erronés et les amalgames inexacts faits par certains affabulateurs de par le fait qu'un salarié de Paris Biotech Santé à titre professionnel, soit également et indépendamment, à titre personnel, membre de l'Arche de Zoé. »
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    Démenti du démenti

    Paris Biotech Santé, qui n'avait pas souhaité répondre à nos questions avant la publication de notre article, a choisi une étrange ligne de communication. Au lieu de déclarer avoir été abusé par l'Arche de Zoé, au même titre que les familles d'accueil, il assure n'avoir aucun lien d'aucune sorte avec l'association, souligne que ses statuts ne lui permettent d'agir qu'en faveur de la création d'entreprises dans le domaine de la santé humaine et que ses dépenses ne peuvent être engagées qu'après avis favorable de son Comité d'évaluation.

    Vu que nous n'avons jamais mis en cause Paris Biotech Santé au motif que sa directrice adjointe est responsable de l'Arche de Zoé, mais pour toute autre chose, ce communiqué ne fait qu'accroître notre perplexité. En effet,

    * a) la Zoe's Ark Foundation Inc. à Melbourne a préalablement publié avoir reçu une dotation financière de Paris Biotech Santé,

    * b) l'adresse courriel légale de l'association est domiciliée à Paris Biotech Santé.

    Nous réitérons donc nos questions au professeur Olivier Amedée-Manesme : « La dotation financière de Paris Biotech Santé a t-elle été approuvée par le Comité d'évaluation ? Pour quelle raison Paris Biotech Santé a accordé une domiciliation légale à l'Arche de Zoé ? ». Et notre question au docteur François Sarkozy : « Avez vous approuvé le programme Arche de Zoé au sein du Comité d'évaluation de Paris Biotech Santé où vous siégez ? ».

    Paris Biotech pris en flagrant délit de mensonge