Tableau Jérôme-Hieronymus Bosch
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Ascension vers l'Empyrée, Hieronymus Bosch, Palais des Doges, Venise, 1500

Dans un tableau peint aux environs de 1490, Jérôme Bosch nous proposait sa vision de L'ascension vers le Pyréearadis céleste. On y voit des humains, assistés d'anges ailés, sortir des ténèbres pour s'engager dans un tunnel qui conduit vers une lumière éblouissante.

Ce chemin-là, des centaines de milliers de personnes disent l'avoir fait. Si elles le disent, bien sûr, c'est qu'elles en sont revenues, soit qu'elles se sont arrêtées au seuil de la lumière, soit qu'elles ont rencontré « de l'autre côté » quelqu'un ou quelque chose qui les a convaincues que ce n'était pas l'heure.

Depuis le dernier quart du XXe siècle, on commence à s'intéresser sérieusement à ces récits, et le crédit ou du moins l'attention qu'on veut bien y apporter font se multiplier les témoignages. En effet, quand on sait qu'une telle confidence vous fera passer pour un dingue, un allumé et/ou un adepte des petits hommes verts, on garde son histoire pour soi.

Depuis le premier livre sur les EMI (expérience de mort imminente) du Dr Moody, dans les années 1975 au États-Unis, les chercheurs se sont penchés sur ces phénomènes qui ne résistent pas au rationalisme « explique tout ». De plus, les avancées technologiques qui permettent aujourd'hui des réanimations hier totalement inenvisageables font reculer tout à la fois les frontières et la définition de la mort elle-même. Questions d'autant plus aiguës quand l'euthanasie devient un débat de société.

Arte a récemment diffusé un documentaire sur ce thème passionnant : « Dernier souffle : la médecine aux frontières de la vie ». Tous les professionnels de santé qui interviennent dans ces moments ultimes - réanimateurs, neurochirurgiens, chirurgiens cardiaques, etc. - y sont confrontés aux mêmes interrogations : faut-il redéfinir la mort, cet état - ou ce processus - dont les limites sont devenues relativement floues ? Ne doit-on considérer que la mort cérébrale, ou bien un coma végétatif permanent qui fait perdre à l'être sa part d'humanité est-il aussi la mort ? Que devient l'esprit quand le corps cesse de vivre ?

Ne pouvant réfuter tous ces témoignages d'EMI recueillis auprès de patients revenus réellement d'entre les morts, il était de bon ton dans les années 1980 d'affirmer qu'il s'agit de « phénomènes purement physiologiques », de la réaction des zones primitives du cerveau à un stress maximum. Mais outre le fait qu'aucune preuve n'a été apportée jusqu'ici à l'appui de cette thèse, cela n'explique pas les phénomènes de « décorporation » où des patients peuvent détailler par le menu les interventions pratiquées sur eux pour les ramener à la vie (voire ce qui se passe dans les pièces à côté), ou bien ces rencontres faites au-delà du tunnel, qui défient le temps et l'histoire de chacun.
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Surtout, cela n'explique pas l'universalité des témoignages par delà les origines et les cultures, et la dimension éminemment spirituelle de l'expérience.

C'est là-dessus que s'est penché Jeffrey Long, dont le livre La vie après la mort : les preuves vient de sortir chez Lattès. Ce livre est le résultat de la plus grande enquête scientifique sur les EMI jamais réalisée de par le monde.

Médecin spécialisé dans le traitement du cancer et confronté à ces phénomènes qu'il ne pouvait rationnellement expliquer, le Dr Long a créé, en 1998, la Fondation de recherche sur les expériences de mort imminente. Son objectif : collecter un maximum de témoignages auprès d'individus « venant des quatre coins du monde, toutes croyances, tous âges et couleur de peau confondues ». À partir d'un questionnaire standard extrêmement fouillé, plus de 1 300 témoignages ont été analysés, permettant de mettre en évidence « neuf preuves constitutives d'une forme de vie après la mort ». Ces « preuves » sont les étapes qui apparaissent intangibles par delà les histoires personnelles et les cultures. Cela va de la décorporation au bouleversement profond de l'existence après une telle expérience, en passant par le franchissement du tunnel, les rencontres avec des êtres de lumière, le « revécu » d'épisodes de sa vie, la lucidité décuplée...

Car si les mots d'un Bantou, d'un Breton ou d'un Indien peuvent différer, si leurs cultures font qu'ils ont une représentation différente du divin ou de la cosmogonie, leurs récits n'en offrent pas moins des similitudes tout à fait troublantes. Comme ils en offrent, par delà les siècles, avec le tableau de Jérôme Bosch.

En 1907, Duncan MacDouggal a voulu peser les malades au moment de leur mort. Il a conclu de ses expériences que « l'âme » pèse 21 grammes. C'est moins la masse que l'énergie qui préoccupe les scientifiques aujourd'hui, avec cette question : comment l'esprit peut-il survivre au corps ? Que devient l'énergie quand nous nous éteignons ?

La science n'a pas réponse à tout. Elle s'arrête aux frontières de la foi. Aux frontières du tunnel, diront ceux qui en sont revenus.