Le 25 novembre 2011 est la Journée Internationale pour l'Elimination de la violence contre les Femmes. Il existe de nombreux types de violences contre les femmes. L'une d'entre elles est la violence conjugale.

Qu'est-ce que la violence conjugale?

La violence conjugale, c'est lorsque l'un des conjoints ( dans 98% des cas, l'homme) exerce un contrôle et/ou une violence sur le plan psychologique, émotionnel, physique, sexuel ou économique sur l'autre. Elle est en grande partie subie par des femmes. Elle peut se manifester de différentes manières, notamment :
- Interdire à sa conjointe de voir ou parler à des amis, sa famille, d'autres hommes
- Critiquer ce que fait ou dit sa conjointe ou son physique
- Imposer à sa conjointe sa façon d'agir, de se comporter
- Bloquer l'accès aux ressources financières du ménage
- Etre insultant, violent envers sa conjointe
- Violer sa conjointe
Quelle femme peut être victime de violence conjugale?

L'image la plus répandue de la victime de violence conjugale est celle d'une femme dépendante (économiquement, émotionnellement) de son mari, d'un milieu social peu élevé et sans éducation. Il n'en est rien. Toutes les couches sociales sont affectées par cette violence. En Belgique, 1 femme sur 8 est victime de violence conjugale. Ces victimes ne sont pas forcément dépendantes et dites «faibles». De nombreuses victimes de violence conjugale ont un emploi, des responsabilités, des revenus réguliers et font partie de leur communauté, parfois même en tant que figure politique ou militante féministe. C'est justement souvent ce qui les rend si intéressantes pour certains types d'auteur de violence conjugale, notamment le psychopathe (voir plus bas). Humilier et violenter une femme ayant un statut social élevé, une éducation, des revenus, etc. est pour ce type d'individu source de satisfaction. Parce que c'est une femme forte, elle aura beaucoup de difficulté à admettre son statut de victime (à elle-même et aux autres) et l'auteur pourra donc profiter de ce silence. Parce que c'est une femme forte, elle pensera pouvoir gérer la situation et s'en sortir seule, ce qui est faux. Une fois encore, cette erreur profitera à l'auteur des faits.

Qui sont les auteurs de violence conjugale?

Il y aurait plusieurs types d'auteurs de violence conjugale. Lorsque la violence n'est pas passée au stade physique ou sexuel, il peut s'agir entre autres d'un homme immature, névrosé ou misogyne. L'invalidation peut avoir fait partie de son quotidien (envers lui-même, sa mère, ses frères et sœurs) et a donc été intégrée comme normale. S'il y a violence physique ou sexuelle, dans bon nombre de cas, il s'agit d'un psychopathe.

Qu'est-ce qu'un psychopathe?

Un individu né sans conscience. On estime qu'environ 4 à 6% de la population naît ainsi. Cela signifie que l'individu est dénué d'émotions (à part certaines proto-émotions comme la frustration ou la colère) et que la détresse et la douleur des autres n'évoquent chez lui aucune réaction. Il n'éprouve d'empathie ni de sympathie pour quiconque. La seule personne qui compte à ses yeux, c'est lui-même. Comme un individu n'ayant pas de vie intérieure pourrait attirer l'attention (voir la haine) des gens, le psychopathe apprend très jeune à imiter les émotions des autres. Mais il ne peut les ressentir vraiment. Lorsque des tests cliniques sont effectués sur le psychopathe, on remarque que les aires du cerveau qui sont le siège des émotions ne sont pas stimulées (comme chez les personnes normales) lorsqu'il est confronté à des images de souffrance, de guerre ou de torture. En d'autres termes, rien ne le touche.

Pourquoi beaucoup de femmes victimes de violence conjugale ne partent-elles pas?

Pour de nombreuses raisons:
  • Admettre (à soi-même ou aux autres) que l'on est une femme battue n'est pas chose aisée.
  • Parce que les femmes battues sont souvent des femmes fortes, elles pensent également qu'elles peuvent s'en sortir seules. Mais la spirale de la violence qu'elles subissent les empêche très rapidement de pouvoir réagir car pour ce faire, il faut une clarté de pensée et une confiance en soi qui sont anéanties par la violence. Une femme violentée passe tellement de temps à rationaliser sa situation que voir la vérité en face devient impossible. Voir la vérité telle qu'elle est la forcerait à agir tout de suite et elle en est incapable. Elle se voile donc la face et entre dans une spirale sans fin.
  • Certaines courent un grave danger si elles tentent de partir: leur conjoint leur a promis de les tuer, de se tuer, ou de s'en prendre aux enfants.
  • Pour les femmes en situation précaire, sans éducation et isolées, il est encore plus facile pour le conjoint de les empêcher de partir.
  • La culpabilité de briser une famille, aussi violente soit-elle.
  • Certaines femmes, victimes du lavage de cerveau exercé par le conjoint, croient également être responsables de la violence de leur mari: elles n'en font pas assez, elles ne savent pas le rendre heureux, elles ne le comprennent pas...
  • La méconnaissance de leurs droits et la croyance que la femme appartient à l'homme qui dispose d'elle comme il le souhaite.
Il existe donc probablement autant de raisons de ne pas quitter un homme violent que de femmes battues. Et pourtant, il est absolument nécessaire de le faire car en France par exemple, chaque année, 400 femmes meurent suite à des violences conjugales.

Quand la violence est-elle acceptable?

Jamais. Toute atteinte à l'intégrité physique, mentale ou émotionnelle d'une personne doit être relevée par la victime, intégrée comme anormale et provoquer une réaction de remise en question de la relation. Que le conjoint ait bu, qu'il soit stressé ou énervé n'excuse en rien sa violence.

Les hommes violents peuvent-ils se faire soigner? Sont-ils également des victimes?

S'ils sont psychopathes, aucun soin, cure ni programme ne pourra les faire changer. Ils sont nés sans conscience. Ils peuvent essayer de se contrôler quelque temps pour ne pas avoir d'ennui, mais le véritable changement est impossible. Pour les autres, ceux qui «invalident» la conjointe (lorsque le stade de la violence n'est jamais passé au niveau physique), certains programmes existent en Belgique (notamment Praxis).

Que puis-je faire pour aider une femme victime de violence conjugale?

  • Lui offrir un soutien et une écoute sans jugement
  • Lui rappeler la réalité des faits lorsqu'elle rationalise un acte de violence («il avait bu, je l'avais bien cherché, il était stressé, il n'a pas frappé fort, je n'aurai pas dû m'interposer entre lui et les enfants», etc.)
  • Lui donner les coordonnées des centres d'accueil les plus proches et le numéro de téléphone « Ecoute violences conjugales » : 0800 30 030, qu'elle gardera sur elle.
  • Si c'est possible, l'aider concrètement dans ses démarches (la conduire, l'accompagner, l'héberger, lui trouver des renseignements, etc.)
  • Lui dire que le moindre coup doit être vu par un médecin dont elle gardera (ou qu'elle vous confiera si c'est plus sûr) le rapport et qui servira de preuves lors d'éventuelles poursuites, qu'il doit aussi être rapporté ensuite à la police afin de créer un dossier qui lui permettra d'entamer des poursuites judiciaires, d'apprendre aux éventuels enfants à se défendre et à quoi faire (numéro de téléphone, etc. ) lors de violence, qu'elle conserve dans un endroit sûr (éventuellement chez une voisine, un ami) des vêtements de rechange, ses papiers (carte d'identité, de mutuelle, extraits de banque - même si ce ne sont que des copies) et un peu d'argent en cas d'obligation de fuite.
  • Si la situation venait à s'aggraver, la forcer à quitter le domicile immédiatement. Il peut sembler que le choix et le libre arbitre de la personne ne soient alors ainsi pas respectés mais la personne étant en danger de mort et n'ayant plus les capacités mentales, physiques et émotionnelles pour réagir, il est du devoir de l'entourage d'agir à sa place.
Que font les pouvoirs publics?

En Belgique, selon les régions et les communautés, les plaintes sont traitées différemment. Dans la province de Liège par exemple, 90% des plaintes sont maintenant suivies (contre 10% seulement il y a quelques années). Ailleurs en Belgique, tout dépend de la personne sur qui la victime tombe. Beaucoup trop de cas sont classés malgré les preuves flagrantes de violence (rapports de médecin, etc.). Les auteurs continuent donc leurs violences en toute impunité. Pourtant, dans certains pays d'Amérique du Sud, des lois ont été votées qui considèrent le «féminicide» (meurtre d'une femme) comme une circonstance aggravante par rapport au «simple» homicide. Cela aurait apparemment déjà contribué à faire baisser le nombre de meurtres suite aux violences conjugales dans ces pays. En France, le conjoint qui retire ses papiers d'identité à sa conjointe afin qu'elle ne puisse pas le quitter, est passible d'une peine de prison d'un an et d'une amende de 15 000 euros. La Belgique, si elle s'est améliorée à certains égards, a encore beaucoup de progrès à faire en ce domaine...