Les tensions entre la Chine et le Japon à propos des îles Diaoyu (aussi connues sous le nom des îles Senkaku) se sont aggravées. Des manifestations antijaponaises de grande ampleur ont frappé plus de 80 villes chinoises durant le week-end.

A Changsha, des manifestants attaquent un centre commercial japonais. Free More News


Certaines protestations se sont révélées très violentes. Des manifestants ont attaqué des restaurants japonais, des centres commerciaux et des magasins. Certains ont même essayé de mettre le feu à des véhicules d'origine japonaise.

Dans un pays qui d'ordinaire surveille de près les activités en ligne et où les forces de sécurité publique sont très présentes, beaucoup se demandent comment de telles manifestations ont pu avoir lieu à travers le territoire.

Des manifs organisées par messagerie instantanée

Beaucoup d'internautes ont remarqué que ces manifestations ont été coordonnées sur les groupes de la messagerie instantanée QQ, nécessitant un accès plus privé que sur d'autres réseaux sociaux comme la plateforme de micro-blogging Weibo.

Sur Sina Weibo, Mars explique :
« Weibo n'est pas une plateforme très populaire. La propagande antijaponaise s'est propagée comme un virus grâce aux groupes et aux espaces personnels QQ. Les violentes manifestations sont issues de ces plateformes. »
Toujours sur Weibo, Economist a trouvé que les fonctionnaires du gouvernement étaient aussi actifs dans la mobilisation :
« Un ami m'a dit pendant un repas que nous avions reçu le même appel à manifester de différents groupes d'anciens élèves sur QQ. Je lui ai demandé qui étaient les expéditeurs. Il m'a dit que l'un d'entre eux travaille pour le bureau des revenus fonciers, et qu'un autre travaille pour un centre de recherche dans une entreprise militaire. »
Zy in boston soulève une question technique :
« Comment peut-il y avoir autant de manifestations antijaponaises à Shenzhen ? Quid des trois couches de surveillance existant sur QQ ? Est-ce que ces fonctions auraient été désactivées par patriotisme ? »
Effectivement, durant ces deux derniers jours, même si des mots comme « rassemblement » ne peuvent pas être recherchés sur les réseaux sociaux, les mot-clés « manifestations antijaponaises » n'ont pas été censurés. Des termes comme « îles Diaoyu », « protéger Diaoyu », « protestation » et « percutant » apparaissent même dans la liste des sujets populaires de recherche.

Manifestation antijaponaise de masse à Changsha (Brightonatreddit/imgur.com)
« Quelque chose ne va pas »

Hu Zimei soulève une série de questions et se demande [en chinois] qui exactement tire les ficelles des manifestations :
« Quelque chose ne va pas.
  • 1. Entre 40 à 50 villes manifestent en même temps ;
  • 2. Le nombre de participants n'est pas si élevé mais les manifestations sont très destructrices. La plupart sont de jeunes hommes, ils élaborent ensemble un plan d'attaque sur des cibles très particulières ;
  • 3. La police anti-émeute n'est pas prête ;
  • 4. Les médias contrôlés par le parti et les leaders d'opinion considèrent ces violentes manifestations comme une simple expression radicale de patriotisme ;
  • 5. Tous les micro-blogs qui montrent des scènes violentes des manifestations ont été supprimés.
Je me demande quelle est la véritable relation entre cette violence organisée et le peuple ? »
Certains blogueurs pensent que ces manifestations sont liées au 18e congrès national du Parti communiste chinois, prévu cet automne, et qui verra le passage de témoin à la tête du parti et de l'Etat, et la réduction à sept du nombre de membres du Comité permanent du Bureau politique du PCC.

Un congrès qui s'annonce dans un climat marqué par le scandale Bo Xilai, du nom du chef du parti à Chongqing, qui était très proche du responsable du Bureau de la sécurité publique et actuel secrétaire du comité politique et législatif, Zhou Yongkang.

Ci-dessous, quelques spéculations trouvées sur Weibo :
Tang Song history : « L'organe du pouvoir responsable de la propagande et le Comité politique et législatif travaillent ensemble dans un autre objectif. C'est ce qu'ils veulent, c'est une excuse pour passer à l'action. Ils peuvent ainsi entrer à nouveau en scène. C'est leur intention. Ils sont les dirigeants et vous êtes les acteurs volontaires. S'il vous plait, réfléchissez [ : ] qui est la victime et qui est gagnant au final ? L'histoire se répète à travers toutes les dynasties. Devons nous vivre ça à nouveau ? »
RVP : « Pourquoi n'y a-t-il pas d'actes violents à Taïwan et à Hong Kong ? Une seule raison valable, les communistes dirigent à eux seul le mouvement. »
Cry out loud : « Ne voyez-vous rien ? Ils utilisent les manifestations antijaponaises pour exprimer leur colère envers le gouvernement. L'autorité centrale est mise à mal entre des tensions internes et externes. »
Les voix de la raison

Pendant que des manifestants en colère défilent dans les rues, des voix plus mesurées font leur chemin sur Internet comme la Tea Leaf Nation l'a remarqué. Ci-dessous, une sélection des opinions les plus lucides :
WeMarketing : « Je comprend mieux la Chine à travers ces violentes manifestations. Nous sommes en 2012 mais l'histoire ne fait que se répéter. Cette fois-ci, c'est contre les Japonais, la prochaine fois ça sera contre les capitalistes ou contre les étrangers. Si vous faites parti du groupe des personnes visées, vous ne pouvez pas protéger votre propriété et votre propre sécurité. La révolte des Boxers, les Gardes rouges, les casseurs patriotiques, une génération après l'autre. »
Hut in the city : « Durant l'histoire, à la fois les Boxers et les Gardes rouges ont été utilisés comme une arme puis renvoyés au statut de boucs émissaires. Ne rejoignez pas les groupes de jeunes en colère. Qui sera gagnant de ces actes violents ? S'il vous plaît, faites marcher votre cerveau. »
Leja : « Les Japonais sont très intelligents. Ils utilisent un bout de terre de 7 km² pour semer la pagaille dans toute la Chine. Certains d'entre nous sentent toujours qu'ils sont des héros. Ma mère m'a demandé ce qu'il va se passer si la guerre éclate. Je lui ai répondu que je ne crains pas la guerre mais que j'ai peur de la Révolution culturelle. »
Les violences s'étant aggravées, la police anti-émeute a renforcé ses mesures. Cependant, comme l'anniversaire de l'incident de Mukden approche, le 18 septembre, le sentiment antijaponais pourrait continuer à grossir dans les jours qui suivent.

L'enjeu du conflit

Flotille de bâteaux de pêche chinois en route vers les îles Diaoyu , le 16 septembre 2012 (STR/AFP)

Au cœur de cette poussée de fièvre nationaliste, comme le rappelle notre partenaire Aujourd'hui la Chine, les Diaoyu, des îlots de la mer de Chine. Enfin, Diaoyu, c'est leur nom chinois. Pour les Japonais, il s'agit des îles Senkaku.

Les îles DIaoyu/Senkaku (Wikimedia Commons/CC)
Dans les faits, ce sont les Japonais qui contrôlent les îlots. Mais la Chine et Taïwan les revendiquent comme faisant partie de leur territoire. Les raisons de cet attachement à quelques kilomètres carrés ne sont pas uniquement sentimentales : les îles sont situées près de gisement de gaz sous-marin, que les voisins asiatiques aimeraient exploiter.

Des accrochages maritimes entre bateaux des différents pays sont fréquents, mais la dispute a pris une autre dimension lorsque le Japon a annoncé la nationalisation des îlots. Inadmissible pour la Chine, qui a immédiatement décidé d'envoyer des patrouilleurs sur le site. Selon Kyodo news, six navires de reconnaissance chinois avaient toutefois quitté les eaux disputées ce vendredi.

Une escalade assumée par les autorités chinoises, qui, par la bouche du porte-parole de leur ministère de la Défense, affirment que :
« La détermination et la volonté du gouvernement et de l'armée chinoise de préserver leur intégrité territoriale est solide. Nous surveillons de très près la situation et nous nous réservons le droit de prendre les mesures appropriées. »