En Belgique, depuis le 1er juillet, les insuffisants respiratoires risquent de se voir couper l'oxygène. Lettre ouverte.
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MADAME LAURETTE ONKELINX, MINISTRE BELGE DES AFFAIRES SOCIALES ET DE LA SANTÉ PUBLIQUE, RETIREZ LA NOUVELLE ET ABJECTE LOI SUR L'OXYGÉNOTHÉRAPIE !

L'eugénisme, dont l'une des pratiques médicales consiste à éliminer les personnes porteuses d'un grave handicap physique ou mental, n'est pas que l'abominable apanage des théories nazies les plus nauséabondes. Sans, certes, vouloir verser ici en un quelconque et injustifiable amalgame, et encore moins comparer l'incomparable, il est néanmoins en train de tracer également, toutes proportions gardées, son horrible mais efficace chemin, subrepticement, en pleine trêve estivale, aujourd'hui même, au coeur de notre Europe dite démocratique et moderne : à Bruxelles, sa capitale ; en Belgique, l'un de ses six pays fondateurs !

Car ce 1er juillet 2012 n'y était pas que le jour du départ de la première étape en ligne du Tour de France (Liège-Seraing). C'était là, surtout, la date d'entrée en vigueur, à travers une circulaire émise par l'Inami (Institut national d'assurance maladie invalidité, organisme placé sous la tutelle du ministère des Affaires sociales), d'une honteuse, dangereuse et indigne loi : la suppression du remboursement du coût de l'assistance respiratoire, c'est-à-dire des bombonnes d'oxygène, à tous ceux qui ne pourront pas dûment prouver, via une batterie de tests cliniques à faire peur aux plus valides d'entre nous, l'état particulièrement délabré de leur santé pulmonaire.

Angoisse

Oui, c'est là ce que prévoit désormais, en Belgique, la sécurité sociale : de très stricts critères d'admission, pour toutes les personnes souffrant de maladies respiratoires chroniques, à ce que l'on appelle, dans le jargon médical, "l'oxygénothérapie à domicile". Sinon, on vous coupe l'oxygène, comme on vient couper chez vous, lorsque vous n'avez pas l'argent pour payer vos factures, l'eau, l'électricité ou, sans vouloir faire ici de mauvais et indus jeux de mots, le gaz (et là, même pas de compteur à budget prévu pour pallier la difficulté économique supposée passagère) !

Ainsi pas moins de 20 000 personnes sont-elles aujourd'hui concernées, en Belgique, par cette toute récente trouvaille, afin de faire des "économies" (et, accessoirement, de pouvoir mieux renflouer ainsi les banques au bord de la faillite), du gouvernement. Pis : 8 000 d'entre elles ne rempliraient pas, d'ores et déjà, les nouvelles conditions requises pour ce genre d'assistanat : c'est dire si à cette terrible angoisse qui est celle de mourir étouffé - l'une des pires fins de vie qui soit - s'ajoute à présent, surtout pour les plus démunis sur le plan financier, un autre motif de stress, qui risquerait bien, celui-là, de les achever définitivement : celui de ne même plus pouvoir s'acheter cet air, pourtant censé être le bien de tous, leur permettant de respirer encore un peu et d'améliorer ainsi, à travers ce mince mais salutaire filet d'espoir, leur laborieuse et douloureuse existence !

Car il est un fait que ces personnes risquant aujourd'hui cette hypocrite et silencieuse mise à mort, cet eugénisme qui ne dit pas son nom (car, contrairement aux euthanasiés, on ne leur demande pas, à eux, leur avis, corroboré par trois médecins), sont aussi les plus faibles, à l'échelon social, et les plus précaires, au niveau économique : des personnes âgées, d'anciens mineurs de fond n'ayant que leur modeste pension pour survivre, de grands asthmatiques, des fumeurs invétérés, des patients atteints d'un incurable cancer des poumons.

Brassard noir

Mais le pire, en cette sordide et criminelle histoire, c'est que la ministre belge des Affaires sociales, qui est par ailleurs également vice-Premier ministre et ministre de la Santé publique (c'est une de ces fameux "cumulards"), est issue du Parti socialiste, pourtant censé protéger les milieux les plus défavorisés. Elle s'appelle, cette grande humaniste, Laurette Onkelinx, et est née, précisément, dans le berceau sidérurgique de Seraing, commune située en province de Liège : terre de hauts-fourneaux et de métallos, de cheminées crachant jour et nuit leurs fumées mortellement toxiques, autrefois fief de l'anglais Cockerill et aujourd'hui empire de l'indien Mittal, mais surtout, comble du paradoxe, là même où vient de s'arrêter, en ce fatidique 1er juillet 2012, le Tour de France.

Bref : le maillot jaune pour certains ; le brassard noir, signe du deuil à venir, pour d'autres !

Ainsi donc, madame Laurette Onkelinx, ministre belge des Affaires sociales et de la Santé publique, retirez, de toute urgence, cette nouvelle et abjecte loi sur l'oxygénothérapie : elle est un crime qui ne dit pas son nom.

N'en soyez, si vous avez une conscience, ni la commanditaire, ni la théoricienne, ni la complice !

Il est des scandales, à vous couper le souffle, qu'on ne peut étouffer...

*Philosophe, auteur de l'essai "Critique de la déraison pure - La faillite intellectuelle des 'nouveaux philosophes' et de leurs épigones" (François Bourin Editeur), porte-parole, pour les pays francophones, du "Comité International contre la Peine de Mort, la Lapidation et la Pendaison" ("One Law For All"), dont le siège est à Londres.