Les Maîtres du Monde
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Propaganda

Syrie : la chute de Lattaquié ressort de la propagande de guerre

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La Bataille du Qalamoun détermine à la fois la possible extension de la guerre au Liban et la coupure de la voie d’approvisionnement de Damas.
Carte Mohammad Yassine
Thierry Meyssan répond à des lecteurs qui l'ont interrogé sur l'annonce de la possible chute de Lattaquié et la débandade de la République arabe syrienne qui s'en suivrait. Il explique ici le caractère infondé de ce mythe qui, selon lui, ressort de la propagande de guerre.

Durant quatre ans, la presse atlantiste et du Golfe a annoncé l'imminence de la chute de Damas et de la fuite du président Bachar el-Assad. Et puis, à force de proclamer une victoire qui ne venait pas, elle s'est lassée. Voici maintenant son nouveau refrain : l'imminence de la chute de Lattaquié.

Comme toujours, la propagande présente les événements à son avantage : la prise d'Idleb et celle de Jisr al-Choughour marqueraient le début de la fin du « régime ». Pas un mot, par contre sur la libération de Aassal al-Ward et la bataille du Qalamoun, ni sur celle de Maydaa et de la dernière route d'approvisionnement des jihadistes vers la Ghouta de Damas.

Si l'on observe les faits d'un simple point de vue géographique, on pourrait effectivement croire à une avancée des jihadistes, mais si l'on analyse en termes démographiques, on voit que l'Armée arabe syrienne a repris la technique de la « terre déserte » qu'elle avait adoptée à la fin 2012 et au début 2013. Elle protège son peuple plutôt que sa terre. Elle organise donc son repli pour affaiblir ses ennemis avant de les enfoncer.

Toutes les zones actuellement contrôlées par les jihadistes sont tombées sous leur contrôle alors que la population restante leur était favorable, sauf à Rakka qui fut trahie et non pas conquise.

Eye 1

Les parallèles entre le Patriot Act américain et la Loi sur le renseignement français


Magnify

L'« État profond » états-unien

Traduction : Maxime Chaix

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© Inconnu
Les installations de surface de la ville-bunker de Mount Weather
Depuis les événements du 11 septembre 2001, nous avons souvent alerté nos lecteurs sur l'existence d'un « État profond » aux États-Unis, indépendant de la Maison-Blanche et, parfois, capable de lui imposer sa volonté. Cette notion est, selon nous, indispensable à la compréhension de la politique états-unienne. Cependant, si l'existence de cet « État profond » est officiellement reconnue par la Maison-Blanche, elle en conteste l'indépendance. Le professeur Peter Dale Scott —qui l'étudie depuis plus longtemps encore— a mis en lumière son activité dans quatre événements majeurs. Il y consacre un livre dont la traduction française paraît cette semaine et cet article qui en reprend certains arguments.

Depuis un certain temps, j'ai analysé l'Histoire des États-Unis à l'aune de ce que j'ai appelé les « événements profonds structurels » (EPS), tels que l'assassinat du président Kennedy, le cambriolage du Watergate, l'affaire Iran-Contra (Irangate) et le 11-Septembre. Il s'agit d'affaires qui, dès le départ, sont entachées de mystère. Par ailleurs, elles impliquent systématiquement des actes criminels ou violents, et elles sont intégrées dans les processus clandestins des services de renseignement. Enfin, elles ont pour conséquence d'étendre la part secrète de l'État, et elles font ensuite l'objet de dissimulations systématiques dans les médias grand public et dans les archives internes du gouvernement [1].

Snakes in Suits

Quand Juncker prédit la destruction de la Grèce si elle sort de l'Europe, « zone de solidarité et de prospérité »

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© Inconnu
Lors d'un discours de 40 minutes à l'Université Catholique de Leuven, en Belgique, Jean-Claude Juncker a annoncé qu'il était hors de question que la Grèce sorte de la zone euro car « le monde anglo-saxon ferait tout pour détruire la zone euro » qu'il a qualifié de « zone de solidarité et de prospérité ».

L'occasion pour nous de ressortir l'article sur la Grèce, extrait de la lettre d'analyses et d'informations libre n°3 :

De Grexit en Grimbo

Les questions jamais évoquées dans la défaillance de la Grèce sont simples : qui va payer la casse, combien va-t-elle coûter et à qui ?

Les différents remboursements que doit honorer la Grèce auprès de ses débiteurs suscitent chaque fois une angoisse dans les milieux d'affaires. Il est clair que, dorénavant, elle ne pourra rendre qu'avec de l'argent qu'on lui prête. Les réformes exigées par la Troïka, ou quelques prêteurs que ce soit ne sont qu'une pantomime pour gagner du temps. D'aucuns devraient plutôt se demander : quelles surprises nous préparent-ils avec Poutine à la baguette ? Pour régler ses fonctionnaires au mois d'avril (400 millions d'euros), la Grèce a dû ponctionner toutes les réserves des communes et organismes publics du pays (1500) ; ce sont deux milliards qui ont été collectés, mais cette somme ne suffira pas pour le mois de mai. Pour comprendre l'incroyable imbroglio de cette situation, le monde de fous dans lequel nous vivons, il faut lire le rapport des sportifs les mieux payés de la planète et prendre le salaire annuel des deux premiers du classement pour régler cette somme.

Les chiffres régulièrement rapportés dans les articles de la presse spécialisée évoquent les sommes dues par l'Allemagne aux Hellènes, soit l'équivalent de sa dette à savoir trois cent milliards d'euros. Jolie conte de fées.

En fait, la BCE avant son deuxième plan de sauvetage, a transformé des obligations grecques contre de nouvelles qui ne peuvent pas subir de décote. 80% de l'argent concerné a été introduit dans les banques européennes qui les ont comptabilisées comme actifs dans leurs bilans, et s'en sont servis comme garanties (collatérales) pour les transformer en argent liquide. Ce plan de sauvetage ne s'est jamais retrouvé dans l'économie grecque, mais a servi aux banques européennes pour continuer à recevoir des liquidités ! Sachant qu'elles utilisent un levier de 26 pour un, sans parler des opérations de titrisation, au final, c'est un risque qui se chiffre en milliers de milliards !

Satellite

Les conséquences du séisme népalais vues depuis l'espace

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Cette carte montre les changements d'altitude suite au séisme du Népal. Crédit : DLR-ZKI
Le 25 avril, un séisme de magnitude 7,8 a secoué le Népal.

Lors d'un tel évènement, des tensions se libèrent brutalement dans la croute terrestre, et engendrent des déplacements horizontaux et verticaux de plusieurs mètres !

C'est ce que montre cette carte du Népal réalisée par le radar du satellite Européen Sentinel-1A.

Elle met en évidence les variations d'altitude après le séisme.

En bleu, certaines régions (dont Katmandou) se sont élevées jusqu'à 1 m. En rouge et en jaune, d'autres se sont affaissées, de 2 m par endroit.

Snakes in Suits

TAFTA : quand les multinationales prendront insidieusement le pouvoir, à la place des États

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© Renaud Callebaut
Susan George, présidente d'honneur d'Attac
Toute sa vie est un combat. A 80 ans, Susan George, présidente d'honneur d'Attac, n'a rien perdu de sa capacité de révolte. Avec l'arme des mots et de la précision, et son indéfectible accent de l'Ohio, elle milite contre les ravages du système néolibéral et pour un monde moins injuste. Auteur de nombreux livres engagés, la chercheuse franco-américaine dénonce, dans son dernier ouvrage (1), les patrons des multinationales, ces "usurpateurs" qui, avec leurs lobbyistes, prennent insidieusement le pouvoir de la planète, sans aucune légitimité démocratique et sans devoir rendre de comptes à personne. Leur cheval de Troie actuel : le Partenariat transatlantique de commerce et d'investissement (TTIP, en anglais) qui se négocie confidentiellement entre les Etats-Unis et la Commission européenne. Les flèches décochées par Susan George font mouche.

Le Vif/L'Express : "Les entreprises transnationales sont devenues la première puissance collective mondiale, loin devant les États qui leur sont souvent inféodés", écrivez-vous dans Les Usurpateurs. N'est-ce pas un effet de la mondialisation ?

Susan George : Certainement. Je n'aurais pas pu écrire cela il y a trente ans. Les entreprises se sont mondialisées beaucoup plus vite que les citoyens, surtout depuis la chute de l'empire soviétique, qui leur a ouvert les portes du monde entier. Elles se sont organisées sur une base collective à partir du début des années 1990, avec la naissance de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) qui leur a donné de nouveaux horizons en matière de libre-échange. Elles ont d'ailleurs été très influentes dans les négociations de l'OMC. Sans l'insistance de groupes comme American Express ou Citicorp, l'OMC n'aurait probablement pas vu le jour.

Bad Guys

L'offensive globale de l'Otan

Traduit par Marie-Ange Patrizio

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© Inconnu
L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord n'a plus de frontières. En Europe -après s'être étendue à sept pays de l'ex Pacte de Varsovie, trois de l'ex URSS et deux de l'ex Yougoslavie (démolie par la guerre de 1999)- elle est en train d'incorporer l'Ukraine. Les forces armées de Kiev, qui depuis des années participent aux opérations Otan dans diverses aires (Balkans, Afghanistan, Irak, Méditerranée et Océan Indien), sont de plus en plus intégrées dans celles de l'Alliance sous commandement USA. Le 24 avril a été signé un accord qui les insère de fait dans le réseau de commandement, contrôle et communication Otan.

Au moment même où le parlement de Kiev approuve à l'unanimité une loi qui exalte comme « héroïque » le passé nazi de l'Ukraine et, alors qu'il déclare « criminelle » toute référence au communisme en mettant hors la loi le Pc, il qualifie de « combattants pour l'indépendance ukrainienne » les nazis qui massacrèrent des dizaines de milliers de juifs.

Snakes in Suits

Europe : le coup d'État des multinationales

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© Pepe Medina
Au nom du « secret des affaires », les députés français tentaient vainement, il y a quelques mois, de restreindre la diffusion d'informations concernant les entreprises. Une régression en matière de droit à l'information, au détriment des salariés, des syndicalistes, des journalistes et des lanceurs d'alerte. Le sujet refait aujourd'hui surface au niveau européen, avec un projet de directive concocté par le petit monde des lobbies bruxellois. Son principe est identique : que le secret soit la règle, et l'accès à l'information, l'exception. Et que l'information devienne la propriété exclusive des entreprises. Au risque de remettre en cause les fondements même de l'Union européenne, et de la démocratie. Décryptage.

Début 2015, la majorité socialiste a souhaité consacrer dans le droit français un principe de protection quasi absolue du « secret des affaires ». Ce projet, qui va jusqu'à prévoir des peines de prison ferme et des centaines de milliers d'euros d'amende pour ceux qui diffuseraient des informations « interdites », a suscité une forte opposition, notamment parmi les journalistes (lire notre article). Les dispositions envisagées par les députés faisaient en effet peser des risques énormes sur la liberté d'information en matière économique, sur la protection des sources et des lanceurs d'alerte, et sur les droits des salariés. Le tout pour des bénéfices douteux, puisque l'arsenal judiciaire existant pour lutter contre la concurrence déloyale ou l'espionnage industriel est déjà bien fourni.

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Recette d'une république totalitaire, à l'étouffée

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© Inconnu
Difficulté : moyenne. Temps de cuisson : étonnamment court.

Choisissez une vieille démocratie un peu rassie : sa Constitution doit avoir été tripotée assez longtemps pour que la séparation des pouvoirs exécutifs et législatifs ait presque disparu. Si vous connaissez le patron, demandez-lui s'il n'a pas dans ses frigos un État dans lequel le gouvernement commande directement le vote des représentants du peuple: c'est l'idéal.

Sinon, vous n'aurez qu'à réduire la durée du mandat des députés, et faire en sorte que leur élection coïncide avec celle du président : c'est la meilleure façon de s'assurer leur totale soumission et la disparition de toute trace de séparation entre ces deux pouvoirs fondamentaux.

Dès lors, la seule difficulté de notre recette sera de se débarrasser de toute trace d'un pouvoir judiciaire, trop épicé pour nos palais. Ce n'est pas aussi difficile que ça en à l'air :

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Ligne directe avec Vladimir Poutine

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Alors que le président Obama évite de répondre aux questions de ses concitoyens et n’intervient en public qu’en lisant des prompteurs, le président Poutine a improvisé une longue séance de questions-réponses avec son peuple.
Les autorités russes publient peu de documents sur leur vision du monde. Aussi l'émission « Ligne directe » avec Vladimir Poutine offre-t-elle une occasion rare d'évaluer l'évolution de la perception des choses par Moscou. Au-delà de la performance du président, qui a répondu durant 4 heures aux questions de ses concitoyens, on retiendra que la Russie semble renoncer à régulariser ses relations avec les États-Unis et se préparer à un long isolement de l'Occident.

Le 16 avril dernier, Vladimir Poutine s'est livré à un invraisemblable exercice : répondre durant quatre heures d'affilée aux questions de ses compatriotes, en direct sur trois chaînes de télévision et trois stations de radio. Les organisateurs ont reçu durant l'émission plus de 3 millions d'appels téléphoniques et ont posé 74 questions au président [1].

Même si certaines questions étaient manifestement préparées, d'autres étaient improvisées. Les réactions de Vladimir Poutine exposent nettement sa pensée.