Après avoir présenté son étude sur un OGM et son herbicide (Roundup), l'équipe du professeur Séralini, a demandé à ce que cesse « le secret industriel sur les évaluations d'OGM ».

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Ils sont au cœur d'une controverse médiatique et scientifique. Au cœur de notre alimentation affirment les plus alarmistes. Les OGM (pour organismes génétiquement modifiés) sont des organismes vivants qui ont vu leur patrimoine génétique modifié, adapté, par l'Homme afin de répondre à certains critères prédéfinis. Une modification issue du génie génétique c'est à dire une insertion dans le génome (par transgénèse) d'un ou plusieurs nouveaux gènes. Ces OGM sont bien connus du grand public : ils sont le cheval de bataille « d' anti » depuis de nombreuses années, et un sujet de préoccupations pour beaucoup de nos concitoyens. Pourquoi une telle défiance à l'égard de la science ?

Peut-être tout d'abord parce qu'on touche à un tabou anthropologique inhérent à toute modification génétique, celui de s'accaparer le don (divin diront les plus pieux) de modifier la vie pour l'adapter à nos besoins. Ce bouleversement initial des croyances et de l'ordre établi, voulant que la nature a bien fait les choses, et qu'il est dangereux de s'en mêler, est un premier point de friction dans une mécanique scientifique pas si bien huilée que les utilisateurs et producteurs d'OGM voudraient nous faire croire.

Ces producteurs, sont bien souvent, dans le secteur le plus connu du grand public (en écartant celui prometteur de la santé) des entreprises qui ont mauvaise presse. L'exemple le plus connu concerne l'américain Monsanto, entreprise spécialisée dans les biotechnologies végétales (aussi tristement connue pour l'agent orange utilisé pendant la guerre du Viêt Nam).

Elle est l'un des principaux producteurs de semences génétiquement modifiées. Ces plantes transgéniques ont comme utilité de voir leur résistance aux ravageurs accrue, à la sécheresse, une plus grande tolérance aux herbicides ; les exemples sont nombreux et la liste loin d'être exhaustive. La cadence de production est le principal argument en faveur de l'utilisation de la technique, Monsanto exprimant les choses de façon assez claire sur son site : « Monsanto est une société consacrée à l´agriculture. Nos innovations et notre technologie aident les agriculteurs du monde entier à produire plus en préservant plus. »

Produire plus, plus vite, afin de lutter contre la faim dans le monde diront certains. L'enfer est pavé de bonnes intentions commenteront les autres.

Le professeur Séralini, lui, a un avis appuyé sur la question. Spécialiste de la biologie moléculaire, et chercheur à l'Institut de biologie fondamentale et appliquée (IBFA) de Caen, il s'est récemment fait connaître du grand public grâce à ses études sur les OGM. Tout le monde a en tête l'image de ces rats aux corps affreusement déformés par une alimentation en OGM.

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Le public découvre avec horreur ce que les industriels du secteur ont caché pendant de longues années, à savoir l'existence du doute. Doute sur la nocivité de tels procédés (aucune étude n'ayant eu lieu sur plus de deux années), sur le réel effet que peuvent avoir l'introduction massive d'OGM dans notre système de production agro-alimentaire.

« Il n'y a pas d'étude sur la vie entière des rats (entre 25 et 30 mois) sur le maïs NK603 et il n'y a pas d'étude longue sur les effets sur la santé de l'herbicide Roundup mais seulement sur son principe actif le glyphosate », a expliqué Corinne Lepage. Ce maïs est produit par la firme Monsanto et résistant à l'herbicide Roundup, produit par le même fabriquant. Une véritable controverse scientifique et médiatique s'est installée depuis lors et anime de nombreux débats.

« L'Europe a la réglementation la plus contraignante au monde en matière d'OGM » objecte Philippe Joudrier, ex-président du comité d'expert de l'AFSSA (Agence française de sécurité sanitaire des aliments) qui poursuit : « Cette étude ne fait pas peur, c'est une publication qui va dans le même sens que toutes les autres de monsieur Séralini ». Les détracteurs critiquent en effet le protocole d'étude mis en place par l'équipe du professeur Séralini. Le choix de la souche de rat prête selon eux à confusion : les rats présents dans l'étude développent naturellement davantage de tumeurs que les autres rats.

Le professeur Séralini rétorque qu'il s'agit de la souche habituellement utilisée par la communauté scientifique internationale, qui ne teste les OGM que sur une période de trois mois. Cette durée de trois mois est la principale critique qu'il adresse aux différentes commissions chargées de valider ou non la mise sur le marché de produits ; ces derniers ayant accepté des résultats d'études basées sur une vision à court-terme, réalisées sur un laps de temps réduits et commandées par des industriels, juges et partis.

L'agence européenne EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments) a demandé des compléments d'information. Le professeur Séralini a refusé de diffuser ces compléments uniquement à l'EFSA, dont il se défie, estimant que l'agence a couvert ces fameux tests non scientifiques d'une durée de trois mois réalisés par Monsanto et qu'elle a autorisé la mise sur le marché de produits sujets à caution.

Dans un entretien à Libération le 12 octobre, Gilles-Eric Séralini va plus loin dans sa critique de l'EFSA :

« Je ne reconnais pas l'Efsa comme une autorité indépendante. Le quitus de son budget n'a pas été donné pendant une longue période pour conflits d'intérêts par le Parlement européen. L'Efsa nous réclame les données de nos tests. Nous sommes d'accord pour les rendre publiques, à condition que ces agences mettent elles-aussi sur le tapis les données de leurs tests qui ont conduit à l'autorisation des OGM et du Roundup. Il faut que ces éléments soient tous disponibles, mis en ligne sur un site public, afin que chacun puisse comparer ce qui a été fait ou pas. Je rappelle que nombre de personnes siégeant à l'Efsa vont devoir se prononcer sur une étude qui remet en cause leurs propres procédures d'évaluation des plantes transgéniques. Comment imaginer que ces personnes se déjugent à ce point ? »

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Gilles Séralini et son équipe – France 3

La question qui se pose alors est pourquoi une telle levée de boucliers et une controverse aussi importante face à un problème pointé du doigt par un professeur devenu bien malgré lui lanceur d'alerte ? Celui-ci ne s'est pas contenté de critiquer sans fournir le commencement d'une preuve. Il a proposé une méthodologie inédite en installant un temps d'étude plus long, et nous livre aujourd'hui des résultats alarmants. Plutôt que d'écouter les avertissements de ce dernier, une lutte économique a lieu, les intérêt des leaders du secteur étant menacés, et tous les décideurs montent au créneau pour tenter d'enterrer l'étude. Comment dès lors protéger le professeur Séralini, et surtout protéger son droit au doute, à l'interrogation, au questionnement salutaire qui fait que parfois, des systèmes entérinés par toutes les autorités jugées compétentes mènent à de véritables catastrophes sanitaires ? Ce droit au doute est ce qu'il y a de plus précieux pour notre démocratie. Œuvrer pour protéger la santé publique, c'est prêter toute l'attention nécessaire aux voix discordantes mais qui nous donnent souvent la bonne direction à suivre.