
218 clusters dans le milieu «familial élargi»
A l'appui de leurs consignes sanitaires, une étude coréenne réalisée en juillet montre que lorsqu'un membre d'un ménage contracte le Covid-19, alors dans 11,8 % des cas les personnes vivant avec lui l'attrapent aussi. A l'inverse, seul 1,9 % le contracte parmi les personnes extérieures au ménage. Soit un risque multiplié par cinq, qui prouve la réalité de ces contaminations « intrafamiliales ». D'ailleurs, dans son dernier point épidémiologique en date du 12 novembre, Santé Publique France a recensé, depuis le 9 mai, 9 055 clusters (dont plus de 2 000 dans des Ehpad), mais 218 d'entre eux sont répertoriés dans le milieu « familial élargi ». Sachant en plus qu'ils sont plus difficiles à détecter.
Si les arguments sanitaires sont tout à fait rationnels, est-il pour autant raisonnable d'inciter au port du masque en toutes circonstances, même au sein du foyer ? Aucun pays dans le monde, y compris les régimes les plus autoritaires, n'oblige une telle contrainte, parce qu'elle est impossible à contrôler et, en cas de non-respect, à sanctionner.
« C'est vraiment la solution extrême, alors qu'il y a tellement d'autres choses qui ne sont pas faites », estime le Dr Michaël Rochoy. Ce médecin généraliste est l'un des fondateurs du collectif Stop-Postillons, qui a insisté dès mars sur l'utilité du port du masque par la population. Mais le préconiser à la maison si on n'a pas de symptôme, c'est « être complètement déconnecté de la réalité », tranche celui qui est pourtant un ardent défenseur de ce geste barrière. « C'est culpabilisant, ça revient à dire : vous vous contaminez dans vos familles. »
«Nous sommes des êtres humains, pas des chiens muselés...»
Le port du masque à la maison rappelle que le danger peut venir de ceux qu'on aime le plus, ses enfants, son conjoint. « S'il faut mettre en balance l'impact psychologique et psychique d'une telle injonction par rapport aux risques sanitaires, la réponse au port du masque à la maison, c'est non, tranche Hélène Romano, psychologue clinicienne. Le masque est utile dans une politique sanitaire globale, mais pas à la maison. Cet intrus n'a rien à faire dans la cellule familiale qui est celle du confort, du cocon protecteur. »
Sa consœur Marie-Estelle Dupont, acquiesce. « Il n'est pas portable en dehors de situations bien particulières, pour protéger une personne proche vulnérable par exemple, explique cette psychothérapeute. Mais il est impensable, et d'une grande violence psychologique, d'imposer le fait de se le scotcher tout le temps sur la bouche, entravant la communication avec ses proches. Nous sommes des êtres humains, pas des chiens muselés... »
Plutôt que le masque, Hélène Romano opte sur une stratégie anti-virus tout aussi efficace. « Quand je rentre de l'hôpital, je prends une douche et je change complètement mes vêtements pour une tenue exclusivement d'intérieur. C'est largement suffisant et protecteur. »



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