Comprendre l'ingénierie sociale, c'est comprendre que nous sommes tous les cibles d'un pouvoir, officiel ou officieux, dont le but est de construire notre réalité à notre place et à notre insu. Il s'agit, pour l'ingénieur social, de s'introduire furtivement dans l'inconscient d'autrui en respectant ses éléments de langage afin de créer la confiance, tout en y mêlant progressivement les siens, jusqu'à ce que, sans même s'en rendre compte, la « cible » les reprennent à son compte.

Cette mainmise peut prendre de multiples aspects : la révolution libertaire ayant fragilisé le Sur-moi, elle a permis au capitalisme d'exercer une forme de contrôle anti-autoritaire « prenant les traits du marketing, de la publicité, du consumérisme et cultivant des valeurs d'émancipation individuelle », mais aussi au pouvoir d'exercer un contrôle social fait d'un savant usage de l'ordre et du désordre, en augmentant « le désordre mental intérieur dans la population, pour mieux l'encadrer par un ordre technocratique extérieur ».