Priscille Tremblais
La Nutrition
mar., 18 déc. 2012 12:42 CST
Selon une étude récente du scientifique européen le plus calé sur la question, un régime de type paléo pourrait prévenir, voire même traiter, les maladies de civilisation les plus connues : diabète de type 2, maladies cardiovasculaires et même certains cancers.
Le Dr Staffan Lindeberg de l'université Lund en Suède a examiné toutes les études scientifiques ayant trait à l'alimentation paléolithique en Afrique et à la nutrition préventive actuelle. Son but : déterminer si le régime de nos ancêtres pouvait aider à prévenir les maladies de civilisation, précisément celles qui sont apparues avec l'agriculture et la sédentarité.
Focus sur les aliments paléo
Les principaux aliments à la disposition de nos ancêtres bipèdes africains étaient des fruits mûrs et sucrés, des plantes (pousses, fleurs, bourgeons, jeunes feuilles et racines), viande, os à moelle, abats, poisson, fruits de mer, insectes, larves, œufs, noix et graines (hors graminées). Comme le souligne le Dr Lindeberg, ces aliments qui constituaient les seules sources de calories disponibles pendant des millions d'années ne représentent aujourd'hui qu'un quart de l'apport calorique d'un Occidental moyen.
À l'encontre des idées reçues
Ce qui surprend le plus dans l'alimentation de nos ancêtres par rapport aux connaissances actuelles en nutrition, c'est qu'ils ingéraient au final beaucoup de fructose via les fruits et le miel. Or, des études montrent que le fructose peut provoquer des troubles métaboliques (diabète de type 2, hypertension artérielle, etc.) et une prise de poids abdominale. Malgré tout, les scientifiques s'accordent pour dire qu'au-dessous de 60 g de fructose par jour, il n'y a pas de risque. Et le Dr Lindeberg de rappeler que le fructose consommé aujourd'hui ne provient pas d'aliments frais mais d'aliments et d'additifs industriels.
La deuxième surprise est que nos ancêtres mangeaient aussi des tubercules, aliments pourtant connus pour contenir beaucoup d'amidon. Ces aliments à l'index glycémique élevé sont en général bannis des régimes de type paléo, précisément parce qu'ils ont un impact sur le poids, la glycémie et sont soupçonnés d'augmenter à terme le risque de diabète. Mais la bonne santé des ethnies mangeant beaucoup d'aliments riches en amidon semblent contredire l'idée selon laquelle l'amidon serait en lui-même une cause d'obésité et de diabète. Par ailleurs, pour Staffan Lindeberg l'incapacité de certaines personnes à limiter la hausse de leur glycémie après l'ingestion de glucides reste inexpliquée en l'état actuel des connaissances.
Staffan Lindeberg désacralise au passage les oméga-3 dans son étude. Selon lui, les chercheurs se sont focalisés sur ces acides gras pour expliquer que les Inuits, qui se nourrissent essentiellement de poissons riches en oméga-3, présentaient moins de maladies cardiovasculaires que les autres ethnies. Il trouve dommage que « de toutes les caractéristiques des habitudes alimentaires des Inuits qui pourraient expliquer ce résultat, seuls les oméga-3 ont été considérés alors que l'absence d'aliments typiques des pays occidentaux n'a jamais été vraiment envisagée ».
Prévenir et guérir avec le régime paléo
Le Dr Lindeberg a aussi essayé d'évaluer les effets du régime paléo sur la santé. Il a étudié 2300 Papous de Nouvelle Guinée qui ont pour aliments de base l'igname, la patate douce, le taro (chou de Chine) et des fruits tropicaux mais ne mangent ni céréales ni glucides raffinés. Résultat : pas de maladies cardiovasculaires dans cette population ni aucun facteur de risque associé (y compris chez les 140 Papous âgés de plus de 60 ans). Chez des Suédois pré-diabétiques ou diabétiques qui ont suivi un régime paléo, il a été noté une perte de poids (notamment au niveau du ventre), une meilleure régulation de la glycémie, une meilleure tension au terme de l'étude. Les aliments paléo se sont aussi révélés être plus rassasiants.
Côté effets secondaires indésirables, c'est le désert. Même s'il est riche en protéines, le régime paléo n'a pas de conséquences sur la fonction rénale et en tout cas rien qui ne puisse être contrebalancé par ses effets positifs par ailleurs. Certains traitements médicamenteux nécessitent un accompagnement médical en cas d'adoption du régime paléo.
Staffan Lindeberg conclut donc qu' « un régime paléo peut servir de modèle d'aliments bons pour la santé » et peut être essayé sans trop de problèmes pour prévenir voire traiter les maladies dites de civilisation comme le diabète, le surpoids, ou les maladies cardiovasculaires.
3 questions sur les glucides à Staffan Lindeberg
LaNutrition.fr : Selon vous, les chasseurs-cueilleurs mangeaient beaucoup de fruits, donc beaucoup de fructose. Or le fructose est suspecté de jouer un rôle dans l'obésité et le syndrome métabolique. Comment cela se fait-il que les chasseurs-cueilleurs restaient minces et en bonne santé malgré leur importante consommation de fructose ?
Staffan Lindeberg : Les quantités de fructose que nous pouvons avaler à partir d'un régime riche en fruits restent largement au-dessous des niveaux testés dans les études sur les animaux. Pour vous donner une idée, les 60 g de fructose journaliers considérés comme sans risque pour la santé par les chercheurs, correspondent à 4 à 5 kg d'ananas frais. Difficile d'en manger autant en une journée !
LN.fr : Les tubercules et racines consommées par nos ancêtres du paléolithique contiennent beaucoup d'amidon. L'amidon (en particulier sous la forme d'amylopectine) est soupçonné de provoquer une prise de poids via des pics de glycémie. Comment expliquez-vous que les chasseurs-cueilleurs étaient immunisés contre la prise de poids ?
SL : En réalité, le fait que l'amidon provoque une prise de poids reste sujet à débat dans le monde scientifique. Le pic de glycémie qu'il entraîne est la plupart du temps constaté chez des personnes déjà intolérantes au glucose (ou prédiabétiques). Mais il n'existe aucune preuve convaincante montrant que l'amidon est la cause de cette intolérance au glucose.
LN.fr : Les céréales, qui ne faisaient pas partie de l'alimentation de nos ancêtres, représentent une source majeure de glucides. Cependant, vous dites que les glucides ne sont pas un problème en eux-mêmes. Quels sont les autres constituants des céréales qui peuvent être dangereux alors ?
SL : On le sait, les céréales contiennent des substances bioactives qui peuvent interférer avec le métabolisme. Une de ces substances est l'agglutinine contenue dans le germe du blé que l'on retrouve en grande quantité dans les céréales complètes. Un autre agent actif typiquement dangereux est la gliadine du blé ou des constituants de cette dernière, appelés gliadorphines. Peut-être que le plus gros problème de la gliadine est qu'elle semble favoriser la perméabilité de l'intestin, permettant ainsi des protéines non digérées ou à des peptides de pénétrer dans le corps humain.
LINDEBERG S. : « Paleolithic Diets as a Model for Prevention and Treatment of Western Disease », American Journal Of Human Biology, 24:110 - 115 (2012).