La diplomatie russe est très active ces derniers temps. Sur les grandes questions d'actualité, Moscou affiche ses points de vue sans ambiguïté et ne transige pas sur certaines de ses positions. C'est le cas de son soutien au pouvoir de Bachar Al-Assad et des derniers incidents avec Ankara. Dans un discours devant l'Assemblée Fédérale le 3 décembre 2015, Vladimir Poutine a justifié avec force arguments, les positions de son pays sur les dossiers clés du moment. Le chef du Kremlin a également évoqué la situation interne de la Russie, notamment la santé de son économie.
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Escalade diplomatique russo-turque : Quand Poutine manie fermeté et humour

Dans son discours annuel devant l'Assemblée fédérale, le président russe a dressé le bilan de la politique interne et externe de son pays et annoncé les perspectives de 2016. Le premier sujet évoqué devant les députés était évidemment le plus brûlant, à savoir les relations avec la Turquie. Poutine n'a pas manqué d'humour pour expliquer une situation qui provoque pourtant une escalade diplomatique sans précédant entre les deux pays. Il s'agit de l'avion russe abattu par Ankara le mardi 24 novembre dernier. « Seul Allah sait pourquoi la Turquie l'a fait» «Pour la punir, il a apparemment décidé de priver son gouvernement de la raison ». Le maître du Kremlin utilise ainsi avec ironie, la fameuse expression: « Jupiter rend fous ceux qu'il veut perdre », pour expliquer le comportement d'Ankara. Le n° 1 russe a rappelé à son auditoire, les sanctions économiques qu'il a prises contre Ankara, notamment l'embargo sur certains produits agricoles provenant de la Turquie. Mais, il prévient qu'il pourrait aller plus loin que ces sanctions économiques. Et Vladimir Poutine de poursuivre sur le même ton sarcastique : « Il en faudra plus que quelques tomates». Le président russe a réitéré ses accusations contre le gouvernement turc qui organise la contrebande de pétrole avec les terroristes en Syrie et en Irak. « C'est cet argent que les terroristes utilisent pour recruter des combattants, acheter des armes et organiser des attentats partout dans le monde, y compris contre la Russie, la France», accuse-t-il.

Le leadership de la Russie dans la lutte anti-djihadiste en Syrie

Vladimir Poutine a expliqué aux députés, les raisons de l'intervention de la Russie en Syrie. Le chef du Kremlin a fait savoir que de nombreux citoyens russes combattent en Syrie dans les rangs des djihadistes. Il craint que si ces derniers gagnent leur combat, ils viennent en Russie pour ''tuer et propager la haine''. C'est donc pour enrayer ce danger que la Russie a pris la tête de la lutte contre les terroristes. Sans les citer nommément, le président Poutine a fait une allusion assez claire à l'ingérence des États-Unis et de l'Union européenne dans les affaires de la sous-région, notamment en Irak, en Syrie et même un peu plus loin en Libye. Il les rend par conséquent responsables de la situation chaotique qui prévaut au Proche-Orient où sévissent aujourd'hui une multitude de groupes terroristes: « Nous savons qui a voulu évincer les régimes qui ne leur plaisaient pas et qui a brutalement imposé ses propres règles. Ils ont déclenché des hostilités, détruit des structures étatiques, déclenché des conflits entre les peuples et puis s'en sont lavé les mains, en laissant la place à l'extrémisme ». Une semaine avant le discours de Poutine, son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov avait, de son côté, fustigé ''la politique de deux poids deux mesures'' de certains pays membres de la coalition antiterroriste, qui sont en réalité ''des alliés cachés'' de ces mêmes terroristes. Le chef de la diplomatie russe qui tenait une conférence de presse commune avec son homologue syrien Walid Mouallem, le 27 novembre dernier, sur la situation en Syrie et chez ses voisins, avait estimé que pour en finir avec le terrorisme dans la sous-région, les puissances en question devaient mettre fin à ce double jeu. M. Lavrov a ainsi mis en doute la volonté d'Ankara de lutter contre Daesh et renouvelé l'appel de Poutine à une lutte commune contre le terrorisme international. Revenant aux accusations de Moscou relatives au trafic pétrolier entre Ankara et les terroristes de l'État islamique, le ministre s'est dit étonné que les États-Unis, qui ont pourtant été les premiers à survoler l'espace syrien, un an avant la Russie, pour opérer des frappes contre l'Ei, n'aient pas aperçu ces colonnes de camions citernes qui convoyaient le pétrole acheté chez les rebelles en direction de la frontière turque. Sergueï Lavrov estime que la complicité de la Turquie avec l'Ei ne fait l'ombre d'aucun doute. Il s'est interrogé à ce propos sur l'arrestation par les autorités d'Ankara, de deux journalistes turcs qui enquêtaient sur les livraisons d'armes turques aux combattants de Daesh. La Russie a exhorté le Conseil de sécurité de l'Onu à diligenter une enquête et produire un rapport sur ''l'industrie criminelle'' que la Turquie développe avec les djihadistes syriens

Il appartient au peuple syrien seul de décider de son sort

Évoquant la situation en Syrie, les chefs de la diplomatie russe et syrienne ont estimé que le Groupe international de soutien à la Syrie constitué dans le cadre des pourparlers de Vienne en Autriche, doit aider le peuple syrien dans la promotion d'un dialogue interne : « C'est le peuple syrien qui doit décider du sort du pays, sans ingérences extérieures », ont insisté MM. Lavrov et Mouallem. Tous deux ont affirmé que ce dialogue doit se faire entre le gouvernement et l'opposition patriotique, à l'exclusion des groupes terroristes. Contrairement aux positions européennes à géométrie variable sur le cas du président Bachar, la Russie a toujours affiché une position constante et sans ambiguïté : Bachar Al Assad doit rester dans le jeu politique. En clair, rien ne se fera sans l'actuel président syrien. La France et les États-Unis qui l'ont finalement compris, ont récemment changé leur position. Laurent Fabius, le ministre français des Affaires étrangères et son homologue américain John Kerry, ne posent plus comme préalable, la mise à l'écart du président syrien. Sergueï Lavrov a rappelé aux Occidentaux les règles élémentaires de la démocratie : « Nos partenaires occidentaux et certains pays d'autres régions qui professent la démocratie s'éloignent eux-mêmes des principes démocratiques ». La démocratie, dira-t-il, « c'est le pouvoir du peuple »


Commentaire : Si l'on se base sur cette prémisse que « la démocratie c'est le pouvoir du peuple », alors on ne peut plus dire que les États-Unis soient un pays démocratique.


La situation économique de la Russie est difficile, mais loin d'être critique

Lors de son adresse aux députés, le président Poutine a évoqué avec une grande franchise la situation économique de la Fédération russe. Il a parlé des effets de l'embargo des Occidentaux sur certaines exportations du pays, suite à la situation en Ukraine. Ces sanctions internationales ont porté un coup à l'économie nationale, tout comme la chute du prix du pétrole dont la Russie est un grand producteur. Mais la situation n'est pas insurmontable, a rassuré M. Poutine qui a laissé entendre que ''la situation est stable et pourrait même évoluer positivement''. Il s'est félicité de la baisse de l'inflation ainsi que de la stabilisation du Rouble, la devise nationale. L'industrie aussi se développe normalement, a soutenu le chef de la fédération russe. A quelque chose, malheur est bon, Vladimir Poutine a souligné que les sanctions imposées à son pays par les USA et l'UE en 2014 ont amené la Russie à accroître sa production agricole. A l'horizon 2020, elle pourrait s'autosuffire en produits alimentaires. Le pays pourrait même devenir un fournisseur de produits bio à l'échelle mondiale, s'est réjoui le président. Il a aussi signalé des coupes dans le budget 2016, dans plusieurs domaines, pour combler le déficit qui ne devrait pas excéder 31%, même si les recettes s'annoncent moins importantes que prévues. Enfin le chef de la Fédération de Russie a fixé des priorités pour l'année 2016, à savoir un soutien plus accru au commerce et à l'industrie. L'État va continuer également de soutenir les couches les plus vulnérables de la société. Le développement économique et social de l'Extrême-Orient russe reste en effet une priorité économique majeure pour le gouvernement. Au total, le n° 1 russe aura saisi l'occasion de cette fin d'année pour mettre les points sur les I et rappelé les positions de la diplomatie russe sur les grands dossiers internationaux.