Commentaire : Essayons de garder à l'esprit que si la violence policière est la violence de l'État, la violence de l'État est la violence d'une société toute entière qui a érigé en paradigmes les comportements et les systèmes qui vont à l'encontre d'une organisation positive de la vie, pour l'ensemble de la communauté. Comme nous avons pu le publier cent fois sur le site, les comportements pathologiques sont les maladies de l'esprit ; celles-ci s'attrapent et se propagent, contagieuses comme un virus. Heureusement pour nous, les "foyers infectieux" sont connus : les psychopathes avérés occupent les postes-clés de notre société. Et ce n'est pas dû au hasard ou à la malchance : la "niche écologique" du psychopathe se situe naturellement dans les pyramides du pouvoir qui définissent dorénavant tous les aspects de nos organisations communautaires.

On ne va certes pas donner d'excuses à celui qui, matraque à la main, exprime ses pulsions sadiques sur la tête de ses semblables ; encore moins aux donneurs d'ordres et aux faiseurs de lois qui permettent ces horreurs. Mais peut-être est-il possible qu'en connaissance des causes, nous puissions avoir une influence sur le cours des évènements ? Même si la direction que nous avons pris ne semble plus devoir autoriser les améliorations ou les retours en arrière.

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L'ACAT (Action des Chrétiens pour l'Abolition de la Torture) rompt le silence qui entoure les violences policières en France. Son dernier rapport (sorti avant les récentes manifestations contre la loi travail) montre une nette progression du nombre de tués par les forces de l'ordre à partir de 2012. D'environ 8 décès annuels en 2004-2011, on passe brutalement à 19 en 2012, 10 en 2013 et 14 en 2014. La gauche, toujours prompte à dénoncer les violences policières quand elle est dans l'opposition, n'a aucun scrupule pour en faire usage quand elle gouverne.

Si l'alternance n'a en rien fait diminuer le niveau des violences policières, bien au contraire, elle en a fait changer le contexte. Souvent commises dans le cadre de gardes à vue il y a une dizaine d'années, elles s'exercent aujourd'hui majoritairement lors d'opérations de contrôle de l'espace public, comme les manifestations, les opérations de sécurité dans des quartiers jugés sensibles ou dans les Zones à Défendre (Notre-Dame-des-Landes ou Sivens). La répression policière qui a touché les récentes manifestations contre la loi travail, inédite par sa brutalité, en est un parfait exemple.

Les violences policières en France sont à la fois ignorées (il n'existe aucune statistique officielle des personnes blessées ou tuées lors d'opérations de police ou de gendarmerie) et impunies (celles-ci ne font quasiment jamais l'objet de sanctions). Le rapport de l'ACAT sort ainsi à point nommé à l'heure où de nombreux manifestants tombent sous les coups des forces de l'ordre.

Selon le rapport, la victime-type des violences policières et jeune (les trois-quarts ont moins de 35 ans et 1 sur 6 est mineur), masculin et issu de l'immigration (notamment dans le cadre d'interpellations lors des contrôles d'identité). Démonstration parfaite avec la répression impitoyable qui s'est abattue sur les manifestants contre la loi travail notamment le 17 mars à Tolbiac ou les CRS sont allés tabasser les manifestants jusque dans les amphithéâtres. Le lieu était, il est vrai, éminemment symbolique - Valls y a scellé son destin d'apparatchik socialiste.

Violence inédite selon des témoins et un journaliste de Libération qui relate des scènes de carnage : « il y avait des visages en sang, des gens traînés par terre, lors des charges policières contre les étudiants. Les gens qui voulaient sortir du site devaient le faire à visage découvert et étaient filmés par la police. » Au Lycée Bergson, la police s'est acharnée sur un étudiant noir, au total mépris de la campagne lancée par le PS « tous unis contre la haine. » Pour la FCPE, ces violences policières injustifiées rapportées par les médias ne sont pas des cas isolés.

Pourquoi cette montée de la violence policière lors des manifestations ? En cause, selon l'ACAT, un récent changement de doctrine de maintien de l'ordre. On est passé en quelques années d'une gestion de mise à distance des manifestants (éviter de tuer et le plus possible de blesser) à une politique d'affrontement direct : là où les forces de l'ordre tentaient de repousser les manifestants, elles visent et attaquent désormais la foule avec des armes à « létalité réduite » comme le flashball. Il s'agit désormais de traiter les manifestants comme des ennemis de l'intérieur et de leur appliquer les méthodes de répression contre-insurectionnelle utilisée à l'origine contre la résistance algérienne.

On peut s'attendre à une augmentation des violences policières au cours des prochaines années, à l'heure où le gouvernement socialiste s'apprête à armer plus lourdement les forces de l'ordre suite aux attentats de Paris : outre des fusils d'assaut réservés aux agents de la BAC, des armes intermédiaires comme le Taser ou le flashball dont la dangerosité avérée a pourtant fait l'objet d'un récent rapport. Supposées non-létales, elles occasionnent en réalité de nombreux décès ou infirmités et ça ne devrait sans doute pas s'arranger avec la nouvelle réglementation française qui étend les zones corporelles et n'impose plus de distance minimale de tir, à rebours des recommandations formulées par le Défenseur des Droits. L'assouplissement des conditions dans lesquelles les policiers pourront faire usage de leur arme à feu (limité pour l'heure au cas de légitime défense) prévu par l'article 20 du projet de loi sur la réforme de la procédure pénale, devrait aussi entraîner une hausse des bavures.
C'est dans ces moments de crise sociale où sa légitimité est mise à mal que le Parti Socialiste montre sa vraie nature aux antipodes des engagements de campagne du candidat Hollande : une force politique totalement acquise aux intérêts de l'oligarchie qui n'hésite pas à faire usage de la répression la plus brutale contre tous ceux qui tentent de résister aux diktats des puissances financières.