« Tout comme la nuit, l'oppression ne tombe pas d'un seul coup... Il y a un crépuscule où tout reste en apparence inchangé. Et c'est dans un tel crépuscule que nous devons être le plus conscient du changement - quoique subtil - qui se profile, de crainte que nous ne devenions les victimes involontaires de l'obscurité. » William O. Douglas, Cour suprême des États-Unis de 1939 à 1975.
US flag at Guantanamo
© Brennan Linsley/Pool/Reuters
Un drapeau des États-Unis flotte à travers l'enceinte en fils barbelés de la prison de Camp Delta au camp de Guantanamo en 2006

Depuis que le Sénat des États-Unis a approuvé l'infâme FY 2012 National Defense Authorization Act [NDAA, loi qui établit le budget et les dépenses du Département de la Défense pour l'année fiscale 2012], je suis d'humeur très pessimiste. Il y a quelques jours, il y avait l'espoir qu'Obama y oppose son veto - non pas parce que l'homme et ses conseillers juridiques se souciaient de la raclée que se prendraient alors les droits de l'homme et du citoyen mais parce que le code « récuserait ou gênerait la capacité du président à recueillir des renseignements, à mettre hors d'état de nuire de dangereux terroristes et à protéger le peuple américain » ; en d'autres termes, parce que l'autorité du président pourrait être en quelque sorte limitée (Dieu nous en préserve). Maintenant ce mince espoir s'est envolé ; Obama a renoncé à la menace du veto et plus rien n'empêche un talon de fer d'expédier n'importe lequel d'entre nous - Américain ou non - au camp de Guantanamo.

Cela pourrait-il être pire que cela ? La situation était déjà mauvaise avec Bush et sa clique de néocons qui repoussaient les limites du démantèlement de la Constitution des États-Unis. Vous souvenez-vous à quel point nous étions naïfs de croire qu'un changement d'administration ferait cesser ces absurdités draconiennes ? Que Barack Obama allait vraiment « changer les choses » et redresser ce qui allait si mal sous l'administration de Bush ? Certaines personnes s'accrochent toujours à cet espoir parce qu'elles croient sincèrement que les États-Unis sont essentiellement un pays démocratique fondé sur de solides principes de moralité et de justice, même s'il dévie ici ou là. Sûrement que le beau et éloquent Barack arrangera les choses, non ?



En tant qu'individu né et élevé au sud de la frontière, j'ai toujours trouvé la confiance myope des Américains envers leurs institutions et leur gouvernement plutôt étrangère à ma propre expérience. Dans mon pays, les gens croient aussi à la démocratie et la justice mais seulement en tant que principes qui, espérons, se matérialiseront un jour. L'écrasante majorité se méfie naturellement de son gouvernement, grâce à sa longue histoire de corruption et aux inégalités sociales qui l'accompagnent. De même, ils se méfient du gouvernement des États-Unis qui aime tant se mêler des affaires des autres pays. Par contraste, la culture américaine qui m'a atteint par le biais des médias dépeint les gens comme plutôt fiers de leur gouvernement et de l'armée. (L'armée ! D'où je viens, on ne pense à l'armée qu'en termes des plus désobligeants quand, à 17/18 ans, vous essayez de faire de votre mieux pour éviter le service militaire et on vous considérerait certainement pour un fou ou dans une situation désespérée si vous choisissiez une carrière militaire.)

Quand j'étais plus jeune, cette fierté américaine produisait en moi un mélange d'admiration et de jalousie. Plus tard, alors que je devenais plus au fait de la politique et de l'intervention américaines, je regardais cette attitude avec perplexité et dédain. Ces dernières années, je me suis senti surtout désolé de l'ignorance dans laquelle la plupart des citoyens états-uniens sont forcés de vivre, et admiratif de ces trop rares personnes capables de voir la vraie nature de leurs autorités et qui ont le courage de prendre la parole et qui m'ont tant appris. J'ai aussi essayé de comprendre comment tant d'Américains, qui ont profité d'un excellent niveau de vie pendant des générations, n'ont jamais été contaminés par les conséquences de la corruption, de l'avidité et de l'impérialisme de leurs dirigeants.

Jusqu'à maintenant, s'entend.
« Vous qui entrez ici, abandonnez toute espérance ! » - Dante Alighieri
Le Guardian écrit sur la NDAA :

Prisoner at Guantanamo Bay
© AFP
Des gardes escortent un prisonnier revêtu de l'omniprésent uniforme orange au camp de Guantanamo
Barack Obama a abandonné son droit de veto contre une nouvelle loi sécuritaire qui permet à l'armée de détenir indéfiniment et sans procès, tout Américain suspecté de terrorisme arrêté sur le sol états-unien qui pourrait alors être expédié au camp de Guantanamo.

Les associations de défense des droits de l'homme ont accusé le président d'abandonner ses principes et de mépriser le principe depuis longtemps établi selon lequel on n'utilise pas l'armée pour le maintien de l'ordre intérieur. La législation a aussi été fortement critiquée par les libertaires saisis d'une colère justifiée face au dépouillement des droits individuels pour la durée d'« une guerre qui semble n'avoir pas de fin ».

La loi, contenue dans le projet de loi sur le pouvoir de la défense qui finance l'armée états-unienne, étend en réalité le champ de bataille de la « guerre contre le terrorisme » aux États-Unis et applique le principe établi selon lequel les combattants de n'importe quelle guerre sont soumis à la détention militaire.
Si vous avez un quelconque doute sur le fait que ce qui vient d'être cité est réellement en train de devenir une loi, je vous suggère de lire l'excellente explication de ce projet de loi de Glenn Greenwald avant de continuer.

Maintenant, détaillons ce que cette loi propose et pensons à ses implications.

« Permet à l'armée de détenir » - Dans les sociétés démocratiques, les autorités civiles gèrent la justice, la prévention criminelle et les poursuites. C'est pour cela que la police existe. L'implication de l'armée dans ces affaires force l'imposition d'une logique de guerre. Un criminel ordinaire conserve des droits, un ennemi non. De la bouche du Sénateur Lindsey Graham :
« Nous sommes face à un ennemi, pas une organisation criminelle ordinaire, qui fera n'importe quoi et tout ce qui est possible pour détruire notre façon de vivre », dit-il. « Quand vous rejoignez Al-Qaida, vous n'avez pas rejoint la mafia, vous n'avez pas rejoint un gang. Vous avez rejoint des gens résolus à nous détruire et qui constituent une menace militaire. »
Mais cet argument ennemi-non-criminel est basé sur un mensonge. Al-Qaida, si elle a jamais existé, est loin d'être une menace militaire pour quiconque.

En 2004, le journaliste Jason Burke écrivait et expliquait qu'Al-Qaida n'est pas « le réseau fantastiquement puissant comprenant des milliers d'hommes motivés et entraînés » tout autour du globe comme on le croit communément. Les militants islamiques ont toujours compris le terme « qaida » dans le sens de « précepte » ou « méthode », aussi quand Abdullah Azzam, le principal idéologue des militants non-afghans qui a rejoint les Moudjahidines pour combattre les Soviétiques et le mentor spirituel de Ben Laden, a appelé à l'Al-Qaida Al-Sulbah (« l'avant-garde des puissants ») en 1987, il se référait à un mode d'activisme, une tactique et un idéal, pas une organisation. Al-Qaida a seulement évolué en un semblant de groupe organisé entre 1996 et 2001. Même alors, écrit Burke, elle était centrée autour d'un petit noyau de seulement cinquante à cent militants engagés qui fournissaient financement et conseils à différents groupes partout dans le monde islamique. Mais voir ce groupe « comme une organisation terroriste structurée et cohérente avec des cellules partout » ou comprenant « tous les autres groupes au sein de son réseau » serait « se méprendre profondément sur sa nature et la nature du militantisme islamique moderne. » Le groupe n'était même pas désigné par le terme d'Al-Qaida par ses propres membres. « C'était le FBI », écrit-il, « lors de son enquête sur les attentats à la bombe de l'ambassade états-unienne de 1998 en Afrique de l'Est, qui a surnommé « Al-Qaida » le groupe d'activistes vaguement relié qu'Oussama Ben Laden et ses assistants avaient formé. En 2004, Burke conclut, la structure en Afghanistan a été détruite et Ben Laden et ses associés se sont dispersés ou ont été arrêtés ou tués. A son avis, ce qui est resté c'est la vision du monde Al-Qaida avec des adhérents parmi de nombreux groupes. [Jason Burke, 'Al Qaeda', Foreign Policy (Mai/Juin, 2004): 18-20; Jason Burke, Al-Qaeda: The True Story of Radical Islam (UK: Penguin Books, 2004)]

Peut-être que même l'opinion de Burke que « la vision du monde Al-Qaida » est restée est aussi erronée. L'article suivant a retenu notre attention l'année dernière :
L'Institut International pour les Études Stratégiques (IISS), basé à Londres, est le premier comité d'experts au monde sur les affaires militaires. Il représente la crème des experts de la défense, officiers retraités et militaires de haut rang, couvrant le monde des États-Unis et de la Grande-Bretagne, à la Chine, la Russie et l'Inde.

J'ai été membre de l'IISS pendant plus de 20 ans. Les rapports de l'IISS font toujours autorité mais sont toujours généralement prudents, diplomates, parfois insipides. Pourtant, il y a deux semaines, l'IISS a sorti un rapport explosif sur l'Afghanistan qui ébranle Washington et ses alliés de l'OTAN.

Le rapport, dirigé par l'ancien directeur adjoint de l'agence de renseignements étrangère britannique, le MI-6, déclare que la menace d'Al-Qaida et des Talibans a été « exagérée » par les puissances occidentales. La mission menée par les États-Unis en Afghanistan a « enflé » démesurément par rapport à son but initial qui était de désorganiser et déjouer Al-Qaida. La guerre menée par les États-Unis en Afghanistan, dit l'IISS, en utilisant un franc parler inhabituel, est un « désastre prolongé ».

Tout récemment, le directeur général de la CIA Leon Panetta a admis qu'il n'y avait pas plus de 50 membres d'Al-Qaida en Afghanistan. Pourtant, le président des États-Unis Barack Obama a triplé le nombre de soldats états-uniens là-bas jusqu'à 120 000 pour combattre Al-Qaida.

Le rapport de l'IISS poursuit en reconnaissant que la présence des troupes occidentales en Afghanistan alimente en fait la résistance nationale. J'ai observé le même phénomène lors de l'occupation soviétique en Afghanistan des années 1980.

De manière intéressante, la partie du rapport supervisée par l'ancien sous-chef des services secrets du MI-6, Nigel Inskster, ne trouve guère de menace d'Al-Qaida ailleurs, notamment en Somalie et au Yémen. Pourtant Washington concocte ses attaques contre ces deux nations turbulentes.
L'ancien ministre britannique des Affaires Étrangères Robin Cook, maintenant décédé, avait ceci à dire sur le terme « Al-Qaida » :
Ben Laden était, cependant, un produit d'un mauvais calcul monumental de la part des agences de sécurité occidentales. Au cours des années 80, il fut armé par la CIA et financé par les Saoudiens pour mener le djihad contre l'occupation russe en Afghanistan. Al-Qaida, littéralement « la base de données », était à l'origine le fichier informatique des milliers de moudjahidines qui étaient recrutés et entraînés avec l'aide de la CIA pour vaincre les Russes. Inexplicablement, et avec des conséquences désastreuses, il n'est jamais venu à l'idée de Washington qu'une fois la Russie écartée, l'organisation de Ben Laden porterait son attention vers l'occident.
Donc, si l'armée des États-Unis veut détenir les partisans de ce groupe insignifiant et inoffensif connu sous le nom d'Al-Qaida, composé de quelques 50 hommes éparpillés dans les montagnes d'Afghanistan, alias « les ennemis », peut-être qu'elle devrait commencer par poser des questions au siège de la CIA à Langley, en Virginie, et laisser la population civile tranquille. Ajoutez à toute cette absurdité les preuves qui contredisent la version officielle des attentats du 11 septembre - preuves qui indiquent que les attentats ont été planifiés et réalisés par des groupes autres que ces 50 membres afghans de la base de donnée - et l'idée que les États-Unis sont menacés militairement par des groupes terroristes se volatilise.

« Indéfiniment » - Comme un seul mot peut changer ! Je me souviens quand le Royaume-Uni, sous Tony Blair, débattait de savoir si les suspects terroristes devaient être détenus 28 jours ou pour une durée renversante de 90 jours ; c'est-à-dire 90 jours de prison juste au cas où il s'avérerait que vous soyez terroriste ! Si vous ne l'êtes pas, et bien nous sommes tellement navrés, c'est raide mais ne vous attendez pas à des excuses écrites. Mais la NDAA va hardiment là où aucune autre loi draconienne n'est allée auparavant : jusqu'au bout pour « illimité ». Ce qui signifie que s'il y a une quelconque chance pour que vous soyez terroriste, même s'il n'y a aucune preuve pour le soutenir, vous pouvez être détenus jusqu'à, disons, la fin de vos jours. Encore une fois désolés, si on s'est trompé de type !

« Sans procès » - Y-a-t-il besoin de commenter ? On vous emmène de votre maison, peut-être parce qu'un voisin qui ne vous aime pas a décidé de riposter après avoir soupçonné que votre chien ait laissé quelque chose de malodorant dans son jardin et qu'il a appelé les autorités pour mentionner que vous êtes un peu suspect. Donc ils vous détiennent, juste au cas où. Mais ils n'ont pas besoin de présenter aucune preuve, ni de plaider, ni de vous fournir un avocat - parce qu'il n'y a pas de procès. Votre voisin peut avoir fait de fausses déclarations, mais personne n'a besoin de s'embêter à les vérifier !
[Le sénateur Lindsey] Graham a ajouté qu'il était juste que les Américains soient soumis à la loi de détention au même titre que les étrangers. « Il n'est pas injuste qu'un citoyen américain rende compte du fait qu'il ait décidé d'aider Al-Qaida à nous tuer tous et de le retenir aussi longtemps qu'il le faut pour trouver des renseignements sur ce qui pourrait s'ensuivre », a-t-il déclaré. « Et quand ils vous disent 'Je veux mon avocat', vous leur répondez 'La ferme. Tu n'auras pas d'avocat.' »
Pincez-moi, je rêve !

« Suspecté de terrorisme, américain [ou non] » - 'Suspecté' est le mot clé ici. Soyons clairs : un suspect de terrorisme n'est pas un terroriste. C'est ce que définit le principe de l'innocence jusqu'à ce que la culpabilité soit prouvée. Mais attendez - qui est qualifié de « suspect de terrorisme » alors ? La loi s'adresse à quiconque « faisait partie ou a substantiellement soutenu Al-Qaida, les Talibans ou des forces associées. » A part l'imprécision de « substantiellement soutenir » des forces associées à une entité qui existe surtout dans notre imagination, rappelons qu'afin de nous détenir, vous ou moi, indéfiniment, tout ce dont ils ont besoin c'est d'un soupçon. Le sénateur Rand Paul, un des rares gars décents qui se soient opposés à la loi, déclare :
« Il y a maintenant des lois dans les registres qui définissent qui pourrait être un terroriste : quelqu'un à qui il manque des doigts est un suspect selon le ministère de la justice. Quelqu'un qui a des fusils, quelqu'un qui a des munitions résistantes aux intempéries, quelqu'un qui a plus de sept jours de nourriture dans sa maison peut être considéré comme un terroriste potentiel », a déclaré Paul. « Si vous êtes soupçonné à cause de ces activités, voulez-vous que le gouvernement ait la capacité de vous envoyer au camp de Guantanamo pour une détention illimitée ? »
En effet ! Cela peut-il devenir plus kafkaïen que ça ? Vous pourriez penser que même si la loi permet de telles absurdités, les autorités n'iront jamais jusqu'à vous demander de présenter 10 doigts à vos mains et un frigo à moitié garni. Mais pensez-y encore ; 'jamais' ça fait sacrément long pour en être sûr. Tôt ou tard quelqu'un au pouvoir trouvera approprié d'appliquer cette loi de plus en plus à sa convenance. Après tout, quand vous tenez un marteau, tout ce qui vous entoure ressemble de plus en plus à un clou.

Un exemple de la facilité avec laquelle on peut devenir « terroriste » aux yeux des autorités provient non pas des États-Unis mais du Royaume-Uni, un pays qui connaît le même parcours que son homologue américain au regard de la « guerre contre le terrorisme ». Il s'avère que la police de Londres a inclus les manifestants d'Occupy London dans une liste de groupes terroristes jointe à une note consultative envoyée au milieu des affaires de la City.
police terrorism occupy

Le Mouvement Occupy listé comme groupe terroriste national

Le document diffusé par la police de la ville de Londres titrait « Mise à jour sur le terrorisme/extrémisme pour le milieu des affaires de la ville de Londres », incluait un exposé détaillé des activités récentes et à venir d'Occupy London et a été envoyé aux « partenaires de confiance » du secteur.

Le document, daté du 2 décembre qui a été transmis au campement du square Finsbury d'Occupy London au cours du week-end par un chef d'entreprise du coin, donnait une mise à jour sur les activités terroristes étrangères dont celles de la Farc en Colombie, d'Al-Qaida au Pakistan et l'issue d'un procès dans l'attentat de Minsk en Biélorussie.

En-dessous, une section intitulée « National » était dédiée entièrement aux activités des campements d'Occupy et singularisait les anticapitalistes comme source d'inquiétude.
Il est intéressant que les manifestations anticapitalistes font de vous un terroriste national maintenant, n'est-ce pas ? Vous pouvez être taxé d'« anticapitaliste » si vous manifestez simplement contre la rapacité des Banques et des Sociétés de capitaux.

Le Guardian poursuit :
Les partisans de la loi au Congrès disent qu'elle codifie simplement une pratique existante, telle que la détention illimitée de supposés terroristes au camp de Guantanamo. Mais les critiques la décrivent comme une loi draconienne qui étend la portée de la détention sans procès pour inclure les citoyens états-uniens arrêtés dans leur propre pays.
Que quelqu'un m'explique comment le fait de codifier une pratique existante totalement illégale de détention illimitée comme cela se produit à Guantanamo rend la loi bénéfique ? Quelle sorte de logique est-ce donc ? Et vous m'en direz tant pour l'espoir qu'ils ne la mettront jamais en pratique - ils l'ont déjà fait de toute façon ! Mais ensuite les critiques ajoutent que maintenant c'est pire car cela s'applique aussi aux citoyens américains. Vrai, mais laissez-moi seulement ajouter que le fait de violer le droit à la justice de n'importe quel être humain, qu'il soit américain ou non, va déjà à l'encontre des principes démocratiques et cela n'était qu'une question de temps avant que tout le monde ne devienne une cible - pas seulement les Arabes, les Musulmans ou les étrangers en général. A cet égard, la plupart des Américains ont vu que d'abord ils sont venus pour les Musulmans mais ils n'ont pas protesté car ils n'étaient pas musulmans. Maintenant qu'ils viennent pour les Américains, il n'y a plus personne pour protester.

« Sur le sol états-unien » - A nouveau, ça n'était qu'une question de temps avant que les aspects les plus ignobles de la guerre contre le terrorisme loin de la « patrie » dans des espaces tels qu'Abou Ghraib (vous vous souvenez d'Abou Ghraib ?) ne se retournent contre vous. Ça n'est plus « là-bas » à Guantanamo, sous les réticules d'un drone au-dessus du Pakistan, ou dans les rues d'Irak ; plus quelque chose à regarder bien en sécurité dans votre salon ; c'est maintenant à votre porte à vous observer.

Abu Ghraib
© AP Photo/File
Un militaire états-unien avec son chien surveille un détenu à la prison d'Abou Ghraib en Irak en 2003

En parlant d'Irak, Sott.net a fait remarquer, dans un commentaire à cet article, qu'au moment où le président Obama s'obligeait à signer la loi NDAA, il mettait fin à la guerre en Irak. C'était son propre instant de 'Mission accomplie' (vous vous souvenez de Bush habillé en pilote sur un porte-avions au départ de la Californie déclarant que la guerre en Irak était finie ?). Les dernières troupes vont quitter le pays dans quelques jours, nous dit-on. Pourquoi Obama aurait-il choisi cette date en particulier pour faire ce coup de pub si ce n'est pour dissimuler la légalisation des États-Unis en un état policier ? La plupart des gens s'informent de l'état du monde uniquement à travers les gros titres et les accroches. On a généralement pas le temps pour une lecture approfondie des informations ou pour rechercher des sources ou des points de vue différents, et si on ne fait pas attention, on tend à oublier les choses rapidement. Donc, le grand public aura entendu parler il y a quelques jours d'une certaine loi débattue au Sénat qui compromettait les droits des citoyens américains et qu'Obama prévoyait d'y opposer son veto. Ce qu'ils savent ensuite c'est qu'Obama rappelle les dernières troupes en Irak et l'adoption de la dite loi est enterrée et oubliée.

En perspective

En remettant les choses à leur place, deux choses me frappent. La première est le comportement de l'administration d'Obama qui a clairement calculé la meilleure façon de faire passer cette loi avec un préjudice minimal pour l'image du président. Le fait même que l'administration d'Obama dépouille la Constitution de façon encore plus monstrueuse que Bush et les néocons ne l'ont fait est plutôt parlant. (« C'est quelque chose de tellement radical, qu'on aurait trouvé ça dingue si cela avait été le fait de l'administration Bush », a déclaré Tom Malinowski d'Human Rights Watch.) Cela suggère que l'intention de transformer les États-Unis en une dictature policière avérée va plus haut sur l'échelle que la Maison Blanche... Pardon, vous entends-je dire, mais l'échelle s'arrête là, à la Maison Blanche. Bon, permettez-moi d'être d'un autre avis. Le pouvoir ne devrait pas se mesurer en termes de légalités et formalités mais à la façon dont il est réellement exercé. Comme Robert Fisk l'a récemment énoncé, les banquiers sont les dictateurs de l'occident. Leur pouvoir financier est certainement plus fort que le pouvoir politique de n'importe quel président ou premier ministre. Stephen Lendman écrit :
Les banquiers dirigent le monde. Une nouvelle étude de l'École polytechnique fédérale de Zurich l'indique. Rédigée par Stefania Vitali, James Glattfelder et Stefano Battiston, elle est intitulée The Network of Global Corporate Control [Le Réseau du Contrôle Corporatif Global] et stipule :

« Nous trouvons que les multinationales forment une structure géante en nœud papillon et qu'une grande partie du contrôle s'exerce depuis un petit noyau compact d'institutions financières. Ce noyau peut être considéré comme une 'super-entité' économique qui soulève de nouveaux problèmes importants à la fois pour la recherche et les décideurs politiques. »

L'étude dit que 147 entreprises puissantes contrôlent une part démesurée de l'activité économique - environ 40 %. Parmi les 50 premières, 45 sont des sociétés financières. Cela comprend Barclays PLC (déclarée la plus influente), JPMorgan Chase, UBS, et d'autres noms familiers ou moins connus.

24 entreprises sont basées aux États-Unis, suivies par 8 en Grande-Bretagne, 5 en France, 4 au Japon, et l'Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas en ont 2 chacun. Le Canada en a 1.

De plus, les entreprises les « mieux notées » « détiennent un contrôle dix fois plus important que ce à quoi l'on pourrait s'attendre sur la base de leur richesse. »

Par conséquent, elles ont une influence énorme sur les activités politiques, financières et économiques.
Donc non, la Maison Blanche n'est pas au sommet de la chaîne alimentaire.

La seconde chose que je trouve des plus intéressantes, est que la loi NDAA a été adoptée dans le contexte d'une atmosphère de soulèvement contre le Contrôle Corporatif dans de nombreux pays partout dans le monde, les États-Unis y compris. La triste conclusion, bien sûr, est que les autorités états-uniennes qui tiennent ce marteau légal vont probablement chercher des clous dans le mouvement Occupy tôt ou tard, et ensuite à quiconque représente une quelconque sorte d'opposition à l'ordre établi.

Maintenant vous voyez pourquoi je suis d'une telle humeur pessimiste dernièrement. Les États-Unis ont déjà franchi une étape importante - c'est un point de non retour, je dirais, après les événements peuvent facilement se transformer en cauchemar beaucoup plus rapidement qu'aucun d'entre nous ne l'aurait jamais cru possible. Quand la tyrannie est officialisée en plein jour, c'est là que toutes les illusions qui nous restent sur un terrain moral plus élevé et ses principes démocratiques cessent définitivement. Puisque nous parlons de super-pouvoir militaire global et d'un pays qui, pour le meilleur ou pour le pire - surtout pour le pire - donne l'exemple au reste du monde, les implications s'étendront bien au-delà de ses frontières.

On dirait, en effet, que 2012 sera la Fin du Monde ; mais simplement pas de la façon dont on l'avait imaginé.

Occupy Wall Street aressts
© Mario Tama/Getty Images/AFP
Une manifestante affiliée au mouvement Occupy Wall Street est arrêtée à quelques pâtés de maison de la Bourse de New York le 17 novembre 2011, à New York.