Traduction : SOTT

Par le passé le terrorisme d'État était une activité relativement simple, où un état ordonnait à son armée (ou un groupe armé clandestin) de perpétrer des actes terroristes contre une population civile, sur son propre territoire ou à l'étranger. Cependant, au cours des 20 dernières années approximativement, le terrorisme d'état tel que pratiqué par les « démocraties » occidentales s'est transformé en des opérations beaucoup plus complexes et alambiquées.

Prenez « al-Qaïda », par exemple. La meilleure façon de comprendre le véritable rôle d' « al-Qaïda », est d'abord de comprendre le rôle joué par l'Union soviétique et le « communisme », tels que popularisés par les gouvernements occidentaux, parce que « le terrorisme islamique » a clairement remplacé la « menace communiste ».

Le principal problème avec le communisme, c'est qu'il n'a jamais existé en Union soviétique. L'Union soviétique était une dictature de base. Mais le communisme et les Soviétiques ont été promus par les gouvernements occidentaux comme une idéologie et un ennemi contre lesquels l'Occident « devait se battre » pour « protéger » les peuples du monde entier épris de la liberté capitaliste. Telle était la logique, le casus belli, utilisé afin de justifier la politique étasunienne interventionniste (accaparement des terres et des ressources) menée dans le monde entier. Mais derrière tout cela, se cachait, comme dit le proverbe, l'impérialisme sanglant et total.

Avec la disparition de l'Union soviétique et du communisme, et les démocraties des États-Unis et de l'Ouest ayant largement réussi à atteindre leurs objectifs militaires puis économiques consistant à dominer la plus grande partie de la planète, un nouvel ennemi était nécessaire afin de cibler les régions (ou pays) spécifiques où les États-Unis et les « démocraties » occidentales ne jouissaient pas encore d'un contrôle total. C'est à ce stade que le « terrorisme islamique » moderne et « Al-Qaïda » sont apparus, ou plutôt c'est alors que « le terrorisme islamique » moderne et « Al-Qaïda » ont été créés par le gouvernement des États-Unis (selon Hilary Clinton) sur les décombres de la guerre menée indirectement par les États-Unis et l'Union soviétique en Afghanistan.

« Al-Qaïda » était le nom donné à un groupe de combattants islamistes formés et armés par la CIA pour combattre les Soviétiques en Afghanistan à la fin des années 70 et au début des années 80. Une fois qu'ils ont perdu leur utilité dans ce domaine, et que l'Union soviétique s'est effondrée, « Al-Qaïda » a été transformé en un ennemi des États-Unis (et des « démocraties occidentales », pour faire bonne mesure) et accusé des attaques du 11 septembre. Depuis lors, les « démocraties » occidentales ont utilisé « Al-Qaïda » comme couverture pour des opérations secrètes de la CIA (attentats terroristes) et pour justifier les invasions ou les campagnes de bombardement de l'armée étasunienne ou de l'OTAN contre toute nation montrant des signes de non-coopération avec la volonté de l'élite occidentale d'atteindre une hégémonie économique mondiale et de contrôler la population mondiale.

L'ironie dans tout cela, c'est que, dans son incarnation la plus récente, « Al-Qaïda » a bouclé la boucle, et se retrouve désormais utilisé de la même manière dont elle l'était en Afghanistan contre les Soviétiques - à l'instar de « nos terroristes » qui combattent en Syrie pour les gouvernements étasuniens et occidentaux et les intérêts commerciaux. « Au diable le 11 septembre » semble être l'idée dominante.

Mais il y a pire.

Les médias occidentaux, inféodés aux gouvernements occidentaux, ont naturellement ignoré ces faits et repris en chœur la thèse officielle selon laquelle les « rebelles » syriens sont principalement des Syriens ordinaires qui luttent contre leur gouvernement oppressif. Ce mantra est répété au public occidental afin qu'il accepte le soutien officiel apporté par ces gouvernements aux « combattants de la liberté ». C'est précisément ce que les gouvernements étasuniens et européens ont fait ainsi qu'Israël. C'est toutefois un peu bizarre dans le sens où il est également reconnu officiellement que «Al-Qaïda» combat aux côtés des « rebelles » syriens.

La réalité officieuse, cependant, est que « Al-Qaïda » constitue quasiment tous les effectifs des « rebelles » syriens et il n'y a pas de révolution populaire contre Assad en Syrie. Il n'y en a jamais eu. Même le Council on Foreign Relations a fait allusion à cette vérité dans un article récent intitulé Al-Qaeda's Specter in Syria [le Spectre d'Al-Qaïda en Syrie - Article non traduit - NdT], où ils ont écrit :
« Les rebelles syriens seraient infiniment plus faibles aujourd'hui sans Al-Qaïda dans leurs rangs. D'une manière générale, les bataillons de l'armée syrienne Libre (FSA) sont fatigués, divisés, chaotiques et inefficaces. Se sentant abandonnées par l'Occident, les forces rebelles sont de plus en plus démoralisées face à l'armement supérieur et l'armée professionnelle du régime d'Assad. Les combattants d'Al-Qaïda peuvent cependant aider à améliorer leur moral. L'afflux de djihadistes apporte la discipline, la ferveur religieuse, l'expérience du combat suite à la guerre en Irak, le financement de sympathisants sunnites du Golfe Persique, mais surtout, des pertes chez l'ennemi. En bref, la FSA a besoin d'Al-Qaïda maintenant. »
Alors, qui sont ces représentants d'Al-Qaïda menant la lutte pour la « liberté » en Syrie ? Ce sont les mêmes personnes que l'OTAN a utilisé pour renverser Kadhafi l'an dernier dans cette « révolution du peuple » qui a abouti au massacre de 40 000 civils libyens et l'imposition d'un gouvernement islamique intégriste, et ils sont désormais dirigés par certains des mêmes barbouzes que la CIA a recrutés en Afghanistan il y a 40 ans.

Deux de ces individus sont Mahdi al-Harati, qui dirige désormais les brigades du FSA en Syrie et Abdul Hakim Belhaj qui a visité la frontière turco-syrienne, promettant des armes, de l'argent liquide et des combattants aux militants du FSA en novembre 2011. Ces deux hommes sont des leaders du soi-disant « Groupe islamique combattant libyen » (GICL), qui, selon le rapport du West Point Combating Terrorism center de l'US Army intitulé : « Les combattants étrangers d'Al-Qaida en Irak », a ouvertement déclaré son allégeance à Al-Qaïda et a combattu les troupes étasuniennes en Irak.

Plus tôt cette année, j'ai écrit au sujet de ces deux individus, et vous apprécierez peut-être la relecture des passages les plus pertinents de cet article pour vous faire une idée sur leur identité.

Comme indiqué précédemment, les médias occidentaux ont joué un rôle majeur dans la déformation des faits et la diffusion de mensonges évidents au sujet de la « guerre civile » en Syrie. Que les journalistes occidentaux, en particulier en « temps de guerre », colportent des mensonges évidents et des informations inventées de toutes pièces n'a rien de nouveau. Mais la vie sur la planète Terre à la fin de l'empire étasunien semble avoir créé des conditions où il n'y a pas de limite à la duplicité des médias de masse ou à ce qu'ils veulent faire avaler au public.

Considérez l'image suivante :

L'homme au centre de la photo et portant un chapeau est Mahdi al-Harati, le leader du GICL susmentionné et commandant d' « Al-Qaïda ». L'homme à sa gauche en tenue de camouflage est le leader du GICL susmentionné et commandant d' « Al-Qaïda », Abdul Hakim Belhaj. L'homme portant un gilet pare-balles bleu n'est autre que le photojournaliste du Sunday Times Paul Conroy. La photo a été prise au début de 2012, peu de temps avant que Conroy ne soit blessé pendant le prétendu bombardement par les forces gouvernementales syriennes du bâtiment dans lequel il se trouvait. Conroy est très certainement un agent du MI6. L'allégation selon laquelle les forces gouvernementales syriennes ont bombardé le bâtiment où il était, est quant à elle moins certaine. Pourquoi ?

En juin 2012, Alex Thomson correspondant en chef de la chaîne d'information Channel 4 se trouvait en Syrie pour suivre les événements locaux lorsque, d'après ses dires, un groupe de l'armée syrienne libre a tenté de le mener, lui et ses collègues dans un piège afin qu'ils soient tués par les forces gouvernementales, dans le but de discréditer le régime du président Bachar al-Assad.

Thompson a écrit :
« Soudain, quatre hommes dans une voiture noire nous invitent à les suivre. C'est ce que nous faisons. Ils nous mènent sur une autre voie. En fait, ils nous dirigent directement dans une zone de combat. L'armée syrienne libre nous a dit de suivre une route qui s'arrêtait au beau milieu d'un no man's land.

"À ce moment-là, nous avons entendu un tir alors que nous abordions une des chicanes les plus lentes que je n'ai jamais vue. Cherchant un abri, nous nous sommes lancés dans la rue adjacente la plus proche. Une autre impasse. Il n'y avait pas d'autre choix que de faire demi-tour et traverser à nouveau la zone infestée de snipers vers laquelle nous avions été orientés.

Comme on pouvait s'y attendre, la voiture noire qui nous avait poussés dans cette souricière était là. Ils sont partis en trombe quand nous sommes réapparus.

« Il est tout à fait évident que les rebelles ont tenté de nous faire abattre par l'armée syrienne. La mort de journalistes est une mauvaise nouvelle pour le régime de Damas.
Cela vous donne une idée de ce qu'est cette « révolution syrienne », de qui la dirige et de quelle manière. Et vous comprenez l'ampleur des mensonges proférés par le gouvernement étasunien quand il accuse calmement l'Iran de mettre en place des milices pro-Assad en Syrie. Pouvez-vous comprendre pourquoi, en février de cette année, le représentant d'« Al-Qaïda », Ayman al-Zawahiri a appelé les musulmans d'Irak, de Jordanie, du Liban et de Turquie à rejoindre le soulèvement contre le 'régime pernicieux, cancéreux' d'Assad et comprendre en même temps la stratégie du gouvernement étasunien quand il demande plus d'aide des États-Unis et de l'OTAN pour soutenir les « rebelles » de peur qu' « Al-Qaïda » comble une future latence de pouvoir ? Si vous y arrivez, pouvez-vous me l'expliquer ?

En attendant, voici quelques questions de rhétorique à poser à des amis et à la famille concernant la situation syrienne, en supposant, bien sûr, que vos amis et votre famille sont un tant soit peu intéressés par ce qui se passe dans le reste du monde.

Si les gouvernements des États-Unis et de l'Ouest sont vraiment préoccupés par l'islam radical et le terrorisme islamique :
- Pourquoi tentent-ils de renverser un gouvernement largement laïque qui entretient des relations relativement bonnes avec eux ?
- Pourquoi essaient-ils de diaboliser et de renverser Assad qui est alaouite, une branche de l'islam chiite qui intègre des éléments similaires à ceux de la théologie chrétienne ?
- Pourquoi choisissent-ils de soutenir un groupe d'hommes de main qui veulent imposer un califat islamique radical sur la plus grande partie possible du Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord et qui ont prêté serment d'allégeance à Al-Qaïda ?
Bien que je tente depuis des années de mettre en évidence les mensonges et les manipulations des grands gouvernements, je trouve toujours fascinant que tant de gens puissent croire à la thèse officielle de « la guerre contre le terrorisme » tout en tolérant le financement et la formation d'« Al-Qaïda » par les gouvernements étasuniens (et européens). Après tout, ce sont les frères idéologiques des pirates de l'air du 11 septembre et les personnes contre lesquelles le gouvernement étasunien mène une guerre depuis 11 ans. Ce sont les terroristes qui ont fait peser une telle menace sur la société occidentale que de nombreuses libertés civiles aux États-Unis et en Europe ont été supprimées afin de « nous protéger ». Ce sont ces individus qui, comme mentionnés dans l'article du CFR, ont tué et blessé des milliers de soldats étasuniens en Irak. Là encore, la complexe gymnastique mentale que les gens doivent accomplir afin de se convaincre que la thèse officielle de « la guerre contre le terrorisme » est vraie induit apparemment une sorte de déficience cognitive qui, à son tour, semble se traduire par une capacité impressionnante à prendre des absurdités de plus en plus flagrantes pour la vérité.