Un Franco-Américain de 96 ans a parachevé vendredi ses études à Toulouse en recevant, 74 ans après et avec les honneurs dus à son âge et à son parcours, le diplôme d'ingénieur que la guerre et la maladie l'avaient empêché de soutenir à l'époque.

© Pascal Pavani - AFP
Sylvio Ferrera avec sa femme Irma
«Sylvio Ferrera, je vous remets votre diplôme d'ingénieur en génie électrique et automatique», a solennellement proclamé le directeur de la prestigieuse ENSEEIHT Alain Ayache, soulevant dans l'amphithéâtre une ovation des 420 étudiants qui allaient recevoir le leur après lui, sans encombre.

«A 96 ans, maintenant que j'ai un diplôme, je vais travailler», a plaisanté le vieil homme chenu qui, diplôme français ou pas, a fait carrière aux Etats-Unis et a pris à 80 ans une retraite paisible à Portland (Oregon).

Sylvio Ferrera, né en Turquie, venu du Liban et passé par Paris, avait 19 ans quand il est entré en 1935 à l'Institut d'électrotechnique, devenu depuis l'Ecole nationale supérieure d'électrotechnique, d'électronique, d'informatique, d'hydraulique et des télécommunications, l'une des plus grandes écoles d'ingénieurs de France. Il a passé dans la Ville rose «les meilleures années de (sa) vie».

En 1938, le moment venu de passer son diplôme, une malaria ancienne l'a rattrapé et forcé à se rapatrier au Liban. Puis la Seconde Guerre mondiale s'en est mêlée.

Il a travaillé au Liban, en Syrie, à Hong Kong, Taïwan, est revenu en France en 1963, mais «j'avais pas de diplôme, je pouvais rien faire», se rappelle-t-il, l'esprit vif, la voix rocailleuse.

Il s'est installé aux Etats-Unis en 1965 et est entré à la Bonneville Power Administration, qui transporte et vend de l'électricité dans plusieurs Etats américains.

Il a attendu fin 2011 pour revoir Toulouse, à l'instigation de son neveu, le journaliste et écrivain André Bercoff. Il est retourné dans son ancienne école. Quand il a rencontré le directeur, il a commencé par lui reprocher de ne pas reconnaître l'établissement d'autrefois. Il lui a aussi dit combien il regrettait de ne pas avoir son diplôme.

L'école a réparé l'oubli de l'histoire et a déroulé le tapis rouge pour lui vendredi.

La ministre de l'Enseignement supérieur Geneviève Fioraso a fait envoyer un message. La consule générale des Etats-Unis à Paris, Lisa Piascik, a fait le déplacement pour saluer une personnalité qui «symbolise l'Amérique, un homme multiculturel, ambitieux et volontaire qui a su surmonter les obstacles pour réaliser son rêve». «C'est la reconnaissance d'une vie», a dit le lauréat qui ne trouve pas d'ironie à ce tête-à-queue de l'histoire.

Irma, sa femme depuis 44 ans, badine, elle, d'un souci nouveau: «Vous vous rendez compte combien ma vie va être affreuse maintenant qu'il est une célébrité».