L'affaire a défrayé la chronique outre Manche début 2011. Un dénommé Colin Batley et quelques personnes de sa « secte » ont été mises sous les verrous pour - entre autres- avoir abusé d'enfants dans un cadre rituel, pour pornographie enfantine et pour proxénétisme. Encore une fois, les services sociaux ont fermé les yeux, et la plupart des victimes et des coupables courent toujours.

Tout démarre à Londres, mais c'est au Pays de Galles, dans le paisible village de Kidwelly, que le scandale explose.

L'espèce de gourou de ce groupuscule de pervers s'appelle donc Colin Batley, et il a la tête de l'emploi. Avec sa femme, ils disent suivre depuis leur mariage les préceptes de The Book of Law, un bouquin écrit parun autre dingue, Aleistair Crowley, et qui prônerait les relations sexuelles les plus perverses avec les enfants.

En 2010, une adolescente de 15 ans, appelée Briton dans les rares médias qui ont parlé de l'affaire avant le procès, a expliqué à la police qu'elle servait d'objet sexuel lors de cérémonies occultes durant lesquelles elle était violée par tout le groupe, à Kidwelly et à Londres.

Elle désigne Batley, mais aussi sa femme Elaine, et quatre autres femmes, qui vivent tous dans la même rue bordée de pavillons en briques. Ces cinq personnes, avec un dénommé Vincent Barden, âgé de 70 ans[1] et qui ne faisait pas partie du culte, ont été les seules mies en cause dans cette affaire. Et les médias ont été étrangement bien silencieux sur les étapes de cette affaire qui ont précédé le procès.

On a présenté Batley comme un illuminé démoniaque, ce qui est bien pratique pour éviter de se poser des questions, notamment quant à son carnet d'adresses. Les femmes de ce groupes avaient toutes le même tatouage, avec un œil d'Horus, signe d'appartenance au culte de Baltey, nous-dit-on. En outre, il fallait appeler Batley « my Lord » (mon Seigneur), rien que ça, et lui reversait 25 % des revenus qu'elle tirait de la prostitution. Après chaque client, elle envoyait un SMS à Batley pour lui dire combien elle avait gagné, ce qui a permis de calculer qu'elle avait eu environ 3.000 clients en deux ans (soit une moyenne de quatre par jour, en travaillant 7 jours sur 7), et gagnait environ 2.000£ par mois. Il semble que plusieurs des victimes de Batley auraient été contraintes à se prostituer.

Apparemment, cinq inculpés venaient de Londres, et avaient déménagé les uns après les autres à Kidwelly. La première à arriver parmi les cinq inculpés serait Sandra Iveson, deux fois mariée et mère de quatre enfants. Les Batley seraient arrivée au Pays de Galles l'année d'après, en 1996, puis, semble-t-il, Jacqueline Marling, décrite comme le « bras droit » Batley et Shelly Millar, mère célibataire de deux enfants, débarquent deux ans plus tard. Et tout le monde s'installe dans le même cul-de-sac de cette bourgade. Batley a dit avoir quitté Londres en raison de la pollution de la ville.

Batley a organisé des soirées, chez lui et ailleurs. Les adultes se mettaient en robe mauve, des serpents étaient mis dans la pièce, un autel, des bougies, de l'encens et tout le protocole faisaient également partie du décor, histoire de mettre l'ambiance. On obligeait des mineurs à être violés par tout le monde, les femmes comprises, et la soirée finissait en orgie sexuelle, parfois filmée. Il va sans dire que les mineurs étaient menacés de mort pour qu'ils s'exécutent.

Elaine Batley a expliqué au tribunal qu'une fois, elle a fait des robes pour les porter lors d'une célébration de la fertilité chez eux, en honneur de la Terre Mère. Soirée à la fin de laquelle les adultes ont abusé de mineurs.

Batley, qui après eu un job dans la sécurité chez Tesco[2], était officiellement inscrit au chômage, menait cependant un train incompatible avec les indemnités du chômage. D'où venaient ses revenus ? Officiellement de la prostitution de Shelly Millar notamment, mise sur le trottoir de Bristol. Les femmes servaient aussi de rabatteuses pour amener des mineurs dans leurs soirées glauques.

Quant aux victimes, il n'y en avait que cinq au procès, qui était pourtant prévu pour durer 6 semaines. La jeune femme de 20 ans qui a été violée depuis ses 11 ans, ainsi qu'une autre femme âgée en 2011 d'une trentaine d'années et qui est en fait leur nièce, qui dit avoir été violée lors de ses 15 ans, car elle était menacée elle aussi par Batley. Deux jeunes filles ou adolescentes au moins seraient tombées enceintes des suites des viols. D'après l'une d'elles, l'enfant appartenait ensuite « au culte ».

Malgré qu'ils aient nié en bloc les 33 chefs d'accusation qui pesaient sur eux, Batley a été reconnu coupable de 35 infractions sexuelles sur des enfants et jeunes adultes (dont « seulement 11 viols ») et a été condamné à une peine de prison indéterminée afin de protéger le public, mais d'une durée minimale de 22 ans. Sa femme a pris huit ans.

Les questions en suspens.

On ne parle officiellement que de viols de mineurs de plus de 15 ans, pourtant parmi les victimes, une jeune femme de 20 ans lors du procès en mars 2011, a expliqué avoir été violée à l'âge de 11 ans par Batley, et serait même tombée enceinte à la suite des nombreux viols qu'elle a subis pendant des années. D'après ce qu'elle a dit, Batley lui disait qu'elle serait vouée à la mort si elle ne laissait pas faire. Quant à la victime âgée de 30 ans et violée à 15, les faits remontent donc à 1996. Elle explique avoir été obligée de coucher avec des étrangers âgés de 30 à 50 ans, plus de cinq nuits par semaines. Et « l'oncle Colin » et sa femme Elaine aimaient bien regarder, voir participer.

Les victimes parlent de véritable lavage de cerveau, ce qui laisse penser que Batley n'en était pas à son coup d'essai.

Entre ces viol qui ont du intervenir en 2002 ou 2003 pour l'un et en 1996 pour l'autre, et l'arrestation du groupuscule, il n'y aurait donc eu que cinq victimes ? Et seulement six abuseurs ?

En 2002, les services sociaux de Carmarthenshire avaient été alertés par une connaissance du couple[3], au sujet de maltraitance du couple Batley sur leurs enfants, mais ils n'ont pas réagi. En outre, le couple Batley, qui a eu quatre enfants, a vu mourir l'un d'eux, Damien, de strangulation en le 1er février 2008, au cours « d'un jeu sexuel » : on l'a retrouvé pendu à la porte de sa chambre dans la maison familiale, et il s'était filmé lors de cet acte.

On nous explique que, pour entrer en contact avec d'autres personnes qui participent à leurs délires, Batley a envoyé une photo de sa femme dans le courrier des lecteurs d'un magazine porno. Marling et Millar auraient été « recrutées » de cette manière. Question : n'y aurait-il eu que deux paumées à répondre à ce courrier des lecteurs d'un magazine porno, revues dont la majorité du lectorat est masculine ?

Batley avait un standing de vie bien supérieur à ce qu'il touchait du chômage, s'achetant une caravane à 45.000£ et se payant régulièrement des voyages à l'étranger. D'où vient l'argent, uniquement des passes de sa nièce et de Millar ?

Batley a-t-il réellement quitté Londres en raison du smog, ce nuage de pollution qui reste au-dessus des villes ? Même la police en doute, et pense que des membres de la secte, qui n'ont pas été identifiés, résidaient déjà au Pays de Galles.

La victime violée à 15 ans parle de viols commis par Batley et sa femme, mais aussi d'autres hommes et femmes. Où sont les autres hommes ?

Avant d'être arrêté, il semble que Batley ait détruit les preuves qui pouvaient exister. Sur son caméscope, il ne restait que des films de deux de ses victimes. Question : comment a-t-il su qu'il allait être arrêté ?

Notes:

[1] Il aurait reconnu avoir abusé d'une mineure mais pas l'avoir violée.

[2] Batley aurait accumulé les petits boulots, comme marchand de légumes ou éleveur de rottweiler et de chats siamois.

[3] Cette personne avait signalé que Batley avait été abusé par son propre père et que « l'histoire était sur le point de se reproduire ».