Figure du militantisme en faveur du libre partage de l'information, Aaron Swartz s'est donné la mort vendredi à New York. Il avait 26 ans. Le jeune américain a eu un rôle prépondérant en faveur de la libre circulation des données, en participant au lancement de diverses initiatives (Demande Progress, Creative Commons, Reddit...), en contribuant au développement de l'informatique (format RSS, langage Markdown) et en lançant quelques actions spectaculaires (JSTOR) au nom des biens communs.

C'est une bien mauvaise nouvelle qui nous parvient aujourd'hui. Le militant américain Aaron Swartz s'est suicidé ce vendredi 11 janvier à New York, rapporte le journal du MIT The Tech. Il avait 26 ans. Le jeune homme s'était illustré très tôt dans le milieu informatique en faveur des libertés individuelles, s'engageant dans une multitude de projets en faveur de la libre circulation et du libre partage de l'information.

Aaron Swartz a en particulier participé à l'élaboration de la spécification 1.0 du format RSS à l'âge de 14 ans, soutenu le lancement des licences de libre diffusion Creative Commons, élaboré le langage Markdown avec John Gruber et rejoint l'organisme de normalisation W3C et le groupe de travail du standard RDF. Il était, en outre, l'un des fondateurs de Reddit, un site communautaire de marque-page social.

Mais il ne s'agit pas là de ses plus hauts faits d'armes. En 2010, Aaron Swartz fonde le collectif Demand Progress, qui s'implique dans plusieurs campagnes : refus de la mise hors-la-loi de Wikileaks, soutien de l'action des lanceurs d'alerte, demande d'abrogation du Patriot Act, appel à réduire les nouvelles et très vastes prérogatives de l'exécutif américain sur Internet et opposition à la censure sur Facebook.

Demand Progress s'est aussi engagé en faveur de Richard O'Dwyer, un Britannique ayant administré un site web accusé de favoriser le piratage et qui était menacé d'extradition vers les États-Unis. Le collectif s'est enfin mobilisé contre les textes législatifs anti-piratage SOPA et PIPA (ex-COICA) et les scanners corporels mis en place par l'agence nationale américaine de sécurité dans les transports (TSA).

JSTOR

L'année suivante, Aaron Swartz réalise son coup le plus spectaculaire en piratant la base de données du JSTOR, un système d'archivage en ligne américain de publications universitaires et scientifiques. Il récupère alors 4,8 millions de documents, c'est-à-dire quasiment la totalité du fonds. Un piratage impressionnant mais périlleux : il est arrêté peu de temps après et est inculpé en juillet 2011.

Comme le souligne Lionel Maurel, qui revient en détail sur cette affaire sur son blog, le piratage réalisé par Aaron Swartz a soulevé à nouveau l'éternelle question : la fin justifie-t-elle les moyens ? Les avis sont, comme toujours, très partagés entre ceux décidés à faire preuve de pragmatisme et les autres, soucieux de ne pas fouler au pied leurs valeurs au nom d'une cause.

Toujours est-il que les responsables du JSTOR et du MIT ont fait preuve de compréhension en abandonnant les poursuites contre l'Américain. L'action d'Aaron Swartz, bien qu'illégale, aura également eu un impact très favorable sur les pratiques du JSTOR puisque l'archive donne désormais accès librement et gratuitement à plus de 500 000 articles du domaine public. Tout ça n'aura pas été vain, en fin de compte.

Mais pour le FBI et le procureur américain, pas question de s'arrêter en chemin : les plaintes ont été maintenues contre Aaron Swartz et une audience a eu lieu le 12 septembre dernier, audience au cours de laquelle le jeune activiste a choisi de plaider non coupable. Au regard des charges retenues contre lui, il risquait jusqu'à 35 ans de prison et une amende de plus d'un million de dollars.

Si les raisons du suicide restent à éclaircir, il est évident que la perspective d'une très lourde sanction a pesé dans la balance. D'autant que Cory Doctorow, romancier et figure majeure du libre partage des connaissances, note dans sa nécrologie qu'Aaron Swartz avait déjà eu à faire avec la justice en 2009, cette fois pour avoir diffusé les documents judiciaires du service PACER.