Traduction : Résistance 71

Alors que les soldats français envahissent le Mali pour un combat visant à repousser l'avancée de militants islamistes, des questions ont d'ores et déjà été posées quant aux motifs derrière cette intervention. L'écrivain et chercheur en géopolitique William Engdahl a dit à RT que les Etats-Unis utilisaient la France comme bouc émissaire afin de sauver la face.

RT: Au moment où la France et le reste de la zone Euro essaient d'enrayer la crise économique, qu'est-ce que Paris cherche par son implication dans un autre conflit à l'étranger ?

William Engdahl: Et bien, je pense que l'intervention au Mali est un autre avatar du rôle de la France dans la déstabilisation que nous avons vue, spécifiquement en Libye l'an dernier et le renversement du régime de Kadhafi. Dans un sens ceci représente le néo-colonialisme français en action.

Mais de manière intéressante, je pense que l'intervention française est en fait la main très puissante du Pentagone américain qui s'est préparé à une partition du Mali, ce qui est en train de se passer, entre le nord du Mali, ou Al-Qaeda et d'autres terroristes sont supposés être la cause de l'intervention militaire française et la Mali du sud, qui est plus une région agricole. Parce que le nord du Mali a vu d'importantes découvertes de pétrole récemment, cela mène directement à penser que cela est en fait très pratique d'avoir ces rebelles armés débordant de la frontière libyenne l'an dernier, au même moment qu'un capitaine de l'armée malienne, entraîné par les Etats-Unis, faisait un coup d'état dans le sud du Mali et installait un régime dictatorial contre un des très peu nombreux présidents africains élus démocratiquement.

Ainsi, cette entreprise porte la marque du commandement américain en Afrique, AFRICOM, et une tentative de militariser toute la région et ses ressources naturelles. Le Mali est une tête de pont stratégique en cela. Il est frontalier de l'Algérie, qui est une des premières priorités de ces interventions variées de l'OTAN de la part de la France, des Etats-Unis et d'autres parties. De plus il y a autour la Mauritanie, la Côte d'Ivoire, la Guinée, le Burkina Faso, tous ces pays représentant des ressources naturelles immenses quasiment inexploitées, que ce soit pour l'or, le manganèse ou le cuivre.

RT: Pourquoi la France fut-elle le premier pays occidental a se retrouver si directement impliquée ? Quel message cette initiative militaire envoie t'elle à ses alliés ?

WE: Je pense que ceci reflète la stratégie du gouvernement Obama: Laissons la France encaisser les coups sur ce problème comme elle l'a fait en Libye et en d'autres endroits cette dernière année et demie et les Etats-Unis eux, vont essayer de jouer un rôle plus discret de derrière la scène, plutôt que de se retrouver au front comme ils le furent en Afghanistan et en Irak, ce qui coûta aux Etats-Unis leur crédibilité au regard du monde. Les Etats-Unis jouent un peu plus un jeu sournois ici, mais la diligence pour les Etats-Unis d'annoncer son soutien à la France et son action militaire ainsi que les actions de l'AFRICOM ces deux dernières années au Mali montrent clairement que ceci est en fait une opération américaine et que la France joue le rôle du petit cadet associé.

RT Dans quelle mesure ce conflit peut-il dégénérer ? Les Français peuvent-ils être mis en échec et qui d'autre pourrait s'impliquer ?

WE: Les autres pays européens n'ont aucun désir de se retrouver impliqués avec leurs troupes dans une situation au sol du type de celle d'Afghanistan. Les Allemands donnent une aide humanitaire et quelques commandos mais franchement, je pense que cette organisation AQMI est très suspicieuse et le timing de ses activités suggère que peut-être quelques pays de l'OTAN sont en train de l'aider à obtenir des armes et ainsi créer un casus belli pour une intervention de l'OTAN. Je pense que nous assistons à un jeu particulièrement cynique se jouant au Mali et que cela est très dangereux alors que l'Afrique est le continent subitement découvert par la Chine, les Etats-Unis, l'Europe et le reste du monde, comme étant le prochain endroit pour sécuriser de vastes ressources naturelles.

­ Une cascade de conséquences

Quand la France a commencé son intervention au Mali, elle aurait dû être préparée à faire face à une "cascade de conséquences inutiles", comme la situation de prise d'otages en Algérie, a dit à RT l'analyste politique Alex Korbel de Contrepoints:

"Nous sommes en train d'échanger une menace potentielle, contre un compte réel de victimes, nous parlons de civils dans ce cas précis", a t'il dit à l'antenne.

Alors que les rebelles engagent les forces, le conflit est voué à déborder sur les pays voisins, ceci peut éventuellement impliquer l'ensemble de l'Afrique de l'Ouest, pense l'analyste. Korbel pense que la France a fait une erreur en s'engageant dans un conflit qui est voué à l'escalade.

"Sommes nous vraiment préparé à combattre dans une guerre en l'Afrique de l'Ouest ? Je ne le pense pas !" a t'il ajouté.

L'opinion publique française ne soutient pas non plus l'approche de son gouvernement, "parce que lorsqu'il fut élu, 64% des Français considéraient que François Hollande ne serait pas capable de gérer une crise internationale majeurs", ajoutant que "bientôt, le public va réaliser que ceci est une guerre inutile et très coûteuse".

L'analyste pense que la France ne peut simplement pas financer cette guerre. "Nous sommes maintenant engagés dans 16 opérations militaires différentes à travers le monde et le Mali est la dernière en date. La dette publique représente un véritable problème et le budget n'a pas été équilibré depuis 1974 (NdT: juste après la loi Pompidou-Giscard sur la Banque de France comme par hasard...), nous n'avons pas un centime pour financer une autre guerre inutile", a t'il dit à RT.