Arnaud Bigerel
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Arnaud Bigerel, 23 ans

Malade de la grippe, un jeune de Saint-Nicolas-de-Port (Meurthe-et-Moselle) est mort ce week-end. Ses parents dénoncent la lenteur des secours et portent plainte.

« Je ne veux plus qu'une horreur pareille se reproduise ». Les mots ne sont pas trop forts. André Bigerel, un habitant du village de Val-et-Châtillon, dans le Lunévillois, vient de perdre son fils de 23 ans, Arnaud, dans des conditions horribles, choquantes. Tout a commencé mercredi 30 janvier par une banale grippe. Après une journée de travail comme facteur à Nancy, Arnaud est rentré fiévreux et fatigué chez sa grand-mère qui l'héberge à Saint-Nicolas-de-Port.

« Son médecin lui a dit qu'il avait la grippe. Il a voulu l'arrêter mais mon petit-fils n'a pas voulu », se souvient sa grand-mère. Le lendemain, après une nouvelle journée de boulot, Arnaud Bigerel est toujours mal en point. La fièvre grimpe et sa grand-mère rappelle son généraliste. « Il m'a dit que c'était la grippe, qu'il fallait attendre trois ou quatre jours et que ça irait mieux s'il prenait ses médicaments ».

Mais vendredi, l'état du patient empire. Nouveau coup de fil inquiet de sa grand-mère. Au Samu cette fois. « Je leur ai expliqué qu'il n'était vraiment pas bien. Lui-même a crié qu'il voulait une piqûre et qu'il voulait aller à l'hôpital. Mais on m'a répondu que c'était la grippe et qu'il fallait attendre quelques jours ».

La grand-mère prévient alors les parents du jeune homme. Ces derniers le ramènent à la maison, à Val-et-Châtillon. « Cela avait l'air d'une bonne grippe. On lui a préparé à manger mais il a vomi. Je lui ai alors dit qu'il fallait surtout qu'il essaie de boire », indique le père d'Arnaud. Il va entendre son fils se plaindre et geindre durant une partie de la nuit.

Au point d'appeler le 15. « On m'a conseillé d'ajouter du Dafalgan au Doliprane qui lui avait été prescrit par le médecin traitant », précise le papa. Et le lendemain, samedi, le nouveau médicament semble faire effet. La fièvre recule et le jeune homme paraît remonter la pente. Le dimanche matin, il semble en bonne voie de guérison. « Il a envoyé des SMS à sa copine et à ses copains pour dire qu'il allait mieux », précise André Bigerel.

Mais vers midi, il fait une rechute. « Il regardait la télé. Il a commencé à se recroqueviller. Puis il s'est mis à tousser et à cracher du sang ». Le père fait immédiatement le 15. Il se heurte de nouveau à des propos rassurants. « On m'a dit, c'est normal, c'est la grippe et il ne faut pas s'inquiéter. Je ne suis qu'un quidam, mon interlocuteur est médecin, j'ai fait confiance. J'ai quand même insisté pour avoir une ambulance ».

« Il a fallu attendre deux heures avant qu'une ambulance arrive »

Mais le véhicule tarde à venir. Le père rappelle le 15. Puis le 18 qui rebascule sur le 15. « Il a fallu attendre deux heures avant qu'une ambulance vienne. Et lorsqu'elle est arrivée, c'était la catastrophe. Mon fils avait les lèvres bleues. Il avait du mal à respirer et il a fait une syncope. Les brancardiers ont paniqué et ont eu du mal à faire fonctionner le défibrillateur ainsi que l'aspirateur de mucosité. Mais je ne leur en veux pas, ils ont fait du mieux qu'ils pouvaient », raconte André Bigerel.

Il va alors aider les brancardiers pour essayer de réanimer son fils. A tour de rôle, ils lui font des massages cardiaques. « Je suis secouriste mais je ne m'attendais pas à faire ça », souligne le père de famille. Cela dure environ une demi-heure, selon lui. Interminable.

Une équipe du Smur et les pompiers finissent par arriver. « Ils ont réussi à faire repartir le cœur de mon fils. J'ai été fou de joie. Mais cela a duré une quinzaine de secondes. Comme s'il voulait nous dire qu'il nous aimait. Puis son cœur s'est de nouveau arrêté. Et il n'est par reparti... », ajoute André Bigerel en larmes.

Hier, il est allé porter plainte à la gendarmerie de Cirey-sur-Vezouze. « Ce n'est pas possible de mettre autant de temps pour sauver quelqu'un. Je veux savoir ce qui s'est passé », justifie-t-il.

En attendant, les obsèques de son fils auront lieu vendredi matin à Saint-Nicolas-de-Port. Joueur de l'équipe de hand local, le jeune homme était très connu dans la commune et ses amis ont prévu de se rassembler à 20 h au parc Alba pour une marche blanche.