Malgré une œuvre qu'il s'est efforcé de rendre plus « littéraire » après ses débuts dans le roman populaire des années 1920, Georges Simenon reste pour beaucoup l'auteur policier à succès, le créateur de Maigret et le « phénomène littéraire » capable d'écrire jusqu'à dix romans par année(1).

Georges Simenon, 1903-1989
En 2013, selon l'Index Translationum de l'UNESCO, il est le troisième auteur de langue française le plus traduit dans le monde, après Jules Verne et Alexandre Dumas. Ses romans - près de 200 - sans doute parce qu'ils font partie des œuvres jugées trop « commerciales », trop « populaires », trop nombreuses ou trop facilement identifiables à un genre, sont parmi les moins représentés dans les études littéraires.
Pourtant, ces textes sont souvent au cœur des pratiques lectorales les plus ordinaires : en ce sens, l'étude de ce type de corpus, à l'instar des travaux menés autour du roman sentimental ou du roman policier et de leurs usagers, rend saillants les aspects de nos rapports courants aux biens culturels, qui, loin d'être consubstantiels à une catégorie de lecteurs et d'œuvres, semblent être plutôt refoulés dans le rapport savant aux textes(2).