Lors d'une réunion lundi 12 novembre, les ministres des Finances de la zone euro ont refusé de prendre la décision d'allouer à l'Etat grec défaillant une nouvelle tranche d'aide de 31,5 milliards d'euros, consentie avec le plan de sauvetage précédent.

Le président de l'Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a annoncé qu'aucune décision définitive ne serait prise lors de la réunion malgré l'adoption dimanche au parlement grec d'un nouveau plan d'austérité de 13,5 milliards d'euros.

Alors que la Commission européenne a salué les nouvelles mesures d'austérité, le porte-parole Simon O'Connor a remarqué, « Nous devons encore examiner en détail la version finale de la loi » avant que de nouveaux prêts soient octroyés à la Grèce.

Le ministre néerlandais des Finances, Jeroen Dijsselbloem a dit, « Les Grecs ont laissé bien des choses se régler à la dernière minute et donc nous prendrons nous aussi notre temps pour voir où nous en sommes. »

Tel est le langage codé pour exiger une misère sociale encore plus grande. Après le vote parlementaire grec, l'on a appris que la tranche en souffrance serait retardée jusqu'à ce qu'Athènes confirme la suppression de 2 000 emplois dans le secteur public.

Un rapport publié par la troïka, qui est constituée par l'Union européenne, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE), avant la réunion des ministres des Finances, soulignait l'hostilité grandissante de la population à l'égard des mesures d'austérité. Le rapport dit, « Les risques clé concernent l'application d'ensemble de la politique, compte tenu que la coalition soutenant le gouvernement semble être fragile et que certains éléments du programme se heurtent à une résistance politique, malgré la détermination du gouvernement. »

Le rapport estime que si la Grèce atteignait ses objectifs de réduction budgétaire d'ici 2016, elle aurait tout de même besoin de 32,6 milliards d'euros (41 milliards de dollars) de prêts.

Vendredi prochain, la Grèce devra honorer une échéance de remboursement de 5 milliards d'euros dus aux banques. Le gouvernement grec projette d'émettre mardi de nouvelles obligations, remboursables d'ici un ou trois mois, afin de faciliter le respect de l'échéance. Elle espère pouvoir lever 3,12 milliards d'euros (4 milliards de dollars) grâce à cette émission d'obligations.

Au moment où les ministres de la zone euro se réunissaient, la chancelière allemande, Angela Merkel, se rendait au Portugal en compagnie d'une délégation d'hommes d'affaires allemands pour y rencontrer le président et le premier ministre. La visite de Merkel s'est déroulée 48 heures à peine avant qu'une grève de 24 heures contre l'austérité n'ait lieu au Portugal au milieu d'une multiplication de manifestations et de grèves anti-austérité.

Merkel a été accueillie par des manifestants qui ont dénoncé l'insistance de son gouvernement à imposer des mesures d'austérité de plus en plus sévères au Portugal et partout en Europe. A Lisbonne, au milieu d'une massive présence policière, les manifestants brandissaient des banderoles où on pouvait lire « Le Portugal n'est pas le pays de Merkel » et « Angela Merkel assassin. » Les manifestants scandaient « Merkel, ça ne marche pas ! » et « Merkel, dehors ! » Des affiches placardées partout dans la ville disaient « Nous payons, ils jouent, les banques gagnent. »

Merkel, qui a rencontré le premier ministre portugais Passos Coelho au fort de San Juliao en dehors de Lisbonne, a dit en parlant du programme de mesures d'austérité brutales de son gouvernement : « Le programme est mis en oeuvre d'une manière optimale par le Portugal. Je sens une forte détermination ici au Portugal pour surmonter cette phase difficile. »

Coelho a dit qu'il n'y aurait pas de relâchement dans l'imposition de l'austérité de masse en échange des 78 milliards d'euros (101 milliards de dollars) de prêt de la troïka. Il a dit : « Nous savons que la situation sociale est difficile et qu'il est plus facile de parler de réforme que de la mettre en vigueur. Nous sommes conscients des difficultés mais nous pensons que c'est la seule manière d'aller de l'avant. »

Le Portugal attend le versement de 2,5 milliards d'euros de prêts supplémentaires de la troïka. Comme dans le cas de la Grèce, tous ces fonds sont débloqués par tranches et sont strictement conditionnels à l'imposition d'attaques draconiennes contre l'emploi, les salaires et les conditions de vie des travailleurs. La troïka est actuellement engagée à examiner tous les trois mois les mesures d'austérité convenues précédemment avec le gouvernement Coelho. Ce n'est que si les mesures sont appliquées à la lettre que le Portugal recevra les 2,5 milliards d'euros.

L'élite dirigeante portugaise veut à tout prix éviter un effondrement économique et veut montrer son strict respect des exigences formulées par la troïka et les banques pour pratiquer des réductions sans précédents dans les dépenses publiques. C'est ainsi, qu'avant la visite de Merkel, un court-métrage avait été réalisé par les autorités dans le but, selon le Financial Times, « de montrer que les 'Portugais travaillent davantage d'heures, paient plus d'impôts et ont moins de jours de congé' que les Allemands. » Le journal a poursuivi en disant, « Mais, la tentative de le diffuser en Allemagne avant la visite de Merkel a échoué. »

Au moment même où les ministres de la zone euro se réunissaient pour dire avec insistance qu'il n'y a pas d'alternative pour vaincre l'austérité, de nouvelles projections économiques publiées par la Commission européenne pour les deux prochaines années ont réfuté les affirmations officielles selon lesquelles les mesures d'austérité appliquées par les gouvernements européens depuis l'effondrement financier de 2008 conduiraient à une reprise économique.

Selon ces projections, l'économie de la zone euro devrait pratiquement stagner jusqu'en 2013 avec la possibilité d'une faible croissance en 2014. Le chômage devrait atteindre 12 pour cent l'année prochaine et rester extrêmement élevé jusqu'en 2014.

Dans un communiqué de presse, le commissaire européen en charge des Affaires économiques, Olli Rehn, a souligné que ces chiffres illustraient le besoin d'une intensification de l'austérité. « L'Europe traverse une période de difficile rééquilibrage macro-économique qui va encore durer un certain temps, » a-t-il dit. « L'Europe doit continuer à combiner des politiques budgétaires saines et des réformes structurelles afin de créer les conditions qui permettront une croissance durable. »

Les remarques de Rehn montrent que la politique menée par la bourgeoisie européenne consiste à abaisser le niveau de vie des travailleurs en Europe à un niveau comparable à celui de la Chine et à d'autres économies fondées sur une main d'œuvre bon marché.

Avant de se rendre au Portugal, Merkel avait averti lors d'un congrès régional de son parti, l'Union démocrate-chrétienne d'Allemagne (CDU), que la crise de l'endettement durerait au moins encore cinq ans. « Nous avons besoin de la rigueur pour convaincre le monde qu'il est rentable d'investir en Europe, » a-t-elle dit. C'est le langage codé pour signifier qu'il faut des coupes encore plus claires et une exploitation encore plus brutale de la main d'oeuvre afin d'attirer les fonds des banques mondiales et des spéculateurs en quête du taux de profit le plus élevé possible.

Le gouvernement irlandais projette aussi de faire des coupes supplémentaires. Des réductions des dépenses et des augmentations d'impôt totalisant 3,5 milliards d'euros sont prévues pour le budget qui sera présenté en décembre mais ce chiffre devrait probablement augmenter. Ceci vient s'ajouter aux 25 milliards d'euros de mesures d'austérité instaurées depuis 2008. La dette souveraine de l'Irlande devrait passer à 150 pour cent du produit intérieur brut d'ici 2015, un niveau généralement jugé comme étant insoutenable.

Selon les prévisions de la Commission européenne, l'Espagne n'atteindra pas ses objectifs budgétaires en 2013. Ceci ne fera qu'intensifier la pression pour que l'Espagne demande un plan de sauvetage complet à la troïka.