Principale conclusion de la Global Burden of Disease Study 2010 (GBD 2010), un projet collaboratif mené par l'Institute for Health Metrics and Evaluation (IHME) de l'Université de Washington, les progrès en santé permettent de réduire les décès prématurés, de vivre plus longtemps, mais plus souvent malade aussi. En synthèse, la priorité en santé est de plus en plus définie par ce qui nous rend malade plutôt que par ce qui nous tue. Cette analyse, publiée dans une édition spéciale du Lancet fonde une nouvelle base de réflexion et d'évaluation des priorités de santé, dans le monde et région par région et suggère parfois les meilleurs moyens d'y remédier.

Ce sont des changements massifs dans les évolutions de la santé à travers le monde depuis 1990, qui sont révélés par cette série d'études et en, particulier cette analyse des longévités. Avec le vieillissement des populations, alors que les maladies infectieuses et infantiles liées à la malnutrition étaient autrefois les principales causes de décès et sources d'inquiétude, aujourd'hui, dans de nombreuses régions du monde, c'est l'adulte typique au mode de vie plutôt malsain, plutôt surnutri que dénutri, qui inquiète.

Aujourd'hui le fardeau des maladies chroniques

Alors que le contributeur le plus lourd au fardeau mondial de santé était la mortalité prématurée infantile, avec plus de 10 millions de décès d'enfants de moins de 5 ans, c'est aujourd'hui le fardeau des maladies chroniques et des lésions telles que les troubles musculo-squelettiques ou les troubles mentaux qui s'intensifie avec l'allongement de la durée de vie. Nous nous retrouvons aujourd'hui, écrivent les auteurs, avec des problèmes de santé qui entraînent la douleur, la perte d'autonomie et la dépendance, la déficience de nos sens et le déclin cognitif...« En fait, très peu de gens peuvent se targuer d'une parfaite santé et en vieillissant, ils accumulent les maladies», explique le Dr Christopher Murray, Directeur du IHME et l'un des fondateurs de la Global Burden of Disease.

Recalibrer ce que sera la vie après 70 ans, redéfinir les priorités de santé

Les priorités ont donc totalement changé et il s'agit d'adapter nos systèmes de santé. « Ces données épidémiologiques vont façonner les politiques dans le monde entier, combler les lacunes dans nos connaissances épidémiologiques des maladies existantes et nous indiquer de nouvelles voies pour améliorer la collecte de données» :
. Ainsi, si la baisse de la mortalité infantile apparaît spectaculaire, il reste du travail : La diarrhée à rotavirus et la rougeole continuent de tuer plus d'1 million d'enfants de moins de 5 ans chaque année, en dépit de vaccins efficaces contre ces maladies.

· Une augmentation de 44% du nombre de décès chez les adultes âgés de 15 à 49 ans entre 1970 et 2010 apparaît également, liée l'augmentation de la violence et à l'épidémie de VIH / sida, qui tue 1,5 million de personnes chaque année.

· Le fardeau de la malnutrition a été réduit des 2 tiers,

· mais une mauvaise alimentation et l'inactivité physique contribuent à la hausse des taux d'obésité, responsables de 10% de la charge de morbidité. «Nous sommes passés d'un monde où les gens n'avaient pas assez à manger à un monde où l'on consomme trop de nourriture et des aliments malsains, même dans les pays en développement», commente le Dr Majid Ezzati, de l'Imperial College de Londres, l'un des principaux auteurs de l'étude.

· Le tabagisme et l'abus d'alcool sont également responsables d'une charge de morbidité en forte augmentation.
Après analyse de plus de 300 maladies et facteurs de risque, les chercheurs montrent que 50 causes seulement représentent 78% de la charge mondiale et 18, 50% de la charge. Ainsi, les cardiopathies ischémiques et les accidents vasculaires cérébraux sont demeurés les 2 principales causes de décès entre 1990 et 2010, mais toutes les autres causes « de tête » ont changé en 20 ans. En augmentation, le diabète, le cancer du poumon et la maladie pulmonaire obstructive chronique, en diminution, la diarrhée, les infections des voies respiratoires inférieures et la tuberculose. En augmentation également, les TMS et les blessures liées aux accidents de la route.

L'Afrique subsaharienne reste loin derrière car les maladies infectieuses, les maladies infantiles et maternelles pèsent toujours pour 70% de la charge de morbidité. Les données ne montrent ainsi que des progrès modestes dans la réduction de la mortalité infantile alors que la charge des maladies chroniques, tels que les AVC accidents vasculaires cérébraux et les maladies cardiaques progresse toujours. S'ajoutent ce que les auteurs appellent les maux occidentaux, douleur, anxiété et dépression classés aujourd'hui parmi les causes les plus importantes d'années vécues avec une incapacité.

Source: The Lancet doi:10.1016/S0140-6736(12)62133-3 15 December 2012 GBD 2010: understanding disease, injury, and risk