C'est en 1947 qu'a eu lieu un des Jours de l'Indépendance les plus mémorables de l'histoire des États-Unis: le 4 juillet de cette année-là le ciel au-dessus des States a été éclairé non seulement par les traditionnels feux d'artifice mais aussi par les feux d'une « soucoupe volante ». Et ce n'est pas une blague: un ovni est tombé près de la petite ville américaine de Roswell, au Nouveau Mexique!
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© InconnuDes ET ou pas des ET ?
Du reste depuis les 70 ans écoulés ni les militaires, ni les ufologues n'arrivent à répondre à la question de savoir s'il y avait vraiment eu un vaisseau spatial extraterrestre. Mystification ou secret bien gardé?

Que sait-on de ce qui est désormais appelé l'incident de Roswell, lorsque des extraterrestres dont le vaisseau spatial a fait un crash, ont visité notre planète, plus précisément l'Amérique? Un des protagonistes de cette histoire est William Brazel, propriétaire d'un ranch près de Roswell. Cette nuit-là, il a entendu un fort bruit ressemblant au bruit d'une explosion et a vu un puissant flash dans le ciel. On pourrait supposer qu'il avait trop bu la veille du Jour de l'Indépendance et fait un rêve pendant le fort orage qui avait éclaté cette nuit-là.

Cependant, lorsque le lendemain le rancher est allé chercher ses brebis égarées, il est tombé sur des débris d'un appareil volant ou d'un ballon-sonde. Il en a informé le sheriff qui a son tour contacté une base militaire aérienne située dans les alentours de la ville. Après avoir analysé cette situation, le colonel William Blanchard a ordonné que soit publiée une annonce dans la presse locale indiquant qu'un disque volant avait été trouvé et transporté à la base. À partir de ce moment-là, William Brazel a cessé de parler aux journalistes. Quelques jours plus tard les militaires américains ont rectifié cette annonce: le brigadier général Ramey a déclaré qu'il s'agissait de débris d'un ballon-sonde.

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© AFP 2017 UNITED STATES AIR FORCELe major Jesse Marcel de la base de l'armée de l'air de Roswell avec les débris ramassés, 1947
L'absence d'Internet et la lenteur des communications à cette époque-là ont empêché toute obtention d'information — un selfie avec un ovni en arrière-plan étant par définition impossible. Les Américains se sont contentés des annonces faites, puis l'incident survenu le Jour de l'Indépendance à Roswell a été très vite oublié. Mais des années plus tard on en a reparlé.

À la fin des années 1970, une interview du lieutenant-colonel en retraite Jesse Marcel, qui avait servi à la base aérienne à Roswell, a été publiée. Dans cette interview, Marcel déclare que les débris retrouvés n'appartenaient pas à un ballon-sonde mais à un objet volant non identifié d'origine extraterrestre. Des journalistes ont vite retrouvé des témoins de l'incident qui ont déclaré avoir vu non seulement la soucoupe volante mais aussi des corps d'extraterrestres décédés dans le crash.

« Lorsqu'il s'agit des phénomènes paranormaux, il faut impérativement tenir compte, dans son analyse, du facteur "foi" », explique Alexandre Zimovskiy, analyste et expert des patterns comportementaux. « Ce facteur est nécessaire pour analyser un phénomène tel que les ovnis. Vous y croyez ou vous n'y croyez pas. Tout le reste ne sert qu'à appuyer les arguments de l'une et l'autre partie.

Lorsqu'on parle de l'incident de Roswell on peut noter que la bibliographie relative à ce sujet compte quelques dizaines de milliers d'ouvrages. Cependant, si on se concentre sur le fond du sujet, on verra qu'il y a un dilemme qui surgit : l'état actuel de la pensée scientifique et technique contre la science-fiction (j'insiste sur le mot « science »).

Je vous donne un exemple : l'événement de la Toungouska, qui a eu lieu quarante ans avant l'incident de Roswell. Un météorite est tombé dans une région éloignée. Les témoins sont très peu nombreux. Le lieu de l'événement est fort inaccessible et, c'est le plus important, le système de communication extrêmement lent. Le météorite était observable à une distance de 600 km de la trajectoire du vol dans l'atmosphère. Des observatoires de l'époque ont enregistré l'événement avec les moyens qui étaient les leurs. Et la première expédition est arrivée sur place seulement 20 ans plus tard. À noter qu'il n'y a eu aucune agitation autour de cela. Les scientifiques et le public savaient donc déjà ce qu'était un météorite, il y avait des ouvrages, des observations, des descriptions sur le sujet. Tout était donc clair : c'était un météorite, seulement c'était un grand météorite. Ensuite, il y a eu la Première guerre mondiale, puis la Révolution... et l'affaire a été close.


À Roswell tout s'est passé différemment. On a appris ce qui s'était passé dans les quelques heures ou jours qui ont suivi. Les autorités, aussi bien civiles que militaires, sont immédiatement intervenues, il y a eu des fuites dans la presse. D'ailleurs, les observatoires du monde n'ont rien enregistré. Mais la presse s'est déjà emparée du sujet. Le phénomène ovni s'est déjà répandu. Et le public était prêt à y croire. Pour cela, il y avait déjà des fondements scientifiques, psychologiques et informationnels.

Tenez : la bombe atomique, les fusées, les avions à réaction, la radio, le début de la télévision, la guerre froide — tout ça est déjà la réalité en 1947. Ajoutez à cela les traditions bien établies de la science-fiction, y compris dans le cinéma. Hollywood expérimentait ces choses-là mais les Américains en avaient déjà très peur. Il faut dire que le livre de Beliaïev « Étoile KEC » est sorti 12 ans avant l'incident de Roswell. Pour nous, l'espace n'était pas totalement étranger. Dans ce contexte le phénomène de Roswell était condamné à se propager largement. Je voudrais cependant attirer votre attention sur le fait qu'au début il n'y a eu aucune agitation concernant les ovnis aux États-Unis. »

En février 1994 Steven Schiff, sénateur du Nouveau Mexique, demande au General Accounting Office du Congrès des États-Unis de mener une enquête. Celle-ci n'a trouvé aucun élément — aucun document ni témoignage — prouvant que des extraterrestres nous avaient rendu visite. En revanche on a appris qu'à la fin des années 1940 les États-Unis avaient développé un programme destiné à espionner les essais nucléaires soviétiques. Ce projet portait le nom de Mogul. L'espionnage s'effectuait avec l'aide d'un ballon-sonde sur lequel étaient installés des équipements capables de détecter des ondes sonores.

Vraisemblablement, c'est un de ces ballons-sondes qui est tombé près de Rosweel, en 1947, et les militaires se sont dépêchés d'en cacher les débris, vu le caractère ultrasecret du projet. Il y avait également des mannequins installés sur ces ballons-sondes. Équipés de capteurs, ceux-là devaient enregistrer le niveau de radiation et la puissance de l'onde de choc suite à l'explosion d'une bombe atomique. Ce sont ces mannequins que les témoins ont pu prendre pour des extraterrestres. Il y a également une explication pour un matériau très résistant trouvé sur le lieu du crash: ce matériau était flexible mais retrouvait facilement sa forme initiale. Il pourrait s'agir de polyéthylène, un matériau encore peu connu à l'époque, utilisé dans la fabrication des ballons Mogul.

Le projet Mogul est resté ultrasecret, ce qui explique le désir des autorités américaines d'étouffer l'affaire du crash. On pourrait supposer que les expériences menées prévoyaient que la vie des citoyens américains était menacée, qu'ils pouvaient se retrouver victimes d'une, disons, explosion nucléaire au Nouveau Mexique, État très faiblement peuplé. Dans ce cas, le crash d'un ballon-sonde aurait permis d'éviter une catastrophe éventuelle qui aurait été immédiatement classée secrète, et une version impliquant des extraterrestres aurait été avancée.

En 1995, le producteur britannique Ray Santilli a présenté des extraits d'un film montrant l'autopsie d'un extraterrestre après le crash à Roswell. Les spécialistes, dont les pathologistes au premier chef, ont indiqué qu'il s'agissait d'un faux en raison des diverses incohérences remarquées lors de l'« opération ». Quant au corps de l'extraterrestre, ce n'était qu'un moulage. Cependant, la médiatisation de l'affaire était énorme.

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les autorités américaines ( tout comme les autorités soviétiques ) faisaient très attention aux flux d'information, poursuit Alexandre Zimovskiy. Première chose. Deuxième chose, personne n'a essayé de remettre en question les informations émanant des autorités militaires américaines. Si elles ont dit que c'était le crash d'un ballon-sonde, alors c'était le crash d'un ballon-sonde. Tout le monde s'est immédiatement calmé et on est passé à autre chose. Pendant 30 ans. Jusqu'aux années 1970, Roswell n'a pas été mentionné.

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© InconnuUn UFO à Roswell ?
Comme je ne suis ni ufologue, ni astrophysicien, je propose d'aborder le problème du point de vue de la confrontation informationnelle. Supposons que les militaires américains ont eu à leur disposition un ovni de Roswell. Leur première réaction ? Ce sont les Soviétiques. Tout simplement parce qu'il n'y a personne d'autre. Ils ont regardé et constaté que non, ce n'étaient probablement pas les Soviétiques. Alors l'affaire a été classée secrète et les Américains ont procédé à l'analyse des données dont ils disposaient. Autrement dit, ils ont commencé à examiner les débris de ce vaisseau spatial hypothétique et les corps des extraterrestres hypothétiques. Pourquoi faire ? Pour une utilisation à des fins militaires. C'est une très bonne explication. Il n'y a aucun doute que l'Union soviétique aurait fait pareil.

Cependant, aucune percée dans le domaine des technologies militaires et des armements n'a eu lieu aux États-Unis. En 1949 Staline disposait déjà d'une bombe atomique soviétique et des moyens de transport. Et 10 ans après que les Américains ont eu l'accès à l'ovni et aux technologies extraterrestres, l'URSS est allée dans l'espace. Nous sommes allés dans l'espace. Alors que Wernher von Braun affinait toujours sa V2 pour les besoins de ses clients américains.

Les Indiens des forêts d'Amazonie auraient tiré plus de profit d'un crash d'un ovni que le Pentagone. Tout simplement en fabriquant des ustensiles et des pointes pour leurs lances à partir des débris. On ne peut pas dire que les programmes secrets visant à étudier le « paranormal space activity » ont montré leur efficacité. Il n'y a eu, je pense, ni de Snowden, ni de Penkovsky de l'échelle spatiale.

Évidemment, les ovnis et les extraterrestres ont été monétisés, comme on dit aujourd'hui. Finalement, tous les Star Trek ou Guerre des Étoiles ne sont devenus possibles que grâce à cette supposition que les vols spatiaux sont probables et qu'une intelligence extraterrestre existe bel et bien. Mais du point de vue technique, on est incapable d'envoyer une autre mission sur la Lune. Les efforts des puissances, isolés ou mis en commun, ne suffisent pas pour le faire. Bon gré mal gré, on commence à croire que ce sont les extraterrestres qui viendront chez nous les premiers. »