Barbara pensait être normale... jusqu'au jour où elle aperçoit des êtres humains qui manipulent nos pensées, nos émotions, notre égoïsme et notre vie en société... Des hallucinations complexes ? Ou a-t-elle en fait soulevée une partie du voile ? Témoignage.

Les différentes éditions du livre et leurs couvertures. Les numéros de pages indiqués dans cet article viennent de l'édition de 1958.

Ce livre a été publié pour la première fois en 1958, par Arlington Books, avec le sous-titre :
« La vie intérieure d'une schizophrène - Une aventure de la vie réelle plus étrange que la science-fiction ! - Etrange, étonnant, incroyable mais vrai. Les fantastiques expériences d'une schizophrène guérie d'elle-même qui ont stupéfiées les psychiatres. De l'avis du journal « Nashville Banner » : « une histoire remarquable... le profane sera intrigué, le professionnel sera étonné... »


La couverture de l’édition de 1976 où l’on retrouve l’un des thèmes du livre : le crochet des Opérateurs.


Table des matières

Introduction, par Michael Maccoby
Note préliminaire, par L. J. Reyna
Schizophrénie : Le Démon aux Commandes

Première partie

Les Opérateurs s'en vont
Avant l'arrivée des Opérateurs

Deuxième partie

Les Opérateurs

Troisième partie

La plage asséchée et les vagues
L'artisan souterrain
Quelque chose
Quelque chose s'étend
Mon ami l'inconscient
Le freudien
Les partenaires
Les images

Quatrième partie

La machine de la raison
Les manuels
Le bronco
Les psychiatres et les schizophrènes
Le guidage et la planification
Les opérations de crochetage
Les docteurs
Ce quelque chose
Un Univac privé
L'homme en mutation
Hinton : un homme départementalisé
Mémo sur les établissements psychiatriques
Le couteau et la hachette

Appendice
Introduction

L'introduction de Michael Maccoby de l'Université de Harvard explique qu'il est difficile de faire rentrer l'expérience de Barbara O'Brien dans les théories abstraites de la psychologie. Il insiste sur la dimension de créativité omniprésente dans ces hallucinations. Il est également impressionné par l'humour de Barbara, qui pourtant a traversé pendant des mois la terreur du danger permanent d'être confronté à des personnages kafkaïens qui rappellent les gangsters d'Edward G. Robinson. Et pourtant, ce livre n'est pas le script d'un film hollywoodien (Matrix avant l'heure ?), mais un témoignage bien réel démontrant l'endurance de l'être humain face à la peur. Pour Michael Maccoby bien sûr, ces hallucinations sont les manifestations extérieures de troubles intérieurs, c'est la création de l'inconscient - un inconscient qui n'est absolument pas cerné ni compris.

Schizophrénie : Le Démon aux Commandes

Barbara introduit la schizophrénie en demandant au lecteur d'imaginer ce que vous feriez si un jour, au réveil, un martien apparaissait devant vous. Vous ne pourriez en parler à personne, et vous espéreriez à tout prix qu'il s'en aille. Mais les chances sont faibles, car dans 0,05 % des cas d'hallucinations, elles perdurent. Vous vous retrouveriez alors livré à vous même, cloîtré dans un établissement psychiatrique pour toute la vie.

Curieusement, la possibilité d'être interné pour trouble mental augmente d'années en années : une chance sur 20 en 1936, une chance sur 16 en 1946, une chance sur 12 en 1957 (aux Etats-Unis). Et si vous faites partie des 1 sur 12, il y a 60 à 70 % que votre trouble soit la schizophrénie. Mais on ne sait pas d'où cela provient : déséquilibres hormonaux ? stress environnemental ? alimentation carencée ? Quoiqu'il en soit, il n'y a pas de remède, vous avez donc très peu de chance d'être guéri.

Cela peut arriver à tout le monde de devenir un jour schizophrène. Les hallucinations, personnages ou voix entendues, paraissent bien réels. Barbara décrit comment cela lui est arrivée :

J'ai été atteinte de schizophrénie abruptement, d'une manière qui est désormais considérée comme celle où le pronostic est le plus favorable, je me suis réveillée un matin, à une époque de grande tension personnelle et de conflit intérieur, pour retrouver à mon chevet trois personnages gris et légèrement vaporeux. J'étais, comme on peut l'imaginer, totalement absorbée par eux. [...] Ce n'étaient pas des martiens, mais les Opérateurs, un groupe dans un sens plus étrange que peuvent l'être des martiens. J'ai écouté à ce qu'avaient à dire les Opérateurs, ai pondéré les faits qu'ils me présentaient, et ai décidé qu'il était sage de suivre leurs indications. J'ai emporté des habits et suis montée dans un bus Greyhound, comme ils me le conseillaient, et les ai suivi. [...] » (p.18)

Barbara ajoute (en interprétant son expérience) que ces personnages lui permettaient de laisser derrière elle les conflits non résolus de sa vie, et que c'était une manière détournée pour son inconscient de retrouver l'équilibre. C'était, croit-elle, une intervention forcée de l'inconscient. Puis elle écrit :

Les chapitres de ce livre qui traitent des Opérateurs relatent un témoignage authentique de schizophrénie, considérablement raccourci mais inchangé. Certains autres chapitres traitent de la période qui suivit la disparition des Opérateurs (son « rétablissement »), période toute aussi étrange que la première. (p.19)

Première partie

Pour comprendre le vocabulaire spécifique employé dans le livre, Barbara O'Brien ajoute cette liste à la fin qui est donnée ici directement avant la suite.
Ce qui suit est la totalité du texte de la série de définitions des termes des Opérateurs que Barbara O'Brien transcrivit sous la direction de Hinton, et qu'elle a présenté au pasteur, psychiatre et psychanalyste. Voir p.80.

Opérateur. Un être humain possédant un type de formation cérébrale qui lui permet d'explorer et d'influencer la mentalité des autres.
Chose. Un être humain sans l'équipement mental des opérateurs.
Planche. Appliqué en couches dans l'esprit des choses. Utilisé comme protection.
Cabane. Appliqué en bardeaux à l'esprit des choses. Utilisé comme protection. [Ndt : Les bardeaux sont des petites plaques en bois utilisées pour couvrir les toits].
Stroboscope. Equipement utilisé pour explorer et influencer l'esprit des choses. Peut être utilisé sur une distance d'un mile, à vol d'oiseau.
Tirer sur les tempes pleines de cabanes. Un processus qui empêche l'utilisation du stroboscope.
S'étendre. La capacité d'un opérateur à se concentrer sur de longues distances.
Treillis. La structure de l'esprit des choses qui résulte des patterns d'habitudes.
Pantin. Une chose avec très peu de treillis. Les pantins sont presque totalement contrôlés par les opérateurs.
Sédation. Une stimulation mentale de l'opérateur qui apaise la chose.
Pantiné. Une chose est pantinée quand elle a moins de treillis que ce qu'ont les choses d'ordinaire. Parfois elle est pantinée pour permettre une plus grande implication de l'opérateur, parfois elle est pantinée pour que différentes habitudes se forment.
Blocage. La concentration de l'opérateur qui bloque l'esprit de la chose et l'empêche d'être localisée ou influencée par les autres opérateurs.
Bouclage. Bloquer la chose avec plusieurs opérateurs.
Cache. Un appareil utilisé par les opérateurs pour travailler sur l'esprit de la chose sans déranger les autres opérateurs.
Défaire. Retirer le cache.
Aérer. Élargir la mentalité et la remplir d'air.
Élargir. Activer l'esprit de la chose de sorte qu'elle fonctionne au maximum de ses capacités.
Cheval. Un terme utilisé par les opérateurs à propos des choses qui peuvent être travaillés le plus facilement. Parfois appelées viande de cheval.
Juridicter. Pour régler un conflit entre deux opérateurs. A l'issue d'un match, où le résultat est remis en question par l'un ou l'autre des opérateurs impliqués, on a d'habitude recours à un juridiciateur.
Jeu, Double jeu. Des coups bien pensés par des opérateurs pour crocheter d'autres opérateurs.
Crocheter. Placer un opérateur dans une position où il doit aller dans une direction ou payer des points afin de se détacher du crochet.
Ciseler. Travailler sur les tempes de la chose pour détruire ses pouvoirs de pensée. Extrêmement douloureux.
Démouler. Enlever le treillis d'une chose. La chose éprouve de moins en moins de contrôle de soi [en anglais : Scalloping, ce qui fait référence à ouvrir une coquillage].
Reposer. Cesser toutes les opérations d'un opérateur sur une chose.
Piquer sur un sceau. Action entreprise par un opérateur pour passer au-travers du sceau placé sur l'esprit d'une chose, destiné à barrer l'accès aux opérateurs.
District. La zone sous la juridiction de l'opérateur employé comme policier à certains temps.
Bouclier. Un opérateur ayant l'autorité de pénaliser d'autres opérateurs.
Expansion combinée. Appliquée en bandes sur l'esprit des pantins pour leur permettre un peu de contrôle de soi.
Perfidie. Une peine donnée aux opérateurs. L'opérateur ne peut pas travailler en perfidie. Un ou deux jours de perfidie sont des peines courantes.
Incrimination. Une autre peine donnée aux opérateurs. Implique généralement une double peine. Une seule incrimination est une peine de cinq jours, une double incrimination, une peine de dix jours.
Lien. L'opérateur ayant une juridiction sur la chose. Généralement le liant est l'employeur ou le plus proche parent de la chose.
Bien. L'opérateur ayant la permission d'influencer la chose lorsqu'il n'est pas sous l'influence du liant. Généralement, quand le lien est un employeur le bien est un opérateur situé proche de la maison de la chose.
Contrat. L'opérateur qui a le contrat de la chose.
Mouche. Un terme utilisé pour les opérateurs.
Combiner. Un groupe d'opérateurs qui se rassemble dans un but commun.
Déchiqueteur à planche. Un appareil utilisé par les opérateurs pour retirer la planche de la tête d'une chose. Si la planche est neuve, elle peut être facilement retirée. On parle alors de dévoreur à planche.
Clore. Clore l'esprit de sorte que les autres opérateurs ne puissent entrer facilement pour influencer la chose.
Ouvrir. Ouvrir la mentalité de sorte qu'elle puisse être influencée ou observée facilement.
Fermer. Fermer l'esprit de la chose de sorte que les opérateurs ne puisse pas du tout y entrer.
Lapidation. Concetration mentale d'un opérateur sur un autre opérateur. Un opérateur lapidé est blessé et ne peut pas fonctionner. Lapider s'accompagne d'une grande douleur à la tête.
Un certain pourcentage de la population a des esprits construits de la sorte qu'ils peuvent influencer la mentalité des autres et les dominer. Ces individus sont connus sous le nom d'opérateurs et parlent du reste de la population comme des choses. Sur ces choses ils établissent des liens, biens, et contractants et ainsi retiennent des options sur eux.

Un opérateur se soucie principalement de marquer des points. Il fait cela d'habitude en engageant des matchs avec d'autres opérateurs. Dans un match, un groupe d'opérateurs s'occupe à influencer les actions et pensées d'une chose. Une sélection de sujets est établie, un est choisi et chaque opérateur entre en jeu à son tour et influence la pensée de la chose sur ce sujet. L'opérateur qui a eu la plus grande influence sur la chose et qui a motivé ses actions et sa pensée le plus largement remporte le match, ce qui signifie qu'il gagne les points que chaque opérateur a déposé en engageant le match. Quand les matchs sont questionnés par les opérateurs, une autorité qui en a l'autorisation le juridicte.

Un opérateur peut influencer la mentalité des gens en étendant ses pouvoirs de concentration d'une distance d'un pâté de maison à deux. Au-delà de cette distance il doit utiliser le stroboscope (équipement) pour sonder, alimenter des pensées, retirer des informations, ou garder un oeil sur la personne. Un stroboscope est efficace sur une distance d'un mile - à vol d'oiseau.

Les Opérateurs s'en vont

L'influence à distance n'est pas seulement une affaire d'Opérateurs. Différents auteurs (ici Paul-Clément Jagot) ont publié des manuels pratiques et Gurdjieff raconte que c'était sa « spécialité » - jusqu'à même pouvoir tuer un yack à distance.

Barbara O'Brien se rappelle de ce Dr Donner, le psychanalyste qui la suivait. Il lui a dit que si les hallucinations avaient commencées il y a 6 mois, elles avaient peu de chance de disparaître. Il restait les électrochocs, mais les résultats étaient aléatoires... Le Dr Donner était mal à l'aise. « Je crains que ce devra être l'internement ».

A la sortie, Barbara attendait Hinton et Hazel, deux personnages qui la suivaient. Ils avaient passés la nuit à débattre sur comment la tête de Barbara devait être réparée. Ils argumentaient encore quand Barbara s'était endormie. Hazel ne recommendait qu'une méthode : couvrir sa tête de pierre. La pierre, disait-elle, empêcherait les Opérateurs de rentrer dans son esprit. Mais Hinton y était opposé.

Hazel lui répondait :
« Quel est le problème avec la pierre ? une bonne couche en pierre est une sécurité. Son treillis y croîtra bien et il n'y aura pas de risque qu'un autre Opérateur le trifouille pendant ce temps. Mais Hinton voulait s'assurer que le treillis croîtrait de la bonne manière : « pas de pierre ! il faut une planche et un trou pour regarder à l'intérieur. »

« Personnellement, j'étais en faveur de la pierre. Je savais ce que signifiait le treillis. C'était le terme des Opérateurs pour les modèles de comportements. Mon modèle de comportement avait été démoulé et devait repousser. Et je ne voulais pas qu'un cinglé comme Hinton supervise la croissance de mes modèles de comportements. » (p.22)
Barbara se rend donc compte que les Opérateurs qui devaient l'attendre à la sortie du psychanalyste n'étaient pas là. Ils n'étaient pas là non plus le soir, elle pu dormir 15 heures alors que les Opérateurs d'habitude, ne la laissaient pas dormir plus de 6 heures.

Le lendemain, Barbara peut déclarer à son psychanalyste que les Opérateurs étaient partis. Radieux, il est heureux de ne pas devoir envoyer Barbara à l'hôpital et aux électrochocs. Mais Barbara s'est rendue compte qu'Hinton avait gagné : ce n'était pas la pierre mais une planche avec un trou pour observer à l'intérieur. Finalement, en tout cas, après des mois difficiles Barbara avait enfin la paix. Elle était juste totalement vidée, son esprit était asséché... mais tout allait bien.

Barbara commence alors à intérpréter ce qu'elle a vécu, se demandant si les Opérateurs n'étaient pas son inconscient qui décidait de prendre le contrôle, et ce qu'ils appelait la « chose », était son esprit conscient...

Avant l'arrivée des Opérateurs
« A chaque fois que je pense aux Opérateurs Crochet maintenant, je vois un homme avec un crochet enfoncé dans son dos. Le crochet est attaché à une corde et la corde descend du plafond. A la fin du crochet, incapable de toucher terre, l'homme pendille dans l'air, son visage torturé par l'agonie, ses bras et ses jambes s'agitant violemment.
Derrière lui se tient l'Opérateur Crochet. Ayant utilisé son crochet correctement, l'Opérateur Crochet reste à côté avec ses autres instruments, le couteau et la hachette. Il observe l'homme qui s'agite, et spécule, réfléchit. Si nécessaire, il viendra pour couper la gorge de sa victime, ou fendre le crâne de sa victime avec sa hachette. » (p.25)
Barbara ajoute que ces opérations semblent cruelles mais elles sont effectuées froidement, stratégiquement. Il s'agit d'une affaire de compétition dans le milieu des Opérateurs Crochets, le crochet étant l'outil qui cause le moins de dégats - si la victime ne se débat pas.
« Considérant la quantité d'opérations à crochet dans les organisations professionnelles, il est surprenant que cela soit si peu compris parmi les jeunes gens avant qu'ils n'entrent en entreprise. [...] Dans ma propre éducation, je n'ai jamais eu de cours sur « Comment Reconnaître un Opérateur Crochet Quand Vous le Voyez ». Même une petite présentation aurait été utile [...] » (p.26)
Barbara travaillait alors dans la petite entreprise Knox, qui se développait rapidement et accumulait les profits. Une nouvelle branche devait être ouverte, avec un certain Ken Ryers comme gestionnaire. Ken avait pris la technique de travailler beaucoup et d'avoir l'air de se concentrer pour monter dans la hiérarchie. Mais une autre personne, Gordon, le copiait et faisait la même chose.

Un jour, le patron Know est très en colère contre Ken. Barbara se rend compte qu'il s'est passé quelque chose...
« J'ai beaucoup changé mes idées sur comment les gens montent si rapidement en entreprise depuis le jour où j'ai vu Ken, tout était clair. Ce dont vous avez besoin est une type de faculté spéciale que Ken n'avait pas et n'aurait jamais pu développer. C'est la technique d'un Opérateur Crochet. [...] Les Opérateurs Crochets sont intelligents et plein de ressources, ils utilisent tout leur talent dans le travail des opérations à crochets. Pour comprendre un Opérateur Crochet, il faut l'étudier dès le premier jour où il passe la porte d'une entreprise avec ses griffes crochues.
Un Opérateur Crochet a un nez pour le pouvoir, et dès qu'il entre dans une organisation, il suit son nez jusqu'à ce qu'il trouve l'individu qui émet la plus forte odeur. L'ayant repéré, l'Opérateur Crochet cherche le point faible de cet individu au pouvoir, jusqu'à ce qu'il connaisse l'endroit exact du point et sa sensibilité. » (p.28)
Tout le monde a un point faible, un « sentiment caché d'insécurité », enfermé dans un coin de la conscience et mis de côté. Mais la simple évocation de ce point faible rend la personne hors d'elle-même. Un Opérateur Crochet localise très rapidement ce point faible - cela fait partie de son travail - sans le laisser transparaître.
« Dès qu'il a ce point sensible en point de mire, l'Opérateur Crochet le visualise comme cible et fabrique une arme qui percera ce sentiment d'insécurité de sorte qu'il saigne pendant des jours. Il cherche ensuite la personne qui monte dans l'entreprise, car c'est elle qui sera accusée de tenir l'arme, et qui lancera ou sera accusé de la lancer sur la cible. » (p.29)
Barbara indique que la meilleure façon est que ce bouc émissaire lance lui-même l'arme. L'Opérateur Crochet étudie donc cet homme pour trouver son point faible. Cela peut être un léger sentiment de la part de l'homme qui monte qu'il n'est pas apprécié par ses supérieurs pour ce qu'il est réellement. Une fois ce point faible localisé, l'Opérateur Crochet l'amplifie au maximum et alors, les collègues observent un changement de comportement. L'homme qui monte se met à soupçonner que son supérieur l'empêche délibérément de monter. Et l'insécurité du supérieur semble confirmer ses soupçons. Du coup, un jour, l'Opérateur Crochet choisit les mots qu'il a spécifiquement sélectionnés et les fait tomber devant les yeux de la victime. L'homme qui monte s'énerve, est piqué à vif, et crie ces mots à son supérieur... et c'est fini. Il est viré. Une personne en moins.

Quand cela ne fonctionne pas car l'homme qui monte a une morale trop élevée, ou qu'il est trop équilibré, alors l'Opérateur Crochet cherche à convaincre le supérieur que l'homme lui a réellement lancé des insultes graves. C'est un gros travail de la part de l'Opérateur Crochet. Une fois que le supérieur est suffisamment sur les nerfs,
« l'Opérateur Crochet lance la grande arme. Ce peut être un petit couteau, ou un grand couteau, ou une grosse hache. Une fois qu'elle a été lancée et qu'elle tient en place et que le point faible du supérieur saigne, la victime est finie. » (p.30)
La victime cherchera alors pourquoi le supérieur a changé d'avis à son sujet. Parfois, le supérieur va jusqu'à répéter ce que lui a dit l'Opérateur Crochet, dans sa colère. Mais la plupart du temps, le supérieur va garder cela pour lui et se morfondre dans sa frustration, à chaque fois qu'il regardera la victime innocente. Son égo touché à vif l'obligera à expulser l'homme qui montait. Gordon utilisa cette technique sur Ken. Knox accusa Ken de déloyauté, ce qui étonna puis énerva Ken. Il était très irrité intérieurement.

Il est difficile d'être un Opérateur Crochet. Cela demande du talent, d'être perspicace, de prudemment tout planifier, et d'avoir une mentalité sournoise. Certains Opérateurs Crochets sont vraiment des experts en la matière. Bien sûr, le succès de l'opération dépendra des points faibles de chacun. Mais l'entreprise Knox était parfaite, car elle était gérée par une famille et entre les frères beaucoup de jalousie existait.

Quand Barbara apprit l'existence des Opérateurs Crochets pour la première fois, elle était plutôt objective. « Ils sont horribles, mais ils sont intelligents. Cela demande d'être doué pour faire ce qu'ils font. Dommage que ce don soit utilisé de la sorte ». Mais c'est seulement quand McDermott entra en scène que Barbara commença à avoir peur des Opérateurs Crochets.

Quand Gordon monta d'un cran dans la hiérarchie, McDermott arriva. Les gens pensaient qu'il était inoffensif, mais en réalité il récoltait des informations sur les patrons. Son comportement tortueux était suspect. Il était beaucoup plus intelligent que Gordon. Lui comme Gordon étaient en tout cas des hommes adaptés au contexte de l'entreprise, ils savaient monter les échelons en écrasant les autres.
« De tels hommes sont immoraux », disent les gens sur les Opérateurs Crochets, et bien sûr, c'est vrai. Les principes chrétiens ne sont pas les principes sur lesquels les Opérateurs Crochets basent leur vie, bien que ce fait, si apparent pour les autres, l'est rarement pour les Opérateurs Crochets. Je pense que le plus étrange et que Gordon et McDermott étaient tous les deux des hommes extrêmement religieux. Gordon était considéré par beaucoup comme un mordu de la religion. Dans un sens, ces hommes se justifient apparemment comme cela à eux-mêmes. » (p.34)
Un autre nouvel arrivant, Boswell, par une fine observation, décida de crocheter Gordon. Le projet dura un mois. Il accusa Gordon de saboter la compagnie volontairement. Le patron était suspicieux. Il se mit à craindre qu'on veille effectivement saboter l'entreprise, et dérober des secrets professionnels. Il vira Gordon et plaça Boswell dans le même département que McDermott.

Peut-être qu'il faut un certain type de mentalité pour reconnaître les subtilités des agissements des Opérateurs Crochets. Certains patrons de Knox ne virent rien, mais d'autres décelaient clairement leur présence. Peut-être faut-il avoir grandi dans un certain type d'environnement pour le voir. Quoiqu'il en soit, McDermott continua son ascension dans l'entreprise jusqu'à devenir le conseiller spécial d'un membre de la famille Knox. Et McDermott alla jusqu'à crocheter Carmody, un homme qui avait été dans l'entreprise depuis 20 ans. Il était très compétent et avait fait beaucoup d'argent pour la famille Knox.

McDermott comprit que le patron Knox avait un sentiment d'infériorité par rapport à Carmody. Finalement, Carmody s'énerva que Knox prenait au sérieux McDermott et il fut viré. Quand Barbara perçut toutes ces manoeuvres obscures, elle commençait à réellement prendre peur. Elle était terrorisée par McDermott. Cependant, Barbara continuait à travailler dans cette entreprise en essayant de ne pas y penser. Mais un jour une autre personne, Litter, s'attaqua aux patrons de tête, et Barbara n'avait plus de soutien. Barbara quitta l'entreprise Knox avait que Litter eut le temps de la crocheter.

Deuxième partie

Les Opérateurs

La deuxième partie (pages 39 à 83) est certainement la plus intéressante. On y trouve une description détaillée de la vie des Opérateurs, des différents groupes et de leur fonctionnement hiérarchique. Alors que la première partie concerne les conséquences du travail des Opérateurs au sein d'un contexte social, cette seconde partie se concentre sur leurs personnalités et leurs actions sur les humains, les « Choses ». Personne ne le voit et ils ont le champ libre pour s'occuper de ce bétail.

Barbara O'Brien raconte qu'un jour au réveil, elle trouva trois êtres un peu comme des fantômes flous. Mais ils ne s'en allèrent pas. Ils étaient bien réels. Il y avait un garçon de 12 ans, un vieillard, et un type bizarre, souple et grand, avec de longs cheveux. Il avait l'air arrogant.
« Le vieil homme soudainement s'éclaircit la gorge. « Il est nécessaire pour le bien de tous que vous appreniez à mieux connaître Hinton. » Il se retourna et regarda le type bizarre.
J'étais sûre de n'avoir jamais vu ce visage auparavant. Le vieil homme apparemment lut dans mes pensées. « Tu le connais bien, » a-t-il dit; « tu avais l'habitude de le connaître mieux. »
J'ai dit précipitamment, « Si c'est le cas, nous avons dû nous rencontrer. Je suis désolé de ne pas me rappeler de Mr. Hinton ». J'ai dit en direction du visage arrogant, « Comment tu vas ? » (p.39)
Le vieil homme se présenta ensuite, il s'appellait Burt, et le garçon Nicky. Burt expliqua clairement la situation à Barbara. Barbara avait été choisie dans le cadre d'une expérience, et ils espéraient qu'elle soit coopérative pour faciliter les choses tant pour eux que pour elle.
« Ils étaient tous les trois des Opérateurs. Il y a des Opérateurs partout dans le monde mais nous les voyons ou les entendons rarement. Le fait que je puisse les voir et les entendre faisait partie, malheureusement, de l'expérience.
J'ai pensé : je détiens par hasard une connaissance que les autres n'ont pas et cette connaissance est évidemment dangereuse; les autres seraient tout autant en danger si cela leur était révélé.
« Oui, » dit Burt, et il semblait ravi. » (p.40)
Barbara est mise au courant de l'expérience. Un grand Opérateur nommé Hadley avait décidé de faire une expérience. L'expérience consistait en sélectionner une personne comme Barbara, lui révéler les faits sur le monde des Opérateurs et observer les résultats.

Elle comprend qu'elle est comme un rat de laboratoire. Les Opérateurs ont la possibilité de capter toutes ses pensées. Elle se demandaient si elle pouvait penser à un niveau plus profond pour pas qu'ils puisse l'entendre. Mais non, aucune pensée, quel que soit le niveau, ne peut échapper aux Opérateurs. Les Opérateurs pouvaient pénétrer l'esprit des Choses à tous les niveaux... des Choses ?!
« Hinton sourit. « Des choses. Oui, bien sûr. Pense au mot avec une majuscule, si tu veux. Cela peut soulager un petit peu ton égo. Toutes les personnes comme toi sont des Choses pour nous - des Choses dont les esprits peuvent être lus et dont les pensées peuvent être initiées et leurs actions influencées. Cela te surprend ? C'est comme cela tout le temps. Il y a du libre arbitre, mais beaucoup moins que tu ne l'imagines. Une Chose fait ce que certains Opérateurs veulent qu'elle fasse, seulement elle a l'impression que ses pensées venaient de son propre esprit. En réalité, tu as en ce moment même désormais plus de libre arbitre que la majorité des gens de ton espèce. Car au moins tu sais que ce que nous disons vient de nous, et pas de toi. » (p.40-41)
Puis Nicky ajoute que Barbara doit savoir une chose : « Toutes les Choses sont opérées tout le temps, par certains Opérateurs. Ces dernières années, c'est Burt qui t'opérait. [...] et avant Burt, c'était Hinton ». Barbara est surprise que c'était Hinton ! Puis l'air vibra et une nouvelle forme apparut : c'était Sharp, un représentant de Hadley. Il avait l'air d'un gentil petit furet.

Un brut discordant se fait alors entendre, comme un grésillement. Les Opérateurs reconnaissent là une interférence venant d'un Opérateur extérieur. Ils le bloquent. Selon le rythme du bruit, ils se rendent compte que c'est en fait un conseil municipal : il y en avait des dizaines. Le bruit devient des voix. Ils protestaient avec véhémence contre l'expérience de Hadley. C'était clair, ils étaient indignés :
« Des informations qu'aucune Chose ne devait jamais savoir étaient divulguées à une Chose; cette Chose pourrait donner l'information à d'autres Choses, et donc créer une situation périlleuse. » (p.41)
Les Opérateurs mécontents voulaient condamner ceux qui ont donné les informations à Barbara. Ils sont organisés en un conseil municipal [city council]. C'est la plus haute autorité légale pour les Opérateurs dans chaque ville.
« Ainsi les Opérateurs étaient soumis à la loi et à l'autorité comme le sont les Choses. Était-ce mieux mieux pour moi, ou pire ? » (p.42)
Barbara décide donc d'ignorer le chahut, d'attendre que le conseil municipal s'en aille, et de ne pas aller au bureau. Burt et Sharp étaient toujours chez elle. Barbara les écoute et remarque qu'ils discutent des employés de là où elle travaille. Ils s'y réfèrent et les identifient comme des Opérateurs ou des Choses.
« Oui, les Opérateurs se déplacent dans la chair. En ce qui concerne l'aspect de surface, les Opérateurs sont identiques aux Choses. Aucune Chose ne serait capable de distinguer l'un de l'autre, mais les Opérateurs le distinguent facilement. Un Opérateur n'a qu'à s'étendre et contacter l'esprit de l'individu et il sait instantanément s'il est en rapport avec un Opérateur ou une Chose. »
Je scrutais leurs formes floues, grises, souples. « Bien sûr, nous avons des corps, » déclara Nicky. « Ce que tu regardes là sont des images de nous-mêmes que nous projetons. »
Et où sont les corps ?
« Pas loin », sourit Nicky. « Cependant, ne viens pas nous chercher. Nous effacerions ta mémoire avant que tu puisses nous atteindre. »
« Endoctrinement », dit Sharp, regardant ses ongles.
Burt s'éclaircit la voix. « La seule grande différence entre un Opérateur et une Chose est la construction et la capacité de l'esprit. Les Opérateurs naissent avec des cellules cérébrales spéciales connues sous le nom de crénelage [NdT : comme les ouvertures sur un rempart]. Grâce à ces cellules, un Opérateur peut s'étendre et sonder dans l'esprit d'une Chose. Il peut capter l'esprit d'une Chose et découvrir ce qu'il s'y passe, et même alimenter des pensées dans l'esprit d'une Chose afin de la motiver. La différence mentale est une question de capacité, pas de qualité. Les Opérateurs, comme les Choses, peuvent être stupides ou intelligents. Mais cette seule différence permet aux Opérateurs de gouverner les Choses. »
J'étais abasourdie. Pourquoi les Choses n'en ont-ils jamais pris conscience ?
« Certaines Choses sont engagées dans des recherches dans ce domaine, » dit Nicky. « Mais je doute vraiment que ça fasse une grande différence si jamais les Choses découvrent qu'elles sont gouvernées par les Opérateurs. Et même, elles sont bien trop prétentieuses pour le croire. » (p.43)
Effrayée par le conseil municipal, Barbara prend le premier bus qu'elle trouve et s'en va aussi loin que possible. Sharp lui dit qu'il restera en contact avec elle en la suivant derrière dans une voiture. En partant, Barbara se demandait si elle allait trouver d'autres conseils municipaux dans les autres villes.
« Il y a des conseils municipaux partout. Il n'y a pas de section du pays où les Choses ne sont pas contrôlées par les Opérateurs. Tu ne peux pas leur échapper si c'est ce que tu espères. Par ailleurs, Hadley a ton contrat. »
Qu'était-ce qu'un contrat ?
« Le droit d'opérer une Chose. Hadley l'a acheté dans ton entreprise. Et tant qu'il ne le vend pas à quelqu'un d'autre, tu peux en être sûr, l'expérience continuera. Et, crois-moi, si n'importe quel conseil municipal confisque le contrat, la première chose qu'ils feraient serait de te détruire. » (p.44)
A l'arrivée du bus, Sharp avertit Barbara de détruire immédiatement ses papiers d'identité - elle était en grand danger. Puis elle s'effondre au sol. Les gens pensent qu'elle a une crise cardiaque et elle est embarquée dans une ambulance. Peu après, elle se retrouve finalement dans un centre psychiatrique. Quand elle sort du brouillard mental, une infirmière lui pose des questions d'ordre général, auxquelles elle a du mal à répondre. Sharp lui souffle d'autres réponses. Elle est parquée dans une chambre et on tente de la piquer avec une aiguille hypodermique, ce qu'elle refuse - Sharp lui dit qu'elle serait en danger. Elle répond comme si une autre personne le faisait à sa place, de manière raisonnée et calme. Elle échappe ainsi à la piqûre.

A 2h30 du matin, elle retrouve les voix de Sharp, Hinton et Nicky. Les Opérateurs de la ville de Barbara étaient furieux qu'elle soit encore en vie. L'un d'eux arrivait en ville pour la tuer. Elle n'était pas si protégée que ça dans son hôpital psychiatrique. « Ils pourraient utiliser des rayons de l'extérieur du bâtiment. Nous essaierons de l'en empêcher tant que tu n'es pas sortie. »

Pour la sécurité de Barbara, Sharp et Hinton se demandaient s'il ne fallait pas administrer des « films d'effacement » pour supprimer la connaissance des Opérateurs de sa mémoire. Les films d'effacement sont des images projetées dans l'esprit qui sont ensuite supprimées. (p.46) Sharp et Hinton étaient en désaccord. Pendant ce temps, un docteur examinait Barbara et remplissait des formulaires. C'est Sharp qui lui soufflait à nouveau les réponses. Sans lui, Barbara n'aurait jamais pu sortir de l'hôpital. Une fois dehors, elle reprend un Bus Greyhound. Les bus Greyhound sont le moyen favori de transport des Opérateurs.
« Greyhound est contrôlé par des Opérateurs », avait dit Nicky. [...] Le conducteur d'un bus Greyhound est toujours un Opérateur, ayant une licence de flic Opérateur, un Bouclier. Si tu as une Chose avec toi, tu indique le contrat de la Chose au conducteur, et il s'assure qu'aucun autre Opérateur ne le dérange. » (p.48)
Sharp fit remarquer à Barbara ensuite que son bus était plein de mouches. « Et je ne parle pas des mouches, mais de Mouches ! ».
« Mouche est un argot pour les Opérateurs qui n'appartiennent pas à un organisation comme nous. [...] Les Mouches peuvent être une nuisance et parfois peuvent être dangereuses s'ils tentent de molester une Chose. Mais je ne pense pas qu'on doive s'en inquiéter sur un bus Greyhound. » (p.48)
Dans le bus, le conducteur se fit alors entendre. Il trouvait la présence de Barbara risquée. Il conseillait d'avoir un « acte de réanimation » - Sharp et Hinton y réfléchirent. Un acte de réanimation est émis quand une Chose a besoin d'être ranimée. L'expérience « Barbara » pourrait alors se justifier par la nécessité de réanimer une Chose morte. Pendant ce temps, ils se dirigeaient vers la Californie - là où se trouve l'organisation de Hadley. Barbara, une fois arrivée à Chicago, décida contre l'avis de Sharp d'aller plutôt à la Nouvelle-Orléans en train.
« Les Mouches arrivèrent [...] et se mirent immédiatement à jouer au Jeu. La première chose dans le Jeu était de sélectionner le sujet autour du quel allait graviter le Jeu. Un grand tableau apparut devant mes yeux avec une liste de sujets imprimés dessus. Le premier sujet, remarquai-je, était « Mort Subite. » (p.49)
Mais comme Barbara était au courant du Jeu des Opérateurs, ils choisirent plutôt de prendre le sujet des Opérateurs lui-même. L'une des Mouches fut déclarée arbitre et le Jeu commença.
« La première Mouche me parla. Réalisais-je que pour le restant de mes jours je vivrais ce type d'existence - que je ne vivrais plus jamais la vie normale d'une Chose ? Pour le restant de mes jours, je serais forcée d'écouter les Opérateurs parler. Je n'aurais pas une vie mais les conversations des Opérateurs.
L'idée me frappa brutalement. Je sentis mon coeur battre.
« Est-ce que tu chauffes ? » demanda l'arbitre, qui semblait à la fois compter les points et arbitrer.
« Oui, » dit la première Mouche, « n'est-ce pas permis ? »
« Il y a une activité cardiaque, » dit l'arbitre. « Diminue la chaleur de dix points et ne va pas au-delà.
« J'ai fini, de toute manière, » dit la Mouche. « J'ai obtenu ma réaction. »
La seconde Mouche commença. Avais-je une idée de ce qu'il se passerait pour moi quand j'atteindrais Hadley ? Ai-je vu ou entendu parler des animaux dans les laboratoires d'expériences, découpés et torturés vivants, pour qu'un docteur puisse observer et apprendre ? Ce sera la même chose sauf que je serais l'animal.
« C'est pareil maintenant, » ai-je répliqué. « C'est ce que vous faites. »
« Vous n'avez pas bien réussi, » dit l'arbitre. « Vous avez perdu. »
Une troisième Mouche arriva. Savais-je que Hadley avait une cage pleine de fous dans son laboratoire, tout une section pleine de Choses sur lesquelles il menait des expériences ? Hadley était célèbre d'un bout à l'autre de l'Amérique pour ses expériences. Il y a avait une femme qui avait été convaincue qu'elle était l'apôtre du soleil et qui dînait tous les soirs avec le dieu soleil. Elle avait utilisée ses délires pour lancer une nouvelle religion parmi les Choses et en avait retiré pas mal d'argent. Je pourrais faire de l'argent avec ce qu'il m'attend aussi, mais j'aurais peut-être à devoir contempler des gorilles passer dans ma chambre jour et nuit.
Ma peau frissonnait. Un Scientifique Fou, pensais-je soudainement, et je rigolais. La Mouche grommela et partit.
Le Jeu se termina finalement. L'arbitre annonça le vainqueur et cette Mouche remporta les « points » qu'avaient placés chaque Mouche qui avait contribué. Le Jeu était suffisamment clair. Chaque Mouche avait laissé tomber sa goutte de poison, obtenant une réaction émotionnelle de ma part. Celui qui avait déclenchée la plus grande peur, remarquais-je, avait gagné.
« Cela ne marche pas comme ça d'habitude, » m'a dit une des Mouches tandis que les points étaient remisés. « D'ordinaire, la Chose ne peut pas nous entendre, bien qu'elle reçoit les idées que nous injectons. Mais ton esprit est grand ouvert, c'est pourquoi tu peux nous entendre parler. » (p.50)
Barbara passa toute la nuit dans ce train à subir ce Jeu, qui la rendit folle. Elle était prête à se jeter dans le fleuve en arrivant à la Nouvelle Orléans. Elle retrouva Hinton, Sharp et Nicky qui lui conseillèrent de rester dans les bus Greyhound la prochaine fois ! Son coeur battait à une vitesse folle. Les Opérateurs durent la faire dormir 17 heures pour qu'elle récupère.

Alors que Barbara pensait à partir loin pour qu'un autre Opérateur referme son esprit, Nicky lui dit sur un ton de reproche qu'ils prenaient soin d'elle et qu'elle ne se rendait pas compte de ce qu'ils faisaient.
« Nous venons de drainer ton esprit [...] Nous voulions savoir ce que les Mouches avaient dit. En drainant, nous avons le compte-rendu complet de tout ce que tu as entendu, pensé et vu. Ces Mouches étaient une meute de chiens. » (p.51)
Barbara apprit que les Opérateurs pouvaient influencer l'esprit d'une chose à une distance d'environ deux pâtés de maison et demi. Certains davantage : cela dépend de la taille et de la qualité du crénelage de l'Opérateur. Elle chercha donc à s'isoler pour plus qu'ils ne puissent l'atteindre.

Elle retira tout son argent de la banque et s'acheta une petite maison avec beaucoup de terrain autour. Barbara se rendait compte que ce serait la seule manière de vivre vraiment sa vie, sans prendre des décisions ignobles soufflées par des Opérateurs. Car il n'y avait pas que le Jeu qui était sans pitié, mais aussi les actes que les Opérateurs demandaient aux Choses de faire.
« Bien sûr, » Nicky dit soudainement. « Je connaissais un Opérateur qui avait mis un pistolet dans la main de sa Chose et l'avait envoyé pour tuer un autre Opérateur qu'il connaissait. Bien sûr, ce genre de choses est sanctionné. L'Opérateur a été incriminé à vie et n'a jamais pu de nouveau opérer. » (p.51)
Barbara était choquée et Nicky voulait savoir :
« Es-tu choquée car les Choses sont exploitées ? Votre propre espèce n'exploite-t-elle pas chaque forme de vie possible ? Il n'y a rien de plus impitoyable qu'une chose. Votre espèce n'est pas en position de critiquer. »
« Je penserais, » lui ai-je dit, « que les Opérateurs auraient le même sentiment pour les Choses que les Choses ressentent pour les chiens. »
« C'est à peu près ça, » dit Nicky.
« Mais ce n'est pas le cas. Apparemment la nature a développé deux espèces d'hommes. Elles pourraient s'entre-aider. Mais au lieu de cela, l'une exploite l'autre sans compassion. »
Sharp entra dans la conversation. « Ce que tu négliges est qu'une Chose est principalement influencée par son désir d'argent et de pouvoir. La sécurité et estime de soi d'un Opérateur tourne autour des points des Opérateurs tout comme celle d'une Chose tourne autour de l'argent. Avec assez de points, un Opérateur peut faire tout ce qu'il veut dans le monde des Opérateurs. Il a beaucoup de pouvoir. Il peut avoir une organisation et acheter les contrats de centaines de Choses. Il est protégé des autres Opérateurs. En quoi cela le rend plus méprisable qu'une Chose ? L'enfer de tout cela est que les Opérateurs et Choses sont motivées par des désirs similaires. Nous sommes tous les deux dans le même bateau. » (p.52)
Barbara partit donc s'installer dans le nord du pays, en montagne. Elle se rendit compte que Hinton et cie l'avait suivie. Il y avait des petites huttes non loin de chez elle. Elle partit donc faire des randonnées. Mais Hinton et cie utilisaient le stroboscope, qui permet de suivre quelqu'un sur un mile environ.

Un jour elle se rendit en ville, ce qui demandait un long trajet en bus. Au retour, Hinton lui conseilla d'acheter une lampe de poche avant de partir. Barbara se rendit compte qu'elle devait marcher dans le noir et qu'une lampe de poche était bien utile ! Après tout ce temps isolée, les Opérateurs conseillèrent de partir pour retrouver une vie moins difficile.

Ils disaient que Barbara était un bon cheval qui était gâché. Les Opérateurs classent les Choses selon leurs tempéraments : certains sont des cheveux, d'autres des bronco (cheval de rodéo).
« Les Chevaux sont des Choses qui s'inquiètent et angoissent mais qui ne font jamais rien pour résoudre leurs problèmes. Les chevaux sont merveilleux pour le Jeu. Les bronco sont totalement différents. Ils ne passent jamais leur temps à ruminer. Quand un problème arrive, ils se démènent, le prennent à bras le corps, et règlent leurs affaires d'une façon ou d'une autre. T'étais un bronco avant que Hurt ne s'occupe de toi. Burt t'a transformé en cheval. Cette expérience n'est pas vraiment menée pour ton bien, mais un des bénéfices que tu en retireras est que tu redeviendras un bronco. » (p.55)
Cherchant désormais où déménager, Barbara hésite entre la Californie et le Canada. Elle apprend que les Opérateurs n'ont pas de licence pour opérer au Canada. Elle s'en va là-bas, mais entend à nouveau une voix.
« Sa tête est grande ouverte. Il n'y a pas un centimètre de protection sur sa tête. Pas de cabane, pas de planche, pas de cache. Elle semble aussi au courant de tout ce qu'on dit. » (p.55)
Barbara était tombée sur des Opérateurs qui n'en revenaient pas de trouver autant d'informations sur eux dans sa tête. Ces nouveaux Opérateurs firent payer 15 points à tous les Opérateurs qui voulaient explorer la tête de Barbara par curiosité. Puis ils commençaient à vouloir recommencer le Jeu.

Barbara tente donc de s'enfuir par tous les bus possibles pour aller le plus au nord possible du Canada, plusieurs Opérateurs la revendant au fur et à mesure. Elle décida de repartir vers les Etats-Unis, et tomba sur le vicieux Dorraine. Barbara apprit par la femme de Dorraine qu'il détestait les Choses.
« Aussitôt qu'ils entrèrent dans ma vie, ma tête commença à me faire douloureusement mal. » (p.56)
Barbara fut effrayée d'apprendre que la douleur était causée par Dorraine.
« Il tente de détruire les neurones que tu utilises pour raisonner, » m'a dit sa femme. Elle cria à son mari, « Arrête, pour l'amour de Dieu. Tu as déjà ciselé d'un quart de pouce du côté gauche. Si tu continues, tu te retrouveras avec une imbécile. » (p.56)
La femme de Dorraine conseilla à Barbara d'aller voir un docteur le lendemain, rapidement, car le ciselage était dangereux. Le docteur envoya Barbara à l'hôpital, mais pas pour sa tête, pour une pneumonie ! Elle continuait d'entendre le couple des Dorraine se chamailler. Elle pensait qu'ou bien ils étaient dehors dans une voiture, ou bien dans un hôtel proche.

Barbara tira partie du Jeu des Opérateurs. Elle contrôla ses réactions de peur et passa entre les mains d'autres Opérateurs plutôt que Dorraine. Tous les jours elle était entre les mains d'un nouvel Opérateur. Certains lui conseillèrent d'écrire des lettres de nouvelles à ses anciens amis. Ils lui les dictaient. Ces lettres étaient codées (s'ils étaient Opérateurs ils le remarqueraient) mais Dorraine les trouvait tout à fait normales.

Barbara toujours suivie par Dorraine, arriva à Butte dans le Montana. Un opérateur nommé Don, d'une organisation nommée Les Bûcherons (« Lumberjacks »), mena un Jeu contre Dorraine. Une heure après, tandis que Barbara se lavait les dents dans sa chambre d'hôtel, elle vit dans son esprit cinq hommes et deux femmes, chacun habillés de noir et rouge.
« Qui sont-ils ? » demanda Mme Dorraine.
« Une équipe d'Opérateurs de l'organisation de Don, » dit son mari. « Je ne peux pas les contacter bien qu'ils envoient leurs images assez clairement. Etends-toi et vois ce que tu captes. » (p.58)
Ils venaient des Bûcherons. Dorraine ne veut pas leur donner son numéro de chambre d'hôtel (donc Dorraine serait dans le même hôtel que Barbara à cet instant), car - en parlant de Barbara - »cette Chose viendrait mettre une bombe à l'intérieur ». Les Bûcherons veulent acheter Barbara et proposent 200 points. Dorraine négocia, et Barbara s'endormit en les entendant encore débattre du prix.

Au réveil, les Bûcherons dirent à Barbara qu'ils voulaient l'aider. C'était une organisation d'environ 100 Opérateurs. Leur situation par rapport à Barbara les oppose à l'organisation Greyhound. Ils doivent au préalable mettre un terme à l'acte de réanimation. Ils pensent le faire à Salt Lake City car là-bas les règles sont suivies à la lettre.

Barbara hésite, puis choisie de suivre les Bûcherons. Elle se rend à Salt Lake City. A l'arrivée, ils fixent un procès à midi dans le dépôt des bus Greyhound. Elle reste dans l'hôtel en attendant. L'avocat des Bûcherons commença par dire que si une telle expérience était permise avec Barbara, alors le monde entier serait bientôt plein de gens qui connaîtraient l'existence des Opérateurs. L'avocat de Greyhound répondit qu'ils ne savaient pas qu'une telle expérience était en cours quand ils avaient délivré l'acte de réanimation, et donc qu'ils avaient été trompés.

Les Bûcherons remportèrent le procès et firent la fête le soir, dans l'hôtel. L'Opérateur représentant l'hôtel se plaignit. Les Bûcherons le lapidèrent. La lapidation est un processus mental par lequel un Opérateur peut rendre HS un autre Opérateur. Le duel continua pendant des heures. Vers minuit, le conflit cessa, Barbara n'entendait plus que la voix d'un des Bûcherons et de ses assistants.

Le lendemain, Barbara voulait reprendre l'avion mais elle reçut des nouvelles des Bûcherons. Elle devait aller en Californie car le fait d'avoir parlé de l'expérience de Hadley avait effrayé tout le monde, et ils voulaient savoir s'il n'y avait pas d'autres Choses dans la même situation. Barbara fut donc accompagné par le chef des Bûcherons, Bost, jusqu'à San Francisco et elle prit un bus vers l'organisation de Hadley.

Barbara retrouva Nicky qui était surpris de la tournure des évènements. Il conseilla à Barbara de louer un appartement car elle pourrait rester en Californie un certain temps. Elle n'était pas loin du tout du bâtiment de l'organisation de Hadley.

Elle rencontra les Opérateurs de l'organisation de Hadley. Hadley était poursuivi à cause de sa « collection étrange » d'expériences que le conseil municipal de Californie n'acceptait pas. Mais la situation dans son ensemble était prometteuse. Hadley avait été condamné pendant un an et s'était enfui. Son organisation était passée sous la direction du Canard [The Duck], un Opérateur qui avait une attitude bienveillante envers les choses et un certain sens de l'humour.

Les Opérateurs de l'organisation de Hadley étaient connus sous le nom des Garçons d'Occident, et étaient craints des autres Opérateurs. Malgré leur réputation, Barbara les trouvait sympathiques. Ils posaient plein de questions à Barbara sur comment elle avait réagi au monde des Opérateurs et semblaient amusés par ses réponses.
 »L'un d'entre eux, un Opérateur nommé Zizi [Winkle], m'a surnommé Celle-ci. » (p.62)
Zizi dit à Barbara qu'elle était naturellement un bronco. Car les bronco agissent. « Donne à un bronco quelque chose sur quoi s'inquiéter et au lieu de cela il vous casse la gueule ».
« Celle-ci était naturellement bronco et retrouve progressivement sa personnalité originale. Mais, aussi, il y avait une ancre dans Celle-ci depuis le début de l'expérience.
Il m'expliqua, « Une ancre est comme un sédatif permanent. Il calme tes nerfs. Avec cette ancre, toutes tes réponses émotionnelles restent discrètes. » (p.62)
Avant de s'endormir, Barbara entendit une autre voix, cette fois féminine :
« Je ne fais pas partie de l'organisation de Hadley. Je vis juste dans ce bâtiment. Tu peux m'appeler Grand-mère. Tout le monde m'appelle comme ça. Tu ne dois pas t'inquiéter. Il y a des gens très sympas dans ce bâtiment et ils essayeront de garder un oeil sur toi. Je passerai quand je pourrai pour voir comment tu vas. » (p.62)
Durant la semaine, un Opérateur nommé Crame acheta les Garçons d'Occident de Hadley. « C'est un salaud, mais nous ferons du mieux pour te protéger ».
« Crame arriva un matin quand je prenais mon petit déjeuner. Il projeta aussi une image de lui, un acte plutôt impétueux, pensais-je, puisqu'il vivait à quelques pas de là. Projeter son image était une tactique pour m'effrayer. C'était un homme imposant avec un visage carré, cruel. Je le regardais avec le même regard indirect et détaché que lui. » (p.62)
Crame considérait Barbara comme un gros problème et voulait absolument la « pantiner ». Nicky lui expliqua après que pantiner quelqu'un, c'est risqué. On ne sait pas ce que la personne devient après. Nicky ne voulait pas le faire, bien qu'il pensait que ça se produirait un jour. Barbara se demanda ce que pantiner voulait dire;
« C'est un processus par lequel la grande partie du treillis d'une Chose est enlevée ce qui permet à un nouveau treillis de croître. [...] Le treillis est la croissance de ton esprit qui stocke tes modèles de comportements. On l'appelle treillis car cela ressemble aux grilles de bois qui soutiennent les rosiers. Une fois que le treillis est retiré, un nouveau treillis croît rapidement, mais il se pourrait qu'il soit très différent. Le genre d'habitudes que tu développes dépendra des Opérateurs qui travaillent sur toi pendant qu'il grandit. » (p.63)
Après discussions, les Opérateurs firent venir Le Canard. Il était très content de l'attitude de Barbara face à Crame. Il lui dit que ce que veut faire Crame - retirer tout le treillis - ferait de Barbara un pantin complet. « Un pantin est entièrement à la merci de son Opérateur et on doit lui rappeler pour tout - prendre un bain, laver les dents, manger. On doit presque respirer pour lui. »

L'humoriste Bob Hope.

Barbara était horrifiée. Nicky lui expliqua que les Opérateurs utilisaient des pantins pour se divertir. Par exemple, Bob Hope était un pantin. Lorsqu'il était sur scène, il exprimait simplement ce qu'un Opérateur voulait faire passer par lui. Il n'y avait pas de treillis qui interfère avec la réception du stimuli. C'est comme d'avoir une marionnette au bout d'un fil.

Nicky ajouta que le démoulage du treillis n'est pas douloureux. Mais un Opérateur verrait qu'il manque le treillis et Barbara aussi se rendrait compte, elle se sentirait dans les vapes.

Le lendemain, Barbara se retrouva avec une douleur au cou. Elle appela Nicky et Le Canard qui lui dirent qu'il n'y avait rien de spécial, qu'elle était juste enrhumée. Mais Grand-mère lui conseilla d'aller voir un docteur, qui se trouvait être aussi un puissant Opérateur. Il était plaisant. Il diagnostiqua un mastoïde infecté (os derrière l'oreille). « C'est une bonne chose que vous soyez venue me voir », dit-il.

La vie continua et parfois les Garçons d'Occident passaient voir Barbara. Elle apprit des choses sur Rita, la soi-disant déesse du dieu soleil qui était une expérience de Hadley. Rita était alcoolique. Son mari, un Opérateur, donna le contrat à Hadley en espérant qu'il améliore les choses. Hadley lui envoya des images du dieu soleil en espérant qu'elle quitte son addiction. Dès que Rita vit le dieu soleil, elle le vénéra. Elle construisit un autel dans son salon et rapidement des dizaines de femmes la rejoignirent. Puis comme ça prenait trop d'ampleur, elle s'installa dans le garage. Le mari de Rita était furieux contre cette thérapie de Hadley, mais Hadley refusa de lui rendre le contrat de Rita.

Plusieurs Opérateurs envoyèrent Barbara chez Rita pour travailler sur elle. Barbara devait s'asseoir sur le sofa de son salon, là où se trouve un loquet. Alors, Barbara sera branchée sur la chambre de Crame et eux pourront entendre ce qu'il se passe en passant par Barbara. Un loquet : c'est un rayon d'écoute.
« On peut le faire mentalement, et la plupart des Opérateurs gardent un loquet sur une Chose quand la Chose est endormie, mais les garçons de Crame le font avec un équipement. C'est pourquoi les garçons vous disent en général de vous asseoir sur le sofa. De la sorte, ils peuvent vous parler sans avoir à s'étendre. » (p.65)
Barbara voulait savoir pourquoi ce travail sur Rita, et pourquoi elle devait aller la voir. Ils lui répondirent que c'est parce qu'elle a à nouveau des doutes. S'ils laissent Rita toute seule, elle laisserait tomber cette histoire du dieu soleil.
« Selon les règles, dès qu'une Chose commence à douter d'un fantasme qu'un Opérateur lui a injecté avec succès, il doit avoir une chance équitable de laisser tomber cette illusion. Une séance est organisée et la Chose a l'opportunité d'être persuadée dans un sens ou l'autre. Dans cette séance, l'Araignée va tenter de convaincre Rita qu'il y a réellement un dieu soleil et Cameron va tenter de convaincre Rita que toute cette histoire est juste une illusion. Je ne sais pas quel concurrent va gagner » (p.66)
Finalement, c'est l'Araignée qui gagna car il joua sur les sentiments d'humilité de Rita - sur le fait que le dieu soleil a besoin de mortels pour le rétablir et que Rita devrait être reconnaissante d'avoir été choisie. Mais pourquoi le mari de Rita reste avec elle, vue la situation ?
« A cause des enfants », dit Sally. « Je n'ai jamais approuvé le mariage entre Opérateurs et Choses pour cette raison. On ne sait jamais ce que deviendront les enfants. Et même s'ils sont des Choses, vous y êtes attaché car ce sont les vôtres. Et si vous êtes marié à une Chose que vos enfants aiment, et s'il se trouve qu'elle est stupide, alors vous êtes coincé. » (p.66)
Barbara était en colère contre les expériences de Hadley. Comme cette Mlle Castello. Elle avait 15 ans et était très introvertie. Hadley avait obtenu son contrat lors d'un Jeu et l'a transformé en monstruosité.
« Hadley avait convaincu la fille que cette planète est réellement le purgatoire, » m'a dit Browney, « et qu'elle était peuplée d'âmes cherchant leur voie vers le Paradis. Tous les malheurs qui tombaient sur les gens étaient des feux purificateurs qui détruisaient les aspects immatures du caractère. Une fois ce cadre en place, il la convainquit que les journaux et les livres contenaient des messages codés entre les diables et que c'était leur façon de communiquer. Il mit un code dans sa tête. J'ai gardé ce code, quelque part. Les mots comme « petit », « petit Joe », et « animal » étaient censés se référer aux âmes. Les mots comme « pêcheurs à la ligne », et « les pêcheurs » étaient censés se référer aux diables. Les mots avec un son particulier [...] se référaient aux tourments infligés par les diables. » (p.67)
Hadley avait donc monté toutes sortes de complexes religieux pour ses sujets. La Mlle Costello était devenue complètement folle, bien que Hadley disait qu'il cherchait simplement à la remettre sur le bon chemin. Depuis le départ de Hadley, elle est sous sédation car elle était au bord de l'effondrement psychique.

Puis Barbara rencontre un Bouclier (un Opérateur policier) qui s'appelle Brannigan. Il lui fait forte impression et Barbara lui raconte son histoire. Elle disait qu'elle ne voulait pas être tuée par le conseil municipal parce qu'elle connaissait le monde des Opérateurs. Brannigan la rassura : il suffisait juste d'enlever de sa mémoire cette connaissance, personne n'allait la tuer.
« Tout Opérateur peut induire une amnésie et détruire vos mémoires quand il veut. [...] Ne sois pas inquiète pour ta vie. [...] Et aussi, tu n'en sais pas autant que les Opérateurs que tu penses. Tu connais certaines de leurs techniques mais tu n'en connais pas même une fraction. Le principal est que tu n'es jamais allée discuter de ce que tu sais avec d'autres Choses et cela impressionnera le conseil. » (p.68)
Un jour, Nicky annonce à Barbara que Sophistiqué est de retour. C'était un membre de l'organisation de Hadley et il ne s'est jamais entendu avec lui. L'Araignée l'admire énormément et a demandé à ce qu'il revienne lorsque Hadley est parti. Barbara trouve Sophistiqué charmant et lui raconte son histoire, se plaignant de devoir vivre comme un rat de laboratoire dans une cage :
« Une autre difficulté est que je ne vis pas que dans une cage, mais dans une cage tordue. Cette expérience est plus difficile pour moi que les Opérateurs ne le réalisent. Elle me force à vivre dans deux mondes à la fois. C'est comme d'avoir un miroir magique dans lequel j'observe ce qu'il se passe sur la lune tandis que je m'occupe de mes affaires ici sur terre. » (p.69)
Amusé, Sophistiqué répondit par une série de dessins. Il dessina un rat de laboratoire devant d'un côté discuter avec les docteurs en chemise blanche, et de l'autre, compter ses sous dans un coin de la cage en se plaignant : « et en même temps je dois me nourrir ! »
« A propos de ma situation personnelle, Sophistiqué était complètement détaché. « La cage t'enferme », m'a-t-il dit, »mais aussi te libère. En devant résister aux Opérateurs, tu es libre d'avoir à résister aux Choses. Tu as beaucoup gagné sans apprécier cela. La difficulté est que ton tempérament ne tend pas à être philosophique mais est totalement occupé par des problèmes immédiats. Tu dois gagner en perspective. Je ne comprends vraiment pas pourquoi avoir choisi quelqu'un comme toi à cette fin car ton tempérament est de la pire sorte que je puisse imaginer. » (p.70)
Nicky répondit que « Celle-ci est typiquement une Chose Américaine » et que c'est principalement pour cela que Hadley l'avait choisie. Sophistiqué ne croyait pas en le fait qu'on avait choisi Barbara pour voir comment la connaissance des Opérateurs serait reçue par une personne lambda. Pourtant, Sharp répondit que c'était l'un de ses objectifs.
« Il était inquiet des recherches qu'il y avait sur nous dans cette université. Il avait peur que s'ils avançaient trop, ils pourraient découvrir la vérité. Franchement, le tempérament Américain étant ce qu'il est, je ne pense pas que la vérité puisse être remarquée. Les Choses Américaines ne pourraient simplement pas l'accepter. » (p.70)
Nicky continua en disant que normalement, l'expérience devait finir par « l'endoctrinement complet » et l'envoi de Barbara dans un hôpital psychiatrique. De plus, Barbara devait à un moment raconter tout ce qu'elle savait, et que cette histoire venant d'un malade mental discréditerait les découvertes de l'université. Mais bien sûr, la difficulté de ce plan était que Barbara ne parlait pas beaucoup, même aux psychiatres.

Mais à ce moment là Barbara entendit la voix de Grand-mère qui lui dit que c'était une chose de raconter cette histoire dans un asile, mais une autre chose de le raconter à un psychanalyste dont on paye les consultations. Elle conseilla à Barbara de prendre quelqu'un au hasard et de lui dire. Grand-mère conseilla aussi à Barbara de noter des choses si jamais ils lui effaçaient la mémoire.

Un jour, Nicky dit à Barbara qu'ils lui assignaient Wimp Semple. Cet Opérateur devait lui rappeler de se brosser les dents, de se coiffer, etc, car elle l'oubliait de plus en plus. Barbara réalisa ce qu'il s'était produit : elle avait été partiellement pantisée.
« Oui, c'est vrai. Tu as été partiellement pantisée. Crame insista là-dessus et l'Araignée l'a fait une nuit quand tu dormais. Certains de tes patterns d'habitudes se développeront dès lors que le nouveau treillis se développera. Et Wimp s'assurera que tous les patterns nécessaires sont inclus ». (p.71)
Wimp Semple était un jeune Opérateur d'environ 19 ans, pas très calme et plutôt bête.
« Le premier jour, Wimp entraîna Barbara dehors et la poussa à aller au cinéma. « Allons se détendre ». Pas loin du cinéma, Wimp me demanda de m'arrêter. « Je marche derrière toi à deux immeubles de là », m'a-t-il dit. « Quand tu vas à la pharmacie, rentre à l'intérieur et prends un soda. Je dois voir quelqu'un qui vit à côté. » (p.72)
La « lapidation » [stoning] ou concentration ciblée sur une personne pour l'attaquer. La victime en repart avec un douloureux mal de tête !

Pendant ce temps, d'autres Opérateurs étonnés par la construction ouverte de l'esprit de Barbara s'intéressèrent à elle. Quand Wimp revint la voir, ils décidèrent de le bloquer. Il fut pris de court et sa voix disparut. Puis il se défendit à l'aide de son ami Frisco et expliqua que tellement de gens avaient entendu parler de « Celle-ci » en ville qu'elle ne pouvait pas passer inaperçue.

Au cinéma, la bande de l'organisation Conroy qui avait abordé Barbara revint les lapider. Frisco et Wimp se défendirent, et Barbara était rassurée de toujours entendre la voix aiguë de Frisco. Ils gagnèrent et Frisco fut réjouit : « Il y aura beaucoup de migraines ce soir dans l'organisation Conroy ! »

Le soir, c'est un autre Opérateur qui prend le relai - Rink. Barbara fait le point avec lui et l'échange intéressant s'ensuite :
« Qu'est-ce que voulait dire Frisco quand il a dit qu'il était chargé à fond ? » demandai-je ?
« Il venait probablement d'acheter une charge, » répondit Rink. « C'est ce qu'utilisent les Opérateurs pour lapider. Vous en trouvez dans n'importe quelle pharmacie. On en trouve sous forme de petites tablettes et quand un Opérateur en avale quelques unes, il est chargé avec le type d'énergie dont il a besoin pour lapider. »
Je me souvins de la conversation des hommes de Conroy. « Ils ont dit que ma tête était ouverte sur une charnière ».
« Elle l'était alors, » dit Rink. L'image du bord d'une tête me vint à l'esprit. « Je projette une image pour que tu comprennes. Quand l'esprit d'une Chose est ouverte sur une charnière, les cellules autour de l'extérieur de la tête sont fermement closes excepté pour une petite zone en haut. » Un couteau invisible coupa dans la tête comme si c'était un gâteau et enleva une fine tranche.
« Quand l'esprit est grand ouvert, le reste des cellules sont ouvertes. » La tranche s'agrandit et elle faisait la taille des trois quarts de la tête. « Quand l'esprit d'une Chose est grand ouvert, des douzaines d'Opérateurs peuvent facilement entrer. Si un Opérateur utilise une Chose comme appât, la tête est toujours grande ouverte. Rien n'attire plus un Opérateur qu'une tête grande ouverte. Il ne peut pas y résister. »
« Les hommes de Conroy ont dit qu'il n'y avait pas de planche ou de cabane sur mon esprit. »
« Bien sûr que non, » me dit Rink. « Le « planchage » et le « cabanage » sont des processus qui scellent les cellules autour de l'esprit de sorte d'empêcher tout Opérateur de rentrer. Bien sûr, les Opérateurs ne recourent pas au « planchage » ou « cabanage » si l'esprit d'une Chose ne peut pas être fermé. Un esprit qui est fermé a été clos et ensuite verrouillé avec un code mental spécial que personne ne connait en dehors de l'Opérateur qui opère la Chose. La plupart des Choses sont protégées des autres Opérateurs par un esprit fermé. »
« Est-ce que ma tête a été endommagée au point qu'elle ne puisse plus être fermée ? »
« Franchement, je pense que oui. Cependant, pas d'inquiétude. Les têtes peuvent toujours être réparées par un processus ou un autre. »
« Rink, peux-tu me montrer une image de treillis ? »
Obligeamment, il me dessina un cercle intérieur dans le contour de la tête, à environ un pouce [2 cm] du bord. « Tout cela est du treillis. Parfois, on laisse le treillis croître de façon plus épaisse - cela dépend du nombre de patterns dont a besoin la Chose. Ce qu'ils ont fait dans ta tête a été de racler du treillis sur les bords. Bien sûr, la plupart des Choses dépendent de leurs patterns d'habitudes pour arriver à fonctionner dans leur vie quotidienne quand un Opérateur n'est pas dans les environs pour les stimuler. Vous seriez surpris du peu de réflexion des Choses. La plupart d'entre elles suivent juste les patterns qu'un Opérateur a soigneusement cultivé dans leurs têtes. Quand le treillis est raclé, une Chose découvre qu'elle n'arrive pas à bien penser. Mais ce n'est pas en réalité la capacité à penser qui est touchée. C'est juste qu'elle dépendait des patterns d'habitudes à la place de la pensée.
« Quelle quantité de treillis ils enlèvent quand ils font un pantin complet ?
Un autre contour de tête me vint à l'esprit. Le bord intérieur cette fois ne s'étendait que sur le sommet du crâne et seulement sur une largeur d'environ un centimètre.
« C'est un pantin avec un chignon, » dit Rink. « Et à chaque fois qu'un Opérateur contrôle l'un d'entre eux, il sait que la Chose n'est pas responsable pour tout ce qu'elle fait. Elle est entièrement contrôlée par un Opérateur. Le contrôle d'une Chose est dans ses patterns d'habitudes. Quand il ne reste plus rien que sa capacité à penser, le plus faible Opérateur peut le contrôler, car les Choses ne peuvent penser que dans une mesure très limitée. »
« Limitée comment ? »
« Je te le dis, » Rink déclara avec finalité. « Si ce n'était pas pour les Opérateurs, les Choses seraient toujours en train de vagabonder autour des cavernes. » (p.74-75)
Barbara rencontra ensuite une opératrice locale qui parvint à acheter une partie de son temps d'opération. Elle s'appelle Hazel et travaille pour les Bûcherons. Barbara aimait beaucoup cette femme au fort caractère. C'était une femme d'action qui ne se laissait pas effrayée par Crame. Après une de ces discussion où Hazel critiquait les hommes de Crame, Wimp intervint :
« Ce que n'explique pas Hazel est que ce qu'ils font est simplement des opérations de crochetage. Il n'y a rien de mal à cela. [...] Tous les opérateurs jouent le jeu du crochetage. Il n'y a pas de meilleure façon pour garder un esprit affûté. Deux Opérateurs essayent de placer l'un d'entre eux dans une situation où l'autre doit payer son concurrent pour l'en faire sortir. Par exemple, cet Opérateur de l'autre côté de la rue, Herb Clarkson. L'autre jour une Chose a été tuée dans un accident ordinaire. Elle est tombée des escaliers et s'est brisée le cou. Herb a parié avec un de ses amis, Fred, qu'il pourrait faire croire que c'est Fred qui a provoqué l'accident. Fred accepta. Herb manoeuvra pour que Fred fasse quelques commentaires qui laissaient vraiment entendre qu'il avait quelque chose à voir avec la mort de cette Chose, et le Bouclier qui couvrait cette défaite, Brannigan, s'en est pris à Fred. Fred dû payer Herb vingt points pour qu'Herb lui explique. S'il avait eu plus de temps, Fred aurait essayé d'incriminer quelqu'un d'autre et de se décrocheter. C'est le genre de manoeuvres qui est autorisée dans le crochetage. Maintenant, si Herb n'avait pas crocheter Fred, il aurait dû payer à Fred vingt points. C'est comme cela que fonctionne l'opération de crochetage. [...] C'est parfaitement légal. Il n'y a rien de mal à cela. C'est juste de la pure opération de crochetage. (p.76)
Wimp expliqua que tous les Opérateurs ne jouent pas au crochetage mais qu'avec Crame c'était devenu une grosse affaire. Crame avait un système qui consistait à surveiller tous les Opérateurs d'une ville et si l'un d'entre eux avait beaucoup de points, il lançait une stratégie pour les faucher. L'Opérateur riche préférait ne pas jouer donc Crame crochetait d'abord une personne de son entourage, puis celle-ci en crochetait une autre, puis une autre, puis une autre, jusqu'à arriver à la personne désirée. Alors, à ce moment là le crochet serait énorme. Et la seule personne qui puisse décrocheter la victime est Crame et il demandait le prix fort.

Barbara remarqua que dans le monde des Opérateurs, chacun est la proie de l'autre. Wimp lui répondit que ça a l'air ainsi car Barbara n'est qu'une Chose et c'est ce qu'on lui a appris. Mais « tout cela est parfaitement légal chez les Opérateurs ». « Cette Hazel, c'est elle qui fait quelque chose de pas éthique en tentant de te faire penser que l'opération de crochetage est illégale. » (p.77)

C'est alors que Sophistiqué débarque et annonce que le grand Crame est crocheté, et que lui part au plus vite. En effet le conseil municipal est outragé, deux Choses que contrôlait Crame se sont suicidées et quelqu'un pense qu'il est responsable. L'une des Choses était un technicien, et assez précieux. « Vous connaissez la peine pour cela. »

Barbara aussi, pensait alors quitter la ville car elle ne voulait pas se retrouvée confrontée à l'un des Opérateurs de ces suicidés qui pourrait l'attaquer. En effet, les Opérateurs s'attaquent souvent par le biais de leurs Choses mutuelles. Mais Wimp revint la rassurer.

La nuit, Barbara eut une compulsion. Elle savait ce que c'était mais ne l'a pas reconnu quand l'Opérateur l'utilisa sur elle. C'est comme un Opérateur veut forcer une Chose à faire quelque chose. Barbara s'est réveillée au milieu de la nuit en pleine panique. Wimp l'obligea à faire sa valise rapidement car le temps pressait. Elle se rendit directement au dépôt des bus.
« Wimp, qui t'a dit d'utiliser la compulsion ? »
« On m'a dit, c'est tout », répondit Wimp, boudant. (p.78)
Barbara allait à Pasadena et savait qu'elle ne pouvait pas demi-tour sinon il allait réutiliser une compulsion sur elle. C'est alors qu'un Opérateur dans le bus, Kash, attaque Barbara. Elle a horriblement mal à la tête. Wimp essaye de se rapprocher en voiture pour le lapider. Hazel tente aussi de se défendre. Mais Kash est plus fort et il « casse chaque synapse » de Barbara. Wimp et Hazel doivent se rendre à l'évidence, l'esprit de Barbara n'est pas joli à voir, il faudra du temps pour qu'il se répare - il ne reste qu'un chignon. Barbara était complètement démoulée. Il fallait alors des mois pour que le treillis se reconstruise.
« Je tentais de penser à la date du prochain jugement, mais ne pouvais pas. Je tentais de penser aux noms des Opérateurs de Crame, mais ne pouvais pas. Je me demandais si j'étais victime d'amnésie et ai retrouvé les papiers que j'avais préparé au cas où, les relisant encore et encore. »
« Ce n'est pas de l'amnésie, » me dit Wimp. « C'est parce que tu es un pantin. Lis un livre ou quelque chose. »
« Je ne pouvais pas lire. Les mots ne voulaient rien dire. Je suis allée voir un film et ne pouvais pas suivre l'histoire. J'avais du mal à dormir. Finalement je suis allée voir le docteur et il m'a prescrit un puissant sédatif. » (p.79)
Sur le conseil de Hinton, Barbara chercha alors dans l'annuaire le numéro d'un pasteur. Barbara écrivit sous la dictée de Hinton une liste des termes employés par les Opérateurs pour le lui présenter. Le pasteur était sympathique mais quand il entendit parler Barbara et lut la liste, il devint blême. Le pasteur envoya Barbara voir un psychiatre, et lui montra la liste des définitions. Hinton lui expliqua qu'une partie du bâtiment de l'hôpital était un refuge que ne pouvait pas atteindre les autres Opérateurs et qu'en deux semaines son esprit serait fermé. Mais Barbara ne pouvait pas y être admise car elle ne vivait pas dans cet Etat et le psychiatre lui conseilla de retourner dans sa ville. Barbara était désespérée, mais elle alla voir ensuite un psychanalyste et un chiropracteur. Après la troisième visite chez le chiropracteur, les Opérateurs avaient disparus.

Troisième partie

La plage asséchée et les vagues

Barbara raconte sa vie après cette longue période des Opérateurs. Elle parle de ces mois de reconstruction de son esprit et pense que toutes ces histoires d'Opérateurs étaient une grande crise de démence. Son esprit est vidé : elle n'arrive plus à comprendre le sens des mots, elle n'arrive pas à suivre ce qu'ils disent à la radio, elle a du mal à accomplir les tâches quotidiennes et à comprendre les règles de la société. Elle finit donc pas rester de longs moments à regarder les oiseaux sur le lac d'un parc.

Cet esprit vidé, cette « plage asséchée », irritait le psychanalyste qui ne comprenait pas pourquoi rien ne lui venait à l'esprit. Le psychanalyste s'énerva : « ne me dis pas qu'il n'y a rien qui traverse ton esprit ! » Mais il n'y a rien qui traversait son esprit. Jusqu'à ce qu'un jour, alors qu'elle regardait un feu rouge, une vague s'abattit sur son esprit asséchée. Elle se rappela de la fonction d'un feu rouge et de ce que voulait dire le vert et le rouge. Peu à peu, en diverses circonstances, elle commençait à se rappeler de la signification des expressions, des mots, (comme pourquoi une « star » pouvait chuter d'une fenêtre - pas une étoile du ciel mais une star d'Hollywood) et des images de la vie quotidienne.

L'artisan souterrain

Le psychanalyste demanda à Barbara d'écrire quelque chose - n'importe quoi. Elle commença à taper à la machine à écrire de manière automatique, sans arrêt. Après, elle essayait de se relire en se demandant ce que tout cela signifiait - elle ne comprenait pas encore tout avec sa « plage asséchée ».
« Les mots sortaient de nul part, arrivaient directement à mes doigts, et apparaissaient magiquement sur la papier. Je ne me préparais pas mentalement avant d'écrire; la plage asséchée était incapable de se préparer à quoi que ce soit, même de se rappeler de commencer à écrire à 14h chaque jour. (p.86)
Barbara avait terminé ce roman de 60,000 mots en environ 30 heures. Tout le livre était cohérent jusqu'au dernier chapitre et les personnages eux-mêmes évoluaient jusqu'à la fin. Mais le psychanalyste n'était pas impressionné : « c'est juste ton esprit inconscient qui avait déjà planifié ce livre ».

Quelque chose

Ce « quelque chose » est comme une intuition qui suit Barbara partout. A chaque fois, elle se retrouve à faire les bonnes choses aux bons moments, anticipant même les situations, car ce « quelque chose » en elle lui souffle de le faire. C'est ce même « quelque chose » qui va lui faire chercher à nouveau un travail, la faire entrer à la bonne porte et comme par hasard, un poste l'attend.

Quelque chose s'étend

Barbara décrit encore d'autres anecdotes où par ce « quelque chose », elle sait à l'avance ce qu'il va se passa et comment répondre à une situation.
« Pendant quatre jours j'avais de plus en plus d'appréhension, sachant ce qu'allaient dire les gens avant qu'ils ne parlent, sachant qu'ils allaient venir avant qu'ils ne tournent au coin de la rue. C'était une expérience troublante. Puis ce quelque chose m'a intimé d'aller à Las Vegas » (p.90)
Elle emporta 5 dollars avec elle, et « quelque chose » lui fit jouer au même jeu six fois, et elle gagna six fois. Puis elle arrêta et retourna chez elle.

Mon ami l'inconscient

Pour le psychanalyste, toutes ces intuitions justes sont le fruit de l'inconscient de Barbara. De même, il lui dit que le fait d'être parti six mois en changeant sans arrêt de lieu en pleine crise de « schizophrénie » était possible grâce à cet inconscient qui le protégeait. Alors, même si cet inconscient avait une drôle de manière de s'exprimer, tout cela avait pour but de guider Barbara vers une amélioration de son état... du moins, c'était la théorie de ce psychanalyste.

Le freudien

Pour le psychanalyste, les psychoses étaient la conséquence de la vie sexuelle inadéquate des américains. Le psychanalyste était français. Barbara lui demanda ce qui causait la schizophrénie. La seule chose qu'il ne comprenait pas était qu'en six mois, son inconscient n'était jamais rentrée dans une discussion sur le sexe. Le psychanalyste faisait partie de cette religion du freudisme. Il pensait que les hommes étaient plus réalistes sur le sexe que les femmes et que les femmes ne devraient pas s'impliquer émotionnellement avec les relations sexuelles. Barbara répliqua en disant que la nature avait donné aux femmes un fort instinct maternel plutôt que celui de conquête. Le psychanalyste s'énerva, répondant avec nervosité que ce n'étaient que des salades. Il lui dit qu'à son âge, elle aurait déjà dû avoir 125 partenaires.

Les partenaires

Le psychanalyste au début, voulait connaître les rêves de Barbara. Mais elle répondit qu'elle ne rêvait jamais. Sauf que la nuit qui précédait la dernière consultation, elle fit le premier rêve de sa vie.

Elle était assise dans un restaurant avec un partenaire, qui se trouvait être un racketteur. Le psychanalyste ne chercha pas à l'interpréter. Barbara elle, avait le sentiment que ce racketteur était en fait, ce psychanalyste freudien, et que l'inconscient lui exprimait son humour !

Les images

Un jour elle se réveilla avec une image sur la plage asséchée. C'était des cercles concentriques avec des rayons qui en sortaient (comme une toile d'araignée).

D'autres fois, elle reçut des images sur des objets de la vie quotidienne qui l'ont aidées dans des situations ordinaires. Elle trouvait ce phénomène curieux. L'image apparaissait soudainement sur la plage asséchée et disparaissait.

Elle se demandait si le mécanisme complexe en-dessous de la plage asséchée n'était pas constitué d'un grand nombre de « départements ». Chaque département s'occupait de certaines tâches précises, comme se réveiller à la bonne heure, écrire un roman, etc, et les départements devaient communiquer entre eux d'une certaine manière. Elle se dit que parfois la plage asséchée devait capter et retransmettre ces communications. Puis ces images disparurent et Barbara ne sait pas pourquoi.

Note : Evidemment, à ce stade de son parcours, elle exclut qu'il puisse toujours y avoir des Opérateurs qui la guident, puisqu'elle les interprète désormais comme des illusions liées à sa période de schizophrénie. Il est néanmoins intéressant de noter que ces intuitions et ces images viennent d'un « second cerveau » qui ne s'active que lorsque l'être humain fonctionne comme une totalité. Ce second cerveau a en quelque sorte, les mêmes facultés que les Opérateurs, puisqu'il a accès à un plan psychique de la réalité.

Quatrième partie

La machine de la raison

Barbara explique comme, en l'espace d'une nuit, elle se retrouva avec la « machine » de la raison qui s'était réactivée. D'un coup, elle s'était échouée sur la plage asséchée et s'était reconnectée à elle. Tous les vieux processus étaient de retour, et avec la raison revint aussi l'émotion. « Je me suis réveillée un matin en train de réfléchir et éprouver des émotions au petit déjeuner. »

Elle prit conscience de tous les évènements de sa vie passée. Et de comment elle avait traversé tout cela sans problème majeur. Elle se demandait ce qui avait causé la schizophrénie, à l'origine. Des tensions ? Une insatisfaction sexuelle comme le disait le Freudien ? Aucune idée. Devait elle déménager pour revenir chez elle ? Elle se rappelait de ce que disait Nicky :
« Afin d'avoir ce qu'il veut qu'on fasse, un Opérateur doit influencer une Chose tout le temps [...] et plus une Chose veut faire les choses à sa manière, plus un Opérateur doit avoir de ressources. »
« Le travail d'un Opérateur doit être très difficile, » ai-je dit.
« Eh bien, » Nicky avait répondu, « une fois que tu connais le tempérament de la Chose, l'influencer n'est pas trop difficile. Tu apprends ce qui l'attire et ce qui le motivera plus facilement. » (p.104)
Les manuels

Barbara ne comprenant pas l'origine de ses troubles, commençait un faire des recherches dans le domaine de la schizophrénie, et a tenter d'interpréter les Opérateurs comme des symboles livrés par son inconscient. Dans ses recherches, ce qui la stupéfait quand même est que la schizophrénie peut toucher absolument n'importe qui, et sans prévenir. C'est ce qui rend la schizophrénie mystérieuse.

Alors, certains chercheurs pensèrent que le trouble avait une origine physiologique : un déséquilibre de telle ou telle glande. Pour les thérapies, les psychiatres étaient aussi partagés : électrochocs, médicaments,

Une chose aussi qu'a remarqué Barbara, c'est que les schizophrènes ont souvent la capacité étrange d'être conscient d'émotions non-verbalisées et propres au thérapeute. Comme s'ils pouvaient « étendre » leur esprit à l'esprit du thérapeute et capter ses informations. Il y a une forte sensibilité chez les schizophrènes.

Puis Barbara cite un passage de Jung qui dit que la schizophrénie pourrait venir d'un trouble physiologique comme un dérèglement endocrinien, un empoisonnement biochimique... Bref, pour Barbara, cela peut effectivement être impliqué mais ce n'est que la conséquence d'un stress émotionnel...

Le bronco

Barbara évoque l'adrénaline émise par la glande surrénale. L'adrénaline transforme l'homme dans des cas où il doit changer de comportement. Cela rappelle l'idée de cheval et bronco à Barbara. Donc les personnes qui seraient moins agressives, moins franches, à cause d'un stress émotionnel, seraient à ce moment là déséquilibrées et cela entraînerait la schizophrénie. Elle pense donc (interprétation) que toutes ces histoires avec les Opérateurs lui ont permis de retrouver son caractère de « bronco » sain.

Les psychiatres et les schizophrènes

Barbara explique que les schizophrènes sont d'ordinaires très peu communicatifs. C'est comme s'ils ont une « ancre » qui les rend non coopératifs, ils restent sereins et impénétrables. Barbara détaille tous les types de schizophrénie connus et l'interprète avec l'idée de « l'ancre ». Barbara se retrouve plutôt dans la catégorie des « schizophrènes paranoïdes ». Ce sont des personnes qui vont un jour dire qu'ils ont vu un Martien ou que leur voisin a essayé de le tuer par des rayons mortels. Contrairement aux autres schizophrènes, le « paranoïde » a une activité mentale incessante, il cherche à s'échapper de ses ennemis. Donc Barbara pense que c'est un moyen pour l'inconscient d'affronter des peurs intérieures, un conditionnement restrictif.

Le guidage et la planification

Barbara pense que toute son aventure avait été prévue à l'avance par son inconscient - du début à la fin. Tout cela dans le but de sa « réanimation », comme le disent les Opérateurs. Tout cela aurait un sens clair.

Les opérations de crochetage

Barbara dit que ce que lui ont dit les Opérateurs sur le crochetage (légal, etc) lui ont permis de voir la vérité en face sur ce qu'il se passe dans le monde, et qu'auparavant elle refusait.

Les docteurs

Barbara se demande au début si, comme l'a remarqué un psychiatre, le schizophrène est quelqu'un qui se retrouve dans un rêve que son inconscient a lui-même créé, ou s'il se retrouve par hasard dans un monde ». Puis elle commente le fait que l'inconscient sait très bien comment guérir de lui-même.

Ce quelque chose

Encore des commentaires sur l'inconscient, les hallucinations, et les mystiques. Une remarque intéressante par contre : elle dit que Sophistiqué affirmait :
« Que très tôt dans l'histoire de la civilisation, les Opérateurs ont entouré la terre d'une zone aérienne de rayons si d'acier puissants que même Dieu ne pouvait pas passer au-travers. [...] Sophistiqué remarqua qu'il suffit de regarder l'état du monde pour voir qu'il est clair que Dieu ne peut pas passer. » (p.124)
Un Univac privé

Barbara note que l'inconscient est un instrument fantastique qui peut même apprendre sans l'intervention de la conscience. La plupart des actions mécaniques sont apprises inconsciemment. Elle remarque aussi que plus est détendu l'esprit inconscient, plus il est capable de bien fonctionner. Tous ces mécanismes inconscients sont mystérieux.

Mais est-ce que l'inconscient peut penser ? Car la plupart du temps, on le voit comme quelque chose de mécanique, un ensemble de processus. Oui, il peut penser, et cela produit l'inspiration, l'intuition (les hommes préfèrent dire inspiration, les femmes intuition). L'inconscient peut penser avec les données et la compréhension que lui envoie le conscient. Et il pense beaucoup plus vite que le conscient. Encore faut-il que l'on y soit attentif et qu'on ait confiance en cette connexion avec son inconscient, sinon il se dissocie et il devient comme un être extérieur à soi.

Pour appuyer ce qu'elle dit, Barbara mentionne ces écrivains qui font appel à leur inconscient, et parle d'un livre sur « Le processus créatif ». Et Barbara fait le lien avec les Opérateurs en disant qu'ils sont un symbole pour l'inspiration que l'on peut avoir. Elle évoque alors la parapsychologie.

L'homme en mutation

Thèse selon laquelle l'augmentation des schizophrènes est une tentative de la part de la nature de s'adapter aux nouvelles conditions de l'humanité. « C'est une mutation ».

Est-ce une tentative de s'adapter à une environnement désormais trop complexe ? Où il y a trop de tensions à gérer ? La nature fait peut-être des millions de schizophrènes en s'attendant à ce que l'un d'entre eux permette une mutation réussie.

Hinton : un homme départementalisé

Barbara a aimé certains des Opérateurs, et d'autres pas (comme Dorraine, Crame, etc), mais seul Hinton l'a mis mal à l'aise à ce point. Son visage caverneux et ses longs cheveux noirs n'aidaient pas, c'est sûr. Il était presque toujours là à regarder de travers, posté dans un coin de de la chambre. Il restait silencieux. Hinton était non conformiste. La première chose au premier matin que les Opérateurs ont dit à Barbara, était de mieux connaître Hinton. Barbara interprète désormais cela comme le fait de se réapproprier la partie non conformiste de l'inconscient.

A propos de ce côté non conformiste de sa personnalité, Barbara se souvient qu'à l'école, elle avait écrit une histoire à 13 ans sur le fait que Dieu ne pouvait exister tel que les hommes se le représentent par conditionnement, mais qu'il existe dans la perfection géométrique de la nature.

Burt lui, était le conservateur sobre, et Nicky, le jeune homme sympathique et bien élevé. Barbara pense qu'il y a eu une dissociation entre la partie d'elle même quel a société a rejetée (le « Hinton ») et les autres acceptables mais moins créatrices. Barbara était devenue « départementalisée », fragmentée. Cela serait une cause de la schizophrénie dans son interprétation.

Mémo sur les établissements psychiatriques

Barbara cite une pièce de Joseph Kramm, The Shrike pour illustrer le fait qu'il est facile d'entrer dans un hôpital psychiatrique mais difficile d'en ressortir.

Le couteau et la hachette

Les dernières pages du livre parlent du retour en entreprise de Barbara, et de sa redécouverte des mêmes histoires de crochetage et d'attaques à coup de couteaux et de hachettes que se livrent les employés en permanence. Elle essaye d'être réaliste, de s'adapter à la situation et se défendre, plutôt que de fuir d'une façon ou d'une autre. Mais elle se demande si elle ne parviendra jamais à devenir un impitoyable et immoral « Opérateur Crochet ».

Commentaire

Plusieurs d'entre nous ont remarqué d'étranges maux de tête arrivant à certaines périodes précises, associées par exemple à des pensées précises relatives à des sujets sensibles. Il se peut aussi que des voix entendues par clairaudiance se mêlent à la voix intérieure pour faire prendre des décisions ou donner une certaine inspiration (et pourquoi pas chez les réalisateurs de films ou personnalités qui répandent des idées ? - exemple avec le film « L'Agence »). Cela demande d'être très attentif et de chercher à entendre sa voix intérieure pour la dissocier d'autres voix éventuelles. On peut se demander si la provenance de ces influences n'est pas liées à ces Opérateurs décrits dans le livre de Barbara O'Brien.

L'auteur décrit les Opérateurs comme des personnes humaines d'apparence normale qui constituent un certain pourcentage de la population (on peut penser ici à la psychopathie) et qui ont une capacité à se dédoubler consciemment et à volonté (phénomène de bilocation connu par exemple chez certains saints). Ces facultés, ainsi que celle d'entendre les pensées des autres, leur permet d'agir et de suivre un certain nombre de personnes dans la société (les Choses).

Leur nature est bien exposée dans ce qu'ils appellent le le « Crochet » et le « Jeu ». Il s'agit toujours de profiter de certaines faiblesses pour monter dans la hiérarchie sociale, et ce, sans que personne ne s'aperçoive que ce jeu est mené consciemment. Avec le « Jeu », il s'agit de monter dans le système social des Opérateurs eux-mêmes.

On peut tout à fait imaginer que ces Opérateurs soient réels. Si leur monde est constitué comme Barbara le décrit dans son livre, un système de contrôle des connaissances est institué : les « Choses » ne sauraient jamais que les Opérateurs existent car l'information serait toujours bloquée. En effet, comment l'information pourrait-elle se répandre dans la société si les Opérateurs ont ces facultés d'attaquer, à distance, le cerveau d'une Chose, et lui faire prendre des décisions aberrantes - ou même, de le transformer en légume ?

Ce témoignage livré par Barbara O'Brien indique donc clairement qu'une « conspiration » (qui est simplement l'exploitation de certains êtres par d'autres) peut s'étendre sur de très longues périodes dans l'histoire. Il suffit pour cela que l'esprit d'un groupe d'individus - comme les Opérateurs - ait des facultés parapsychiques développées : non pas simplement la capacité à faire du « remote viewing », mais la capacité à utiliser ces facultés dans un mode de vie à part entière.


Commentaire : Bien que le phénomène décrit par O'Brien soit difficile à comprendre, il est plus probable que les opérateurs représentent des entités hyperdimensionnelles de polarité service de soi, que des êtres de troisième densité.

De surcroît, les maladies mentales, telle la schizophrénie, sont liées à des perceptions d'autres réalités/dimensions.


Si l'on peut lire dans l'esprit des autres comme dans un livre ouvert, entendre les voix intérieures, les suivre à distance, et même les influencer, alors les personnes ayant ces aptitudes se rencontreraient, se comprendraient, et formeraient un système qui, avec le temps, serait bien rôdé. On peut penser, par exemple, qu'un certain type de mélange alchimique ou de pratique ésotérique ouvre l'esprit au monde invisible/énergétique. Des sociétés secrètes seraient alors constituées de personnes ainsi « éveillées », sans pour autant que ce soit bénéfique pour le reste des mortels « endormis » ! Car le terrain de jeu dans la bataille du pouvoir serait alors l'esprit et la pensées des populations ! ... exactement comme ce que décrit Barbara O'Brien.

Curieusement, l'initiation en franc-maçonnerie a pour but de faire quitter ce monde illusoire où se meuvent les morts (en bleu), et rejoindre le monde spirituel où vivent les maîtres (en rouge). Dans l'initiation maçonnique, représentée d'ailleurs dans d'innombrables films, l'individu doit prendre conscience de ce que c'est que d'être mort, et ce que c'est être vivant. Il est facile de démontrer à quiconque que le système est gouverné par des élites qui savent que leur rôle est de gérer le bétail - leur courant de pensée est le même : on retrouve cette religion antique dans tous les artifices du système. Une fois cette démonstration faite, il est facile de démontrer que la pensée des « morts » n'est pas la sienne, mais une répétition de ce qu'il a lu ou entendu, provenant de l'esprits des maîtres (si l'on remonte suffisamment loin). Toutes les vies sont en effet « conditionnées ». Cela démontré, l'individu qui procède à l'initiation acquiert une indépendance « spirituelle » qui lui permet d'entendre sa propre voix intérieure. Un exercice maçonnique que l'on donne à cette fin est le suivant :

« Aller dehors, prendre un objet avec soi et un bandeau - ou le faire juste les yeux fermés pour que les profanes ne vous regardent pas de travers.

Déposer l'objet à ses pieds, là où l'on est, fermer les yeux et faire ceci :

Faire 5 pas en avant qu'on appelle : A B C D E pour se repérer,
Tourner à droite et faire 3 pas qu'on appelle : JAH BU LON
Tourner à droite et faire 3 pas qu'on appelle : UN DEUX TROIS
Tourner à droite et faire 3 pas qu'on appelle : LUNDI MARDI MERCREDI
Tourner à gauche et faire 2 pas qu'on appelle : RETOUR DÉPART

Ramasser l'objet qui devrait être là.

Le faire 2 fois les yeux ouverts pour se rappeler du parcours et des mots et ensuite se lancer dans le noir.

Si vous n'entendez pas les ordres, vous êtes mort... mais si vous les entendez, il ne vous restera qu'à prêter attention à chaque fois que l'on fait quoi que ce soit. »

En résumé

L'existence d'un certain nombre de personnes possédant des facultés psychiques pleinement développées - pour des raisons inconnues, peut-être génétiques - est hautement probable sinon certain.

Que ces personnes vivent dans la société en ayant appris à se servir de ces facultés, ou aient été automatiquement détectées par des organisations spéciales est probable.

Qu'il y ait une surveillance psychique des individus dangereux au système (par cette structure parallèle d'individus naviguant facilement dans l'invisible grâce au double) est vraisemblable - un grand nombre de faits l'en attestent.

Sans rentrer dans les détails sur les structures de ces organisations, leurs rapports, et leurs autorités propres, ces informations devraient faire réfléchir.