© Inconnu
Le courant de la psychologie positive ne décrit pas suffisamment les limites des émotions positives, expose le journaliste Eric Jaffe dans la revue Observer de l'Association for Psychologial Science.

"C'est formidable de se sentir bien" mais ça l'est moins, donne-t-il en exemple, d'être dans un épisode de manie (trouble bipolaire), ou de se sentir bien quand il serait plus adapté de se sentir en colère ou anxieux, ou encore de faire de la quête du bonheur son seul but dans la vie.

En 2011, rapporte-t-il, la psychologue June Gruber de l'Université Yale et ses collègues ont publié dans la revue Perspectives on Psychological Science une analyse du "côté sombre" du bonheur, décrivant les conditions dans lesquelles les émotions positives cessent d'être utiles et commencent à être nuisibles.

Ces chercheurs citaient des études montrant que trop souhaiter être heureux peut avoir l'effet contraire et nuire au bien-être. Les émotions positives ne sont pas toujours les plus adaptées au contexte, soulignaient-ils aussi.

De son côté, le psychologue Joseph Forgas University de l'Université de New South Wales (Australie) a étudié le bon côté de la tristesse. Tout comme le mouvement de la psychologie positive oublie parfois les limites du bonheur, il ne tient pas toujours compte du fait que les émotions négatives ont aussi leur avantage, explique-t-il.

"Au cours des millénaires, les êtres humains ont évolué avec un riche répertoire de réactions affectives, et il va de soi que l'affect négatif doit avoir d'importantes fonctions adaptatives aussi. (...) Je pense que c'est une erreur de souligner qu'un ensemble d'états affectifs, tels que l'affect positif, est universellement bénéfique et que les états affectifs négatifs sont toujours nuisibles". Dans diverses expériences, il a démontré, avec ses collègues, que les affects négatifs peuvent être liés, dans certains contextes, à davantage de comportements prosociaux et à un meilleur jugement.

"En prétendant que le bonheur et la positivité sont universellement souhaitables et possibles, nous créons probablement une attente populaire irréaliste qui laisse beaucoup de gens moins heureux et satisfaits qu'ils pourraient l'être autrement", dit-il.

De son côté Gruber souligne que non seulement un équilibre entre émotions positives et négatives (selon le contexte) est souhaitable mais également, semble-t-il, une stabilité. Dans une étude dont la parution est à venir dans la revue Emotion, les gens qui présentaient une plus grande variabilité émotionnelle étaient moins satisfaits de leur vie, fonctionnaient moins bien et avaient plus de symptômes de dépression et d'anxiété.

"Ce n'est pas seulement que nous avons cette quête obsessionnelle du bonheur, dit-elle, mais nous avons aussi ce refus obsessionnel des émotions négatives. Cela crée un déséquilibre dans notre écosystème émotionnel. Nous ne sommes pas constitués pour se sentir seulement heureux - nous négligerions beaucoup d'indices importants de notre environnement si nous nous sentions chroniquement heureux tout le temps".

Ajoutons que les thérapies cognitives dites contextuelles (souvent appelées de troisième vague) telles que la thérapie d'acceptation et d'engagement visent le développement de l'acceptation des émotions négatives (ou positives) et la distanciation psychologique de ces émotions afin d'être en mesure de fonctionner adéquatement et d'agir selon ses objectifs et ses valeurs. Ces capacités définissent la flexibilité psychologique.

La flexibilité permet par exemple d'accepter de vivre une anxiété qui va de pair avec certaines actions que l'on souhaite accomplir alors que de rechercher l'évitement de cette émotion pourrait conduire à ne pas pouvoir réaliser ses buts à long terme. De même il peut être nécessaire de se distancier d'émotions positives afin de mieux tenir compte d'un contexte.