Un enseignant, un pompier, un ouvrier. Des hommes ordinaires, bien insérés. Mais des hommes qui, dans l'intimité, étaient adeptes d'images pédopornographiques.

Plus que pour tout autre, avant d'aborder ce genre de dossier délicat, il faut relire l'avertissement du philosophe Epictète. « Si quelqu'un boit beaucoup de vin, ne dit pas : c'est mal. Dit : c'est un homme qui boit beaucoup de vin. » Autrement dit, ne jugeons pas moralement une déviance. Dans un tribunal, on qualifie pénalement et l'on condamne sur des violations du droit. Jamais sur la morale. Aussi désagréable soit la prévention. Hier au tribunal, ont comparu trois hommes qui ont visionné, chacun dans leur intimité, des images d'enfants nus, livrés aux perversions d'adultes, esclaves modernes des mafias du sexe, comme l'a rappelé la procureure De La Tronchette. Frédéric, François et Alain ont des parcours communs vers ce que le président Devalloir a qualifié de "glissade".

Honteux mais soulagés

Ils sont pompier, enseignant, ouvrier. Ils ont une famille, l'un d'entre eux a même un enfant. Et pourtant le soir, pour eux, ça glisse au pays du virtuel. Ils en ont honte mais ils ne peuvent pas décrocher. « J'étais accro », avoue Alain. Lorsqu'une opération de police est déclenchée au niveau national et que les uniformes débarquent chez eux, ils en sont « soulagés ». Tous l'ont dit à la barre. Soulagés malgré la honte, malgré les épouses qui interrogent, malgré la peur des réactions de l'entourage familial, professionnel. Dans les trois dossiers examinés successivement hier, les prévenus présentaient tous des « fragilités » dans leurs personnalités. « Il n'est dangereux que pour lui-même », affirme un psychiatre à propos de François. Les experts ont noté, chez les trois hommes, des états dépressifs. Pas de perversité.

Le président Devalloir, pendant son instruction à la barre, a mis au jour le processus qui a amené ces hommes ordinaires à regarder de la pornographie infantile sur leur écran. Ils ont allumé leur ordinateur pour regarder des images ou des vidéos pour adultes. Des fenêtres s'ouvrent, la curiosité malsaine s'empare d'eux. Un clic pour débarquer au claque des enfants, ce lupanar mondial qui prospère sur la misère là-bas et la frustration ici. « Pourtant, vous êtes tous des hommes aux services d'autres : pompier, enseignant. Ça pose question », commente, sobrement, le président Devalloir.

La procureure a requis contre eux des peines similaires : trois mois avec sursis et mise à l'épreuve pour deux ans, avec obligation de soins contre François, six mois avec sursis et mise à l'épreuve pour deux ans contre les deux autres, qui ont également détenu quelques photos sur leurs ordinateurs. Du côté de la défense, les plaidoiries ont appuyé sur les points que le président avait, déjà, mis en avant. Des hommes dépressifs, pas dangereux, qui tous se sont engagés dès leur interpellation dans une démarche de soins. Bien sûr, dans les bordels de Manille et d'ailleurs, le trafic continue. Mais pour François, Frédéric et Alain, l'écran s'est brutalement éteint. Et ils ont redécouvert le goût de la vraie vie.

Le tribunal a suivi les réquisitions, en les réduisant à quatre mois sursis avec mise à l'épreuve pour Frédéric et Alain. « Une peine d'avertissement », a expliqué le président Devalloir.