Le triomphe de la Mort de Pieter Bruegel en 1562
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Le triomphe de la Mort de Pieter Bruegel en 1562
La Peste Noire est l'un des moments les plus controversé de notre chronologie par les historiens, surtout par le fait de sa vitesse de transmission et par un taux de mortalité, tous deux hors du commun. Ainsi, certains ont suggéré la présence d'autres épidémies (type Ebola, anthrax) pour accompagner la peste, dont les souches antiques ne démontrent pas à ce jour une grande différence symptomatologique avec les pestes modernes.

Mike Baillie, un dendrochronologue a publié plusieurs livres depuis 1999 sur le thème de plusieurs grandes catastrophes historiques, comme conséquence d'impacts de comètes. Ses analyses sur des arbres anciens de Sibérie, d'Europe, et d'Amérique du Nord et du Sud, ont révélé de grandes perturbations dans leur croissances, sous entendant de grandes catastrophes environnementales datées* en l'an -2354 av J.C., -1628, -1159, -208, et l'an 540 ap. J.C.

Cette dernière date corrobore justement avec la présence d'ammonium dans des carottes glacières du Groenland, vers cette date. La présence de ce composé chimique est une preuve scientifique de la désintégration d'une comète, puisque celui se forme par l'azote de l'aire et l'hydrogène, dans des conditions de pression et de températures extrêmes qui suivent l'arrivée dans l'atmosphère d'un gros corps. Ces calottes glacières ont démontré de l'ammonium pour l'an 539 ap. J.C., qui correspond avec la dernière date de Mike Baillie et qui est la seconde plus forte présence d'ammonium de l'histoire, l'an 626, l'an 1014, qui est l'année de la plus forte présence d'ammonium dans l'histoire, et de manière plus anecdotique, l'an 1908, qui correspond à la catastrophe de Toungouska.

Dans son livre New Light on the Black Death: The Cosmic Connection, Mike Baillie estime qu'une comète s'est écrasée sur terre en l'an 540, provoquant des millions de morts pour les retombées environnementales et autres catastrophes conséquentes. Il enlève ainsi de l'importance à la peste de Justinien, comme responsable du haut taux de mortalité à ce moment, ce qui va dans le même sens que les analyses symptomatologiques des souches antiques de la Peste Noire, qui ne démontrent pas que cette maladie médiévale composait des symptômes très différents de la peste moderne. En ce qui concerne l'époque médiévale de la Mort Noire, Mike Baillie rassemble un grand nombre d'indices et témoignages historiques qui laissent penser que « l'histoire s'est répétée », c'est à dire qu'une autre comète y aurait commis des ravages, puisqu'il relie ces traces d'ammonium dans la glace à une autre comète, il y a 664 ans, dont il associe l'impact à un tremblement de terre déclaré vers le 13 janvier 1348, provoquant une nouvelle fois de grands dégâts humains et une Grande Peste.

La dendrochronologie est loin d' être une méthode de datation toujours exacte, dans un contexte historique, à l' instar du Carbone 14, et la datation à partir de carotte de glace est moins critiquée mais en fait limitée par les même calibrages que les autres méthodes de datation [1]. Mais faute de mieux on ne prendra en compte ici que de cette dernière méthode. Dans un document postérieur à son livre [2], il apporte de nouvelles dates d'impacts, comme 1348 ou 1491 et plus de précision à ce sujet. Mais puisque les dates de 539 ap. J.C. (il y a 1473 ans) et 1014 (il y a 998 ans) marquent la plus forte présence d'ammonium dans notre histoire, dans un ordre croissant et que 1348 (il y a 664 ans) est documentée de témoignages, nous prendrons ici en compte que celles-ci.

La date de 539 ap. J.C. des carottes glaciaire, celle de 540 de la dendrochronologie de Baillie, est aussi confirmée par des calculs d'astrophysiciens qui se basent sur la fréquence des étoiles filantes dans les Taurides, inscrite dans des archives chinoises datées à cette époque.

[1] On doit décider parfois de façon arbitraire, quelle est la longueur d'une année sur la carotte de glace.
[2] « The case for significant numbers of extraterrestrial impacts through the late Holocene » - Mike Baillie, 2007

Une découverte pertinente sous tous les points de vue

Cette découverte démontrée par la présence d'un composé chimique dans des carottes de glace du Groenland, et la dendrochronologie, remet largement en question notre perception sur notre passé, puisque notre chronologie actuelle ignore totalement de grands cataclysmes universels comme ceux présentés et argumentés par Mike Baillie. Bien que cette démonstration puisse quand même s'intégrer dans la chronologie scaligérienne, si on y admet des erreurs de datations sur quelques décennies, ainsi que l'absence de mention à ces catastrophes.

De plus elle résous d'un trait, un des grands mystères inhérents à la Mort Noire, à savoir son pouvoir mortel, à grande échelle, et de manière soudaine, qui ne correspond pas avec ce que l'on sait de la peste. Une immense catastrophe de la nature de l'impact d'une comète tue un grand nombre de personnes rapidement, et soumet les survivants à la sous-alimentation et avec un système immunitaire affaibli, n'importe quelle épidémie de peste, d'anthrax ou autre, et devient tout autant meurtrière que la cause première.
Dans le cas où les rats seraient porteurs des pestes antiques à ce moment, le chaos environnemental peut permettre des migrations massives et affolées, bien que ce ne soit pas confirmé par les témoignages historiques et difficiles à imaginer avec le climat supposé des zones touchées par la Mort Noire, à ce moment.

Témoignages historiques d'une catastrophe majeure à l'époque de Justinien

Cassiodore, homme politique et religieux de la péninsule italique, durant l' année approximative de 536 ap. J.C. : « (on) ... nous apprend que dans l' année où il écrit, il y a eu en Italie un temps à près semblable à celui que nous avons éprouvé depuis peu en France, durant plus de dix-huit mois; un printemps sans températures douces, un été sans chaleur, un fort grand froid pendant les mois qui devait faire mûrir les fruits, un soleil affaibli et presque éteint, non dans le seul moment d'une éclipse, mais pendant le cours de toute une année... » [1]

Toujours en 536, le byzantin Procope de Césarée : « Pendant cette année, un signe de mauvaise augure a eu lieu, Le soleil a donné sa lumière sans éclat [...] et il a paru avoir comme une éclipse, parce que ses rayons ne brillaient pas. »

Jean le Lydien (490-565?), fonctionnaire byzantin : « Le soleil est devenu sombre...pour presque toute l'année...ainsi que les fruits ont étés tués à un moment inopportun. » [2]

Michel le Syrien (1126-1199), patriarche de l'Église syriaque orthodoxe au sujet de l'année 536 : « Le soleil s'est obscurci et cette obscurité a duré 18 mois. Chaque jour, il ne s'est montré que durant quatre heures, et sa lumière était faible. Les fruits ne mûrissent pas et le vin a le goût des grappes acides ». [3]

[1] « La vie de Cassiodore, chancelier et premier ministre de Théodoric le Grand et autres roys d'Italie... »
[2] « The Dark Ages: Were They Darker Than We Imagined? », Greg Bryant
[3] Michel Le Syrien

Témoignages historiques d'une catastrophe majeure durant l'époque médiévale

Un auteur contemporain de Padoue, au sujet du 25 janvier 1348 : « Dans la trente et unième année de l'empereur Louis, vers la fête de la conversion de St Paul (25 janvier), il y a eu un tremblement de terre dans toute la Carinthie et Carniola qui fut si sévère que tout le monde craignait pour sa vie. Il y eut des chocs répétés, et une nuit la Terre trembla vingt fois. Seize villes furent détruites et leurs habitants tués... Trente-six forteresses de montagne et leurs habitants furent détruits et on a calculé que plus de 40 000 hommes furent engloutis ou ensevelis. »

(L'auteur continue à dire qu'il a reçu l'information d'une lettre de la maison de Friesach adressée au prieur de la province d'Allemagne) : « Il dit dans la même lettre cette année-là (1348) du feu tombant du ciel consuma le pays des Turcs pendant 16 jours; que pendant quelques jours il plut des crapauds et des serpents, qui tuèrent beaucoup d'hommes : qu'une pestilence s'est renforcée dans beaucoup de parties du monde. » [1]

Un autre témoignage, tiré du livre de Samuel Cohn [2] : « ... un dragon à Jérusalem comme celui de Saint Georges qui dévora tout ce qui croisait son chemin.....une ville de 40000 habitants...totalement démolie par la chute du ciel d'une grande quantité de vers, gros comme le poing avec huit pattes, qui tuèrent tout le monde par leur puanteur et leurs vapeurs empoisonnées. »

Un témoignage du frère dominicain Bartoloméo [2] : « ... de massives pluies de vers et de serpents dans certaines parties de la Chine, qui dévorèrent de grands nombres de gens. Également dans ces endroits, le feu pleuvait du ciel sous forme de neige (cendre), qui brûla les montagnes, le pays, les hommes. Et de ce feu monta une fumée pestilentielle qui tua tous ceux qui la sentaient en moins de vingt-quatre heures, comme ceux qui ne virent que le poison de cette fumée pestilentielle. »

Un traité allemand de 1348 [1] : « Tant que la mortalité provient de causes naturelles, sa cause immédiate était une exhalaison de la terre polluée et empoisonnée qui infecta l'air dans diverses parties du monde... Je dis que ce fut la vapeur et l'air pollué qui ont été exhalés- ou pour ainsi dire purgés - dans le tremblement de terre qui s'est produit le jour de St Paul [en 1348], avec l'air pollué exhalé dans d'autres tremblements de terre et éruptions, ce qui a infecté l'air au-dessus de la terre et a tué les gens dans diverses parties du monde. »

[1] Rosemary Horrox, Black Death
[2] Samuel Cohn, The Black Death and the Transformation of the West

Deux sortes apparentes de témoignages

Les témoignages datés de l'époque de Justinien se focalisent sur un long hiver « nucléaire » tandis ceux de la Mort Noire évoquent plutôt de nombreux tremblements de terre, et un air « empoisonné » qui fait des ravages. Pourtant, c'est Isidore de Séville (570-636), dans son Etymologiae, qui devint largement acceptée dans toute l'Europe durant le Moyen Age, qui va donner un sens au mot « pestilence ». Il partagea le terme en trois syllabes, chacune ayant un sens particulier : pes = tempesta : « tempête » : te = temps, lencia = clarda: « clarté, lumière », en conséquence, la pestilence était « le temps de tempête causé par la lumière des étoiles. »

Il existe des théories historiques sur l'action de volcans, qui seraient les coupables de l'hiver « nucléaire » mentionné par nos témoins du passé [1], notamment le fameux Krakatoa, cependant comme le dit bien Mark Baillie cette hypothèse ne s'appuie sur aucune preuve [2], et le nombre d'objections raisonnables est tel que l'on peut l'écarter en toute tranquillité.

Cet « hiver nucléaire » serait vraisemblablement dû à une méga-explosion provoquée par la chute d'une comète sur notre terre, puisque les traces d'ammonium dans la glace le confirment. Tandis que des tremblements de terre en grande proportion sur une courte période sont une conséquence logique d' un impact violent sur notre planète et que l'« air empoisonné » peut, comme le souligne Mike Baillie, provenir de deux causes : des transformations chimiques à haute énergie dans l' atmosphère ou bien des émanations de gaz de la terre elle-même, comme lors de l'explosion de gaz du lac Nyos au Cameroun en 1986, la première cause étant bien plus sensée si on parle d'un phénomène de grande envergure, comme c'est apparemment le cas. De plus, cette fois ci, cette cause, plutôt que la peste bubonique, explique bien sa rapidité inouïe de propagation.

Les deux effets, « hiver nucléaire » et « l'air empoisonné » ont le point commun de requérir une gigantesque explosion, et de pouvoir être éventuellement associées au même événement, « un hiver nucléaire composé d' air empoisonné »...

[1] « Volcans et Climat : introduction - le changement climatique en 535 »
[2] Krakatoa

Incohérence de la chronologie historique avec les carottes de glace avec ammonium

Bis Repetita, des traces d'ammonium ont été retrouvées dans des carottes de glace du Groenland, estimées à l'an 539 ap. J.C. (il y a 1473 ans), qui
Gravure sur bois comète de 1577 à Prague
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Gravure sur bois - Comète de 1577 à Prague
correspond avec la dernière date trouvée par Mike Baillie et qui est la seconde plus forte présence d' ammonium de l'histoire, l' an 1014 (il y a 998 ans), qui est l' année de la plus forte présence d' ammonium dans l' histoire, et 1348 (il y a 664 ans).

D'un point de vue de la chronologie historique traditionnelle, c'est à dire dans le cas où toutes les dates historiques ici données sont exactes, la première date (539) peut s'imbriquer parfaitement dans l'époque de Justinien, ainsi que la dernière (1348) dans celle de Bocacce.

Mais voilà le problème, si l'impact « secondaire » d'il y a 1473 ans (539) a pu provoquer un hiver nucléaire et que l'impact encore moins important de 1341 (il y a 664 ans) a pu provoquer des nuages ou des courants d'air toxiques, qu'en est-il de l'énergie encore plus fortement déployée en 1014, il y a presque tout juste mille ans ? Où se cache donc cet impact majeur dans notre chronologie ? Peut-être faut-il l'oublier ?

On a vu que les témoignages des épisodes datés en 539 et 1341 existent, mais alors, pour quelle raison les concepteurs de notre chronologie historique ont « oublié » de mentionner l'importance de ces grandes catastrophes environnementales démontrées par la science ? Seule l'arrivée récente de la science en histoire a permis de le considérer. Peut-on prendre ce silence méprisant de la chronologie historique à ce sujet comme suspect ?

Ce n'est pas l'approche pertinente et originale de Mike Baillie qui peut être critiquée, celui-ci, comme presque tous les scientifiques, a une confiance aveugle en notre chronologie scaligérienne, pour ne pas s'être donné la peine de l'avoir examiné sérieusement. Celui-ci ne fait que tenter d'adapter ses données scientifiques avec cette chronologie, qui elle est étrangement toujours restée silencieuse sur ces grandes catastrophes humaines et environnementales.

Des données à prendre avec pragmatisme

Si on connaît la méthode de travail de la datation des carottes glaciaires, du carbone 14 ou de la dendrochronologie, on se rend compte que celles-ci dépendent toujours de la chronologie historique, se calibrent par rapport à celles-ci, ainsi cette démarche ne pourra jamais remettre en question notre chronologie historique, conçue par des religieux il y a plusieurs siècles, on adapte ainsi la science à l' histoire, plutôt que d' adapter l' histoire à la science, comme le fait la démarche récentiste.

year temperatures datas from year 0 to year 2000
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Ne discutons pas plus, on a retrouvé plusieurs traces d'impacts de comètes à travers l'histoire dans la glace du Groenland, à travers la présence plus ou moins importante d'ammonium. Chose tout à fait logique si on considère les risques d'impacts importants d'objets venants de l'espace. Mike Baillie souligne que de nombreux scientifiques de haut niveau et agences de gouvernement prennent ces choses au sérieux, bien que c' est toujours ignoré, marginalisé et ridiculisé aux yeux du grand public via les médias dominants.

Quoiqu'il en soit, deux impacts majeurs ont eu lieu, le premier il y a environ 1473 ans, et un second plus important, il y a environ 998 ans. Un autre impact, moins important aurait eu lieu il y a environ 664 ans. Associer avec certitude certains de ces événements avec des témoignages historiques à la datation plus qu'incertaine relève d'une aberration. De plus, la chronologie historique traditionnelle pourrait en expliquer deux d'entre eux, mais ne pourrait le faire pour l'impact de comète le plus important de notre histoire, qui a eu lieu il y a presque 1000 ans.

Mike Baillie nous offre une liste de dates d'impacts plutôt fournie, et il est évident que tous n'ont pas systématiquement changé la face du monde et son environnement dont les effets sont passés inaperçus, pour cette raison toute notre attention se porte sur l'impact considéré comme le plus violent, daté en 1014 années après la naissance mythique du Christ, un événement ignoré dans notre chronologie.

Mais une autre donnée « scientifique » peut compliquer les choses, les fameuses courbes de notre température moyenne, durant notre histoire. Mais ces données sont mesurées par la variation de carbone 14 dans le bois ancien, par rapport à l'actuelle. Il faut savoir que cette méthode de datation repose sur la supposition que la composition de notre atmosphère soit restée la même, ce qui est bien évidemment faux, comme par exemple les recherches de Mike Baillie, le démontrent. Sachant cela, des corrections ou calibrages sont nécessaires, et ceci toujours par rapport à l'indiscutée chronologie historique. Ce sont donc des données à prendre avec des pincettes.

Si on compare ces courbes avec les résultats de Mark Baillie, on peut y constater une baisse significative de la température il y a environ 1473 ans, qui correspond à l'année 539 ap. J.C. Cependant les témoignages historiques estimés à cette époque parlent bien d'un hiver « nucléaire » qui aurait duré 18 mois environs et ces courbes ne présentent aucune baisse de température comparable à un tel évènement. Est-ce que ce sont plusieurs témoignages historiques qui se recoupent qui se trompent ou bien est-ce l'estimation des températures passées grâce au carbone 14 qui n'est définitivement pas du tout fiable ?

Avec cela, ces courbes ne sont pas du tout fidèles aux carottes de glaces du Groenland qui démontrent l' impact majeur d'une comète dans notre histoire en plein « optimum climatique médiéval » et le « Petit Age glaciaire » aurait connu une plus grande baisse de température, que durant « l'hiver nucléaire » des contemporains de Procope de Césarée. Nous avons donc ici deux résultats « scientifiques » sur notre histoire ancienne qui ne corroborent pas, de même qu'aucune d' entre elle n'est réellement fidèle à notre chronologie historique. Pour être la « moins imparfaite » d'entre toutes, ce sera la datation à partir de carottes glaciaire qui sera ici retenue, au détriment du controversé carbone 14.

Si on admet notre chronologie historique traditionnelle comme exacte, un impact de comète aurait provoqué un désastre tel qu'un long « hiver nucléaire » de dix-huit mois, vers 540 ap. J.C., et un autre impact en 1348 aurait provoqué de nombreux tremblements de terre, et empoisonné l'air. Malheureusement, l'impact majeur de 1014 ap. J.C. semble ne jamais avoir eu lieu dans notre histoire. Voici peut être un nouveaux défi pour les historiens.