Bassin de l'Amazone map
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Le bassin de l'Amazone, le plus important système fluvial mondial se dégrade extrêmement rapidement, toutes les rivières et les fleuves de son bassin sont actuellement en péril. Les activités humaines sont la seule cause de cette dégradation rapide et inquiétante et en particulier les barrages, les exploitations minières de plus en plus nombreuses, la surpêche et la déforestation, selon une étude publiée la semaine dernière par une équipe internationale de scientifiques.

Dans cette étude publiée dans la revue Conservation Letters, les chercheurs dirigés par Leandro Castello du centre de recherche Woods Hole Research Center, lancent un cri d'alarme sur les menaces qui pèsent sur le fleuve Amazone et tous ses affluents.

Ils s'insurgent et répètent que les aires naturelles protégées actuellement ne suffiront pas à sauvegarder les écosystèmes touchées par les activités humaines, et dénoncent dans leur rapport l'ampleur des dégâts causés par l'extraction du pétrole, les mines d'or, la surexploitation des plantes et des animaux, le déboisement et la construction de barrages.

La construction des barrages dans le bassin amazonien est l'une des menaces les plus immédiates sur les écosystèmes régionaux. Ils sont tous susceptibles d'interférer avec le cycle hydrologique complet du bassin et les nombreux flux des nutriments nécessaires à sa conservation. En effet les grands barrages restreignent ou bloquent la circulation des poissons migrateurs. Mais plus grave encore les zones inondées peuvent générer d'importantes émissions de gaz à effet de serre et modifier considérablement les habitats amazoniens.

On dénombre un total de 154 barrages hydroélectriques en exploitation dans le bassin de l'amazone, 21 sont en construction actuellement et on prévoit de construire 277 autres barrages supplémentaires dans un proche avenir.

« On a aussi constaté dans tout le bassin la présence de milliers de petits barrages individuels, souvent situés sur des petits ruisseaux, ils fournissent généralement de l'électricité pour pomper de l'eau pour le bétail », a déclaré Marcia Macedo de la Woods Hole Research Center dans un communiqué.

« L'ensemble de ces installations et les futurs projets d'infrastructures industrielles modifient fondamentalement l'hydrologie des systèmes d'eau douce du bassin de l'Amazone.« 

Le bassin souffre aussi de la surpêche, qui affecte directement toute la chaîne alimentaire jusqu'aux populations humaines qui dépendent fortement du poisson comme source de protéines.

L'étude, note que la consommation moyenne actuelle de poisson par habitant sur l'ensemble du bassin amazonien est de 94 kg / an / habitant, pour les populations riveraines des cours d'eau, ce qui est près de six fois la moyenne mondiale. Mais l'étude révèle aussi que la moyenne des espèces les plus fréquemment pêchées et consommées par les populations locales a chuté de plus de 60 pour cent au cours du siècle passé. Plusieurs espèces sont actuellement en voie d'extinction.

La déforestation aggrave les effets néfastes sur les rivières de l'Amazonie. On estime que 56 pour cent des plaines inondables le long des courants dominants de la basse Amazonie ont été déboisés entre 1970 et 2008, ce qui déclenche une érosion des sols rapide qui altère gravement la qualité de l'eau et draine d'énorme masse de sédimentation. La déforestation peut également augmenter la variabilité des niveaux d'eau entre les saisons sèche et pluvieuse, en affectant gravement les plantes locales et les habitats des animaux sauvages.

Enfin, la pollution des parcelles agricoles (engrais chimiques, pesticides et herbicides), l'extraction du pétrole et des gaz (déchets de forage et de pétrole brut) et les mines (pollution au mercure et aux métaux lourds) affectent irrémédiablement les écosystèmes d'eau douce de l'Amazone. Les eaux de ruissellement provenant des fermes de soja industriels et des ranchs de bétail sont particulièrement destructeurs dans le sud de l'Amazonie.

Les chercheurs recommandent d'élargir urgemment les approches traditionnelles de conservation des territoires terrestres amazoniens et d'y inclure tous les écosystèmes aquatiques de son bassin.

Ils suggèrent d'utiliser les zones protégées existantes comme point de départ vers une transition plus globale et dans un cadre de conservation des rivières du bassin versant qui protège tous les écosystèmes aquatiques et terrestres. Étant donné que de nombreux bassins versants dépassent les frontières nationales, l'effort entrepris devra être transnationale.

L'urgence à protéger les rivières et les fleuves amazonien est criant, les autorités nationales cachent les dégâts , a déclaré Castello.

« Des progrès de conservation significatifs importants sont actuellement observés pour le probléme de la déforestation amazonienne, elle est aujourd'hui étudiée de prés et suivie année après année. Nous devons maintenant urgemment faire la même chose pour les écosystèmes aquatiques. »

Rapporteurs : Castello, L., McGrath, DG, Hess, LL, Coe, MT, Lefebvre, PA, Petry, P., Macedo, MN, Reno, V., Arantes, CC 2012. ( La vulnérabilité des écosystèmes d'eau douce d'Amazon. Conservation Letters)