Article reproduit en partie - sans les quelques commentaires de l'auteur à la fin

Depuis les années soixante, et peut-être même avant, les autorités de santé publique ont bombardé la population avec ce message: «coupez les gras». Les principaux coupables, selon ce message, sont les acides gras saturés. Ces gras saturés se retrouvent bien entendu dans la viande, mais aussi dans le chocolat, la noix de coco et nombre d'aliments. Récemment, la notion de réduire les gras saturés à cause d'un risque présumé pour les maladies cardiaques est remise en question parce que la science derrière ce dogme alimentaire n'est pas solide du tout. (Voir l'excellent article de Hélène Baribeau dans passeport santé La guerre aux gras saturés est-elle inutile ?)

La relance du débat sur le danger ou l'absence de danger des gras saturés vient d'une méta-analyse publiée en janvier dernier dans la revue American Journal of Clinical Nutrition.(1) Les chercheurs ont repris les principales études ayant évalué le risque cardiovasculaire associé à la consommation de gras saturés. Oh surprise ! Ils constatent que, d'après les mêmes données qui ont supporté l'interdit et toute la campagne pour dégraisser l'Amérique, la consommation de gras saturés n'est pas associée à une augmentation du risque de maladies cardiovasculaires !!!

Malheureusement, la campagne de dégraissage a eu un effet pervers. Non seulement, l'incidence des maladies cardiaques n'a-t-elle pas diminué, mais, bien pire, les aliments légers ont fait leur apparition. Les industriels de l'alimentation ont répondu à la demande en remplaçant le gras par des glucides. La teneur en gras des aliments a été réduite, mais leur index glycémique (taux de sucres et de féculents), lui, a augmenté. Ainsi, depuis cette mode, et malgré les efforts de la population pour couper les gras, le diabète et l'obésité sont devenus des épidémies et les maladies cardiovasculaires n'ont pas reculé. Curieux n'est-ce pas?

Revenons aux gras saturés. Une toute nouvelle étude d'observation a suivi une cohorte de plus de 58000 japonais. (2) À l'aide de questionnaires de fréquence alimentaire, les chercheurs ont voulu évaluer si, chez des asiatiques, les gras saturés avaient ou non un effet délétère cardiovasculaire. Ce qu'ils ont trouvé est renversant. Non seulement la consommation de gras saturés n'est pas associée à une augmentation du risque cardiovasculaire, mais on assiste à un effet protecteur contre les AVC (accidents vasculaires cérébraux - stroke) ! En effet, dans ce groupe, on observe un facteur de protection de l'ordre de 31% contre les AVC, de 52% contre les hémorragies intraparenchymateuses ou intra crânienne, et de 42% contre les AVC ischémiques. Bref, pour ce type d'affection, les gras saturés semblent conférer une protection. Les résultats de cette étude sont très intéressants et assez importants pour renverser le dogme établi. Par contre, comme ils sont basés sur un questionnaire, ils ne sont pas suffisamment fiables pour nous permettre d'établir hors de tout doute que les gras saturés sont bénéfiques.

Références

1. Siri-Tarino PW, Sun Q, Hu FB, Krauss RM. Meta-analysis of prospective cohort studies evaluating the association of saturated fat with cardiovascular disease. Am J Clin Nutr. 2010 Mar;91(3):535-46. Epub 2010 Jan 13. PubMed PMID: 20071648; PubMed Central PMCID: PMC2824152. (texte complet accessible gratuitement

2. Yamagishi K, Iso H, Yatsuya H, et al. Dietary intake of saturated fatty acids and mortality from cardiovascular disease in Japanese: the Japan Collaborative Cohort Study for Evaluation of Cancer Risk Study? Am J Clin Nutr (August 4, 2010). doi:10.3945/ajcn.2009.29146