Il n'est plus à démontrer que par le biais des évènements du 11 septembre 2001, l'Occident a érigé la théorie du choc des civilisations afin de faire accepter ses guerres néocoloniales à son opinion publique. Dès lors, la colossale machine de propagande impériale s'est activée afin de diaboliser l'Islam et les musulmans, faisant passer ces derniers pour des barbares arriérés et sanguinaires menaçant la civilisation occidentale.

L'Occident devait alors, aux yeux de sa population, non seulement se protéger de cette menace mais avait également le devoir moral d'apporter la démocratie et la liberté aux peuples prétendument opprimés d'Orient du fait de l'obscurantisme islamiste.

Une nouvelle page de l'histoire coloniale s'écrivait alors : le colonialisme s'était jadis justifié par l'apport de la civilisation aux races inférieures et se justifiait dorénavant par l'apport de la démocratie et des libertés aux peuples opprimés.

Dans ce processus, l'Occident s'est principalement appuyé sur Al-Qaeda pour justifier sa thèse du choc des civilisations. En effet, l'action et l'idéologie de l'obscure nébuleuse étaient décrites comme une menace existentielle pour la civilisation occidentale, ce qui a conduit à l'invasion de l'Afghanistan en 2001 puis de l'Irak en 2003, dans la mesure où les Etats-Unis ont notamment affirmé, pour justifier le recours à la force contre Saddam Hussein, que ce dernier aidait logistiquement Al Qaeda.

Ainsi, Al Qaeda représentait un moyen de justifier l'épopée coloniale contre le monde musulman. L'action de la nébuleuse allait donc déjà à l'époque dans l'intérêt objectif de l'empire, et plusieurs éléments laissaient penser que les deux acteurs travaillaient déjà de concert à l'époque, comme par exemple un article du journal français Le Figaro qui titrait, en juillet 2001, deux mois avant les attentats des tours jumelles : « Ben Laden rencontre la CIA à Dubaï ».

Mais aux yeux de l'opinion européenne et américaine, l'Occident avait la légitimité morale pour combattre Al-Qaeda, qui symbolisait la prétendue menace islamique.

Cependant, l'alliance de la nébuleuse avec l'Occident se fît de plus en plus voyante et atteignit un point culminant lorsqu'Al-Qaeda se chargea purement et simplement de travailler militairement pour le compte de l'Occident en chassant Kadhafi du pouvoir en Libye.

Le paradoxe de la politique américaine se faisant donc trop visible, le pentagone annonça durant ces évènements que Ben Laden avait été liquidé, et ce pour faire savoir en filigrane que l'affront du 11 septembre avait été lavé et qu'il n'était plus nécessaire de considérer Al-Qaeda comme un ennemi inconditionnel : la nébuleuse pouvait donc être armée par l'empire sans que cela ne doive choquer l'opinion publique occidentale. Cette nouvelle alliance quasiment assumée, voire revendiquée par un camp comme par l'autre, pouvait ainsi être réutilisée de manière décomplexée et décuplée par l'empire afin de combattre l'un des réels résistants à l'hégémonie impériale : la Syrie.

Avec cette alliance dorénavant assumée, on aurait pu croire que l'Occident allait enterrer sa théorie du choc des civilisations. En effet l'Occident ne peut de façon cohérente à la fois armer Al-Qaeda et critiquer sa barbarie et son obscurantisme pour justifier sa politique impériale : c'est d'ailleurs la raison pour laquelle l'Europe et les Etats-Unis imputent à Bachar Al Assad les massacres commis par les milices djihadistes.

Néanmoins l'empire atlantiste ne semble pas vouloir enterrer cette théorie du choc des civilisations, mais faute de pouvoir utiliser Al-Qaeda pour permettre de la justifier, l'Occident va lui-même ternir l'Islam aux yeux de sa population. C'est sans doute dans ce contexte que doivent être compris le récent film américain calomniant et insultant le prophète Muhammad (P) ou bien les récentes caricatures du journal Charlie Hebdo.

Il doit donc être constaté que malgré sa réconciliation assumée avec Al-Qaeda, l'Occident veut garder un fort ressentiment anti-islamique parmi sa population en diabolisant l'islam par des moyens artistiques : il y a donc une volonté de faire perdurer l'idée d'une guerre contre l'Islam dans l'opinion occidentale. Il faut donc avoir à l'esprit que si l'empire atlantiste ne veut pas enterrer cette théorie du choc des civilisations, c'est qu'il entend forcément la réutiliser à des fins géopolitiques, et ce sans doute de façon identique au passé, c'est-à-dire en manipulant ou en téléguidant Al-Qaida comme par le passé.

Dans un premier temps, l'Etat-major occidental compte sur une victoire de la nébuleuse en Syrie. La Syrie sera alors dans un tel état d'affaiblissement, avec une milice désorganisée à sa tête, qu'il sera loisible à l'empire incarné par l'entité sioniste d'envahir le pays, et ce comme en 2001 pour l'Afghanistan, en agitant la menace de l'Islam « radical » encore une fois symbolisée par Al Qaeda. L'histoire se répète : l'empire place à la tête d'Etats des ennemis taillés à sa convenance afin de pouvoir justifier ses guerres, tout comme jadis la banque d'Angleterre avait financé l'accession au pouvoir d'Hitler pour mieux le détruire ensuite.

L'un des buts possibles des évènements actuels est donc de permettre à « Israël » d'étendre ses frontières en Syrie, ce qui eut été impossible avec la puissante armée syrienne actuelle de Bachar Al Assad. Ainsi, si Bahar Al Assad tombe et est remplacé par Al-Qaeda, la doctrine du choc des civilisations sera à nouveau employée pour justifier une guerre coloniale israélienne contre la Syrie comme peut le laisser penser une publicité anticipatrice placardée partout à New-York : « Dans toute guerre entre l'homme civilisé et le sauvage, soutenez l'homme civilisé. Soutenez Israël, anéantissez le djihad ».
Une prise de conscience urgente s'impose donc au monde arabo-musulman afin de ne pas faire le jeu des ennemis historiques de la cause palestinienne et de l'Islam et de contrecarrer leurs plans.

Au sujet d'Al Qaeda en Syrie, vidéo : "L'attaque d'Al Qaeda contre le ministère syrien de la Défense", Réseau Voltaire, 29.09.2012.