Enfant de la Société
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La France, en mode cocotte-minute

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Cazeneuve avec Clapper, le chef du renseignement américain, en février 2015. Pour parler du recrutement terroriste sur Internet
La découverte du contenu du projet de loi pour le renseignement a stupéfait un bon nombre d'observateurs de la société française. Des défenseurs des libertés au président de la commission du contrôle des écoutes Jean-Marie Delarue, en passant par un commissaire principal honoraire de la police nationale, font connaître leur désaccord et leur inquiétude sur ce projet aux contours flous, à la possibilité de dérives importantes mais aussi par son orientation générale, qui n'est pas celle d'origine, liée aux attentats du 7 et 9 janvier 2015.

Le terrorisme brandi en février — pour justifier cet arsenal de surveillance — n'est en réalité qu'une petite partie immergée de l'iceberg du « projet renseignement » de Bernard Cazeneuve et Manuel Valls. Les « intérêts économiques et scientifiques » de la France sont inclus dans les autorisations administratives de surveillance, mais aussi « l'exécution des engagements européens et internationaux de la France ». Comme « la prévention des violences collectives de nature à porter atteinte à la paix publique ». Ce projet de loi, sans l'autorisation d'un juge et à la seule discrétion des services gouvernementaux permet donc de mettre absolument n'importe qui pour à peu près n'importe quel motif sous écoute, géolocalisation ou interception de ses communications sans aucune garantie judiciaire. Pourquoi et comment un pouvoir politique peut-il en venir à vouloir faire passer un tel projet ?

People 2

Au-delà de la fabrique du consentement

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© Reuters
Des lecteurs et d'autres personnes me demandent encore parfois ce que je pense du texte de Edward S. Herman et Noam Chomsky paru en 1988, Manufacturing Consent: The Political Economy of the Mass Media [La fabrication du consentement: de la propagande médiatique en démocratie*]. Ma réponse est toujours la même: c'est une étude indispensable, classique, et célèbre à juste titre, du rôle des médias de masse aux États-Unis en tant qu'organes de propagande pour l'établissement de cette nation impériale.

Pour nombre d'entre nous, à gauche, Manufacturing Consent a été un ouvrage révélateur, un de ceux qui ont considérablement modifié notre compréhension de comment et pourquoi les médias états-uniens traditionnels s'acquittent de cette fonction. Le livre a été particulièrement éclairant pour moi sur le rôle crucial joué par l'aile libérale de gauche (si peu) de ces médias - en particulier le New York Times - dans la définition des critères impériaux étroits définissant ce qui est acceptable en termes de débat politiquement correct pour les classes éduquées de la nation.

Handcuffs

Liberté d'expression : les sites pro-ana censurés

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Il y a deux ans, l'étude franco-britannique Anamia menée entre autres avec le CNRS et Telecom ParisTech avait conclu sur les "conséquences paradoxales de l'interdiction" des sites de communautés pro-anorexie (ou "pro-ana"). Leurs travaux avaient montré que la censure des sites qui vantent l'anorexie est contreproductive. Non seulement les sites fermés laissaient place à d'autres, mais surtout et c'est beaucoup plus important, les chercheurs ont constaté que les sites de communautés pro-ana étaient en réalité une aide importante apportée aux personnes qui souffrent d'anorexie. Elles y découvrent une "nouvelle sociabilité pour rompre l'ancien isolement", et s'entraident à vivre avec leur maladie, pour peut-être finalement la surpasser et guérir.

C'est donc certainement en écoutant les bons conseils des professionnels que les députés ont adopté mercredi soir un amendement à la loi Santé présenté par la députée Maud Olivier (PS), qui condamne d'un an de prison et 10 000 euros d'amende "le fait de provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet de l'exposer à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé".

Handcuffs

Liberté d'expression : Roucas viré du théatre des deux ânes

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« Les méthodes du PS contre les candidats FN : Incendies, menaces de mort, agressions..Valls et ses SA en action. Heil Hollande ! »

C'est en ces termes que l'humoriste Jean Roucas a commenté la campagne électorale pour les cantonales, sur son compte Twitter. Il n'a fait que tourner en dérision les appels au "harcèlement démocratique" des responsables du PS à l'égard des militants du Front National. C'est-à-dire organiser la marginalisation sociale de ceux-ci par tous les moyens. C'est en tout cas ce que révèlent les nombreux cas d'agressions et d'intimidations à l'égard de candidats FN : insultes, voiture endommagée, maison aux murs tagués, licenciement, et même tabassage en règle etc.

Il ne s'agit pas de défendre et de commenter les prises de position du FN. Il est légal, donc il se présente aux élections. Point barre. Il suffit de voter contre ses candidats quand on souhaite le barrer, ou de militer par des tracts par exemple. Recourir aux violences physiques, sociales ou psychologiques, c'est faire entrer le débat public dans une autre dimension, celui de la guerre civile. On aura beau jeu alors de condamner les atteintes aux droits de l'homme en Russie, quand on fait de même en France. Pour info, je n'ai jamais rencontré de militant FN armé ou menaçant. Comme tout le monde, je prends ou je ne prends pas les tracts que l'on me tend dans la rue. Je les lis ou non, j'en partage ou pas le contenu, j'en discute avec mes proches : le B-A BA de la démocratie.

Eye 1

Loi sur le renseignement : un état d'urgence permanent, en France

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Le projet de « Loi sur le Renseignement », que le pouvoir avait promis dans la foulée du carnage de « Charlie Hebdo », le 7 janvier 2015, devrait être déféré devant la commission des lois de l'Assemblée nationale française, le 1er avril, sans qu'il ait été possible de savoir si, dans sa hâte, le gouvernement socialiste ne s' est pas rendu compte de l'ironie représentée par la fixation au 1er avril de l'examen de ce projet de loi controversé, correspondant au traditionnel « Poisson d'avril » ou s'il avait intentionnellement fixé cette date en guise d'un pied de nez à ses détracteurs qui assimilent ce dispositif au « Patriot act » américain.

Point culminant d'un processus psychologique, à soubassement médiatique, visant à la construction du schéma de l'« ennemi intérieur » selon le modèle du plan Condor de sinistre mémoire en Amérique Latine, cette loi liberticide vise, dans l'ordre subliminal, à stigmatiser le « jeune musulman banlieusard » ; une stigmatisation confortée par les dérives des paumés de l'Islam, à l'instar de Mohamad Merah, Hedi Nemmouche, les Frères Kouachi ou Amedy Coulibaly.

Padlock

Société en délire : en taule les buralistes !

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Bertrand Dautzenberg est un professeur de médecine français, praticien dans le service de pneumologie de l'hôpital de la Salpêtrière à Paris, président de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT). Il enseigne la pneumologie, en particulier la tuberculose et la tabacologie à l'université Pierre-et-Marie-Curie. Il est l'auteur de plusieurs livres sur le tabagisme et a coordonné un rapport sur la cigarette électronique pour le gouvernement français. C'est donc un spécialiste de la question qui était interrogé et débattait hier matin avec le représentant des buralistes sur un plateau de télévision sur le paquet neutre dans le cadre de la loi Touraine sur la santé. Et le moins que l'on puisse dire est que son discours fait froid dans le dos.

À l'instar de la ministre qu'il conseille, ce monsieur est d'un dogmatisme extrêmement préoccupant. Deux de ses phrases m'ont fait sursauter : « Il faut mettre les buralistes en cour d'assises » [...] et « les buralistes sont un obstacle à la santé publique », en conséquence « il faut supprimer le réseau des buralistes » (LCI - « Choisissez votre camp », de 9 h 30 à 10 h 30).

À tout vouloir criminaliser, on en arrive à des aberrations et un délire total. Ce monsieur veut envoyer les buralistes devant les juges car ils vendent un produit légal, et dont l'État profite largement pour remplir ses caisses. Car qui gagne le plus dans cette histoire ? Les chiffres sont sans appel : en 2012, 8,6 % des 17,8 milliards d'euros du chiffre d'affaires du marché du tabac sont revenus aux buralistes, 13 % aux fabricants et aux distributeurs et près de 78,5 % à l'État. Ce dernier a ainsi perçu 14 milliards d'euros de taxes (TVA comprise) en 2012, soit 1,8 % de plus que l'année précédente.

Commentaire: L'enfer est bel et bien pavé de bonnes intentions. Fort heureusement, le tabac, ça n'est pas seulement ces cigarettes industrialisées bourrées de produits toxiques, vendues dans des emballages culpabilisants. Le tabac, c'est aussi cela :

- Le tabac en Amazonie n'est pas une drogue mais une médecine
- Le scandale de la falsification des données sur les dangers du tabac
- Le cancer du poumon et le tabac
- La médication transcendantale : Big pharma et le tabac
- Dr William T. Whitby : vive le Tabac, où l'on découvre que l'usage du tabac n'est pas mauvais pour notre santé
- Le tabac protège t-il de la peste et autres pestilences ?
- Le tabac : une plante médicinale anti-cancer


Question

A 320 : contexte et théories divergentes

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© AP Photo/ French Interior Ministry, Francis Pellier
Les circonstances dans lesquelles est surevenu le crash du Vol 9525 Germanwings suscitent de plus en plus de questions.

48 heures après la tragédie, la police avait déjà perquisitionné l'appartement du copilote dépressif en y trouvant des comprimés en grand nombre et un certificat médical d'arrêt de travail déchiré dans la poubelle. On retrouva également très vite sa petite amie qui fit part des cauchemars nocturnes du défunt en disant qu'ils étaient tous liés à des crash d'avions. Les boîtes noires retracèrent tant bien que mal le scénario de la chute avec un copilote enfermé dans le cockpit qui, ne laissant pas entrer son collègue dans la cabine, dirigea consciemment l'Airbus contre une montagne. L'enquête fut rapide, le verdict, à peine les corps refroidis, tomba comme un couperet: Andreas Lubitz s'est suicidé entraînant à sa suite 149 passagers. Pas de chance, l'appareil était piloté par un fou en plein traitement psychiatrique.

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Pesticides et abeilles : exemple d'une étude scientifique « mal interprétée »

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© Flickr/CC/dasWebweib
Première abeille du printemps - 8 mars 2015
Un nouveau scandale autour des pesticides ? Selon le New Scientist, les résultats d'une étude menée il y a deux ans n'ont pas été correctement exploités. Ils auraient dû mener à l'interdiction des néonicotinoïdes, pas à leur maintien.

Les néonicotinoïdes déciment-ils les butineurs ? Le gouvernement britannique avait répondu non à cette question il y a deux ans, en se fondant sur une étude scientifique menée sur des bourdons (population semblable aux abeilles, mais plus facile à étudier). Mais, sciemment ou non, les données ont été mal interprétées, révèle aujourd'hui le New Scientist.

Selon l'hebdomadaire scientifique britannique, c'est "un nouveau scandale scientifique" qui pointe à l'horizon. Il concerne une étude citée il y a deux ans par le gouvernement britannique pour contrer l'interdiction temporaire de l'Union européenne sur trois pesticides accusés de nuire aux insectes butineurs en perturbant leur système nerveux.

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La liberté d'informer... toujours moins

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Alors que le projet de loi santé porté par Marisol Touraine est examiné à partir de ce mardi à l'Assemblée nationale, l'Association des journalistes de l'information sociale (AJIS) s'alarme du risque de voir les accès de la presse aux bases de données de santé publiques verrouillés.

Après le scandale du Mediator, les pouvoirs publics ont pris conscience de la nécessité d'imposer davantage de transparence sur le système de santé. L'article 47 du projet de loi de Marisol Touraine, en affichant la volonté d'ouvrir davantage les bases de données de santé, semblait aller dans ce sens. En plus de l'activité hospitalière déjà partiellement disponible, ce sont toutes les statistiques liées aux soins de ville qui seront rendues théoriquement accessibles. A première vue, pour la presse, c'est une opportunité formidable d'enquêter sur les dérives du système de santé, l'égalité d'accès aux soins, les dépassements d'honoraires ou la consommation de médicaments. Or, la façon dont ce texte est aujourd'hui rédigé menace gravement la liberté d'informer : l'article 47 pourrait se trouver en contradiction avec des principes fondamentaux de la loi sur la presse de 1881, comme le contrôle préalable de publication, fondement de la censure.

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Lutte contre la prostitution, nouveau pretexte pour toujours plus de censure

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Après être restée près d'un an en attente, la proposition de loi dite « contre le système prostitutionnel » vient d'être adoptée en première lecture au Sénat. En plus de maintenir les dispositions du texte étendant la censure privée du Net, les sénateurs y ont réintroduit celles permettant le blocage administratif des sites Internet. Alors que le texte sera prochainement examiné à l'Assemblée nationale, La Quadrature du Net appelle les députés à revenir sur ces mesures, afin de replacer le juge judiciaire au centre de ces dispositifs et ainsi protéger les droits et libertés des citoyens.

Le 8 juillet 2014, quelques mois après un premier examen de l'Assemblée nationale, une commission spéciale du Sénat a adopté la proposition de loi dite « contre le système prostitutionnel ». Hier soir, au terme de leur examen du texte, les sénateurs ont maintenu les dispositions confiant aux hébergeurs des missions de juge et de police et réintroduit celles permettant le blocage administratif des sites Internet - pourtant supprimées en novembre 2013 par les députés, sur demande du gouvernement. Bien que différents par nature, ces deux mécanismes permettent la censure de contenus en ligne hors de tout cadre judiciaire et de toute garantie contre des atteintes injustifiées à la liberté de communication des citoyens.

Commentaire: Il est ahurissant de constater à quel point les choses s'accélèrent. Comme un compte à rebours presque achevé, les sites d'infos alternatives, à n'en pas douter, seront les prochains sur la liste.