Iconographie : SOTT

Dans « La laborieuse invention de l'ère chrétienne », nous avons vu que la datation, en mentionnant explicitement le nom de Jésus-Christ n'avait commencé à être utilisée qu'à partir du Xe siècle, et encore, de manière très irrégulière, pour n'être véritablement appliquée assidûment que plusieurs siècles plus tard. Une des questions qui émerge de cette constatation, est celle des origines du christianisme et de l'état de cette religion durant l'Antiquité et le Haut-Moyen-Âge en Europe.

Painting-La mort de Spartacus
© Art.ComLa mort de Spartacus, esclave qui a mené la révolte des galadiateurs et des esclaves dans l'ancienne Rome en 71 avant Jésus-Christ
La genèse historique du christianisme

Tout semble commencer, environ soixante-dix ans avant la naissance supposée du Christ, quand Spartacus, gladiateur et esclave, dirige la Troisième Guerre Servile qui a ébranlé la République romaine, avec plus d'une centaine de milliers d'esclaves face aux légions romaines, événement qui va plus tard contribuer à l'émergence de l'Empire Romain.

Ces victoires et ces défaites de Spartacus ont vite transformé la condition et la « psyché » des esclaves de la société romaine : ses victoires ont été assez importantes pour être connues dans toutes les zones contrôlées par les romains, et aux lendemains de cette guerre qui se solde par une défaite écrasante sur lui, l'esclave romain perd tout espoir individuel de retrouver une condition d'homme libre. Cet événement propage donc la croyance et l'espoir en un Sauveur, que Spartacus n'a pu être, pour une supposée victoire finale sur l'oppresseur, eschatologiquement conçue comme une victoire méritée et juste dans un « jugement dernier ».

Environ trente ans avant la naissance supposée du Christ, des esclaves formés aux lettres dans les paedagogia d'Octave sont envoyés à Alexandrie comme « employés aux écritures » de son administration. Dans ce climat eschatologique de revanche, ceux-ci découvrent la Septante [1]. Ces esclaves s'identifient avec l'oppression subie par les juifs et vont se prendre d'une grande affection pour ce livre. En quelques dizaines d'années, ce livre devient un témoin identitaire pour de nombreuses communautés serviles sous le joug romain, qui, comme les juifs, attendent leur Sauveur. Néanmoins la grande majorité des esclaves sont illettrés et la Septante ne sera définitivement acceptée qu'en 144 après Jésus-Christ. Les traditions orales supplantent les traditions écrites dans ces communautés, jusqu'au règne de Constantin.

Suetone nous a laissé un témoignage sur des provocateurs et agitateurs de Rome sous le principat de Claude (41-54) menés par un charismatique Chrestus. Cette donnée est interprétée par les historiens chrétiens comme une preuve historique de l'existence de Jésus-Christ. Cependant, en toute vraisemblance, Chrestus n'est qu'un prophète parmi les esclaves romains dans la Rome du Ier siècle. Parmi ces esclaves, un grand nombre (de 20 000 à 30 000) ont des origines juives, ce qui amènera Claude à expulser ces derniers hors de la ville. À ce moment, de plus en plus d'esclaves se déclarent fidèles à Chrestus et s'identifient avec la Septante.

Des « chrétiens » sans Christ ?

Les affidés de Chrestus devinrent communément les « chrétiens », cette appellation caractérisait sous Trajan (98-117) toute personne opposée à l'ordre Romain, passible de peine de mort, si la personne interpellée se reconnaissait comme « chrétienne ». D'autres opposants à Rome existaient : les populations envahies par les armées romaines qui augmentaient le nombre de « chrétiens » au fur et à mesure qu'avançaient les frontières romaines.

En 144, la Septante est définitivement adoptée par ces « chrétiens », après un débat de cinq ans, perdu par Marcion de Sinope qui souhaitait rejeter ce texte. Après plus d'un siècle d'identification avec la Septante, on peut penser que ces chrétiens finirent par se croire comme « les nouveaux juifs ». Cette appropriation conceptuelle définitive du judaïsme par ces chrétiens sera facilitée par la disparition en 135 de tout État juif en Palestine après l'échec de la révolte de Bar Kochba.

Famille Septimus Séverus médaillon
© Histoire-fr.comMédaillon représentant Septimus Sévère entouré de sa femme et de son fils
Deux législations romaines, plusieurs décennies plus tard, vont contribuer à une plus grande propagation du « christianisme » dans les régions sous domination romaine : la première, instaurée par Septime Sévère qui a régné de 193 à 211, permettait aux citoyens de Rome de se regrouper en association de toutes sortes pour développer entre eux, par mutualité et solidarité, leur citoyenneté. La seconde, instaurée en 212 par le fils de Septime Sévère, Caracalla, accordait la citoyenneté romaine à tous les hommes libres vivant dans l'Empire. Parmi eux, une grande proportions étaient des humiliores « chrétiens », qui pouvaient à ce moment-là se retrouver dans des Collegia et s'organiser entre eux, puis créer des mutualités avec leurs esclaves « chrétiens » permettant aux pauvres de recevoir, et entre autres, de s'assurer d'une sépulture convenable dans des catacombes et autres lieux appropriés acquis par ces associations. Les plus riches en contrepartie, obtenaient un pardon plus facile pour leurs fautes. La pratique de ce culte privé était autorisé à une double condition : la première condition était l'élection d'un episcopus, responsable de la discipline du groupe, qui faisait le lien entre l'association et l'administration impériale ; jamais un esclave, presque toujours un honestior. La seconde condition était que chaque réunion de Collegium devait se terminer par une prière pour la prospérité de l'Empire et la bonne santé de l'Empereur.

Il ne s'agissait pas d'une Église, mais de différentes Collegia doctrinalement concurrentes, dont les oppositions conceptuelles pouvaient se transformer en véritables rixes inter-communautaires, parfois meurtrières. Chacune d'entre elles adoptent la Septante, diffusée dans plusieurs versions et interprétée de différente manière, ainsi que d'autres textes ou des apports d'autres religions dites païennes ; les évêques des autres Collegia les considèrent comme hérétiques et/ou les textes adoptés comme apocryphes, et vice-versa. Avec la conversion de romains au judaïsme et la propagation des « chrétiens », le monothéisme s'impose petit à petit dans l'Empire des romains polythéistes, bien qu'il s'agisse d'un monothéisme divisé dans une atmosphère de chaos religieux et à coté de nombreux autres cultes comme celui de Mithra.

Il est curieux de constater qu'en plein IIe ou IIIe siècle, les chrétiens ne font toujours pas mention de Jésus-Christ dans des textes où il devrait figurer ; c'est le cas de Cyprien qui écrivait à son ami Donat pour l' inciter à partager sa nouvelle croyance religieuse, sans jamais mentionner le messie des chrétiens ; c'est aussi le cas de Minucius Félix dans son apologie à la religion chrétienne ; Octavius, qui ne mentionne ni le Christ, ni la Septante, ni les Évangiles, ni les Apôtres.....Des « chrétiens » sans Christ, d' où les guillemets depuis le début de ce texte, au terme chrétien qui marque une différence avec notre conception actuelle du christianisme...

De 235 à 284, l'Empire Romain vivra sous un climat d'anarchie où vingt empereurs se succéderont en cinquante ans, et, bien que divisés, les Collegia « chrétiennes », très présentes dans les grandes villes de l'Empire - Rome, Carthage, Alexandrie, Antioche, forment une sorte de parti monolithique et hiérarchisé, unique en son genre, sans aucune concurrence de cette nature dans les religions dites païennes. Cette prise d'importance progressive dans la société romaine de ces assemblées pourtant presque toujours obéissantes, ainsi que les rivalités inter-« chrétiennes » qui menaçaient l'ordre public, sont sans doutes des raisons qui ont poussé Dèce en 250, Valérien en 257, et Dioclétien en 303 a persécuter les « chrétiens » dans l' Empire, même si ceux-ci n'ont pas empêché ces derniers à asseoir leur intégration dans la vie quotidienne de l'Empire jusqu' à la conversion de Constantin vers 312-313.

Les sources historiques des Ier et IIe siècle mentionnant Jésus-Christ ne feront pas de miracles.

Même si l'existence historique de Jésus Christ reste un débat, certains témoignages de cette époque sont interprétés par des historiens comme des preuves irréfutables de l'existence d'un Jésus-Christ dans la Palestine de Ponce Pilate, ou de la reconnaissance de ce personnage dans la Rome Antique.

Flavius Josèphe, vers la fin du Ier siècle : « En ce temps-là paraît Jésus, un homme sage, si toutefois il faut l'appeler un homme, car c'était un faiseur de prodiges, un maître des gens qui recevaient avec joie la vérité. Il entraîna beaucoup de Judéens et aussi beaucoup de Grecs ; Celui-là était le Christ. Et quand Pilate, sur la dénonciation des premiers parmi nous le condamna à la croix, ceux qui l'avaient aimé précédemment, ne cessèrent pas. Car il leur apparut le troisième jour, vivant à nouveau; les prophètes divins avaient dit ces choses et dix mille autres merveilles à son sujet. Jusqu'à
Rome antique peinture
© Anastasia
maintenant encore, le groupe des chrétiens n'a pas disparu.
»

Voici un premier témoignage on ne peut plus explicite et évocateur de l'existence historique de Jésus-Christ, pourtant, l'authenticité de ce passage du Testimonium flavianum est largement remis en doute par le fait, entre autres, que des témoignages historiques (du IIIe au XIIIe siècle) ont des versions de ce livre qui ne comportent pas ce passage, mis à part Eusèbe de Césarée qui le mentionne au IVe siècle. L'authenticité de ce texte est contestée depuis le XVe siècle, et est toujours mis en doutes de nos jours.

Pline le jeune, en 111 ou 112 : « ils s'assemblaient, à jour marqué, avant le lever du soleil ; ils chantaient tour à tour des hymnes à la louange du Christ (christo), comme en l' honneur d'un dieu ; ils s'engageaient par serment, non à quelque crime, mais à ne point commettre de vol, de brigandage, d'adultère, à ne point manquer leur promesse, à ne point nier un dépôt ; après cela, ils avaient coutume de se séparer, et de se rassembler de nouveau pour manger des mets communs et innocents. »

Malheureusement, on ne peut être certain si l'auteur se réfère à quelqu'un en particulier, ou s'il se réfère à un titre lorsqu'il emploie le terme christo.

Tacite, vers 116 : « Mais aucun moyen humain, ni largesses impériales, ni cérémonies expiatoires ne faisaient taire le cri public qui accusait Néron d'avoir ordonné l'incendie. Pour apaiser ces rumeurs, il offrit d'autres coupables, et fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes détestés pour leur abominations et que le vulgaire appelait chrétiens. Ce nom leur vient de Christ, qui sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur Ponce Pilate... »

Voici un autre témoignage on ne peut plus explicite et évocateur de l'existence historique de Jésus-Christ, pourtant, l'authenticité de ce texte est largement remise en doute par le fait que ce passage du texte n'a été découvert qu'en 1429 par les autorités pontificales.

Suétone, vers 120 : « [Claude] chassa de la ville les juifs qui se soulevaient sans cesse à l'instigation d'un certain Chréstus. »

Ce passage mentionne des troubles causés par des chrétiens et/ou des juifs dans la capitale romaine, sous l'instigation d'un certain Chréstus, terme différent de christo et étant parfois un nom propre. Cet extrait n'est donc aucunement une preuve de l'existence historique de Jésus-Christ sous Ponce Pilate.

Lucien de Samosate, vers la fin du IIe siècle : « celui que l'on avait adoré en Palestine et qui subit là-bas le supplice de la croix, coupable, aux yeux de ses semblables, d'avoir inventé de nouveaux mystères pour l'humanité... Ces pauvres chrétiens se croient immortels et s'imaginent que l'éternité les attend. Ils se moquent pas mal des supplices et se jettent avec courage dans les bras de la mort. Celui qui fut leur législateur les convainquit que tous les hommes étaient frères. Une fois convertis, ils mettent au rebut les dieux des Grecs, pour vénérer ce sophiste mis en croix dont ils suivent à la lettre les moindres préceptes. »

Attis ou Atys
© InconnuAttis ou Atys, est une divinité d'origine phrygienne, parèdre de la déesse Cybèle, dont il est à la fois le fils et l'amant.
Il peut être comparé à Adonis, parèdre d'Aphrodite-Astarté, ou encore Tammuz, parèdre d'Ishtar. Son culte à mystères s'est répandu en Grèce, puis dans tout l'Empire romain.
Voici sans aucun doute la mention historique sur l'existence de Jésus Christ qui soit la plus convaincante, même si l'auteur ne mentionne jamais son nom. Pourtant cette seule citation reste insuffisante pour démontrer l'historicité de Jésus-Christ, et peut très bien plutôt démontrer l'existence d'une tradition chrétienne à cette époque fondée sur le principe d'un Sauveur né en Palestine : une influence de la Septante qui est connue par les premiers « chrétiens » depuis plus d'un siècle à ce moment- là ; de même que la mise en croix (et la résurrection) fait partie du folklore du culte d'Attis, une religion qui avait du succès dans l'Empire Romain. Certains de ces premiers « chrétiens » ont très bien pu s'inventer un nouvel Attis nommé Jésus dans la Palestine décrite dans la Septante avec laquelle ils s'étaient identifiés. Cette dernière hypothèse est renforcée par le fait que, le christianisme est totalement déstructuré et opposé avant l'intervention de Constantin, et par le fait, comme nous l'avons vu, que des textes chrétiens contemporains de Lucien de Samosate, voire des textes du IIIe siècle qui devraient « normalement » mentionner le personnage le plus important du christianisme, ne le font étrangement pas.

Le prénom Jésus (Iésou) était selon Satornil d' Antioche (IIe siècle) distinct du terme Christos, le premier désignait un homme juste et sage nommé Iésou, et le second terme, Messie ou Christos, intelligence du Dieu transcendant qui s'unit à lui dans l'âge adulte. Cette réflexion démontre pourtant que l'idée d'un Jésus-Christ est existante durant le IIe siècle, puisqu'il contredit cette idée. Cet « homme sage » ou « sage » pourrait néanmoins désigner Jésus, fils de Sirach, auteur de la Sophia Iésou uiou Sirach, mieux connue par les catholiques comme L'Écclésiaste, qui a vécu au IIe siècle avant notre ère. Le terme grec Christos (« oint de Dieu ») qui est aussi associé au terme « messie », n' a évidemment pas été uniquement associé au Jésus des chrétiens mais aussi à Menachem, un fils (ou petit-fils) de Juda de Galilée, qui est un zélote appelant au terrorisme contre les Romains, à Theudas/Thomas, un pacifiste comme Jésus, voire Hénoch, Barbélo, Naas, Hermès, Abrasax, ainsi que les trois messies esséno-chrétiens, Seth, Melchisedek et Ioschoua. Le nom de ce dernier signifie « Dieu a sauvé, sauve et sauvera », et est un prénom usuel dans la Palestine du Ier siècle de notre ère et renvoie à Josué, fils de Noun, le conquérant de Canaan, qui dans la perspective zélote, renvoie au messie-roi des juifs qui devra mener la reconquête de la Palestine. [2] Le terme Christos sera aussi associé avec l'un des empereurs romains des plus illustres....

Constantin Christos, ce souverain déifié pendant presque 800 ans

Soucieux d'unifier l'Empire, Constantin va faire à partir de 313, l' un des plus grands tours de passe-passe politique de l'histoire, en se convertissant et en faisant rapidement du « christianisme » - une religion à cette époque déstructurée mais basée fondamentalement sur une opposition à l'ordre romain - la
Le Constantin de l'église St Hilaire à Melle (Deux-Sèvres)
© InconnuLe Constantin de l'église St Hilaire à Melle (Deux-Sèvres)
religion d'état de l'Empire Romain. Tous ces chefs de Collegia, ou évêques ont commis une sorte de trahison envers les principes de ce christianisme antique, ces lettrés chrétiens issus des paedagogia de l'Administration de l'Empire, pour garantir leur vie et leurs avantages, ont pactisé avec leur ancien ennemi, pour lui apporter un appui. Constantin mettra fin aux oppositions de ces évêques et en fera son administration religieuse. Il prend pour symbole le chrisme et pour titre Christos (oint de Dieu), et perpétue la tradition romaine des « souverains-dieux soleils » tel que Septime Dominus Sévère ou Auguste ; Constantin Pontifex Maximus devient donc l'unique représentant du Dieu Unique des chrétiens. L'Édit de Milan autorise les « chrétiens » à pratiquer publiquement leur culte et le Concile de Nicée lance l'idée révolutionnaire d'un « Dieu Unique dans sa Trinité » : de l'incarnation du Fils (sans précision de date ni de lieu), de ses souffrances d'homme (il n'est pas encore question d'une mort sur une croix), de sa résurrection et de son ascension (sans référence historique). Les termes Jésus (1 seule fois), Christ (plusieurs fois), semblent apparaître sur ce documents fondateur du christianisme [3], qui cristallisait là certains aspects du christianisme primitif au détriment de certains autres courants de pensée et de culte de ce christianisme archaïque et divisé qui existait avant que Constantin ne « confédère » les Collegia vers un même dogme.

Au moment du Concile de Nicée, les traditions orales qui étaient encore importantes perdent toute valeur face aux textes comme la Septante, bien que la grande majorité de ces chrétiens restent illettrés. Pour cette raison, plutôt que de s'attacher aux écritures, Constantin va utiliser d'autres moyens pour fidéliser les communautés chrétiennes, avec la construction de nombreuses Collégiales ou Basiliques (maisons de l'Empereur), et n'oubliera pas ceux qui sont attachés à la Septante en déclarant Jérusalem comme capitale spirituelle. À ce moment-là, les chrétiens, traditionnellement insoumis dans la Rome Antique deviennent des troupes absolument obéissantes.

Enluminure du xiie siècle représentant l’église des Saints-Apôtres à Constantinople
© Domaine public/WikipédiaEnluminure du xiie siècle représentant l’église des Saints-Apôtres à Constantinople
À Constantinople, dans sa nouvelle capitale de l'Empire, au centre-ville, domine une statue monumentale sur un pylône de pierres rouges représentant Constantin en divinité solaire illuminant de ses rayons la totalité de l'Empire. Son mausolée dit Église des Saints-Apôtres, abrite son sarcophage trônant au centre de l'édifice, tel le soleil éclairant tout le Zodiaque symbolisé par douze faux sarcophages représentant les douze divinités zodiacales. Ces constructions témoignaient assurément de la vénération, voire de l'adoration que la population de l'Empire portait à l'Empereur, et en même temps de la conscience que celui-ci possédait de sa propre divinité. À Rome, il ordonne l'édification de la grandiose basilique de Saint Pierre, vraisemblablement commencée en 322 et terminée en 349 sous le règne de son fils Constant, et située sur l'emplacement d'un cimetière et d'un temple de Cybèle et Attis. À Jérusalem, il fait construire une basilique sur l'emplacement d'un temple d'Aphrodite élevé par Hadrien en 135. Ainsi, Constantin officialisait l'appropriation chrétienne de la Septante, et créait virtuellement les Lieux Saints chrétiens en permettant aux futurs évangélistes, copistes, correcteurs, glossateurs, et autres, de situer en Galilée la vie terrestre de leur Sauveur.

En 335, on christianisa la fête d'une autre religion, Sol Invictus, le 25 décembre, en changeant tout simplement son nom.

En 363, quand disparaît la dynastie constantinienne, l'image du Christ-Roi va demeurer, et Constantin, considéré comme un grand fondateur du christianisme, sera déifié jusqu'au XIIe siècle, puisque d'imposantes statues équestres nommées « Constantin » sont présentes au-dessus du porche de nombreuses églises romanes françaises, datées à cette époque. De fait, après Constantin, aucun Empereur à Constantinople ne se verra « divinisé » de son vivant. Au moment où règne Justinien, certains documents officiels firent apparaître le visage du Christ en image clipéata entre le portrait de l'Empereur et celui de l'Impératrice. L'Empereur sera déclaré « Ami très cher du Christ » ; le Christ sera désormais l'hypostase céleste de Constantin et sera salué comme « Empereur céleste et Seigneur de Majesté » par le dernier Concile œcuménique tenu à Constantinople en 869.

Il est curieux de constater que le titre Christos, que l'on attribue traditionnellement à Jésus signifie « oint de Dieu », et que personne, à aucun moment selon les Évangiles, ne vient oindre de l'huile sacrée sur Jésus.

Quelques constituants de la religion du Christ-Roi-Constantin empruntés à d'autres cultes

Baptême dans l'eau : rite emprunté au judaïsme (Mikvé), bien qu'il s'agisse sans doute d'une pratique religieuse courante dans le Makrech, puisque les hittites au XIVe siècle avant notre ère le faisaient déjà.

Noêl ou Neo Helios (Nouveau soleil) qui coïncide à peu près avec le solstice d'hiver est fêté le 25 décembre pour fêter la naissance du Sauveur... Ce jour de fête coïncide avec celui de Sol Invictus et avec la naissance de Mithra.

Pâques : Nom emprunté à une fête juive, par l'influence de la Septante sur les chrétiens, mais qui n'a pas plus de liens avec le judaïsme que ce nom. En effet, les juifs fêtent Pâques à une date fixe de leur calendrier (le 15 Nissan) pour commémorer l'exode hors d'Égypte, tandis que les chrétiens fêtent Pâques durant l'équinoxe de printemps, pour commémorer la résurrection du Christ. Les premiers n'ont jamais eu de mal à dater cette fête tandis que la datation de la Pâques chrétienne est restée un problème jusqu'à l'instauration du calendrier Grégorien. Avant que Constantin ne légifère la date de Pâques, cette fête était célébrée le 25 mars, or le culte de Cybèle et Attis se célèbre ce même jour... La résurrection d'Attis.

Un montage fragmentaire du christianisme, pièce par pièce

En 451, le Concile de Chalcédoine introduit la doctrine d'un Christ en croix, comme pour succéder au mythique Attis, lui aussi crucifié et ressuscité, de même qu'on déclarera de foi que le Sauveur s'était incarné sous les traits d'un esclave, chose que nos Évangiles actuels ignorent.

Première représentation d'un Christ crucifié datée de la fin du Ve siècle
© InconnuPremière représentation d'un Christ crucifié datée de la fin du Ve siècle
Le Concile de Constantinople en 692 ordonne de ne représenter Christos que sous une forme humaine, ce qui sous-entend que jusqu' à l'aube du VIIIe siècle, le Sauveur était représenté sous d'autres formes.

Lors du quatrième Concile du Latran en 1215, on proclamera le dogme de la Transsubstantiation, et transformera le dieu christianiste en pain de vie de ses fidèles, qui craignaient toujours d'être en proie à de terribles famines à cette époque.

Naissance de la papauté et de sa répression

La liste mythique des papes commence en 33 avec Saint Pierre, pourtant la papauté ne commencera a véritablement exister que bien plus tard, ces prédécesseurs sont considérés comme tels pour avoir été évêques de Rome. En effet il faudra attendre l'an 382 de l'ère chrétienne et la décision de l'Empereur d'Occident Gratien d'abandonner son titre de Pontifex Maximus pour voir commencer la papauté s'émanciper de manière
Portrait de l’empereur sur le missorium de Théodose
© InconnuPortrait de l’empereur sur le missorium de Théodose
relativement indépendante par rapport aux pouvoirs Romains. Juste auparavant, et pour se faire pardonner par l'évêque Ambroise pour des crimes commis, Théodose fait interdire tout culte qui ne soit pas celui du Christ-Roi. Cette « révolution culturelle » va conduire vers des persécutions de chrétiens trop attachés à leurs cultes ancestraux, et vers des pratiques de religions auxquelles le christianisme à sans équivoques puisé certains fondements : entre autres, le culte de Mithra, de Cybelle et Attis, Sol Invictus. Une répression sur les cultes dits païens qui va durer de nombreux siècles en Occident et en Orient, accompagnée de la destruction des textes et des livres concernés, une répression sans comparaison bien plus importante et sanglante que les précédentes persécutions romaines anti-chrétiennes.

Le premier évêque à s'intituler Pontifex Maximus est Léon 1er vers 440. De 590 à 604, l'évêque de Rome Grégoire, dit Grégoire le Grand connaît
Les hordes « barbares » de Crocus pillent le Languedoc (Gravure de Ferdinand Pertus, xixe siècle).
© InconnuLes hordes « barbares » de Crocus pillent le Languedoc, gravure de Ferdinand Pertus, XIXe siècle
plusieurs succès en convertissant au christianisme plusieurs souverains barbares, et avec une gestion rigoureuse du patrimoine étendu de son évêché, il reprend les prétentions de Léon 1er d'une primauté sans conteste sur Rome, à l'encontre notamment du Patriarche de Constantinople, qui voulait être nommé par l'Empereur d'Orient, Patriarche œcuménique. Grégoire se désigna comme le « Consul de Dieu », en plus de Pontifex Maximus, il théorise le « gouvernement universel des âmes », que tout Pape romain, après le schisme de 1054, voulut réaliser.

La Fausse Donation de Constantin

Cependant, la chute de l'Empire Romain d'Occident en 476, avec ses invasions barbares, va relativiser les pouvoirs de la papauté jusqu'au VIIIe siècle, où l'évêque de Rome, Etienne II, dans une ville gravement menacée par les Lombards, demandera de l'aide à Pépin le Bref, accompagné d'un document aujourd'hui nommé comme la Donation de Constantin. Ce document rattaché au nom de l'Empereur Constantin et adressé à l'évêque de Rome Sylvestre 1er, en 315 aurait pour origine la guérison, par Sylvestre, de la lèpre dont Constantin aurait été affligé. Ce texte est divisé en deux parties, la première établit les croyances que Sylvestre aurait inculqué à Constantin. La seconde partie est la donation à proprement parler, et prétend léguer à Sylvestre et à ses successeurs, la ville de Rome, l'Italie et toutes les régions occidentales de l'Empire. Constantin y aurait déclaré devoir se retirer dans la partie orientale de l'Empire pour ne pas empiéter sur la souveraineté de l'évêque de Rome.

Fresque anonyme du XIIe siècle représentant la Donation de Constantin - Rome, Basilique des Quatre-Saints-Couronnés
© InconnuFresque anonyme du XIIe siècle représentant la Donation de Constantin - Rome, Basilique des Quatre-Saints-Couronnés
Pour ses nombreux anachronismes, notamment le legs d'églises à Rome, qui n'existaient pas en 315-317, date supposée de sa rédaction, ce document est largement considéré comme une falsification depuis le XIIe siècle, et par le Vatican depuis le XIXe siècle.

Mais d'une manière extraordinairement très naïve, Pépin le Bref accède à la demande d'Etienne II vers 753, envoie ses troupes et libère Rome et l'Italie qu'il offre à la papauté. C'est la naissance des États Pontificaux, et, bien que les lombards vont bien vite reprendre le contrôle de la région, la papauté se déclare à ce moment-là comme légitime héritière de l'Empire Romain d'Occident, à partir d'un faux document. Ces états s'accrurent en 1115 et connurent leur extension maximale durant le XIVe siècle.

Le christianisme n'a aucune véritable relation avec le judaïsme

Dans notre culture actuelle, on considère comme acquise l'association du christianisme avec le judaïsme, pourtant le terme « judéo-christianisme » qui date du XIXe siècle est très récent, et les liens qui unissent juifs et chrétiens sont très fragiles, si on ne donne pas foi à l'histoire de Jésus de Nazareth contée dans les Évangiles. Mais au vu des informations ici dévoilées, il est évident que la religion chrétienne primitive (antérieure au Concile de Nicée) et postérieure comporte certains emprunts culturels au judaïsme, qu'il faudrait en évoquer à nouveau les principaux, en se rappelant que du Ier siècle avant notre ère au Ier siècle après notre ère, la religion chrétienne primitive existait déjà potentiellement dans tout l'Empire :

- La Septante (270 av JC) - Texte qui a influencé de manière conséquente les premiers chrétiens lettrés du Ier av JC, n'a jamais été reconnu comme un livre sacré par le judaïsme,
La Septante
© InconnuLa Septante. Ici, une page du Codex Vaticanus
c'est pourtant la principale source de l'Ancien Testament de la Bible chrétienne. La Septante était destinée à permettre à l'Administration du Pharaon d'Égypte d'appliquer aux très nombreux juifs d'Alexandrie, qui parlaient le grec exclusivement, la Loi dont ils se réclamaient. Avant d'être un livre religieux commenté dans les synagogues égyptiennes, et peut-être quelques autres dans la Diaspora, c'était un texte juridique et judiciaire rangé dans la bibliothèque du musée d'Alexandrie. En Palestine, du temps supposé de Jésus, les livres saints étaient rédigés exclusivement en hébreu ; la langue vernaculaire, utilisée et parlée par toute la société, était l'araméen, d'où l'obligation de traduire immédiatement l'hébreu en araméen à chaque lecture dans une synagogue. Ni Jésus, ni ses disciples n'auraient pu connaître la Septante : parlaient-ils le grec ? Oui, celui de la Koïné, le langage populaire de l'Empire. Étaient-ils instruits du grec technique et littéraire ? Certainement pas. Tous les traducteurs actuels de la Septante parlent d'une appropriation du texte par les chrétiens, et pour s'approprier quelque chose il faut exister : ce qui fonde l'existence d'au moins une préhistoire spécifiquement chrétienne et non judéo-chrétienne. La Septante présente au moins trois mille variantes par comparaison avec le texte des livres juifs correspondant ; en particulier le fondement du monothéisme n'existe pas dans La Septante (Exode XX -5), par l'absence formelle d'un article devant le mot Kurios (« Dieu » en grec), même si les traductions conventionnelles en ajoutent un faussement, par « pieuse » fraude. Il n'y a ni communauté d'Écritures, ni communauté de religion. La religion chrétienne reste une religion impérialiste, d'origine romaine, quoi qu'on veuille.

- Pâques - Comme nous l'avons vu précédemment cette fête juive et chrétienne ne partage que son appellation. Absolument rien ne lie ces deux fêtes : les Tables alexandrines adoptées par Rome en 526 ne font référence à aucun élément du calendrier juif, mais s'appuient sur le cycle lunaire de dix-neuf ans inventé par Méton, astronome athénien du Ve siècle avant notre ère.

Voici donc les deux principaux éléments qui lient le judaïsme avec le christianisme si l'on ne prend pas en compte l'histoire de Jésus-Christ des Évangiles, deux apports culturels du judaïsme déjà présents dans le christianisme primitif et dans le christianisme légiféré par Constantin. Celui a pris en compte l'apport culturel de la Septante en désignant Jérusalem comme capitale spirituelle et a commencé à y construire des « lieux de pèlerinage », ce qui a définitivement scellé l' appropriation dès le IVe siècle de la tradition judaïque par ce nouveau culte romain légiféré, permettant aux futurs évangélistes, copieurs et autres glossateurs suivants de situer en Palestine l' existence terrestre de leur Sauveur. Est-ce que cela suffit pour affirmer que juifs et chrétiens sont « cousins » ? Énumérer les très nombreuses différences théologiques entre ces deux religions serait une tache autrement bien plus fastidieuse que l'énumération de ces deux apports culturels cités. Nous avons constaté précédemment que le judaïsme est loin d'être la seule religion à avoir « modelé » le christianisme : le culte d'Attis, celui de Mithra, ou Sol Invictus ont autant participé à son façonnage que le judaïsme. Mais alors pourquoi, à un moment de notre histoire, le christianisme s'est lui-même assimilé avec le judaïsme exclusivement? Quelles en ont été les conséquences?

Une « bonne » raison pour laquelle Jésus aurait été tué par les juifs

Avant tout, il faut comprendre les conséquences d'un « Sauveur des chrétiens mis en croix par Ponce Pilate, et finalement tué par les juifs » : il est évident que cela aurait culturellement introduit parmi les chrétiens une malveillance instinctive et généralisée, envers les juifs, supposés coupables d'un déicide. Au IVe siècle, quelques bandes de moines pourchassant les « païens » s'en prirent à des juifs, mais ceux-ci n'ont jamais connu de persécution organisée et poursuivie pendant plusieurs siècles. Une seule loi, bien que lourde de conséquences, fut spécifiquement édictée à leur encontre par les autorités romaines : l'interdiction de posséder des esclaves chrétiens. Comme la très grande majorité des esclaves était chrétienne, les juifs durent abandonner toute profession exigeant de la main-d'œuvre pour se replier sur des occupations qui pouvaient s'exercer dans un cadre familial élargi, entre juifs : banque, prêt sur gage, commerce, etc. Pourtant, le phénomène aujourd'hui nommé antisémitisme (visant exclusivement les juifs) ne s'est vraiment manifesté dans un pays chrétien (mis à part l'Espagne où le zèle catholique se serait tristement manifesté dès le VIe siècle) qu'à partir du XIe siècle, quand Pierre l'Ermite et ses bandes entraînées rançonnèrent les juifs et les martyrisèrent. Avant cette date, aucune opposition ouverte au judaïsme ne s'est manifesté par le christianisme, le Concile de Nicée reste totalement silencieux sur un Sauveur né en Palestine, et sur un rôle quelconque du peuple juif sur sa vie. Il faut aussi souligner la mansuétude extrême de l'État Romain une fois devenu entièrement chrétien ; les juifs auraient dû être considérés comme des insoumis par nature et pourchassés jusqu'à leur extinction, tandis que cet Empire persécutait ses propres sujets fidèles à leurs cultes ancestraux.

Les Carolingiens, aussi fervents chrétiens que les Empereurs de Constantinople, et créateurs de l'État pontifical de Rome, protégèrent ouvertement la population juive, et permirent le développement de communautés importantes à Narbonne, Limoges, Rouen..., dirigées par des « messies ». Tout semble bien intervenir comme si le déicide juif avait été inventé très tardivement pour dissimuler les vraies raisons de l'antisémitisme de l'Église du Christ Roi. C'est aussi un fait acquis que les Conciles œcuméniques, à compter de celui de Nicée en 325, ne s'inquiétèrent nullement de la situation des juifs avant ceux de Latran III en 1179, et de Latran IV en 1215 : celui de Latran III renouvelle l'interdiction faite autrefois aux juifs « d'avoir dans leur maison des esclaves chrétiens ».

Le concile du Latran
© Jean-Michel LamprièreLe Concile du Latran
Il faut soumettre les juifs aux chrétiens et « que ceux-ci les protègent par humanité ». Le Concile de Latran IV durcit la doctrine en matière d'usure, stigmatise « la perfidie des juifs », pour qu'ils n'épuisent pas les « richesses des chrétiens ». Ce Concile va jusqu'à interdire aux chrétiens tout commerce avec les juifs, ces derniers sont déclarés inaptes à tenir des emplois publics, et ne doivent plus s'habiller comme les chrétiens pour éviter toute confusion. Auparavant, le Concile de Nicée II en 787 s'était préoccupé de la conversion des juifs, leur avait interdit d'acheter des esclaves avant de se convertir d'un cœur sincère et « de ne plus pratiquer dans l'ombre le Sabbat et autres coutumes juives ».

Mais comment un juif, meurtrier du Dieu chrétien, pourrait-il se convertir d'un cœur sincère, alors qu'il incarnerait le mal absolu ? S'il se convertissait, ce ne pourrait être que par intérêt et pour obtenir la levée d'une interdiction comme celle d'acheter des esclaves. Il y a là comme une contradiction. Le souci « d'humanité » manifesté en 1179 nous ramène à vrai dire, trente ans auparavant lorsque Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, rédigea son traité « Adversus Judaeos ». Pierre le Vénérable était un personnage de la plus haute importance, qui pratiquement traitait le roi de France Louis VII en égal. Il était hostile aux juifs pour des raisons très contraignantes menaçant directement la vie de son Ordre. La première croisade avait en effet mobilisé des dizaines de milliers de chevaliers ; ceux-ci pour couvrir leurs frais de voyage et ceux de leurs compagnons, eurent besoin de monnaie en un volume global tout à fait imprévu.

Ils se tournèrent naturellement vers les Ordres pour leur vendre tout ou partie de leurs biens, ou leur emprunter sur gages les espèces nécessaires. Les Ordres monastiques capitalisaient pour tout l'Occident, et amassaient de très grandes richesses, sous forme de métaux, d'or et d'argent, mais aussi de pierreries, de tissus précieux, d'objets d'art, de statues, de reliquaires, etc. ; leur trésorerie en contrepartie n'était pas très fournie.

Chevaliers premières croisades
© InconnuChevaliers premières croisades
Ces Ordres durent donc pour financer la Croisade, se procurer la masse monétaire demandée, en empruntant à leur tour sur gages, auprès des banquiers, juifs pour la plupart, de telle sorte qu'il y eut comme un transfert de puissance capitaliste. Tous les chevaliers ne revinrent pas de Jérusalem après 1099; ainsi les couvents ne purent pas rembourser tous les emprunts, et des gages importants restèrent entre les mains des juifs, à tel point que selon R. Simon en 1681 : « les grandes usures qu'on leur permettait d'exercer... les avaient rendus si puissants qu'on fut enfin obligé de les détruire. » La question est donc crûment posée ; elle n'est pas celle d'un déicide mais d'une surpuissance financière juive qui menaçait concrètement la surpuissance des Ordres monastiques, un des fondements de la société du Moyen-Âge.

La conception des textes sacrés aurait durée 1 000 ans

L'une des grandes conséquences de la persécution de Dioclétien contre les chrétiens, à partir de 303, est la destruction automatique de leurs textes dans toutes les villes importantes de l'Empire.

Une étude sur les plus anciens manuscrits de la Bible latine, publiée en 1985, nous en rappelle les conséquences : à Cirta, dans l'actuelle Constantine, une perquisition opérée le 19 mai 303 a permis de saisir trente-quatre livres tandis qu'en 471, l'église de Tivoli, localité pratiquement équivalente à Cirta, possédait seulement quatre évangiles, un livre des « Actes d'Apôtres » et un Psautier. Globalement, l'auteur décompte quatre-vingt-treize manuscrits sur parchemin, qui constituent les plus anciens documents de la Bible latine ; aucun n'est antérieur à la persécution de Dioclétien. Pratiquement tous datent du Ve ou VIe siècle ; trois chevauchent la fin du IVe siècle et le début du Ve siècle; un seul appartient au IVe siècle.

Lors du Concile de Nicée en 325, il n'est évoqué aucune citation de la Bible, Ancien ou Nouveau Testament, quant aux vingt règles ou Canons, on évoque une citation indirecte de l'Épître à Timothée et une citation de l'Ancien Testament, un vers du Psaume 14. Cette fébrilité à pouvoir appuyer ses décisions sur des textes sacrés sera perpétuée dans les Conciles postérieurs.

La première Bible complète, dont nous n'avons que des fragments, est espagnole et date du VIIe siècle, et le premier Nouveau Testament complet est constitué par le Codex Fuldensis, en 546-547.

Alcuin remettant le Codex Fuldensis
© InconnuAlcuin remettant le Codex Fuldensis, Xe siècle
À la fin du VIIIe siècle, les dissonances dans les reproductions écrites sont telles que Charlemagne aurait décidé de les réviser et confia cette mission à Alcuin, un moine savant dont la mort en aurait empêché l'aboutissement, bien que sa Bible s'imposera plus tard au XIIe siècle dans les abbayes cisterciennes. Au XIIe siècle, ce problème s'était tellement aggravé si bien qu'à partir de 1179 ont fut obligé de les gloser par des commentaires, la « Glosa Ordinaria », parfois sur d'autres commentaires, des « Pères de l'Église ». Une révolution technique intervint dans l'acte d'écrire à partir du IXe siècle, sous la forme de l'écriture minuscule qui permettait une plus grande vitesse de transcription. Cependant cette révolution mit trois siècles pour conquérir l'Europe Occidentale, et on ne pouvait traduire systématiquement dans la nouvelle écriture tous les manuscrits en possession, mais seulement ceux dont on leur demandait la reproduction. Il s'est donc produit une coupure profonde avec le passé du IXe siècle au XIIe siècle. À partir du XIIIe siècle, les choses commencent à se stabiliser avec la création des Universités, la Bible dite parisienne prévaudra durant les XIVe et XVe siècles, ce texte sera reproduit dans les premières Bibles imprimées après 1450.

Ce n'est qu'à partir du Concile de Trente en 1546 et le développement de l'imprimerie que les textes sacrés du christianisme commenceront à être « canonisés » (c'est à dire figés pour des siècles).

Certains « spécialistes » datent les Évangiles expressément et naïvement après la mort supposée du messie chrétien, c'est-à-dire au Ier siècle de notre ère. Ils oublient que la Septante, une version imparfaite de la Torah en grecque, et bien qu'elle ait commencé à inspirer les esclaves romains avant la naissance supposée du Christ, ne s'est définitivement imposée à Rome qu'après 145; et qu'aucun texte chrétien antique n'a survécu à la persécution de Dioclétien à partir de 303.

Conclusion

À partir de ces toutes ces nombreuses données, on peut se représenter une chronologie de la lente évolution du christianisme dans notre histoire.

Christianisme primitif

-70 - Révolte de Spartacus
-30 - Découverte de la Septante par les premiers esclaves « chrétiens » lettrés
0 - Naissance supposée de Jésus Christ
50 - Révolte de Chrestus à Rome
100 - Trajan nomme « chrétiens » toute personne opposée à l'ordre romain
111 - Pline le Jeune mentionne que les chrétiens louent « le Christ »
135 - Disparition de tout état juif en Palestine
144 - La Septante est définitivement adoptée par les chrétiens
190 - Lucien de Samosate mentionne sans le nommer, que le Sauveur des chrétiens est mort sur la croix en Palestine
195 - Minucius Félix fait l'apologie de la religion chrétienne sans jamais mentionner le Christ, la Septante, les Évangiles, les Apôtres
210 - Approbation de deux législations romaines qui permettent l'extension du christianisme dans l'Empire
250 - Cyprien ne mentionne jamais le Christ quand il partage sa nouvelle croyance
250 - Persécution de Dèce
257 - Persécution de Valérien
284 - Extension du christianisme dans l'Empire
303 - Persécution de Dioclétien

Christianisme Romain du Christ Roi

313 - Conversion de Constantin au christianisme dont le Concile de Nicée légifère ce nouveau culte et affirme la nature trinitaire d'un Dieu Unique, une révolution parmi les cultes monothéistes
335 - La fête du Sol Invictus devient le jour de Noël
440 - Léon 1er, premier pape portant le titre de Pontifex Maximus
451 - Le Concile de Chalcédoine introduit la doctrine d'un Christ en croix, et d'un Sauveur incarné sous les traits d'un esclave
476 - Chute de l'Empire Romain d'Occident
546 - Premier Nouveau Testament constitué par le Codex Fuldensis
692 - Le Concile in Trullo de Constantinople ordonne de ne représenter le Christ que sous forme humaine
753 - Etienne II fait intervenir Pépin le Bref en Italie avec le document de la Fausse Donation de Constantin. Naissance des États du Pape
787 - Le Concile de Nicée II introduit une discrimination des juifs, s'ils ne se convertissent pas
795 - Charlemagne fait réviser les différentes reproductions écrites de la Bible et leurs dissonances
800 - Début de la révolution scripturale de la minuscule qui laisse à l'abandon un grand nombre de textes anciens
869 - Le Concile de Constantinople salue Constantin comme l'« Empereur céleste et Seigneur de Majesté »

Christianisme papal

990 - Premières datations à partir de la naissance du Christ
1100 - Fin de la révolution scripturale de la minuscule qui laisse à l'abandon un grand nombre de textes anciens
1149 - Pierre le Vénérable publie « Adversus Judaeos »
1179 - Le Concile de Latran III discrimine les juifs
1215 - Lors du quatrième Concile du Latran, on proclame le dogme de la transsubstantiation, ainsi que le durcissement de la discrimination des juifs
1250 - Début de la stabilisation du contenu de la Bible
1546 - Début de la canonisation définitive de la Bible

On peut diviser cette chronologie en trois grandes périodes où la nature du culte chrétien est distincte, ainsi que les pouvoirs des autorités des chrétiens :

De -30 à 313, le christianisme primitif :
Christisnisme primitif, scultpture
© InconnuLe christianisme primitif, Les douze Apôtres, représentation du IVe siècle
on se trouve devant un culte totalement anarchique, désorganisé et contradictoire. Celui-ci est pratiqué très généralement par les esclaves et la gent humble de l'Empire Romain, dont l'adoration d'un « Sauveur » qui devrait les libérer du joug de cet Empire, représente une opposition à ses dirigeants. Mais ce christianisme archaïque est représenté par une multitude de Collegia aux idées et aux influences contradictoires, qui termineront par s'opposer ouvertement. L'idée déjà existante d'un Jésus Christ peut se retrouver dans certains témoignages du IIe siècle, comme celui de Satornil d'Antioche qui distingue ce terme en le contredisant, bien que d'autres témoignages chrétiens du IIIe siècle ignorent toujours le nom du messie des chrétiens, comme celui de Cyprien à son ami Donat. L'influence initiale du judaïsme et de leur concept d'un Sauveur à travers la Septante, sur les esclaves romains est incontestable, cependant le christianisme s'est autant construit autour des nombreux cultes païens existants sous l'Empire. Ce mouvement religieux fondamentalement opposé à l'Empire Romain, bien que désuni, pullule déjà dans toutes les grandes villes de l'Empire.

De 313 au XIe siècle, le christianisme Romain du Christ Roi : quand Constantin entreprend d'unir tout l'Empire,
Christ pantocrator
© InconnuChrist, Palerme
il prend la très judicieuse décision de se convertir au christianisme et d'en faire sa religion d'État. En affirmant sa foi pour ce culte monothéiste désorganisé, il fait d'une pierre deux coups en s'appropriant une idéologie opposée au pouvoir romain, qui est présente dans tout l'Empire. Le Concile de Nicée légifère les premiers dogmes chrétiens, et les différents évêques des Collegia, autrefois opposés, se soumettent à Constantin autour de cette nouvelle religion, ce monothéisme se base sur l'idée révolutionnaire de la Trinité d'un Dieu Unique. Dans les faits, Constantin prendra lui-même le titre de Christos, et étant Pontifex Maximus, il perpétuera la tradition des empereurs romains considérés comme des dieux, sera déifié par le Concile de Constantinople, cinq siècles plus tard, en 869, et représenté sur des porches d'églises romanes jusqu'au XIIe siècle. La Septante influe sur cette nouvelle religion d'état qui détermine Jérusalem comme capitale spirituelle, bien que l'idée d'un Jésus Christ crucifié sous Ponce Pilate ne semble pas s'affirmer durant cette période. Et pour cause, la doctrine d'un Christ en croix n'apparaît qu'en 451, avec un autre dogme, celui d'un Sauveur incarné sous les traits d'un esclave, choses que les Évangiles ignorent ! Et en 692, on ordonne de ne représenter le Christ que sous une forme humaine !

Ainsi durant cette période la doctrine du christianisme évolue, pas à pas, des bibles dissonantes se propagent, mais restera une religion d'essence romaine jusqu' à la déification de Constantin durant le IXe siècle. Quand les souverains romains abandonnent le titre de Pontifex Maximus durant le IVe siècle, la papauté prend le titre, et une relative indépendance par rapport aux pouvoirs romains, qui ne se concrétisera qu'au VIIIe siècle quand la papauté manipule Pépin le Bref pour qu'il libère Rome et lui offre, grâce à la Fausse Donation de Constantin. Le principal pouvoir de cette papauté durant cette période restera subtil et basé sur la manipulation d'effectifs pouvoirs d'États, ainsi juste avant que la papauté reçoive l'autorité effective sur les chrétiens, Théodose est poussé à pourchasser les païens et les chrétiens trop attachés à ces croyances ancestrales. L'influence de la papauté restera mineure jusqu'au XIe siècle, puisque la datation, qui est, rappelons-le, une marque de pouvoir, à partir de la naissance du Christ ne sera utilisée par cette administration qu'à partir de 990. On peut ici se demander si avant cette dernière date évoquée, le catholicisme avait réellement déjà le monopole religieux dans l'Europe du Haut-Moyen-Âge, ou non.

À partir du XIe siècle, le christianisme papal : c'est seulement à partir de ce moment que l'on peut identifier une doctrine chrétienne définie comme celle que l'on connaît de nos jours. Ainsi l'idée d'un Jésus-Christ crucifié par Ponce Pilate, et l'idée sous-jacente du déicide du peuple juif, semblent prendre le pas seulement à ce moment-là, dans les mentalités chrétiennes. La datation à partir de la naissance supposée du Christ qui s'applique durant cette période, y certifie l'influence effective de la doctrine chrétienne dans les sociétés européennes.

Presque toutes les données de cet article proviennent de divers textes du site « Histoire critique du christianisme romain », dont certains extraits sont repris.

Notes

[1] Une version grecque de la Bible hébraïque non reconnue par le judaïsme.

[2] « Jésus: une réalité historique ? »

[3] Le Concile de Nicée, d'après les textes coptes, traduction française d'Eugène Revillout, oeuvre numérisée par Marc Szwajcer, Remacle.org