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Joseph Scaliger
Une histoire de calendriers

Ce sont les travaux d'un moine arménien, Denys le Petit (en latin, Dionysius Exiguus), lequel tenta, vers la fin du V' siècle, de fixer la date de naissance de Jésus-Christ, qui est à la base de notre chronologie actuelle "anno domini Il ! Ainsi si l'on en croit le calendrier, nous sommes actuellement en 2004. Cela dit, on a un peu tendance à l'oublier: d'autres calendriers sont en vigueur, à usage plutôt religieux, comme celui daté de l'hégire (en 622 de l'ère chrétienne) pour les musulmans, ou le calendrier juif; ou bien encore l'ère bouddhiste, largement employée dans les documents d'état civil en Thaïlande, comme j'ai pu le constater. Ces calendriers, et quelques autres, sont donc bien vivants. Quand nous avons fêté le passage à l'an 2000, toute l'humanité ne se sentait pas concernée, loin de là !

Nous pourrions également évoquer le calendrier républicain qui fut institué en France par la Convention nationale le 24 octobre 1793, et demeura en usage jusqu'au 1er janvier 1806. Parallèlement à l'ère chrétienne en cours, et sur la même base d'une année tropique de 365,2422 jours, il existe une chronologie scientifique qui a pour année de référence 1950 : c'est la chronologie avant le présent, appelée en anglais YBP [Years Before Present]. On parle ainsi de datations BP (Before Present). C'est très utile pour dater les objets archéologiques, les événements protohistoriques, etc. Dans cette chronologie absolue, on procède en reculant depuis l'année de référence 1950, et non plus en avançant depuis un hypothétique an 1 instauré par le moine Denys le Petit...

La Chronologie historique est-elle fiable?

L'ère linéaire (chrétienne, dans notre exemple) comprend des années calendaires dont la durée est fixée par des critères astronomiques. Nous savons qu'une année tropique dure 365,2422 jours.

L'année julienne des Romains comportait 365,25 jours. C'était déjà une bonne approximation. Tous les 4 ans, il suffisait d'ajouter un jour, mais l'année astronomique demeurait plus courte que l'année légale, d'où une certaine dérive dans le temps: l'écart entre l'équinoxe de printemps "calendaire" et "astronomique" atteignait 10 jours au XVI' siècle, ce qui se ressentait sur la date de Pâques. C'est pourquoi, depuis 1582, le calendrier grégorien supprime 3 années bissextiles sur 4 en début de siècle, ce qui a pour effet de ralentir cette fâcheuse dérive... À cette occasion, le pape Grégoire XIII avait rétabli la concordance des dates, en passant directement du jeudi 4 octobre 1582 au vendredi 15 octobre 1582.

Certains historiens, partisans d'une révision de la chronologie, pensent que Grégoire XIII en a aussi profité pour réajuster des dates anciennes... voire pour intercaler des événements fictifs en dedans de la chronologie chrétienne!

C'est ce que nous découvrirons au fur et à mesure de ce dossier, et bien plus encore...

Il va de soi que, même dans un cadre "conventionnel", certains mythes ont jadis pu être imbriqués dans l'histoire des peuples, comme celui de Jeanne d'Arc au XV' siècle, qui n'a vraisemblablement jamais assiégé Orléans et qui ne termina pas sa vie sur le bûcher. Pour l'historien français Robert Caratini, la Guerre de Cent Ans s'est résumée à de simples escarmouches et "querelles familiales", puisque les souverains anglais et français étaient de proches parents! De même, on peut réfuter l'existence du personnage du comte Roland de Roncevaux (778).
Certains auteurs, comme l'historien allemand Heribert IIIig, pensent d'ailleurs que toute l'épopée de Charlemagne doit être reléguée dans le domaine du mythe...

La théorie du temps ajouté

Pour certains chercheurs comme Uwe Topper, c'est plus d'une dizaine de siècles qui auraient été imaginés de toute pièce!
Pour ce chercheur allemand, l'Antiquité ne serait en effet séparée de la Renaissance que par quelques dizaines d'années, et non pas par une dizaine de siècles... ! Tous les événements et personnages historiques allégués à ces dix siècles auraient été replacés arbitrairement, compilés, combinés, intercalés, fusionnés les uns dans les autres, ou tout simplement inventés et réécrits à partir de mythes ou de légendes. Comme vous le constaterez, l'idée une fois étudiée et creusée, semble finalement bien moins farfelue qu'il n'y paraît de prime abord.

Ainsi pour ce chercheur et quelques autres, l'histoire de la Chrétienté -mais aussi l'Histoire tout court- auraient été "rédigées" au Concile de Trente (1545), et lors de l'institution du calendrier grégorien (1582) ! Comment une telle falsification aurait-elle pu se faire? Uwe Topper l'explique dans son livre "ZeitFalschung".

Selon lui, une grande catastrophe aurait décimé la planète il y a 700 ans environ. De vastes zones d'habitat humain auraient alors été détruites ou ensevelies sous des tonnes de boue, notamment en Europe occidentale! Cet événement se serait déroulé vers l'année 1350 de notre calendrier. Pour nos historiens, l'an de grâce 1350 correspond à la guerre de Cent Ans qui opposait Français et Anglais; à la peste noire qui faisait des ravages en Europe. C'était également une période de transition qui aboutirait à la Renaissance. Pour Uwe Topper ces faits historiques ont été tronqués, modifiés ou n'ont jamais existé. Pour lui, il y eut l'Antiquité, période qui précéda le grand cataclysme. La grande majorité des gens périrent, soit de la catastrophe, soit de ses conséquences, famines, guerres, épidémies, puis, succédant à une relativement courte période de chaos, il y eut la Renaissance...si bien nommée !

Réécrire l'Histoire

En fait l'élite survivante serait à l'origine du "remodelage" des consciences, en imposant le monothéisme -et plus précisément le christianisme romain- en tant que religion nouvelle. Dans un tel contexte "messianique", les suites du grand cataclysme ont ainsi favorisé la naissance du Catholicisme stricto sensu, tel qu'on le connaît actuellement, institué par une élite dominante regroupée autour du Pape, et d'ordres préexistants de moines-soldats (Templiers !), de moines-ouvriers et de moines-copistes...

À cette époque l'inquisition se met en place et partout s'élèvent des monastères. On brûle les bibliothèques et on organise des ratissages pour soustraire les écrits jugés païens et on les fait brûler en place publique. Parallèlement les premiers moines copistes entreprennent de réécrire l'histoire, supprimant, modifiant ou arrangeant les passages sous des directives précises. Tandis que les originaux disparaissent ou sont purement et simplement détruits. La chaîne des moines copistes qui se succèdent fait en sorte que la nouvelle histoire s'impose. Ajoutons à cela que, beaucoup de chroniques historiques étaient alors en fait les épopées de héros imaginaires... des personnages de pure fiction.
De nos jours, on fait bien visiter au château d'If la cellule d'Edmond Dantès, un personnage d'Alexandre Dumas!

Les textes sacrés ont pu être rédigés à partir des récits colportés, à cette époque, dans la continuation des cultes rendus à Jupiter et à l'empereur romain Jules César.

L'administration papale se fixa tout d'abord en Avignon et à Lyon, avant de (re)venir s'implanter dans la ville-symbole, Rome, au tout début du Quattrocento. C'est peu à peu que s'imposa le calendrier "sur mesure" que nous connaissons aujourd'hui, faisant débuter l'histoire chrétienne autour d'une année "1" fictive, quelque 1400 ans auparavant!

Ainsi au regard de la critique "récentiste", toute l'Histoire du premier Millénaire et des siècles qui suivent, se réduit comme peau de chagrin. La Renaissance, époque de rénovation culturelle en Europe dans les Arts, les Sciences et en Economie, fait en réalité suite à l'Antiquité romaine, sans la "période intercalée" du Moyen-Age...

La "Chronologie" de Fomenko

Si nous voulions faire le compte des premiers "sceptiques" de la chronologie anno domini, il faudrait citer le savant anglais Isaac Newton (fin du XVII' siècle). Toutefois, les données que nous venons de révéler plus haut s'inscri¬vent surtout dans le cadre des travaux d'Anatoli Fomenko, professeur de mathématiques à l'Université de Moscou, et de ses collaborateurs. Depuis le début des années 1980, ces chercheurs proposent en effet une révision radicale des dates de l'Histoire mondiale, considérées comme douteuses au moins jus¬qu'au XV' siècle (c'est-à-dire jusqu'aux règnes de François 1er et d'Henri IV).

Le point de départ des recherches de Fomenko fut la détermination d'un paramètre de l'accélération lunaire, dont le calcul s'appuie sur les renseignements fournis dans l'Almageste, traité d'astronomie rédigé par Claude Ptolémée, prétendument du II' siècle après J.-c. Le professeur Fomenko avait découvert qu'une anomalie astronomique pouvait être éliminée si l'on redatait ce catalogue astral de "600 à 1300 ans après J.-c.".
Cela concernait également les éclipses de soleil, et la correspondance de certaines dates dans les chroniques anciennes. Par la suite, Fomenko s'intéressa aux méthodes employées par les historiens pour dater les textes. Il remonta ainsi à Joseph Scaliger (Opus novum de emendatione temporum, 1583) et à Dionysios Petavius (De doctrina temporum, 1627), qu'il désigna comme les fondateurs du système chronologique à partir duquel on date habituellement les trouvailles archéologiques et les événements historiques.

En fait, Scaliger et Petavius avaient fondé leur démarche sur une lecture peu critique des tex¬tes ecclésiastiques traditionnels. Et les historiens laïcs du XIX' siècle, comme Jules Michelet, leur ont tout naturellement emboîté le pas... D'où notre vision actuelle "tronquée" de l'Histoire!
Immanuel Velikovsky et les "Mondes en Collision" Un exposé sur la révision de la Chronologie ne serait pas complet si l'on ne n'y évoquait pas Immanuel Velikovsky, un psychiatre new-yorkais qui trouva son inspiration première dans un livre de Sigmund Freud "Moïse et le monothéisme" .II s'agissait des liens possibles entre Moïse et le pharaon Akhenaton.

Velikovsky repensa toute l'histoire ancienne dans une vision catastrophique... Planètes et comètes auraient été la cause de cataclysmes sur Terre, dont le souvenir s'était perpétué dans les écritures saintes et les légendes antiques.

Les astronomes ont, par la suite, établi que les mouvements des corps célestes du Système Solaire étaient loin d'être aussi stables et réguliers qu'on le pensait naguère

Le "Livre de Civilisation"

L'école russe initiée par Anatolij Fomenko, Gleb Nossovski et Nikolaï Morozov a inspiré d'autres auteurs dans les années 1990, et notamment le champion d'échecs Garri Kasparov, qui signe la préface du "Book of Civilization" d'Igor Davindenco et Jaroslav Kesler, ou "Livre de Civilisation", publié à Moscou en 2001. La critique -constructive- de la chronologie traditionnelle s'enracine dans les domaines les plus divers (art, histoire, architecture, métallurgie), et aussi dans la linguistique.

L'apparition des langues européennes modernes paraît très récente, et en tout cas postérieure au dernier cataclysme envisagé, voici 700 ans. Le latin a été une sorte de koïné, propre à l'Empire romain, puis à l'Eglise catholique romaine...où il resta en usage jusqu'au Concile Vatican II (années 1960).

L'école dite allemande est composée de "fomenkistes", comme Eugen Gabowitsch, Alexander Beiebach, parfois critiques envers Fomenko, comme Uwe Topper ou le bâlois Christoph Marx, ou bien de "vélikoskistes", comme Heribert Illig (théorie des "siècles fantômes"), Gunnar Heinsohn ou Horst Friedrich. On peut citer également ici le physicien Christian BI6ss, le mathématicien italien Emilio Spedicato, ou encore le géologue Hans-Joachim Zillmer, partisan d'un raccourcissement conséquent des périodes géologiques.

Tous ces chercheurs venus d'horizons très divers ont publié des études, des manuels, voire des livres à fort tirage sur la nouvelle chronologie, en Allemagne notamment.

En 1999, je connaissais les idées d'Heribert Illig et d'Uwe Topper, avec lesquels j'étais en contact. Topper avait élaboré sa théorie, alors qu'Illig restait plus "classique" dans ses projections. De façon intéressante, des éléments nouveaux sont venus par la suite renforcer mes réflexions personnelles.

Ainsi l'hypothèse de la "comète nordique" a-t-elle été évoquée en février 2004 par une équipe de chercheurs de l'université de Cardiff (Grande-Bretagne), qui font remonter cet événement à 1500 ans, ce qui (dans le respect de la chronologie officielle) le situe au début du Moyen-Age. Les chercheurs Emma Rigby et Mel Symonds vont jusqu'à comparer cet événement, à l'échel¬le de la terre, avec ce qui s'est vu dans les observatoires astronomiques du monde entier en 1995, à l'occasion de l'impact dela comète Shoemaker-Levy sur Jupiter!

L'auteur irlandais Mike Baillie (Queen's University, Belfast) avait déjà fait des réflexions en ce sens, suggérant une catastrophe cosmique vers -1500 ans BP. Pour lui, cet événement coïncidait avec les "Dark Ages", marquant la fin de l'Empire Romain, et aussi celle du règne du mythique roi Arthur (ou Artus). Ce roi légendaire du pays de Galles anima la résistance des Celtes face à la conquête anglo-saxonne (fin V' siècle - début VIe siècle).

Personnage de fiction?

En tout cas, le roi Arthur est représenté en habits du Moyen-Age dans la Hofkirche d'Innsbruck (Autriche) en compagnie de personnages réputés historiques comme Clovis, ou Théodoric, roi des Ostrogoths (454-526 en chronologie traditionnelle), et aussi de personnages moins tardifs et des contemporains de l'empereur germanique Maximilien 1" (XVI' siècle) auquel le monument est dédié. C'est un peu comme si l'on avait "gommé" la période historique comprise entre le V' et le XIV'siècle... Pour en revenir à Mike Baillie, celui-ci relève que le VI' siècle est aussi celui de la Grande Peste, dite de Justinien. Les effets de cette pandémie furent désastreux sur une population apparemment déjà très affaiblie par les bouleversements climatiques et la famine consécutive aux mauvaises récoltes.

Cet épisode n'est pas sans rappeler la Peste Noire, qui dans la chronologie traditionnelle a sévi sept siècles plus tard, ravageant l'Europe, en provenance d'Asie mineure, et occasionnant des dizaines de millions de morts... Dans les deux cas, on pense que près de la moitié de la population européenne a péri. Ces deux épidémies pour¬raient-elles n'être en réalité qu'un seul et même événement?

En tout cas, l'écrivain florentin du XIV' siècie, Giovanni Boccacio, auteur du "Décaméron", dépeint la fuite de jeunes gens devant l'épidémie de peste qui s'abat sur l'Italie. A-t-il décrit des faits historiques dont il a été témoin?

Quant au chroniqueur Roger de Wendover (Flores Historium - 1230), il fait allusion à l'apparition d'une comète en Gaule, vers 540 ou 541 : "Tout le ciel était en flammes, du sang coulait des nuages... et beaucoup de gens périrent ".

Après la Peste Noire (1347, en chronologie anno domini) et les temps qui s'ensuivent, les populations européennes et celles du pourtour méditerranéen luttent essentielle¬ment pour leur survie. En l'espace de deux ou trois générations, chez les survivants minés par les maladies et la malnutrition, les souvenirs du passé (même récent) s'altèrent, s'estompent, s'oblitèrent. Il n'y a pas que les êtres humains qui sont frappés. Faute d'entretien, les grands édifices (cathédrales, temples et beffrois) se délabrent et menacent de tomber en ruine; leur fonction originelle est vite oubliée.
On peut supposer que les élites dirigeantes de l'époque surent profiter de la situation, en se trouvant une légitimation politico-religieuse, puis en s'assurant que leur secret resterait caché des masses...

L'historiographe russe Fomenko pensait que Scaliger (au XVI' siècle) et la génération de "chronologues" qui l'avait précédé, s'étaient involontairement trompés en faisant la synthèses des divers calendriers, puis en déclassant dans des périodes différentes des documents qui décrivaient en fait la même époque, parfois dans des langages variés (grec, latin, hébreu).

En revanche, si l'on se réfère à Uwe Topper ou à Christopher Marx, une puissance politico-religieuse du XIV' siècle aurait eu tout intérêt à fabriquer une nouvelle version de l'histoire...qui allait servir à asseoir et à légitimer son pouvoir!

A cette époque, en raison du traumatisme post-cataclysmique et du délabrement général des sociétés, une multiplicité de mythes et de légendes couraient à travers l'Europe: l'identité nationale était devenue floue et le brassage des langues, général. Les points de repère manquaient, et les quelques chroniqueurs s'exposaient tout naturellement à des télescopages chronologiques et géographiques, par approximation, ou par insuffisance de documentation écrite.

Aujourd'hui, on a tendance à "couler" tout ce que l'on voit dans le moule de l'Histoire apprise. Ainsi, la basilique ou cathédrale "du XII' siècle", nous semble bien évidemment avoir été, depuis l'origine, dédiée au culte chrétien. La simple pensée que les bâtisseurs n'étaient pas Chrétiens apparaît pour le moins saugrenue... Et pourtant!

Un autre exemple de chronologie possible¬ment tronquée est celui d'un événement important dans le cours de l'Histoire: la bataille de Hastings (1066), et la victoire de Guillaume le Conquérant qui livra l'Angleterre aux Normands. Cette bataille est pour ainsi dire rétrodatée d'après le passage de la comète de Halley, visible sur la célèbre tapisserie de Bayeux. Ainsi, nous associons ensemble l'année 1066, la conquête de l'Angleterre et le passage de la comète. Ce faisant, nous oublions que la tapisserie dite "de la reine Mathilde" est for¬cément postérieure à l'événement, et que la comète a effectué plusieurs apparitions à l'époque médiévale (tous les 76 ans).

Quoi qu'il en soit, le fait d'amputer l'Histoire d'une dizaine de siècles, ne veut, bien sûr, pas dire que tout ce qui est compris entre la fin de l'Empire Romain d'Occident et le début de la Renaissance, doit être systématiquement rayé des tablettes... Loin s'en faut! Certains événements ont pu être décalés; certaines dynasties ont pu être gonflées.

Les tombeaux des rois de France

Nous avons tous en mémoire l'épisode des rois de France inhumés à Saint-Denis (du Mérovingien Dagobert 1" au Bourbon Louis XVIII, à de rares exceptions près). Or on sait que les tombeaux royaux ont été profanés en 1790 ; la Basilique est même abandonnée aux pilleurs jusqu'en 1805. En 1816 Napoléon fait procéder aux premières restaurations, puis, Louis XVIII ordonne la reconstitution de la nécropole royale. Les ossements des Bourbons sont remis dans la crypte, et Louis XVIII lui-même y sera enterré en 1824. D'un point de vue historique, on peut admettre que la Basilique de Saint-Denis fut, durant 12 siècles, le lieu d'inhumation de plus de 70 rois et reines Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens. Toute notre Histoire de France! Oui, mais... Retournons en arrière: l'abbaye de Saint¬Denis est fondée en 475 par Sainte¬Geneviève. En 638, Dagobert y est enseveli selon sa volonté, créant ainsi un panthéon pour sa dynastie. Cependant ce n'est qu'au XIII' siècle que le transept sera véritablement aménagé par Pierre de Montreuil pour accueillir les dépouilles royales.

Avec le recul de temps, il paraît difficile d'affirmer que les rois de France se sont succédé durant 12 siècles dans la même crypte...! C'est possible, mais non certain! En tout cas, cela ne permet de trancher, ni pour, ni contre, la chronologie traditionnelle, d'au¬tant que les exactions de la Révolution ont rendu toute vérification impossible

Alors comment être sûr...

Pour avoir plus de certitudes, on cherchera sans doute à comparer "notre" Chronologie avec celle d'autres pays, plus lointains. Mais pour ne citer ici que cet exemple, l'histoire chronologique de la Chine semble être un modèle tardif, recréé en fait à par¬tir de la chronologie importée d'Europe lors des premiers contacts avec les missionnaires jésuites. Jusqu'alors la Chine ne dispo¬sait que des chroniques dynastiques non reliées entre elles, et possiblement recopiées en plusieurs "couches".

Curieusement, il semblerait que la grande majorité des décisions relatives à la conservation de l'histoire (dépouille des rois, état civil de la population, copie de textes anciens) aient été prises et effectuées au XIII' et XIV' siècle, comme si notre histoire avait en réalité commencé à ce moment là !

Il y a 7 siècles... l'Empire romain?

Après l'assassinat de Jules César par Brutus et l'accession d'Octave, le pouvoir personnel allait s'imposer à Rome: titre d'auguste et caractère divin du monarque régnant... Puis sous Calligula et Claude, l'imperium prit le pas sur l'auctoritas.

On pensait bien connaître la liste des empereurs romains, mais des archéologues romains viennent de découvrir près d'Oxford 5000 pièces du III' siècle de notre ère, avec un portrait nouveau autour duquel était inscrit: "IMP C DOMITIANUS P F AUG", ce qu'on traduit par "Empereur Caesar Domitianus, obéissant et heureux auguste" (à ne pas confondre avec Domitien Flavien, qui régna de 81 à 96). Voici donc un nouvel empereur, non répertorié!

Soit dit en passant, les pièces romaines n'étaient pas datées (pas même "ab urbe condita")... Leur âge est donc laissé à l'appréciation des archéologues et historiens!

Dans la chronologie traditionnelle, la fin de l'Empire romain d'Occident est fixée à 476 après J-C (chute du dernier empereur, Romulus Augustule) ; celle de l'Empire romain d'Orient (byzantin) à 1453 après J-C, à la prise de Constantinople par les Turcs. La question que nous nous posons est de savoir si le dernier empereur ouest-romain a été occis il y a 1500 ans, ou plutôt il y a 700 ans?

Si tel est le cas, la Renaissance aurait donc été, non pas une période de redécouverte de la culture antique, mais en fait l'époque de la production de la plupart des textes plus tard classés comme antiques. Bien sûr, des écrits anciens (d'avant la grande catastrophe) ont dû être retrouvés; mais nous n'en connaissons que des copies, ou des textes incompréhensibles, comme le fameux manuscrit Voynich et autres grimoires.
On constate par exemple sur les illustrations que les bateaux sur lesquels l'armée de Saint Louis s'embarque en 1248 à Gênes pour traverser la Méditerranée ressemblent étrangement à ceux des Phéniciens, ce qui n'est pas conforme au type de progression exponentielle des sociétés humaines...

En d'autres termes: ce qui est normal, c'est de passer en 50 années de l'avion des frères Wright au bombardier à réaction; ce qui n'est pas normal, en revanche, c'est d'en être toujours, 1000 ans après, au même type de char à boeufs, au même navire... Et si c'est effectivement le cas, c'est qu'il y a quelque part une anomalie...!

C'est donc sans doute à partir d'un événement brutal, et après la destruction quasi totale des civilisations antiques, que l'essor de l'humanité a redémarré, voici 700 ans.

Pourquoi modifier la chronologie? Au début de notre exposé, nous disions que même à notre époque contemporaine, il y a encore beaucoup de calendriers qui coexistent... C'était aussi le cas, voici 7 siècles.

L'un de ces calendriers a pu être détourné... La critique chronologique s'appuie en effet sur de probables manipulations du calendrier, ou plus précisément des ères...( caractère dynastique ou religieux).

Mais pourquoi vouloir "se vieillir" ? Pour des raisons évidentes de prestige et de légitimité... Ce n'est pas très différent des slogans publicitaires actuels qui vantent les qualités d'eaux minérales: "Depuis des temps immémoriaux...". Même si c'est archi-faux, cela a toujours été un très bon argument de séduction auprès des foules. Revenons aux chronologies. Dans les textes anciens, il est courant d'écrire: "Dans la Sème année du règne du pharaon Amenophis..." ou "Dans la lsème année du règne de l'empereur Tibère"(cf. l'évangile de Luc, 3, 1). D'où la profusion des chronologies ou "ères"... Dans l'Antiquité, on connaissait l'ère des Séleucides, d'après une dynastie héllénistique. On date (par comparaison) le début de cette ère à 312 avant Jésus-Christ. Il y avait aussi, bien sûr, l'ère romaine "ab urbe condita", depuis la fondation mythique de la ville de Rome (753 avant Jésus-Christ). Citons aussi l'ère de Dioclétien à compter de 284 après Jésus-Christ, toujours en usage dans l'Eglise copte.
Les calendriers, comme celui d'Eusebius et Orosius, dataient (rétrospectivement) la naissance du Christ à +5199 ans après la Création du Monde. Vers l'époque de Jules César, on connaissait aussi un calendrier ars mundi, ainsi que des chronologies d'inspira¬tion babylonienne ou celto-germanique...

Sur la façade d'une tour de la petite ville de Kürnbach (pays de Bade), une date inscrite dans la pierre indique 3496 en chiffres arabo-indiens. Pour l'historien Walter Haug, on peut aussi lire 1496 si l'on considère que les 3 "barres" réunies constituent le chiffre "1". Mais dans les deux cas de figure, serait-on tenté de dire, de quel calendrier s'agissait-il?

Absence de datation

Ce n'est que vers la fin du Xe siècle que l'on a commencé à mettre des dates sur les pièces de monnaie... Comme l'écrit Garri Kasparov dans sa préface du "Livre de Civilisation", il faut noter aussi l'absence des datations anciennes dans les cathédrales, à part bien sûr les plaques apposées au XVIII ou XIX' avec des dates qui correspondent au système chronologique anno domini en vigueur. Jusqu'à preuve du contraire, aucun édifice daté du XII' ou du XIII' siècle ne comporte d'inscription authentique contemporaine à la date prétendue de la fin des travaux, ce à quoi on serait pourtant en droit de s'attendre! La critique chronologique s'adresse donc aux possibles manipulations du calendrier. En tout état de cause, il y a pu avoir "récupération" d'un calendrier plus ancien par divers artifices. Qui a changé l'heure?

Il semble assez évident que la dernière catastrophe planétaire, puis les grandes épidémies, ont favorisé la naissance d'un pouvoir politico-religieux fort, dans une partie de ce qui avait été l'Empire romain.

Pour Uwe Topper, certains éléments indiquent le sud de la Gaule, et tout particulièrement la vallée du Rhône autour d'Avignon. L'établissement de la Papauté à Rome ne se fit qu'au XVe siècle (quattrocento).

Dans ce contexte, l'essor même de la chrétienté semble assez récent (7-6 siècles). En fait, le récit des Evangiles aurait été calqué directement sur des représentations du théâtre "païen". De nos jours encore, beau¬coup d'éléments du culte chrétien présentent des aspects scéniques: pastorales et crèches en Provence; passions et processions en Bavière et en Espagne. Tout comme l'office religieux en Orient, où le prêtre semble se retirer derrière les décors (l'iconostase, cloison couverte d'icônes) d'une scène théâtrale. En tout cas c'est l'impression très nette que j'ai eu, voici quelques années, en assistant au culte de Pentecôte sur l'Île grecque de Milos. Une partie de l'office se déroule en coulisses... Etait-ce -à l'origine- pour changer de costume, comme dans le théâtre antique où plu¬sieurs rôles étaient joués par le même acteur? Au milieu de la scène, prône l'autel. Les échanges entre "acteur" et "public" rappellent le théâtre antique, également les choeurs, la division en prologue, les épisodes séparés par des chants, et l'acte final (ite missa est). Selon Uwe Topper, le sacrifice rituel et même le repas de la Cène pris en commun, ont trouvé leur origine dans les fêtes des morts publiques de l'Antiquité, que l'on jouait dans les théâtres.

Mon premier contact avec une "discordance" de l'Histoire eut lieu en 1966 à l'occasion d'un stage à l'Institut d'Océanographie de Split (Croatie). Au centre-ville, le Palais de l'empereur romain Dioclétien (284-305 après J-C) est resté pratiquement intact, et surtout les habitations de la Renaissance se sont intégrées un peu partout dans l'ensemble architectural préexistant, comme s'il n'y avait jamais eu 10 ou 12 siècles d'intervalle... Sachant que, partout dans le monde, les habitants d'une cité sont prompts à récupérer des pierres pour les utiliser dans les constructions nouvelles, cela paraissait étonnant! Le Palais de Dioclétien a¬t-il été longtemps préservé sous une épaisse coulée de boue (un peu comme à Pompéi, mais sans le volcan...), ou bien les maisons de la Renaissance ont-elles été édifiées peu après la fin du règne de Dioclétien, dans un style architectural résolument nouveau (vénitien)?

Des analyses par le carbone 14 ont daté le suaire du XIV' siècle alors qu'on s'attendait à une datation du 1" siècle... Et si les 1300 ans de décalage n'étaient dus qu'à une erreur chronologique ? Autrement dit, il ne faut pas imputer "l'erreur" aux datations du C 14, mais plutôt à notre calendrier!
En tout cas, le secret politico-religieux a longtemps été bien gardé. Ce sont les discordances temporelles qui nous révèlent peu à peu la vérité cachée...

Foi contre Raison? C'est un faux débat, car pour le peuple chrétien, seule la Foi compte, et non la croyance en une succession d'événements historiques référencés par l'Encyclopédie... Le médecin et théologien protestant Albert Schweitzer (1875-1965) n'avait guère offusqué
son entourage en exprimant que Jésus¬Christ n'était pas un personnage historique, mais une figure créée par la Foi .

Conclusion

Notre conception globale de l'Histoire antique et médiévale est née à la Renaissance, la bien nommée, après que les populations européennes et méditerranéennes eurent subi un terrible cataclysme d'origine cosmique, suivi d'épidémies dévastatrices dont l'histoire se souvient sous le nom de Peste Noire.

À la Renaissance, voici 7 à 6 siècles, le pouvoir politico-religieux en place a favorisé une relecture de l'Histoire, en faisant produire par les moines-copistes une multitude de textes d'inspiration antique, car il fallait se forger une légitimité en s'appuyant sur l'ancienneté des actes fondateurs (Evangiles, récits autour des apôtres Pierre et Paul).

Dans le cadre d'une critique de la Chronologie anno domini, il faut réexaminer tous les témoignages historiques d'un point de vue analytique, comme le font les savants Fomento et Davidenco en Russie, IIIIg et Topper en Allemagne.

C'est aussi une question de simple bon sens... Il faut cesser de "forcer" l'archéologie dans le moule préfabriqué de l'Histoire conventionnelle, et se poser quelques questions rationnelles, dans le cadre d'une critique saine et sereine. La datation des pyramides d'Egypte, arrêtée à 2500 ans avant J¬C, en est un bel exemple. Les pyramides pouvaient difficilement être plus vieilles, puisqu'au XIX' siècle, le clergé avait établi d'après lecture de la bible que la création du monde remontait à quelques 5000 ans avant J-C, et le déluge était survenu vers ¬2700 ans. Les premiers "Egyptologues" n'étaient pas en position de contredire ce dogme sans encourir les foudres de l'église. Ce n'est qu'au début du XX' qu'on parvient à régler le problème de l'âge de la terre par la datation des roches. La géologie explose, mais l'Égyptologie est née trop tôt. Lorsque l'église perd sa main mise sur les sciences, les égyptologues sont déjà englués dans leurs propres dogmes.

Le problème est inverse, en ce qui concerne la chronologie et surtout la période charnière entre l'Antiquité et la Renaissance. Dans l'esprit des historiens, cette période aurait duré plusieurs siècles, alors qu'il pourrait s'agir d'une coupure brutale de quelques dizaines d'années seulement, qui laissa les survivants quasiment amnésiques. Et l'on comprend que les élites dirigeantes eurent à coeur de bien gérer la situation, car il y allait également de leur propre survie! Et puis c'était l'occasion d'asseoir leur pouvoir pour le long terme...

Pour résumer la théorie d'Uwe Topper, toutes les dates d'avant 1582 (réforme du calendrier par le pape Grégoire XIII) sont fortement sujettes à caution. Après les clercs réunis autour de Jean Hardoin au Concile de Trente, ce sont les chroniqueurs et historiens des XVIII' et XIX' siècles qui ont "écrit notre Histoire", souvent selon leurs aspirations personnelles, et -au moins au début- en accord tacite avec le Saint¬Siège, nihil obstat... ! Ce n'était certes plus le cas d'un Jules Michelet ( 1798-1874 ), auteur de la fameuse "Histoire de France". Néanmoins, ce grand historien français ne put que reprendre la trame chronologique héritée de ses prédécesseurs cléricaux Il nous faut donc apprendre à repenser l'Histoire. Notre calendrier anno domini est, pour une large part, faux...! Et notre vision "occidentale" du cours des choses dans le Monde ne repose apparemment que sur des "morceaux choisis", originellement destinés à asseoir les fondements du Catholicisme Romain, voici 7 siècles!

Certes, beaucoup souriront de ces allégations. Mais il n'est désormais plus possible de passer sous silence les contradictions de l'histoire "traditionnelle", même si cela va à l'encontre de certaines convictions, ancrées par l'habitude.
L'un des grands secret que renfermerait la fameuse bibliothèque secrète du Vatican, ne serait-il pas précisément celui que nous venons d'exposer ici... ?

La chute de la démographie des populations européennes, entre le V' ( prétendu) et le XV' siècle (voici 600 ans) est imputé aux épidémies, aux guerres et aux mauvaises conditions d'hygiène. On peut également y intégrer un scénario catastrophique! Et puis au cours du XII" siècle, les historiens nous apprennent que la population française va doubler. En tout état de cause, depuis le XVI' siècle, les pays d'Europe voient leurs populations croître selon une courbe ascendante régulière.

Si catastrophe il y a eu vers 1350, elle a forcément laissé un fort traumatisme, tant chez les gens du peuple que chez l'élite, d'où les textes messianiques (Apocalypse). Cela expliquerait aussi l'édification, comme à Gôrem en Cappadoce, d'églises rupestres ornées de peintures. En visitant ce site et les villes souterraines, je n'ai pu m'empêcher de penser que de tels lieux de vie ont été aménagés, non seule¬ment pour se cacher des envahisseurs, mais, plus encore, par peur irraisonnée du retour imminent d'un grand cataclysme! D'où l'émergence, aussi, des religions de type messianique, car le contexte s'y prêtait... En effet, beaucoup de gens se souvenaient des inondations dévastatrices, et tout le monde s'accordait pour pré¬voir de nouvelles grandes catastrophes.

Un article de François de Sarre paru dans Top secret numéro 13