Quand le corps dit non - Le stress qui démolit - Dr Gabor Maté, Les Éditions de l'Homme, 2003
© R.Olbinski
Synopsis

Le stress et les émotions peuvent-ils contribuer à l'apparition de diverses maladies ? La médecine occidentale obtient des résultats spectaculaires lorsqu'elle traite des problèmes comme des fractures ou des infections. Elle est cependant moins efficace lorsqu'il s'agit de troubles qui ne répondent pas à des interventions rapides comme la chirurgie ou l'administration d'un médicament. Gabor Maté soutient une thèse voulant que la maladie est souvent le moyen dont l'organisme dispose pour se rebeller contre ce que l'esprit ne reconnaît pas. Il résume donc ici les dernières découvertes scientifiques sur les rôles que jouent le stress et l'état émotionnel d'un individu dans l'apparition du cancer ou de maladies chroniques. Selon lui, la connaissance du mécanisme de cette relation causale est essentielle à la guérison. Gabor Maté démythifie la médecine avec érudition et compassion et nous invite tous à défendre notre propre santé.

Commentaire

Subir à répétition les remarques désagréables d'un supérieur ou prendre constamment sur soi pour préserver l'harmonie à la maison, voilà des situations où l'on ravale son impatience ou sa colère. À la longue, ça use par en dedans. On dit même couramment que ça rend malade... Mais est-ce vrai au point d'induire la colite ulcéreuse, le cancer ou même la maladie d'Alzheimer ? Autrement dit, est-ce que le corps irait jusqu'à ce point pour signaler qu'il ne tolère plus qu'on se pile dessus soi-même ?

« Assurément ! », lance le Dr Gabor Maté, médecin et psychothérapeute de Vancouver. Opinion qu'il justifie très clairement et même de façon émouvante - avec histoires de cas et références scientifiques à l'appui - dans un ouvrage intitulé Quand le corps dit non - Le stress qui démolit. S'il reprend et développe ici certaines notions déjà connues, comme celle de la personnalité de type C (la personne extra gentille) qui serait prédisposée au cancer, on ne s'en plaint pas. Ce sont des choses complexes encore peu comprises.

Mais l'auteur avance aussi des points de vue inédits. Il croit, par exemple, que chez une personne qui n'arrive pas à définir et faire respecter ses frontières - incapable qu'elle est de bien distinguer le soi du non-soi -, la confusion se transmet au système immunitaire qui n'arrive plus à identifier le territoire dans lequel il doit intervenir. Avec pour conséquence possible une maladie auto-immune, comme l'arthrite rhumatoïde ou la sclérose en plaques.

Si on veut vivre en santé, reconnaît le Dr Maté, il est évidemment préférable de s'assurer une bonne hygiène de vie, mais plein de gens à l'hygiène irréprochable tombent quand même gravement malades. La chose incontournable, insiste-t-il, c'est qu'il faut apprendre à se connaître, s'accepter et se respecter : quand on ne s'occupe pas adéquatement de sa vie émotionnelle, il y a un risque réel que la maladie nous rattrape. À son avis, le stress généré par une frustration de type émotionnel est aussi dommageable pour le métabolisme que celui provoqué par l'attaque d'un tigre - puisque les mêmes mécanismes physiologiques sont en cause -, et il est beaucoup beaucoup plus fréquent... Le scientifique Hans Selye, qu'il cite plusieurs fois, disait : « Le plus gros stress que vivent les gens est d'essayer d'être ce qu'ils ne sont pas. »

On connaissait déjà le Dr Maté grâce à son excellent livre sur les troubles de déficit d'attention qui affectent les enfants et les adultes qu'ils deviennent : L'esprit dispersé - Comprendre et traiter les troubles de la concentration. Et voilà que ce vulgarisateur passionné nous fait dévorer un autre livre de 350 pages...

Extrait
Un facteur de risque majeur : le refoulement

Dans de nombreuses études sur le cancer, le facteur de risque le plus souvent identifié était l'incapacité d'exprimer ses émotions, et plus particulièrement ses émotions liées à la colère. Le refoulement de la colère n'est pas un trait émotionnel abstrait qui entraîne mystérieusement la maladie. Il s'agit d'un facteur de risque majeur parce qu'il augmente le stress physiologique que subit l'organisme. Il n'agit pas seul, mais en conjonction avec d'autres facteurs de risque susceptibles de l'accompagner, comme le désespoir et le manque de soutien social. La personne qui ne sent pas ou n'exprime pas d'émotions « négatives » sera isolée même si elle est entourée d'amis, car elle ne dévoile pas sa vraie nature. Le sentiment de désespoir découle de l'incapacité chronique d'être vrai avec soi-même, au plus profond de son être. Et ce désespoir mène à l'impuissance, puisqu'on a l'impression que plus rien ne peut faire une différence.

Des chercheurs ont effectué une étude portant sur des femmes saines qui ne présentaient pas de symptômes, mais avaient eu un frottis vaginal anormal lors d'un examen de routine. Sans connaître les résultats des frottis vaginaux, les chercheurs ont utilisé un questionnaire faisant des distinctions entre divers états émotionnels et « ont prédit avec exactitude dans presque 75 % des cas quelles étaient les femmes qui souffraient d'un cancer précoce ». Ils ont découvert que le cancer était « plus susceptible de se développer chez les femmes ayant une personnalité encline à l'impuissance ou chez celles qui avaient un sentiment de frustration et d'impuissance qu'elles n'avaient pu surmonter au cours des six mois précédents. »

Les chercheurs à Cvrenka avaient aussi prédit, en se fondant sur les caractéristiques psychologiques de rationalité/anti-émotivité (colère refoulée) et sur le sentiment durable de désespoir, quels étaient ceux qui, parmi leurs quelque 1 400 sujets, étaient susceptibles de développer un cancer et d'en mourir. Lorsqu'ils ont vérifié les registres de décès 10 ans plus tard, ils ont constaté qu'ils avaient vu juste dans 78 % des cas. « Il nous semble, ont-ils commenté, que l'importance des facteurs de risque psychosomatique aurait été fortement sous-estimée dans de nombreuses études de cas. »
Ce texte est tiré de Quand le corps dit non - Le stress qui démolit, du Dr Gabor Maté, les Éditions de l'Homme, Canada, 2003, pages 129 et 130.