Un Chinois est parvenu à déposer la marque au niveau mondial au grand dam des confiseurs provençaux qui produisent cette spécialité locale depuis le XVIe siècle.

calissons d'Aix
Non, vous ne rêvez pas, le calisson d'Aix est désormais officiellement une marque... chinoise. Ye Chunlin, un industriel de la région de Shanghaï, vient en effet de déposer cette dénomination commerciale en Chine auprès du Sipo, l'équivalent de notre Inpi (Institut national de la propriété industrielle), faisant de lui le fabricant officiel de cette confiserie provençale sur l'ensemble de la planète. À Aix-en-Provence, les spécialistes, mais aussi les consommateurs, n'en reviennent toujours pas. Une spécialité régionale aussi emblématique n'était donc pas protégée? "Avant de lire les articles dans la presse, je pensais que c'était une blague et je n'en reviens pas", nous a confié cet aixois, voisin du musée du Calisson à Aix-en-Provence.

En fait, la marque "Calisson d'Aix" est bien protégée, mais seulement en France. Quant à la protection mondiale, une demande d'IGP (indication géographique protégée) est en cours... depuis 14 ans, comme le révèle La Provence . Depuis le début des années 2000, la dizaine de fabricants locaux tentent de définir un cahier des charges permettant de définir le calisson d'Aix depuis sa composition jusqu'à sa forme et sa taille. Mais ils ne se sont mis d'accord qu'en 2015 sur le cahier des charges. L'IGP est en cours de dépôt et devrait être effective en 2018.

"Les Chinois feront la différence entre l'original et la copie"

Pour Laure Pierrisnard, directrice de la Confiserie du Roy René et présidente de l'Union des fabricants de calissons d'Aix-en-Provence (UFCA), la bataille n'est pas encore perdue. "Nous avons déposé un dossier d'opposition auprès de l'office chinois des marques qui peut bloquer le dépôt car Calisson d'Aix n'est pas une marque, c'est une appellation", a-t-elle confié à BFM Business. Arrivera-t-elle à faire plier l'autorité chinoise de la propriété industrielle? Beaucoup en doutent.

Et l'affaire arrive au plus mauvais moment pour ce confiseur bientôt centenaire. L'Aixois se lance dans une stratégie internationale avec l'ouverture dans quelques jours d'une boutique à Miami dans le Brickell City Centre . C'est une première étape puisque cette PME provençale, qui exporte déjà au Canada, compte aussi se développer au Moyen-Orient et... en Chine. La Confiserie du Roy René exporte 10% de sa production (environ 500.000 tonnes par an) et compte faire deux fois mieux d'ici 2018.

De son côté, l'UFCA ne baisse pas les bras d'autant que ce coup de "Trafalgar" chinois prouve au moins une chose: "Il y a un marché en Chine et ça, c'est un signal positif', réagit Laure Pierrisnard. "Nous avons confiance dans nos produits, les Chinois sont des gourmets et ils feront la différence entre l'original et la copie".

En espérant toutefois que la PME française ne soit pas contrainte de payer des royalties à la société chinoise propriétaire de la marque "Calisson d'Aix".