L'Antarctique est une immense calotte où la glace est en perpétuel mouvement. Par endroits, les glaciers s'écoulent depuis le continent sur la mer et forment d'immenses plateformes glaciaires flottantes. Il en existe dix principales en Antarctique, dont deux ayant une superficie de l'ordre de celle de la France. Aux extrémités de ces plaques, les icebergs se forment. Jusqu'alors, la principale cause de perte de masse de la calotte glaciaire était attribuée aux impressionnants vêlages de glaciers. La formation des icebergs engendre, en effet, la perte de 1.089 gigatonnes (Gt) de glace par an.
Or, un phénomène bien plus discret ferait perdre davantage de glace encore que la formation d'icebergs : la fonte par la base des plateformes glaciaires. Dans certaines zones, les courants océaniques sont plus chauds et font entrer en fusion la glace basale. D'après une nouvelle étude, menée par l'équipe du chercheur Eric Rignot, les courants océaniques seraient ainsi responsables de 55 % de l'ablation des glaciers.

L'Antarctique ne fond pas plus pour autant
L'année dernière déjà, des chercheurs avaient émis l'idée que les courants océaniques pilotés par le vent pourraient avoir un rôle plus important dans la fonte des glaces antarctiques que ce que l'on pensait. L'étude de l'équipe d'Éric Rignot est la première à rassembler des informations de terrain récentes et les dernières données d'imagerie satellite. Grâce à elles, les chercheurs ont pu identifier plus clairement les interactions entre la calotte polaire et son environnement.
Le fait que la contribution des océans ait été largement sous-estimée dans la fonte des plateformes glaciaires ne signifie pas que la fonte totale de l'Antarctique serait plus importante. S'il est vrai que dans certaines régions les plateaux glaciaires sont plus minces, ils se sont épaissis dans d'autres. En revanche, ces nouveaux résultats mettent en évidence les interactions océan-atmosphère des calottes que les modèles climatiques ne simulent pas correctement.
D'après l'étude, le taux de fonte basal engendré par les courants océaniques est de 1.352 Gt par an. Sachant cela, les modèles climatiques pourront être réajustés, mais le plus gros du travail reste encore à faire. La clé du problème consiste à comprendre comment ces taux de fonte basale influenceront au fil du temps la topographie du plancher océanique et la circulation océanique. Actuellement, l'équipe américaine construit une base de données d'observation qui, sur le long terme, aidera à cerner les processus en jeu. L'objectif ultime étant d'améliorer la précision des équations que les modèles numériques résolvent.




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