Commentaire: Qui aurait cru que bosser pour les Rothschild permet de tout juste payer ses impôts ? Mmmhhh ? Manu, qui n'est pas à un traficotage de la réalité près, nous le dit... Si les mensonges, maniés de la sorte à une heure de grande écoute, c'est pas du nouveau, autant prendre conscience que, petits ou grands, ils ne sont jamais à prendre à la légère et nous en disent beaucoup sur ceux qui les profèrent, c'est à dire tous les politiciens, sans exception. Quant à ce que cela suggère... :

© DAMIEN MEYER / AFP
Les explications d'Emmanuel Macron sur l'évaporation de ses 3 millions € de revenus laissent songeur...

Dans cette campagne présidentielle où les éclaboussures judiciaires continuent d'occulter les projets, Emmanuel Macron paraît saintement épargné. Même Philippe Poutou, qui vilipendait mardi les supposés forfaits de François Fillon et Marine Le Pen, a complaisamment ménagé le « dynamique » quadra. Ironique cadeau du lumpenprolétaire au banquier d'affaires.

La probité de M. Macron n'est pourtant pas indubitable. Sa déclaration de patrimoine a, on le sait, excité de légitimes soupçons que viennent désormais nourrir les explications chaotiques avancées par le candidat lors de L'Émission politique la semaine dernière.

Patrimoine d'Emmanuel Macron : les faits

Rappelons très brièvement les termes de cette controverse. En 2014, M. Macron a déclaré un patrimoine net de € 200.000, alors qu'il avait perçu plus de 3 millions d'euros en travaillant à la banque Rothschild. Singulière disparition. Sommé de s'expliquer, M. Macron a, dans un premier temps, accablé l'impôt. Victime facile, que chacun aime rouer de coups, et qu'on tient volontiers pour prima causa de toutes les calamités publiques. Mais, passée la commisération qu'inspirent les grands brûlés de la ponction fiscale, cette dérobade a paru un peu courtaude : même en France, un tel niveau de prélèvements obligatoires n'est pas crédible.

Macron face à Pujadas

Acculé jeudi par David Pujadas, d'après les savants calculs duquel il devait lui en rester au bas mot 1,2 million, M. Macron a changé son fusil d'épaule, pour se livrer aux contorsions les plus extravagantes.

Macron lui répond d'abord qu'il a fait des « travaux » sur sa propriété. Là, on reste sans voix, pétrifié par cette tentative d'enfumage dont l'audace est une injure à l'entendement du téléspectateur. Pujadas - qui est ce soir-là d'une humeur inobséquieuse - ne laisse pas passer l'énormité, rétorquant dare-dare que de tels travaux ont dû faire augmenter la valeur de sa propriété foncière. C'est une évidence : la sortie de cash est nécessairement neutralisée grosso modo par une appréciation corrélative de la valeur du bien. Seule la composition de son patrimoine a pu s'en trouver altérée : moins de liquidités, plus de valeur immobilière ; la valeur nette globale reste, elle, à peu près identique.

Pris comme une daurade et voulant s'extirper promptement de ces rets menaçants, le candidat change brutalement de stratégie et se met à invoquer « beaucoup d'endettement », en précisant, larme à l'œil : « moi, mes parents ne m'ont pas financé. » Un numéro si gracieusement interprété qu'on l'eût cru fils de l'Assistance publique ; son père est en fait professeur de neurologie en CHU. D'où une impécuniosité familiale qu'on devine profonde.

Mais admettons peut-être l'avarice paternelle, et donc l'emprunt filial : en tout état de cause, le remboursement d'un tel prêt, aussi considérable qu'il puisse être, ne saurait aucunement justifier le million disparu. Car la somme qu'on rembourse à son prêteur, c'est une somme qu'on a jadis reçue de lui... Autrement dit, M. Macron n'a fait que translater le problème : s'il a utilisé son million pour rembourser un prêt, encore faudra-t-il expliquer où est donc passé le capital de ce prêt. On regrette qu'il ait pu, par un si grossier tour de passe-passe, mettre a quia le pauvre David Pujadas.

Où est passé l'argent d'Emmanuel macron ?

On est alors conduit à formuler une série d'hypothèses qui permettraient de résoudre cette mystérieuse équation ; chacune d'elles est peu rassurante si M. Macron devait être élu en mai :
1° Il a contracté des prêts usuriers, et le million disparu est parti tout entier dans les intérêts ; funeste augure pour la dette publique de notre pays.

2° Il a fait des investissements désastreux où son million se serait effrité ; non moins funeste augure pour la politique économique qu'il voudra impulser.

3° Il a mangé son million, assouvissant quelque secrète passion pour les grandes tables ou les putes de luxe. Craignons qu'une telle prodigalité n'inspire les budgets de l'État et vienne creuser encore les déficits publics.

4° Il a fortuitement oublié de déclarer son million. Un escamotage à haut risque qu'à ce stade rien ne permet de confirmer et dont on espère qu'il a eu l'intelligence politique, sinon éthique, de ne pas le commettre.
Quelle que soit la conclusion, aucune n'est rassurante... Espérons que le candidat saura apporter enfin des réponses convaincantes à des doutes légitimes.