contamination
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Quand on prend le sang du cordon ombilical chez un enfant qui vient de naître, on va trouver une centaine de produits chimiques qui ne devraient pas être là ! Barbara Demeneix, professeure de physiologie au Muséum National d'Histoire Naturelle, nous explique le danger de l'effet cocktail.


L'effet cocktail c'est un mélange complexe de produits chimiques qui ne devraient pas être dans notre sang. La question qui est posée aujourd'hui :
étant donné les centaines de milliers de substances auxquelles on pourrait être exposé, que sont les interactions entre ces différentes substances au niveau de notre physiologie ?
Chez des femmes enceintes ou chez les enfants qui naissent, on a mesuré les taux de produits chimiques dans le sang du cordon ombilical ; on a trouvé des centaines de produits chimiques. Et nous savons que ces produits passent la barrière placentaire, se trouvent dans le liquide amniotique, donc les enfants sont contaminés pendant tout le début de leur vie intra-utérine.

La période de développement dans le ventre de la mère est très importante parce que c'est là où le cerveau se forme, c'est là où tous les organes se forment et se mettent en place. Beaucoup de maladies qu'on va avoir quand on est adolescent ou adulte ou quand on est vieux, ont pour origine cette vie foetale qui détermine toute notre santé d'adulte.

Quelles sont ces substances dangereuses ?

Eh bien ça peut être des plastifiants, ça peut être des retardateurs de flammes, ça peut-être des surfactants - c'est-à-dire des molécules qu'on utilise pour imperméabiliser des substances ou des rideaux -, ou des anti-taches sur les moquettes. On va les trouver dans l'alimentation, on va les trouver dans l'eau, dans les cosmétiques qu'on va mettre sur la peau, dans l'air qu'on respire.

Beaucoup de ces substances sont testées seules et n'ont pas d'effets seules. Mais quand on commence à les mettre ensemble, c'est là où on va commencer à voir des effets additifs, voire même synergiques. C'est-à-dire ensemble ils vont avoir un effet néfaste sur notre organisme.

Quelles sont leurs répercussions sur la vie après la naissance ?

Beaucoup de ces substances sont des perturbateurs endocriniens, qui vont agir et avoir des effets sur notre système hormonal.

On constate une augmentation de l'obésité infantile ou de l'obésité chez l'adulte, on voit de la puberté précoce chez des enfants, on voit une augmentation massive des maladies neuro-développementales, dans certaines populations une baisse de QI, des cancers du système reproducteur.

Que faire pour mieux comprendre les effets de ces molécules combinées ?

Il faut vraiment que les gens qui font de l'épidémiologie, les gens qui font des statistiques, commencent à utiliser beaucoup plus ce qu'on appelle des études "in silico", où on va essayer de comprendre comment des molécules interagissent ensemble sur une cellule ou sur un récepteur.

Il va falloir utiliser de la bio-informatique pour mieux comprendre comment les différentes molécules vont affecter l'expression des gènes. Il y a des champs de recherche énormes, mais je suis confiante que l'homme va pouvoir remporter ce défi. »

Un article de 2015 qui reste d'actualité, malheureusement :

Scandale : Intoxication ! Comment notre santé est attaquée par le lobby de l'industrie chimique au sein de l'UE

Un article du 23 octobre 2018 (Le Télégramme) :

Bébés sans bras. Ce qu'a dit la lanceuse d'alerte aux députés

Un article du 26 octobre 2018 (la rédaction de LCI) :

Le métam-sodium, un pesticide "plus nocif que le glyphosate"
« Le métam-sodium est "un biocide à très large spectre, à la fois insecticide, fongicide, herbicide et nématicides", indique la préfecture du Maine-et-Loire. [...]

"C'est un poison, un couteau suisse pour stériliser le sol. Sur la même molécule, vous avez un tue-vers, un fongicide, un désherbant et un antiparasitaire. (...) Tout ce qu'il rencontre succombe", explique à Franceinfo Bernard Jégou, chercheur à l'Inserm, directeur de l'Institut de recherche en santé, environnement et travail, et directeur de la recherche à l'Ecole des hautes études en santé publique. [...]

(...) la France a déjà fait l'expérience de cette toxicité : en 2010, un agriculteur a contaminé une rivière du Finistère sur 12 kilomètres après avoir utilisé du Trimaton, un produit à base de métam-sodium désormais retiré, sur sa parcelle agricole. Plusieurs organisation avaient dénoncé cette pollution, qui aurait détruit 130 tonnes de truites dans une pisciculture. Aux États-Unis, en 1991, le déraillement d'un train avait engendré le rejet de 72.000 litres de métam-sodium dans la rivière Sacramento, tuant toute vie sur 50 kilomètres en aval.

"Cette substance est plus nocive que le glyphosate, qui ne tue que les mauvaises herbes", explique Florence Denier-Pasquier, la secrétaire nationale de France nature environnement, dans Franceinfo. Le but est de tuer toute vie dans le sol. (...) Les deux substances posent surtout des problèmes différents. Très répandu et persistant, le glyphosate inquiète à cause de ses effets d'accumulation à long terme. Moins utilisé et peu persistant, le métam-sodium est, lui, immédiatement toxique." »
Conférence Agora des Savoirs du 28 mars 2018 :

Cocktail toxique. Comment les perturbateurs endocriniens empoisonnent notre cerveau ?


« Tous les jours, notre organisme absorbe et emmagasine une quantité croissante de polluants chimiques provenant de notre environnement. Ces produits toxiques ont des conséquences néfastes sur notre cerveau et sur celui de nos enfants dès leur conception.

Pesticides, plastifiants, désinfectants, retardateurs de flamme, agents tensio-actifs, filtres UV : ces polluants omniprésents contribuent non seulement à la multiplication alarmante des troubles neurologiques et des difficultés d'apprentissage, mais ils pourraient bien, dans un futur plus ou moins proche, être à l'origine d'une baisse globale des performances cognitives chez l'être humain - une première dans l'histoire de l'humanité.

Quelles mesures concrètes prendre, pour aujourd'hui et pour demain, afin que nous tous, adultes, enfants, petits-enfants, nous puissions rester intelligents et en bonne santé ?
Barbara Demeneix est biologiste et professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris. Internationalement reconnue pour ses travaux en endocrinologie sur l'hormone thyroïdienne et les perturbateurs endocriniens, elle est à l'origine d'une technologie originale et innovante permettant l'identification de polluants environnementaux. »