L'excellent et inclassable Emmanuel Todd eut un jour cette phrase qui résonne désormais comme un coup de marteau : « Permettez-moi de vous démontrer pourquoi Macron, à l'inverse de Mussolini, n'est pas un fasciste. C'est parce que Mussolini avait un programme économique, lui ! »
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© Ludovic Marin / AFP
Et, force est de constater que le « programme » économique de macron n'est en fait pas de lui... car il suit les Grandes Orientations de Politique Economique émises par l'Union Européenne à la lettre. Nous allons le démontrer de façon très simple et factuelle.

Ces GOPE sont émises par le Conseil de l'UE. Ce qui est marrant, si on va fouiner sur le site de cette institution qui affirme n'avoir qu'un « pouvoir de recommandation », c'est que son vrai pouvoir réside dans le fait que ces recommandations sont de nature juridique.

Dit plus clairement : suite à l'adoption du Traité de Maastricht en 1994, chaque état membre n'a d'autre choix que de se mettre au diapason de ces préconisations. Car, s'il ne le fait pas, un mécanisme bien rôdé se mettra en place : amendes en pourcentage de son PIB, mise au pli par « les marchés », voire prise de contrôle par une Troïka, comme en Grèce où à Chypre...les exemples sont nombreux, et parfaitement documentés.

Pour éviter cela, la plupart des marionnettes ayant été élues via le suffrage « démocratique », à la tête des états européens, n'ont d'autres choix que d'appliquer à la lettre ces recommandations issues d'une entité extra territoriale, travaillant exclusivement au bien-être des flux financiers, des oligarques et des multinationales. Il en va de leur survie politique, mais aussi de celles de leur pays.

Comme le disait si bien Jean-Claude Drunker,
« il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens ».
Deux exemples :

-Dans les GOPE 2017, on constatait les « recommandations » suivantes

« La commission recommande que la France s'attache, en 2017 et 2018 :

- à réaliser d'importantes économies à court terme en ralentissant les dépenses de Sécurité sociale » Fait - PLFSS 2017 : moins 2.7 Milliards en 2017. En 2018 : hausse de diverses taxes Tabacs, sodas, CSG +1.7%.Hausse du forfait journalier hospitalier de 18 à 20 euro. Sans parler des réductions sur les prestations : report de l'indexation des retraites et du minimum vieillesse, baisse des APL...

-Les systèmes de retraite étant déficitaires sur le court moyen terme, il faut un objectif ambitieux : limiter les dépenses de santé et obtenir des gains d'efficacité à moyen-long terme. En cours-Réformes des retraites de 2019 (voir plus bas)

-Prendre des mesures pour réduire le coût du travail et améliorer les marges bénéficiaires des entreprises (..). Fait (maintien et augmentation du CICE, Flat Tax)

-Les caractéristiques du système d'assurance-chômage (...) sont susceptibles de décourager le retour à l'emploi. Fait (réforme Pole Emploi, voir plus bas)

-« Un certain nombre de barrières à l'entrée et de réglementations, ainsi que des tarifs, brident l'activité économique des professions réglementées(...) » Fait (vote CETA, Exit Tax).

Nous remarquons ici même que ces recommandations ont été parfois suivies dans les temps, parfois pas immédiatement... Ceci s'expliquant par le fait que la France, second pays de la zone euro, peut quand même aller pleurer de temps en temps à Bruxelles et Berlin, et réclamer un peu plus de temps pour mettre en œuvre les mesures d'austérité voulues par l'UE des banques et de la finance, vu ses « spécificités budgétaires ». Et peut-être aussi un peu à cause de son passif révolutionnaire ? Jusqu'ici, Merkel, Schauble et les vrais maîtres de l'UE ont constamment acquiescé, par la voix de leurs séides (au hasard, Pierre Moscovici, Pascal Lamy et autres Jacques Delors), et autorisé quelques déviations de calendrier, voire quelques écarts budgétaires, tant que ceux-ci n'étaient pas de nature à remettre en cause l'ensemble de l'édifice.

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© KAY NIETFELD / AFP
Macron, Merkel
Avançons un peu dans le temps...

-GOPE 2019, nouvelles recommandations :

« La commission recommande que la France s'attache, en 2019 et 2020 :

-à réduire les dépenses et à réaliser des gains d'efficacité dans tous les sous-secteurs des administrations publiques, notamment en précisant pleinement les mesures concrètes nécessaires dans le contexte du programme « Action publique 2022 » et en surveillant étroitement la mise en œuvre de ces mesures. Fait - Plan « CAP 2022 » acté.

Prenons le temps de développer un exemple, car il est éloquent :

-« CAP 2022 » dans la branche Assurance maladie, c'est comme objectif à l'horizon 2022 : -3,5% de budget et 8000 suppressions d'emploi (soit 10% des effectifs), plus un passage au digital massif de tous les secteurs. C'est aussi la fusion et la régionalisation des CPAM, mais surtout la fermeture d'agences et d'accueils du public en masse, au profit du seul compte Améli et des bornes multi services, sur le même modèle que la Poste devenue Banque Postale.

Pour info, le « Comité Action Publique 2022 » a été créé sous l'autorité d'Edouard Philippe dès 2017. Ce Comité, composé uniquement d'économistes, de chefs d'entreprises et de hauts fonctionnaires, a commencé à dresser une feuille de route pour la « modernisation et une gestion moderne, en véritable rupture avec la gestion traditionnelle des Services Publics ».

Oh le beau mot macroniste.

Ce qu'il avait juste oublié de préciser dans son joli communiqué plein de beaux mots tous neufs, et que le syndicat Solidaires Finances Publiques a fait inopportunément fait fuiter sur son site internet, c'est que l'objectif principal de ce comité était « la réduction drastiques des dépenses publiques et des budgets des Services Publics ». Chiffres à l'appui, dans la partie du document qui devait rester cachée aux yeux du public. C'est beau, la démocratie.

Ainsi furent sacrifiés sur le sacro saint autel de l'austérité budgétaire l'Hôpital Public ( fermeture de plus de dix maternités de proximité en deux ans, sans parler des Urgences..ce qui a conduit à des drames qui auraient pu, et auraient dû être évités, et qui ont été couverts avec les larmes de crocodile adéquates, par l'ex lobbyiste des labos pharmaceutiques devenue ministre de la Santé Agnès Buzyn), mais aussi l'Education nationale (400 fermetures d'écoles rurales à l'été 2019, contrairement aux promesses du menteur en chef installé à l'Elysée) ou encore les URSSAF, CAF, CPAM qui ont vu leurs effectifs fondre comme neige au soleil, et se sont vues fusionner et regroupées sur les grandes agglomérations, éloignant d'autant plus de très nombreux usagers de leurs services, usagers n'ayant d'autre choix que de tout faire par internet, et tant pis pour ceux qui n'y arrivent pas...à ce sujet, selon la dernière étude INSEE sur la question, environ 13 millions de Français ne sont pas à l'aise, voire complètement largués, avec le numérique.

Ce chiffre dantesque représente les oubliés de la république, qui marche à pas forcés vers une numérisation et une digitalisation de ses Services Publics, vues comme une formidable source d'économies par des énarques en totale déconnexion avec la réalité de nombreux français : personnes âgées, n'ayant pas les moyens de s'acheter un ordinateur ou un smartphone, ne comprenant rien à l'informatique, résidant en zones blanches ou grises (sans haut débit), illettrés, en difficulté chronique...12 millions de personnes.

Soit pratiquement un cinquième de la population de ce pays ( !), sciemment abandonnée par les gouvernements « de droite et de gauche droite » successifs, politiques déconnectés et carriéristes n'ayant qu'une seule préoccupation en tête : se servir, plutôt que de servir.

La crise des gilets jaunes, passés et à venir, et sans doute à chercher de ce côté...

Reprenons le fil de nos GOPE 2019-2020 :

-également, à réformer le système de retraites pour uniformiser progressivement les règles des différents régimes (...) Fait - plan présenté en 2019. En cours de « négociation ».

Ce plan ne va bien sûr aucunement dans un sens favorable aux salariés et futurs retraités. Le fait de passer d'un système par répartition, équitable même si largement perfectible, à un système à points, la valeur desdits points étant soumise au bon vouloir annuel du gouvernement, est clairement une forfaiture. De plus, l'accentuation du système de décotes, ne donnera d'autre choix aux retraités que de devenir pauvres, ou de continuer à travailler jusqu'à un âge bien plus avancé que le fameux « âge légal ». Le but étant bien sûr, in fine, de se débarrasser massivement de ceux qui pourraient prétendre à une retraite bien méritée. De les obliger à travailler le plus longtemps possible.

En effet l'espérance de vie en bonne santé, selon l'INSEE, se réduit drastiquement à partir de 67 ans. C'est pourquoi un système qui incite les gens à travailler jusqu'à cet âge (comme en Allemagne, et bientôt en France, si cette loi est votée), est de fait un système inique, qui dépossède une grande majorité d'un droit à retraite acquis de longue date, après une vie de labeur. Et l'argument qui consiste à marteler que les caisses sont vides est nul et non avenu : ne serait-ce que par l'évasion fiscale institutionnalisée et non punie, évaluée entre 80 et 120 milliards d'euros selon les économistes. Malgré ses beaux discours, la macronie n'a rien fait pour y remédier, et récupérer cet argent qui serait bien mieux investi dans les retraites, ou l'Hôpital Public, que dans les poches d'un Bernard Arnault qui étouffe de pognon et ne sait plus qu'en faire. Au contraire : la prolongation du verrou de Bercy en 2018 -mesure consistant à écarter toute poursuite pénale en cas de fraude fiscale d'une grosse fortune, particulier comme entreprise, comme le prévoit normalement la loi- le prouve. Ce gouvernement ne prête qu'aux riches...

-à favoriser l'intégration de tous les demandeurs d'emploi sur le marché du travail (...) Fait - Et, comme d'habitude, on ne va taper uniquement que sur les plus faibles, les cinq millions de chômeurs accusés de ne pas vouloir travailler, dans un pays où seulement 300 000 offres d'emploi sont disponibles. Traduire : ils vont faire comme en GB ou en Allemagne, et tant pis si nous avons des légions de travailleurs pauvres et de précaires, du moment que les statistiques sont bonnes ! Le dernier lien étant particulièrement savoureux, venant d'un journal quasi bolchevique, j'ai nommé "Alternatives Economiques", qui avoue quand même franchement que ces réformes n'ont fait qu'aggraver la situation. Le pire donc, c'est qu'ils le savent, et le font sciemment !

-à poursuivre la simplification du système d'imposition notamment (...) en continuant de supprimer les impôts inefficaces et en réduisant les impôts sur la production(...) et à mettre pleinement en œuvre les mesures visant à stimuler la croissance des entreprises. » Fait - mise en place du Prélèvement à la source et suppression de l'ISF. Maintien de la Flat tax, exit tax, verrou de Bercy prolongé en 2019...

Conclusion ? Ces développements en appellent deux :

-Comment un gouvernement mettant si consciencieusement en œuvre de telles politiques, dont l'origine est à chercher du côté de Bruxelles et de Berlin, peut-il encore se targuer d'être souverain ?

-Comment une telle politique pourrait-elle récolter l'assentiment de la majorité des Français, quand cette politique tape précisément, unilatéralement et constamment, sur cette même majorité, et jamais sur la minorité ultra favorisée par ces politiques ?

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