Plusieurs élus dont les communes ont été touchées par les conséquences des chutes de neige de la mi-novembre ont rencontré la porte-parole du gouvernement vendredi soir.

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Des employés d’Enedis, le 21 novembre près de Valence (Drôme), réparent les lignes électriques endommagées par la neige. JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

« Désolé, je n'ai pas une minute à vous consacrer, je cours partout pour trouver l'équipe d'Enedis, il reste encore trois foyers à raccorder... »,
s'excuse Guy Audras, maire du village de Chabrillan, dans la Drôme, au téléphone vendredi 22 novembre. Dans les communes drômoises, une semaine éprouvante s'achève, après les chutes de neige qui ont mis à terre le réseau électrique le 16 novembre. Au pic de la crise, 330 000 foyers étaient privés d'électricité autour de la vallée du Rhône. Dans le noir et le froid, certains ont aussi passé plusieurs jours sans téléphone et subi des coupures d'eau. Les derniers foyers ont été raccordés vendredi, a annoncé la direction régionale d'Enedis, samedi matin.

Chabeuil, une autre commune de la Drôme, recevait vendredi la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, venue saluer l'engagement des maires et prendre un premier « retour d'expérience » sur la crise. Mme Diaye a demandé à ce que les particuliers perçoivent une indemnisation de « quelques centaines d'euros » et les professionnels de « plusieurs milliers d'euros ». Sur ce point, Enedis a rappelé que des indemnisations automatiques étaient déjà en place « pour toute coupure de courant supérieure à cinq heures ».

Dans la salle communale de Chabeuil, les témoignages des petites mairies alentour s'enchaînent. A Combovin, « on ne s'en serait pas sortis sans l'aide des habitants qui ont pris les tronçonneuses et les tracteurs pour dégager les voies, raconte un adjoint au maire. C'est très compliqué de demander de l'aide quand on est en zone blanche [du réseau mobile]... et certains n'ont toujours pas le téléphone aujourd'hui ». « Il va falloir qu'on remette en état les routes, ça va nous coûter très cher, aidez-nous ! », lance aussi Bernard Vallon, maire de Montélier. « En 2019, on a eu la grêle, la sécheresse, le séisme et maintenant la neige... La Drôme est durement touchée », rappelle de son côté Bernard Brunet, maire de Montmeyran.

« Une entraide s'est mise en place pour aller dormir chez les copains, tirer une rallonge entre voisins, prêter des groupes électrogènes..., raconte Jean-Marie Mouttet, adjoint au maire de Chabeuil. Comme nombre d'agents municipaux, il a passé sa semaine « à répondre aux centaines d'appels » et à faire des « maraudes » dans sa commune pour rendre visite aux personnes vulnérables. « Globalement, les gens ont été très solidaires, mais au bout de cinq jours, certains sont devenus exaspérés... », poursuit-il. La maire d'Alixan, Aurélie Larroque, a témoigné de comportements agressifs d'habitants : « J'ai dû appeler la préfecture et j'ai failli fermer la mairie car je ne pouvais plus assurer la sécurité de mes agents », s'indigne-t-elle.

Non loin de là, à Portes-lès-Valence, la maire, Geneviève Girard, a lancé elle aussi un « cri d'alarme », dans une lettre ouverte adressée mercredi au président Emmanuel Macron :

« La situation sur le plan humain et sanitaire devient catastrophique ! Depuis six nuits, nos administrés doivent affronter des températures inférieures à 8 degrés dans leur maison. (...) La durée des coupures d'électricité devient insupportable »

Elle raconte aujourd'hui :

« Je me suis décidée à faire cette lettre car certaines personnes commençaient à perdre pied, des femmes enceintes, des personnes âgées... Certains venaient me voir en furie, et on n'avait pas de réponse claire d'Enedis... »

« Plus de dégâts qu'après la tempête de 1999 »

Du côté d'Enedis, gestionnaire du réseau, on explique ces délais d'intervention par l'ampleur des dégâts. « On n'a jamais vu ça, affirme Xavier Tourre, responsable de la cellule de crise d'Enedis à Valence. Dans la Drôme et en Ardèche, il y a eu plus de dégâts sur les lignes qu'après la tempête de 1999. » Selon lui, nul problème de vétusté, d'entretien du réseau ou de moyens humains, donc, mais simplement les conséquences d'un épisode climatique exceptionnel. « La neige collante et très dense qui s'est accumulée sur les câbles a fait peser des charges de 2 tonnes entre deux poteaux distants de 80 mètres, c'est bien plus que ce qu'ils peuvent supporter », explique-t-il. Les arbres, qui n'avaient pas encore perdu leurs feuilles, ont été eux aussi alourdis par la neige, chutant massivement sur les lignes. Et les jours suivants, le brouillard a empêché les hélicoptères et les drones de décoller pour localiser les pannes.

« En milieu rural, la densité de clients est faible, donc plus on avance, plus on fait un travail de fourmi sur les petites lignes », justifie-t-il encore. Ce week-end, plus de 1 000 techniciens étaient encore déployés sur le terrain. Après les opérations d'urgence - raccordements provisoires et installation de 300 groupes électrogènes -, le travail est loin d'être terminé : la reconstruction du réseau devrait prendre encore plusieurs mois.

« La plupart de ceux qui sont sur le terrain sont les plus bas salaires de l'entreprise, qui remontent le réseau dans la neige, la boue, la nuit... alors que certains étaient eux-mêmes privés de courant à la maison ! », souligne de son côté Cédric Thuderoz, coordinateur régional de la Fédération nationale des mines et de l'énergie de la Confédération générale du travail (FNME-CGT). Pour le syndicaliste, il est encore trop tôt pour dresser un bilan de cette crise, sur « l'anticipation de l'épisode neigeux, l'entretien du réseau, ou les moyens humains »... Mais sur le fond, la CGT dénonce des baisses d'effectifs à Enedis et la mise à mal d'un « service public de haut niveau dans l'électricité ». « On en a d'autant plus besoin que les événements météo de cette ampleur vont être de plus en plus nombreux », rappelle Cédric Thuderoz.

A cet enjeu climatique, Enedis répond, notamment, par l'enfouissement des lignes. D'après son directeur régional, Bernard Castille, « 45 % du réseau était enfoui il y a cinq ans, 50 % aujourd'hui. On est très engagés là-dessus ». En attendant, les aléas climatiques se poursuivent dans la Drôme et l'Ardèche : le premier département était en vigilance orange pour vents violents jusqu'à samedi midi et le second en vigilance orange pour des risques de pluies et d'inondations, faisant craindre de nouveaux incidents sur un réseau déjà fragilisé.