SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU, Qc - Le gouvernement du Québec a officiellement demandé, mercredi, aux Forces armées canadiennes d'intervenir en Montérégie pour aider les sinistrés victimes des inondations.
Les soldats devraient être déployés sur le terrain à compter de jeudi matin, a confirmé le bureau de coordination des mesures d'urgence de la ville de St-Jean-sur-Richelieu, mercredi soir.
Le premier ministre Jean Charest en avait fait l'annonce plus tôt en journée, précisant que Québec était en contact avec les Forces armées depuis la semaine dernière.
«Nous allons effectivement demander aux Forces armées canadiennes d'intervenir avec nous, a-t-il répondu en Chambre à une demande de la chef de l'opposition sur le sort des sinistrés. On le fera formellement.»
Le gouvernement souhaite ainsi disposer des «ressources humaines et matérielles sur le terrain» pour venir en aide à la population.
«Il faut, devant des circonstances exceptionnelles, prendre des moyens exceptionnels», a-t-il indiqué.
«Des inondations comme ça, on n'a pas connu ça.»
La nouvelle a été accueillie avec soulagement sur le terrain, où le niveau de l'eau a augmenté tout le long de la rivière Richelieu et aux abords du lac Champlain, affectant les citoyens d'une quinzaine de municipalités.
Au milieu de la journée, le ministère de la Sécurité publique faisait état de 2800 sinistrés dans les zones touchées.
Le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Gilles Dolbec, s'est réjoui de la venue imminente des troupes.
«Nous avions besoin de bonnes nouvelles, a-t-il indiqué. Les gens ont besoin de bras présentement. C'est tout ce qu'il leur faut: des bras pour transporter des sacs de sable, pour les aider aussi à leur domicile.»
Le maire Dolbec confiait que 75 000 sacs de sable avaient été distribués en date de mercredi et que 150 000 autres devaient être remplis et déployés dans les jours à venir.
Martin Grégoire, un citoyen inondé rencontré par La Presse Canadienne alors qu'il était à empiler des sacs de sable autour de la résidence d'un voisin, estimait qu'il était plus que temps.
«Nous étions dus pour avoir l'aide parce que nous commençons à être très fatigués, a-t-il dit sous la pluie. En plus, la base (militaire) est à côté. Même si les recrues n'ont pas fini leur entraînement, je pense qu'ils peuvent venir donner un coup de main pour mettre du sable dans des sacs et les transporter, comme nous le faisons maintenant. Nous en avons grand besoin.»
M. Grégoire a expliqué que les inondations ont commencé il y a près d'une semaine et que les citoyens sont à pied d'oeuvre depuis ce temps.
«J'ai eu un refoulement jeudi. Nous avons enlevé le plancher flottant, nous avons coupé le bas des murs. Nous avons réussi à contrôler les dommages mais on travaille sans arrêt depuis ce temps pour éviter que ça remonte. Donc beaucoup de réparations, beaucoup de murs à refaire et maintenant, ils annoncent le pire pour vendredi», a-t-il soupiré, à quelques pied d'un canot garé sur le terrain.
Les sinistrés pouvaient déjà commencer à préparer leur réclamation, le ministère de la Sécurité publique ayant établi son quartier général à l'hôtel de ville de Saint-Jean.
«Tout près de 40 personnes sont déployées sur le terrain en ce moment», a expliqué Nathalie Boulet, chef de service à l'aide financière au ministère.
«Aujourd'hui (mercredi) nous sommes à Saint-Jean-sur-Richelieu et, à compter de demain (jeudi) on commence à déployer les équipes dans d'autres municipalités», a-t-elle précisé.
Uniquement à Saint-Jean-sur-Richelieu, près d'une cinquantaine de familles étaient évacuées mais au-delà de 750 maisons étaient inondées et le maire Dolbec se préparait au pire.
«La situation est passablement catastrophique parce que l'eau n'arrête pas de monter», a-t-il dit.
«Nos pompiers ont déjà visité 350 résidences pour voir si les gens sont en sécurité chez eux. Les gens ne veulent pas partir. Ils veulent demeurer chez eux pour surveiller leurs biens et on le comprend très bien. Ils ont des pompes dans leur sous-sol. Ils sont bien équipés mais certains pourraient être en danger et on sera peut-être obligés de leur demander d'évacuer leur domicile», a ajouté le maire.
Gilles Dolbec, qui a passé les 68 ans de sa vie à Saint-Jean, parle d'un événement inédit.
«Je n'ai jamais vu ça et j'ai toujours demeuré sur le bord de l'eau. Apparemment, c'est une crue comme il n'y en a pas eu depuis 150 ans alors c'est sûr qu'on n'a jamais vu ça», a-t-il dit.
Les militaires pourraient être déployés très rapidement, selon la lieutenante de vaisseau Michèle Tremblay, officier des affaires publiques à la garnison Saint-Jean.
«Ça fait partie de nos opérations quotidiennes que de se préparer en cas de demande, a-t-elle expliqué. Si les Forces armées canadiennes se font confier une tâche, ça va se faire assez rapidement. Nous travaillons 24/7. Si un ordre de tâche est reçu, on entre en action au moment où la demande arrive.»
Le premier ministre Charest a pour sa part indiqué avoir l'intention de visiter les secteurs inondés pour constater l'ampleur des dommages.
«Et en même temps, on veut encourager la population», a-t-il dit.
Commentaires des Lecteurs
Lettre d'Information