Plaquénil
L'infectiologue Yazdan Yazdanpanah déplore le manque de coopération européenne, qui entrave le démarrage de Discovery, une étude visant à évaluer l'efficacité de plusieurs traitements.

Le 22 mars, l'Inserm a lancé un vaste essai clinique européen destiné à évaluer quatre traitements expérimentaux contre le Covid-19. En France, il devait inclure au moins 800 patients atteints de formes sévères, parmi un total de 3.200 patients européens. Les résultats de cet essai sont très attendus, dans la mesure où certains traitements, comme celui à base d'hydroxychloroquine promu par Didier Raoult (Institut hospitalo-universitaire, IHU, de Marseille) doivent être testés. L'hydroxychloroquine sera évaluée, aux côtés du remdesivir, du lopinavir et du ritonavir, ces deux derniers associés ou non à l'interféron bêta. Il s'agit d'un essai randomisé ouvert : le choix du traitement pour chaque patient a lieu de façon aléatoire, mais patients et médecins savent quel traitement est utilisé.

La cohorte Discovery rencontre cependant des difficultés à monter en puissance, explique Yazdan Yazdanpanah, chef du service des maladies infectieuses et tropicales de l'hôpital Bichat (Assistance publique-Hôpitaux de Paris, AP-HP), membre des deux instances nommées par le gouvernement pour éclairer ses décisions sur le Covid-19, et directeur du consortium Reacting qui chapeaute cet essai.

Quand on interroge certains partenaires européens pressentis de Discovery, on a le sentiment que tout ne se passe pas comme prévu. Est-ce le cas ?

Franchement, Covid et l'Europe, c'est un échec ! Chaque pays a travaillé pour lui, et on a beaucoup de mal à coopérer. Seul le Luxembourg nous a rejoints...

Le premier patient luxembourgeois, sur 60 espérés, n'a été recruté que le 30 avril...

C'est mieux que l'Allemagne, l'Autriche ou le Portugal, où les discussions sont toujours en cours, car il y a d'autres protocoles développés localement, et parce que l'on rencontre des problèmes en raison des régulations différentes des essais cliniques selon les pays. Or il serait important d'avoir un réseau européen pour disposer de résultats à grande échelle plus rapidement.
Le Royaume-Uni ne devait-il pas participer lui aussi ?

Ce pays a mis sur pied son propre essai de grande envergure, baptisé Recovery. Des cliniciens anglais nous avaient contactés, car il ne prend pas en compte le remdesivir, un antiviral expérimental initialement développé par l'américain Gilead contre Ebola. Ils souhaitaient pouvoir l'évaluer. Mais le National Health Service (NHS), qui coordonne la santé publique au Royaume-Uni, a décidé qu'il leur fallait rester sur un seul protocole.

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Propos recueillis par Hervé Morin